LIVRE TROISIjBMB» 3i
Les cardinaux Norîs^ Ferrari et Albani s'étoient déjà assemblés trois jours de suite pour minuter le décret. Ils étoient convenus (i), a i^que le décret a seroit rendu sous la forme d'un simple bref, et ce non d'une buile (2) ; a? que le Bref exprimeroit, a que le Pape ne préiendoit pas condamner les ce explications de Fauteur du liifre {non intendiet mus improbare explicationes aucloris); 3® qu'en a rapportant la proposition du trouble inifolona taire de Jésus-Christ, on énonceroit que l'auteur ce l'avoit désavouée, comme n'appartenant pas à son « texte {guam tamen propositionem negat auctor
(i) Ibid, p. 209^ etc.
(a) Les rescrits ou décrets des souverains pontifes sont qualifiés de bulles ou de brefs, selon la forme plus ou moins solennelle dont ils sont accompagnés. La forme et le style des biUles ont quelque chose de plus solennel, parce qu'elles ont ordinairement pour objet des affaires plus importantes. Elles sont expédiées à la chancellerie apostolique^ écrites sur parchemin , en caractères anciens , et scellées en or ou en plomb , avec un sceau portant Tirnage des apôtres saint Pierre et saint Paul. Les brefs sowi expédiés parle cardinal secrétaire des Brefs ; ils sont écrits en caractères modernes, quelquefois sur parchemin, et ordinairement sur papier, mais toujours scellés en cire, avec Vanneau du Pê*cheur, ainsi nommé parce qu'il représente saint Pierre sous la figure d'un pécheur. (Voyez Devoti, Instit, can. Prolegom, cap. 7, n. 87. — Lequeuxy Manuale Jur.can. Protegom* cap. a, n. 16; .t* I9 p. 5o. — Cabassut, Juris can» theor^ ft praxis, lib, I, çap. 6» n. 5 et 6.) (£i>|T.}j
3i4 HISTOIBE DE FENÉLON.
c esse suant) : on avoit eu enfin Fattention, dans «c le projet de Bref, de ne nommer ni le livre ni a l'auteur. »
Mais aussitôt que le cardinal Casanate se vit admis au nombre des rédacteurs, il voulut signaler son influence, en rejetant tous les ménagements que l'on avoit cru devoir observer pour la personne de l'archevêque de Cambrai. L'exclusion momentanée qu'on lui avoit donnée, n'avoit servi qu'à l'exaspérer. Il insista avec chaleur, pour que l'on insérât, à la tête du décret, tout le frontispice du livre de VExpUcation des Maximes des Saints ; qu'on supprimât la clause qui portoit, quon rHentendoit point improuver les explications produites par Hauteur; et celle qui énonçoit, que la proposition du trouble inK>olontaire n appartenoit point au livre. Les cardinaux Noris et Ferrari se rangèrent à son avis , et le cardinal Albani persista dans son sentiment ; mais le cardinal Casanate protesta qu'il ne signeroît point la rédaction du décret, si on ne lui accordoit ce qu'il demandoit (i).
Le Pape, instruit de ces nouvelles difficultés, indiqi]a, le 3 mars 1699, ^^® congrégation extraordinaire des cardinaux, pour chercher à les concilier. Les cardinaux Casanate et Albani exposèrent les motifs de leur opinion, sur les points .de. forme
(i) Relation de l^ahhé Phélippeaux, p. îfcio. "
qui les divisoient encore; et Tavîs du cardinal Casanate prévalut, du consentement du cardinal Albani lui-même. 101^
La congrégation des cardinaux ayant donné sa Projet de casanction au projet de décret minuté par les cardi- remplaœHa naux Casanate, Noris, Ferrari et Albani, il sembloit censure du livre, que cette longue controverse, agitée depuis dixhuit mois, avec un appareil dont les annales de l'Eglise offrent peu d'exemples, alloit enfin être terminée par le jugement du Pape ; mais il survint tout à coup un incident imprévu , qui pensa rendre inutiles tant d'écrits, de discussions et d'examens, n Déjà il avoit été question, l'année précédente, de terminer l'affaire, en arrêtant, sur les matières de la vie intérieure, un certain nombre de canons ou de propositions, qui, sans prononcer sur aucun livre en particulier, renfermassent le dogme catholique, opposé aux erreurs des Quiétistes (1), Il Pendant la rédaction du décret. Innocent XII montroit une douleur si profonde, une répugnance si marquée à condamner Fénelon, qu'on crut pouvoir lui proposer de revenir à cet ancien projet, dont l'exécution auroit tout à la fois l'avantage d'assurer la vérité et la pureté de la doctrine de l'Église sur les matières contestées, et d'épargner au cœur paternel d'Innocent XII la douleur de flétrir un
(i) Corresp. de Wéneton, t. IIÇ, p. a35 et a/Ja.
