LIVRE TSOISliHB. 3oi
jours de janvier 1699, I^ouis XTV se fit apporter le tableau des officiera de la maison des jeunes princes : il raya , de sa propre maîu , le nom de rarchevêque de Cambrai de l'état des appointements affectés aux fonctions de Précepteur, et lui enôlale titre(i). On lui retira eu même temps l'appartement qu'il occupoit en cette qualité au château. On est toujours surpris de voir un prince tel que Louis XIV, croire punir un homme tel que Féuelon, en lui retirant une pension. Pouvoit-il avoir oublié, que ce même Féuelon avoit sollicité comme une grâce, quatre ans auparavant, la permission de verser cette pension dans le trésor royal, pour les dépenses de la guerre , et que Louis XIV avoit jugé peu convenable à sa dignité d'accueillir cet acte de générosité ?
L'abbé Bossuet désira au moins inutilement de voir le duc de Beauvitliers enveloppé dans cette nouvelle disgrâce de Fénelon. « Il me semble biendan- <r gereux pour le présent et pour l'avenir, écrivoit-il « à son oncle, de laisser M. de Beauvilliers dans la « place qu'il occupe. » Si on l'en avoitcru, Louis XIV n'auroit fait usage de la plénitude de son autorité, que pour écraser tous les amis de l'archevêque de Cambrai. ^^
On dut être d'autant plus étonné, à Rome, des Saiudotr
(i) Œuvres de Sossuet , t XLII, p. 179, 193, etc.
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de Oiuitenc.
3ea HinolKB Bi fimloir.
4a nouvelles lostaDMs fomccs an notd d« Louis XIT»
"^îéwdM ' l"'*"" y pw>cédiHt avec beaacKip tfartîril^ »tt juged« l'abbé meut du livre de l'avdKTcqvc en Cambritf. Les cardinaux de k congrégatioB ch Sahil-Offtee s'itaseffi-* bloient en présence du Pape 4eux fois b semaine, et souvent trois fois. Dix coigr^gatio&s ^^oient déjà tenues, dans te court intemttle du l g aoietnhre au 1 5 décembre. Une aisidnité ainoi constante, dans des bommes ^e leur Âge et leurs dignités readoient si respecubtes,, et qui avoient d'ailleurs tant d'atitres affaires à suivre^ et de» derciirs aoB itforiM iinpor^ tants i renplir^ mériloit eertamemefit des éloges, au lieu des reproches ^ue l'abbé Bosmet osoit se permettre sur leur lenteur.
Cependant le Papa vouloit avoir égard à l'impatience que le Roi lui manifestoit dans une forme s) expresûve et si pressante. Il ordonna sar-le-champ aux cardinaux de redouMer d'activilé, et de tenir une troisième congrégation tontes le» semaines, pour accélérer l'examen et la déeision.
L'abbé de Chaaiterac, téuMno de toutes le» ma' nœnvres des adversaires de Fénelon à Bome, instruit des vives iustadcea du fioi pour obtenir la condamnation de l'archevêque de Cambrai, ne se dissimuloit pas l'influence d'une autorité si imposante : i) exposoit aveo franchise ses inquiétudes à Fénelon. « Des personnes qui vous sont sincèrement attachées, K lui écrivcHtil, me disent tous lea joiu4 qu'il n'est pas
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< (MiiiUe que Haute puisse réristti* tRi< instaoceif K «fM b» cMif lie Franca ftU eofitr» voas. En efTet, « l'o» dit tout fcatJt prfeentement , et sans foçoïi, et ^tié le Boi ae detnaTfde pas setflnrtetft tmedéci- (r ùon prompte, mai» qu'il demftorle avec instance, M e( en termes précis, la €oHd«Hiinftti(m de vdtre li-
0 TK, tattttm tfBe chose nécessaire au repos et au a biendeKEtat(i)... Il paroît probable que, si l'on D jageoit k pipéaent, ta disposition des esprits, et « le grand nomhte des cardinaux de la congrëga- « tien du Saint-OfBce, iroient à condamner le Eirfe ; « « cela, p«r tes impressions que la coar de France
• donse, pA- ta crainte du quiétisme, dont on voit
• tous les jours ici de» exemples et des bifrtoires ter- « ribles , par le grand trouble que ce thre cause en « France, et par le Sentinienl de tant d'ëvéques et a de docteurs qoi le Jugent dangereux, et trop fkvo- <t rable a«lx QuiëÙMn. Toutes ces considérations
1 persiladeroient aisément à ceux qui aiment leur a repos, que, quand même ta doctrine du livre ne ■ aeroit pas mauvaise dans le fond, et que les exprecr « âons mêuics en poorroieut être jnatifiées par celles ' desbons et saintsauteurs qui leur sont semblables, H Dëaumoinfl te bon ordre de l'Église deltianderoit , « d«ns tés circcAStances pr^aeates, que Hoitie te u condamnât ou le prohibât, pour apaiser ces trou-
(i) Lettre dé l'aMé de Chtauerm, 3 Janvicl- 1899. (fVrtMp. t. X,p. aïo.)
