LIVRE TROISIÈME
« in ÎUa hora quid loquamini; et Spiritus ejus
o loquetur in vobis{\). u
Il Les craintes de FéaeloD, à ce sujet, De se réalisèrent pas ; il ne parut point à cette assemblée , dont le principal résultat, bien loin de lui être défavorable, fut de rendre un témoignage public et non suspect à sa parfaite soumission au jugement du saint-siége. Il Bossuet fut choisi pour présider la commission chaînée de la Helation. de l'affaire du livre des Maximes des Saints : la modération qu'il moutra dans le compte qu'il en rendit, justifia la sagesse d'un choix qui auroit pu paroître suspect de partialité. On croit honorer la mémoire de Bossuet, en présumant que la docilité de Fénelon , si contraire aux pronostics que la prévention lui avoit quelquefois inspirés, et la considération générale qu'une conduite si édifiante avoit méritée à l'archevêque de Cambrai, firent peut-être regretter à l'évêque de Meaux l'excès de vivacité où son zk\e l'avoit porté, en quelques occasions. On reconnoît sa grandeur et sa générosité naturelles, dans ta noble franchise avec laquelle il déclare, devant tous les évêques assemblés, que la véhémence avec laquelle il a combattu les erreurs de son collègue, n'a jamais altéré ses sentiments pour son caractère et sa personne. « Il fut sagement observé, disoit Bossuet
(■) Hatth. X, ig, ao.
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398 UISTOIHK DK VÉNELOK.
m dans son rapport ( 1 ) , que M. l'archevêque de « Cambrai , qui avoit le plus d'iatérét à rechercher « les noyens d'afTciblir, s'il se pouvoît, la sentence « qui le condamnoit, s'y est soumis le premier, par a acte exprès. On remarqua avec joie les DOms illus- « très des grands évêques qu'il avoit suivis dans « cette action; et, à l'exemple du Roi, toutes les « provinces s'unirent à louer cette soumission, mon- « trant à l'envi que tout ce qu'on avoit dit par né' (c cessilé contre ie Itifrey était prononcé sans aucune a altération de la charité, n
Ce fut un avantage réel pour la réputatjoii de madame Guyon , que l'assemblée du clergé eût confié ce rapport à Bossuet, qui s'étoit montré si prévenu contre elle. Ou y lit en effet ces paroles remarquables, prononcées par Bossuet lui-même, en présence de l'assemblée du clergé (a) : « Quant aux abomina- « tions qu'on regarnit comme les suites de ses « /iriVic^f^ (de madame Guyon), {/ n'en fut jamais a question ; elle en a toujours témoigné de Phor- « reur. » Ce fut à uae déclaration si solennelle et si positive de l'innocence de ses mœurs, qu'aboatirent cesdéntmciatioDS odieuses auxquelles on avoit domié tant de publicité et d'éclaL Lorsque Bossuet pro-
(i ) Prodt-veriai de l'auenMét du clergé de 1 700 (ÛK^ vres de Soisuel, t. XXX, p. 463.)
(a) Prvcès-nxrbal de 1700. {ïbid. |n 4sf>^)
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LIVBE TROISI^E. 399
clamoit ainsi l'ianoceace de madame Guyon devant une assemUée du clergi^, elle étoit eDcore prisonnière à la Bastille; ses ennemis étoient tout-puissbdU, et ses amis dans la disgrâce(i).
\ Dans cette mène Hetatton , où Bossuet s'exprimoit avec tant de modération et de réserve, sur * tous les faits relatifs à la controverse si heureusement terminée, il s'expliqua, sur un des principaux objets de cette controverse, d'une manière qui ne pouvoit manquer d'exciter les réclamations de Fénelon, et des théologiens qui partageoient son opinion sur la nature de la charité (a). Conduit par son sujet à rappeler les actes des assemblées métropolitaines, tenues pour l'acceptation du Brefdïnnocent XII, l'évêque de Meaux crut pouvoir citer quelques paroles de l'assemblée d'Aix, qui supposoient le molifde la béatitude esserUielà tout acte humain, et particulièrement à l'acte d'amour. « Les a assemblées, disoit-il, n'ont rien oublié de ce qui « servoit à illustrer la matière; ... on a pénétré k « fond la nature du faux amour pur, qui efEaçoit « toutes les anciennes et les véritables idées de « l'amour de Dieu, que nous trouvons répandues
(i) Voyez au n. III des Piéc. jiu^f. du livre trotsièm^ quelques observations smr la Rbiaiior dd QcriTitaE de l'ubbé PbéUppeaux.
^) Voyei, i. ce sajel, la Lem* d» ASmAm m eardiiuit Cabnelii, du i% septembre 1700. [Corrasf. t. XI^ f< 34.)
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4oO HISTOIRE DE J^iNELOH.