3i6 HISTOIRE DE FÉNELON.
archevêque, que ses grandes qualités et ses malheurs sembloient avoir rendu encore plus respectable dans toute l'Europe. « On lui présenta , dit l'abbé Phé- <c lippeaux(i)y douze canons qui renfermoient la « doctrine de l'Église, opposée à celle de Molinos « et des Quiétistes; ou ajouta que cette exposi- « tion de la doctrine catholique feroit honneur à c( son pontificat et au saint-siége ; qu'elle mettroit d la vérité à couvert, sans flétrir la réputation de « l'archevêque de Cambrai, qui souscriroit volontiers « à ces canons ; qu'eu suivant ce projet , on pour- « roit se contenter d'une simple prohibition du livre; « et que tout le monde seroit content (*j^). »
Innocent XII saisit avec avidité une proposition qui remplissoit tous les vœux de son cœur, et qu'il croyoit propre à remplir toutes les vues de sa sagesse ; mais, ne voulant pas s'en rapporter à ses seules lumières, il consulta le cardinal Ferrari, l'un des membres les plus éclairés du sacré collège, et qui avoit toujours montré une grande modération dans les congrégations des cardinaux. Le cardinal Ferrari répondit au Pape (3), « qu'il seroit avance tageux, si l'on pouvoit trouver quelque moyen (c doux pour terminer l'affaire ; que Sa Sainteté pou-
(i) Relation de Vabbé Pftélippeaux , p. ai 2. [1) On peut voir ce projet de canons , dans le t. X de la Corresp, de Fénehn; p. 481, note i.
(3) Relation de tabbé Phélippeaux^ p. a ï 3,
flc voit se comporter ou en père en donnant des rècc gles y ou en juge en prononçant une sentence. flc II demanda du temps pour penser sérieusement cf à ce nouveau projet, assurant qu'il ne trompecr roit pas Sa Sainteté. »
Le Pape, satisfait de voir qu'un homme aussi généralement estimé que le cardinal Ferrari, paroissoit goûter son plan, convoqua, le jeudi 5 mars, la congrégation des cardinaux , fit lire en sa présence les douze canons, et ordonna qu'on en délivrât des copies à chaque cardinal. j^^
Cette nouvelle inattendue se répandit dès le soir DSfficalics même dans toute la ville, et plons^ea l'abbé Bossuet „. ™^'
' r o Mémoire
dans la plus profonde douleur. II se hâta d'expé- deLouUxir dier un courrier extraordinaire à l'archevêque de ««^«/'** Paris et à son oncle, en leur annonçant que tout étoit perdu, si le projet des canons étoit admis ; car, dans l'opinion de l'abhé Bossuet, tout étoit perdu, si l'archevêque de Cambrai n'étoit pas condamné. Sa dépêche portoit, qu'il étoit absolument nécessaire, dans une circonstance aussi urgente, que le Roi s'expliquât dans un langage encore plus impérieux qu'il ne Tavoît fait jusqu'alors, et laissât entrevoir les suites les plus effrayantes pour la cour de Rome. Après avoir expédié ce courrier, dont le retour étoit encore éloigné, il mit tout en œuvre pour exciter les cardinaux contre le nouveau projet qu'on venoit de soumettre à leurs délibérations. Ce fut
3l8 HISTOIRE DE FEKELOIT.
l'objet d'un Mémoire que l'abbé Phélippeaiu rédigea eu quelques heures. Dès le lendemaiui 6 mars, ce Mémoire fut traduit en italien ^ et remis à tous les cardinaux de la congrégation. Si on élague de cet écrit tout ce que la prévention ou l'esprit de parti pouvoit avoir inspiré à l'abbé Phélippeaux, on doit reconnoître qu'il y avoit renfermé, avec autant de précision que de justesse, les considérations les plus fortes pour démontrer les inconvénients de ce nouveau projet de canons (i).