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3o4 HISTOIHK DE FÉHELOV.
« bles et rétablir la paix(i) J'attends avec calme
« l'événement, quel qu'il puisse être ; je l'attends, a dans cet esprit de soumission aux desseins de « Dieu sur noua, que vous me recommandez d'une ■ manière si touchante;, et qui, en effet, est si digne « d'une âme chrétienne, au miUeu d'une si rude « tempête, qui effraye et qui épuise toute la pru- « dence humaine. Je voudrois demeurer en silence S auprès de Notre-Seigneur, sans lui dire avec trop a d'empressement: Seigneur, sauvez-nouSfnoas pé- « tissons : Domine, saiva nos, périmas; mais V pourtant, avec une confiance entière en sa bonté, « le prier qu'il veille sur son Église, et sur les véri- > tés de la religion. Je vous avoue que ma foi aug- « mente, à la vue de tant de personnes de doctrine « et de piété, qui voient plus loin que moi dans no- « tre affaire, qui en connoissent mieux tous les dan- « gers , et qui demeurent pourtant inébranlables a clans cette certitude , que Dieu ne permettra ja- « mais que le pur amour ni le pariait désintéressec nient de nous-mêmes soient confondus avec l'er- « reur et l'illusion. Vos souffrances seront heureuses, « sielles servent à défendre la vraie charité. Que « j'ai de joie, quand je pense qu'elle nous tiendra « unis durant te temps et l'éternité (a)! Ah!
(i) LeUredu 9 janvier 1699. (^id. p. aaa.) (a) Lettre du a4 janvier 1699. {ïbid. p. «79.)
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dcFcMtoo.
blVBK TROISIÈME. ' 3o5
c combieD de fois me suis-je dit, dans ces jours, de
< troubles et de ténèbres : Plions et mourons avec
On va juger si un pareil langage parloit au cœur c>Im de FéneloD (a). » Je suis attendri, comme je le dois, 0 mon cher abbé, de toutes vos lettres; mais, quoi « qu'il arrive, demeurez en paix; tenez ferme,, en a toute douceur et bumilitë. Si mom supérieur v^ut « m'humilier, c'est à moi à recevoir de lui l'hami- « liition avec joie et docilité. Je suis bien éloigné de « vouloir faire du trouble dans l'Eglise, sur l'amour
■ désintéressé, par un intérêt personnel. Ma con-
■ duite décréditeroit ma doctrine, plus que toutes K les censures : il s'agit de la doctrine,' et non pas
« de nous Je vous conjure de vous consoler(3),
« quelque événement que Dieu permette, et 4c « compter que je vous reverrai avec le même atleu-
■ drissement de CŒur, soit que Dieu délivre 'la vé- « rite par vous, soit qu'il veuille nous humilier, et
« conserver A vérité en nous humiliant Je n'ai
« de confiance qu'en Djeu seul (4) 'j je n'en veux « pas même avoir en vous, quoique vous soyez l'in- « strument de sa providence. Vous vtnlà à. Id veille
(i) Leitre du ni février 1699. [Corretp. t. X, p. 339.) (a) Ltttrt de Féntton à l'abbé de Chantemc , i4 janvier 1.699-
(3) Idem, ao février 1699. (^^- P- ^46-)
(4) Idem, 19 décembre 1698. {Ibid. p. 171.)
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3o6 HISTOIRE DR siSKLOW.