« dans l'Ëcriture «t dans la tradition. Celui qu'on « veut introduire et établir à sa place, est contraire « à ^essence de tarnow^ qui veut toujours posai séder son objet, et à la nature de ( homme ^ qui ■ ilésire nécessairement <€étre heureux (i). » Ces dernières paroles, extraites mot pour mot à.\x procès-verbal de t assemblée métropolitaine ctAix, semblent difficiles à concilier avec l'enseignement commun des thëologiens, qui regarde ta charité comme un amour de Dieu pour lui-même, sans aucun rapport à notre béatitude, et avec le sentiment de Bossuet lui-même, qui reconnoît que, dans l'acte d'amour, on peut faire une abstraction au moins passagère et momentanée du motif de la
béatitude (3).
lis. , , ,
Diuertaiion 1 L arcbevêqucde Cambrai, craignant donc que la
de FéMion Helation de l'évêque de Meaux, adoptée par l'assemblée de 1 700, n'introduisît ou ne favorisât une espèce de tradition contraire à ta véritable doctrine sur ta charité, crut qu'il étott important de mettre sous les yeux du souverain Pontife un résumé de toute la controverse, relativementà cette question. " Loin
(1) Relation des aetet de l'assemblée^ etc. {Œuvres de Bossuet,i. XXX, p. 46a.)
(a) Instruct. sur leiÉiats d'oraison. Addition ; n. •j.{Ibid. L XXVn, p, ^iS.)— Somma doclHnœi d.8. (T. XXVHI, p. 3io.) — Schola M tuto. QtiœsL I, art. 1, prop> 38. (T. XXIX, p. 114.)
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tiVItl-: TRUISIKMK. ^OJ
Et (le moi, dit-il au souverain Pontife, dans le pi-éain- « hnle de sa Disserta lion, loin de moi le dessein n de i-enoiivelei' une fhcheuse discussion ! Mais il m'a « paru important de montrer à Voire Sainteté le M but vers let|uel ont été constamment dirigés les « efforts de mes adversaires (i). »
\ Pour atteindre son but, Fénelon divise sa Dissertation en quatre parties. Il examine, dans la première, l'opinion de l'évéque de Meaux, et, dans la seconde, l'opinion de l'archeyéque de Paris, sur la nature de la charité. Il justifie , dans la troisième, la doctrine de ses écrits apologétiques, sur le désintéressement des parfaits, et sur l'état habituel de l'amour pur. Dans la quatrième partie, l'auteur devoit exposer les sentiments qu'il avoît toujours eus sur cette matière, soit avant, soit depuis la condamnation de son livre. Cette dernière partie n'existe pas , et il y a tout lieu de ci^iire qu'elle n'a jamais existé ; car on lit, sur la dernière page du manuscrit original, ces paroles écrites de la main du marquis de Fénelon, petit-neveu de l'arclievêque de Ombrai : Çuarfa pars deesf ; ( la quatrième partie manque.)
1 La Dissertation, telle que nous l'avons, se
(i) OEuwvf rfe^^Aeivi,!. IX, p. 3 10. Celle Diisertatinn a paru pour la première fois, en 1 8aa, dans Vétlifion de Fer- Milles, (ËDIT.)
t. II. 36
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4oa HISTOIRE DK FÉNELON.
réduit donc à rétablir ces deux points, que l'archevêque de Cambrai i-egardoit comme foadameataux en matière de spiritualité (i): ■"que la charité, considérée dans son essence et dans l'acte qui lui est propre, est un amour de pure bienveillance, sans aucun mélange du motif de la béatitude; "i" que, dans l'état de la plus Iiaute perfection , la charité prévient et anime toutes les vertus, non-seulement en ce sens que ta plupart des. actes humains sont élevés à l'ordre surnaturel , mais en ce sens qu'ils sont expressément commandés par la charité, et par ce moyen en prennent tespèce, selon la doctrine de saint Thomas communément admise dans les écoles (a). Les explications que nous avons données adleurs sur cette partie de la controverse (3), montrent clairement que cette doctrine ne porte aucune atteinte à la condamnation du livre des Maximes, à laquelle Fénelon se montre pleinement soumis, dans l'ouvrage même dont nous parlons, comme il continua de faire jusqu'à la En de sa vie.
\ On ne peut douter qu'il n'attachât une grande importance à Bxer, sur ce point, l'attention du souverain Pontife. A peine les actes de l'assemblée
(i) Iiatnut. past. du i5 septembre 1697, préambule. [Cmavres de. Fénelon, t. IV, p. 180.)
{■>) Summa S, Thomœ, part. III, quant. 85, art. a, ad 1. — a. a. qusest. i54 , art. 10, conclus.
(î) Ci-dessus, p. 3a8, etc.
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