Le Pape avoit indiqué pour le 8 mars la congrégation dans laquelle les cardinaux auroient à délibérer sur les douze canons qu'il leur avoit proposés dans la séance du 5. Les cardinaux, après avoir procédé à une seconde lecture, délibérèrent sur la question de savoir si, avant de discuter les canons en eux-mêmes, il ne convenoit pas d'examiner s'il étoit expédient de faire des canons. T^e cardinal Casanate fut celui qui se déclara le plus fortement contre ce projet; il étoit facile en effet de montrer les conséquences fâcheuses qui dévoient en résulter. Il observa qu'en adoptant ce projet, on ne feroit que donner lieu à de nouvelles contestations, sans terminer aucune de celles qui s'étoient déjà élevées, et sur lesquelles on att^:idoit depuis dix-huit mois une décision solennelle; qu'en considérant les dispositions
(i) Voyez la Relation de l'abbé Pàélippeaujc^ p. aiS, etc.
du Roi, et le crédit dont .les trois prélats jouissoient à la cour et dans le clergé, il étoit à craindre qu'on n'adoptât en Finance quelque mesure extraordinaire, capable de rompre la bonne harmonie qu'on avoît eu récemment tant de peine k rétablir(i); que tout devoit faire espérer que l'archevêque de Cambrai, dont on connoissoit la piété et la soumission sincère à rÉglise, confirmeroit, par une généreuse résigna- > tion, les engagements qu'il a voit pris.
Des considérations aussi justes et aussi sages prévalurent dans l'esprit des cardinaux ; ils se réunirent presque unanimement à penser, que le projet des canons étoit inadmissible dans les circonstances présentes ; et ils chargèrent l'assesseur du Saint-Office de rendre compte de leur vœu à Sa Sainteté.
Le Mémoire fulminant que Louis XIV adressa au Pape, et qui n'arriva à Rome qu'après la conclusion de cette grande affaire, dut montrer aux cardinaux et au Pape à quel point on avoit réussi à prévenir ce prince contre l'archevêque de Cambrai (2). Voici en quels termes étoit conçu ce Mémoire : a Sa Majesté apprend , avec étonnement et avec oc douleur, qu'après toutes ses instances, et après
(i) Le cardinal Gasanate fait aliusioo à la concIusioQ du différend qui subsistoit entre la France et le saint-siége depuis 1682: différend terminé en 1693, sous le pontificat d'Innocent XII. (Édit.)
(a) Œuvres de Bossuet, %. XUI, p. 35i,
(c tant de promesses de Sa Sainteté, réitérées par (( son nonce, de couper promptement jusqu'à la race cine, par une décision précise, le mal que fcdt a dans tout son royaume le Iwre de Farchei^éque ce de Cambrai; lorsque tout sembloit terminé, et que « ce livre étoit reconnu rempli et erreurs j par tant « de congrégations de cardinaux et par le Pape a lui-même, les partisans de ce livre proposoient un « nouveau projet, qui tendoit à rendre inutiles tant « de délibérations et à renouveler toutes les disputes.
a Le bruit répandu dans Rome, de ce projet, le ce fait consister dans un certain nombre de canons, ce qu'on donneroit à examiner aux cardinaux, et ce dans lesquels l'on établiroit la saine doctrine sur la c( spiritualité, en laissant le livre en son entier.
ce Cette discussion, plus difficile que toutes celles ce qui ont précédé sur la censure des propositions, « ou se feroit précipitamment et sans l'exactitude « requise dans un ouvrage si délicat, ou rejet teroit (^ cette affaire dans de nouvelles longueurs dont on (c ne sortiroit jamais; et cependant le mal, qui dea mande les remèdes les plus efficaces et les plus c( prompts, iroit toujours en augmentant, comme il ce a fait, jusqu'à l'infini. On verroit naître tous les ce jours de nouvelles difficultés et de nouveaux in- « cidents, par les subtiles interprétations d'un es* a prit fécond en im^entions captieuses, comme il ce paroit par tous ses écrits.
ce Ainsi, loin de terminer par un seul coup, eu a prononçant sur le livre et sur sa doctrine, comme « il a été tant de fois promis, les disputes qui met- « tent le feu dans son royaume. Sa Majesté les a verroit croître sous ses yeux, sans que le Pape, c( à qui il a eu recours avec une révérence et une il conâance filiale, daignât y apporter de remède.
a Ce qui étonne le plus , c'est qiion ait ce rnéa nagement pour un li^fre reconnu mauifais^ et pour « un auteur qui voudroit se faire craindre^ encore « quil ait contre lui tous les éi^eques du wyaume, ce et la Sorbonne , dont deux cent cinquante doc- « teurs viennent encore d'expliquer leurs sentiments.