H de li Ûd de tous vos travaux pour moi; votre rec pea me douoera quelque consolation ; allons jus- « qu'au bout en simplicité ; marclions au travers des « ombres de la mort, avec Celui qui «st notre guide. « Quoi qu'il arrive, je ne puis qu'adorer, aimer, bé- « nir Celui par qui tout se fera, et pour qui seul je « parte la croix. Quoi qu'il arrive, je ne puis que le « remercier de m'àvoir donné en vous un si afifec-
« tionnë, si sage et si patient défenseur Si Dieu
<[ ne veut point se servir de moi dans mon minis- « tère (l), je ne songerai qu'à l'aimer le r^te de ma « vie, n'é^t plus en état de travailler à le faire aimer « aux autres. Je ne serai pas moins touché de vos
* travaux pour moi, que si vous aviez fait approuver a mott livre \ je n'en aurai pas moins de reconnoisff Sauce pour les p^nes incroyables que vous souf- « fifez depuis si longtemps. Je n'aurai pas moins
• d'impatience de vous revoir, de vous embrasser, de a vous consulter, et de vous regarder comme la
a consolation de toute ma vie Mourons dans
H notre simplicité : le ciel et la terre passeront, f mats les paroles de Jésus-Christ ne passeront
1 jamais Je prie Dieu de vous conserver com-
« me la prunelle de mes yeux (2) : quelle joie si je 0 puis vous embrasser, vous entretenir, vous voir,
(1] Lettre de Fénelon à Pabbé de Otanleme, a3 janvier 1699. [Cùrresp. t. X, p. alS6.) (a) Idem, vq novembre 1698.
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LITRE THOIBliMB. So^
« voufi &ire promener, vous aimer et vous révérer « déplus en plus; enfin, vivre et mourir avec tous! d
Ce fut à peu pr^ à cette époque, que le bruit se rendit cpie madame Guyon étoit morte à la Bastille ( 1 ). La nouvelle en fîit portée jusqu'il Cambra! et à Rome. On peut désirer de connoître comment Féaelon s'exprimoit avec un ami intime, sur un événement qui ne pouvoit lui être indifférent (a). K On mande de Paiis que madame Guyon est morte 0 à la Bastille ; je dois dire après sa mort, comme « pendant sa vie , que je n'ai jamais rien connu « d'elle qui ne m'ait fort édiBé. Fût-elle un démon a incamé, je ne pourrois dire en avoir su que ce « qui m'a paru dans le temps : ce seroit une lâ- « cheté horrible, que de parler ambigument tà-desa sus, pour me tirer d'oppression. Je n*ai plus rien a à ménager pour elle } la vérité seule me retient. »
Plus te moment où le Pape alloit prononcer approchoit, plus ce vertueux Pontife étoit flottant et indécis. Les pressantes instances du Roi, renouvelées avec tant de force dans ses dernières lettres, alar- . moient Innocent XII sur le danger de choquer un prince cher à l'Église, et d'introduire un nouveau
(i) La nouvelle étoit fauue : «lie étoit ocGaBionnée par la mort d'une femoie qui servoit madame Guyon, et qui venoit de mourir k la Bastille. (Note dr l'auteur.)
(s) Z^ttn de FéneloH à Cabbé de Chattterae, tS janvier 1699. {Com^. t. X , p. 7A9,)
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3o8 HISTOIRE DE FÉKELON.
sujet de division entre le saint-siége et le clergé de France , alors dirigé par les adversaires tes plus ardents de l'archevêque de Cambrai. D'un autre côté, la vertu, la piété, les talents et la réputation de FéneloQ, sa religieuse soumissiou à l'Eglise romaine , la pureté de ses intentions , qui ne pouvoient être méconnues après tant d'explications satisfaisantes , replongeoient le Pape dans les plus cruelles anxiétés. 11 étoit encore arrêté par le partage des examinateurs, qui, après un examen de quinze mois , n'avoient pu s'accorder à trouver, dans le livre des Maximes des Saints^ les erreurs monstrueuses qu'on lui reprochoit. La confiance particulière qu'Innocent XII avoit en Fopinion personnelle des examinateurs favorables à Fénelon, coDtribuoît encore à entretenir ses incertitudes (i). Après de longues discussions, qui avoient rempli trente-sept séances, les cardinaux étoient enfin pai^
(i) Vuyéz ci-dessus, n. 63 et yi; [>. 190 et 290. lonocont XII donna une preuve remarquable de son estime pei^ sonnelle pour deux des examinateurs favorables à Fénelon (le P. Gabnellî, pixicureur géuéral des Feuillants, et le prélat RadoloTJe, archevêque de Chîetî); il les nomma cardinaux au mois de novembre 1699, quelques mois après qu'il eut prononcé un jugement contraire i l'opinion qu'ils avoient émise. Il nomma aussi cardinal , dans cette même promotion , le prélat Sperelli , assesseur du Saint-OfSce, qui s'étoit également montré favorable à la cause de Fénelon. [Dieiwanaire de Moreri} art. Cardinaux!^
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