a Sa Majesté ne peut croire, que, sous un ponti*a ficat comme celui-ci, on tombe dans un si fâcheux ce afibiblissement; et ton voit bien que Sa Majesté a ne pourra receifoirni autoriser dans son rojaume a que ce qu'elle a demandé y et ce qvionluia pro* <c mis : soÀfoir , un jugement net et précis sur un « liçre qui met son royaume en combustion, et sur oc uûe doctrine qui le divise ; toute autre décision a étant inutile pour finir une affaire de cette ima portance^ et qui tient depuis si longtemps toute la . a chrétienté en attente. Il est visible que ceux qui a proposent ce nouveau projet , à la fin d'une af- « faire tant examinée , ne songent pas à l'honneur <( du saint-siége , dont ils ne craignent point de « compromettre l'autorité dans un abîme de diffi- T. u. ai
3a a HISTOIRE DE FÉNELON.
« cultes , mais seulement à sauver un livre déjà re- « connu digne de censure.
« Il seroit douloureux à Sa Majesté de voir naître V. parmi ses sujets un nouveau schisme , dans le ff temps qu'elle s'applique de toutes ses forces à « éteindre celui de Cîalvin ; et si elle voit prolonger^ « par des ménagements qui on ne comprend pas , a une affaire qiU paroissoit être à sa fin^ elle saura a ce quelle auraàjaire, et prendra des résolutions « convenables; espérant toujours néanmoins ^ que cf Sa Sainteté ne voudra pas la. réduire à de si fn fâcheuses extrémités. »
Si nos lecteurs se sont femiliarisés avec le langage et le style de Bossuet dans cette controverse , ils auront, pu le retrouver dans le Mémoire que nous venons de transcrire, et auquel Louis XIV ne fit que prêter son nom (i).
g Ce Mémoire est peut-être le monument le plus affligeant de cette controverse (a). On regrettera toujours que Bossuet se soit cru obligé de faire intervenir, sous une forme si impérieuse, le nom et
(i) Bossuet en 'convient lui-même, dans sa Lettre à son neveu p du i6 mars 1699. [OEiwres de Bpssiiet, t. KLII, p. 342.)
(2) Nous transcrivons ici quelques réflexions présentées sur ce Mémoire, par le cardinal de Bausset, dans VHist. de Bossuet y où il relève beaucoup plus longuejnent le ton pea mesure de cet écrit. (T. iU^ liv. X» n. 18 et 19.) (Édkt.)
raptorité de Louis XIV, dans |e jugement doctrinal d'un livre déféré aq tribunal de TÉgliçe romaine, présidé par le P^pe lui-même, et d'y avoir mêlé des expressions menaçantes , qui auroieiit pu intimider des jug«s apcessibles aux considérations humaines. Il Ce Mémoire n'eut au reste aucune influence sur la décision du fape ; elle étoit déjà prononcée lorsqu'il parvint à Rome.
L'assesseur du Saint -Office étant venu rendre compte au Pape ^e. la délibération des cardinaux dans leur séance du 8 mars (i) , Innocent XII parut éprouver quelque peine de voir rejeter, aussi unanimement, un projet qu'il croyoit également propre à assurer la s^ine doctrine, et à mettre à couvert la réputation d'un archevêque recommandable. Mais ce pontife étoit trop judicieux pour résister au sentimenj: unanime des cardinaux, quil ai^oit appelés lui-même en partage de sa sollicitude pastorale (a). Il ordonna en conséquence à l'assesseur, de porter, dès le lendemain 9 mars , à tous les cardinaux , le projet de décret, et d'indiquer une congrégation extraordinaire pour le mercredi 1 1 mars ; on y fit
(x) Lettre de tahhé Bossuet, du 10 mars 1669. [OEuvres de Bossuet , (. XLII, p. 3i3, etc.)
(2) Voyez, au 11. VÏI des Pièces justificatives du livre troisième, quelques observations sur une méprise du chancelier d'Affuefseaif,^ relativement au projet de canons dont nous venons de parler.
ai.
une nouvelle et dernière lecture du décret qui condamnoit VExpUcation des Maximes des Saints. \jQ Pape avoit fait en même temps distribuer des aumônes, et ordonner des prières publiques dans toutes les églises de Rome, pour implorer les lumières du Saint-Esprit, et pour annoncer toute la solennité d'un jugement important dans Tordre de 103. la religion.
Bref du Pape Enfin, Ic icudi 12 mars i6qq, le Pape, après
contre le livre » J VVf r 7 r
des Maximes, avoir dit la messc de grand matin , se rendit dans la Mars 1699. chapelle de son palais de Monte-Caifallo , oîi tous les cardinaux de la congrégation du Saint -Office étoient assemblés ; on y lut , selon les formes ordinaires , le décret convenu et arrêté ; et le Pape le signa. Il fut imprimé le jour même, publié et affiché , selon Tusage , dans les principales places de Rome. Le cardinal de Bouillon et Tabbé Bossuet dépêchèrent des courriers extraordinaires, pour en porter la nouvelle au Roi et aux trois prélats (i).
Ce décret étoit rendu sous la simple forme de Bref. 11 exposoit, dans un précis très-simple et très-abrégé, ce qui s'étoit passé à l'occasion des bruits répandus en France sur la mauvaise doctrine de ce livre , et l'examen qui en avoit été fait, d'après Tordre de Sa Sainteté, par plusieurs cardinaux et théologiens.
(i) On peut voir le texte entier de ce Bref, au n. Vin des . Pièces justificatives de ce livre troisième.
Le Pape déclaroit ensuite, « qu'après avoir pris les a avis de ces mêmes cardinaux et docteurs en théoce logie, il condamnoit et réprouvoit^ de son propre « moui^ement , le livre susdit , en quelque langue et « version que ce fût; d'autant que, par la lecture a et l'usage de ce livre, les fidèles pourroient être (^i) « insensiblement induits dans des erreurs déjà con- « damnées par l'Eglise catholique ; et aussi, comme (c contenant des propositions, qui, soit dans le sens a des paroles , tel qu'il se présente d'abord , soit eu « égard à la liaison des principes (2) , sont respec^ « iwement téméraires, scandaleuses, mal sonnantes, « offensives des oreilles pieuses, pernicieuses dans « la pratique, et même erronées. » Le Bref rapportoit ensuite vingt-trois propositions extraites du livre des Maximes des Saints , et que le Pape déclaroit soumises respectivement aux qualifications énoncées. Le reste du Bref exprimoit les dispositions d'usage pour les livres condamnés, Il à l'exception de la clause qui les condamne au feu. ||
\ La plupart des propositions condamnées pai* ce Brefj peuvent se rapporter, comme nous l'avons
(i) Dans la traduction de ce Bref, imprimée tome XV de l'édition des OEuvres de Bossuet, publiée par dom Déforis, on a mis peuvent être y au lieu de pourraient être : ce qui forme un sens différent, dans le style des censures,
(a) Le même traducteur a ajouté, et des maximes, mots qui ne se trouvent pas dans le Bref.
3di5 HISTbiRË DE fÉNELON.
déjà remarqué (i), à deux fefteurâ tbiidàuientales, dont l'une regarde là su^jprèssion dé tbus lès actes distingués de la charité, dans un certain ctal de* perfection ; et l'autre, le sacrifice absolu du sâîut, dans les dernières épreuves de la vie intérieure (îî). Les autres |)ropositions condamnées par le Bref^ quelque répréhensibles qu'elles àoient dans leur sens jiropre et rigoureux, ne paroissent avoir aucune liaison avec les premières, ni avec le système général du livre condamné (3); ce sont des inexactitudes, dont les meilleures intentions ne préservent pas toujoui*s leà auteurs même les plus instruits. « On peut dire de ces propositions, selon la « remarque du P. d'Âvrigny, qu'acnés servent à « montrer qu'on ne vouloît faire nulle grâce à tout « ce qui pou voit être tant soit peu ambigu, ou équi- « voque, ou susceptible d'un mauvais sens (4). »
(i) Ci-dessus, p. 44»
(a) L'analyse que nous donnons ici du Bref d'Innocent XII, étoit renvoyée, dans les |3récédetates éditions de cctl^ Histoire y au ti. X des Pièces justificatives de ce troisième livi-e. L'importance de ces développenients, pour compléter ceux que nous avons déjà donnés sur le fond de la controverse, nous a détermiqé à les insérer dans le corps de l'histoire. On peut voir de plus amples éclaircissements sur cette matière, dans VHist, litt, de Fénelon, II® partie, n. 85, etc. (Édit.)
(3) Cette observation regarde en particulier les prop. 3, i3, i5, i6 et 22.
(4) D'Avrigny, Mérn. cJironoî. sur P Histoire ecclés, t. ÏY; \% mars 1699*