‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 4)Chapitre 24 sur 46 · LIVRE TROISlijtfE. 3o · texte numérisé non relu

LIVRE TROISlijtfE. 3o

venus à terminer leur examen. Sur trente-huit propositions qui leur avoient été soumises, ils s'étoient accordés à croire que vingt-trois étoient répréhensibles; ils s'ëtoient seulement partagés sur la forme que Ton donneroit aux qualifications. Les uns étoient d'avis de donner à chaque proposition une qualification particulière; les autres jugeoient qu'on devoit se borner à les envelopper sous des qualifications générales. Cette diversité de sentiments fit qu'on s'en remit à ce que le Pape décideroit lui-même ; mais il en résultoit que les dispositions plus ou moins rigoureuses du décret dépendroient, jusqu'à un certain point, des dispositions personnelles des cardinaux à qui le Pape en confieroit la rédaction.

L'avis unanime des cardinaux ne penhettoit plus au Pape de soustraire à la censure le livre de l'archevêque de Cambrai ; mais telle étoit la considération générale que Fénelon s'étoit acquise dans le cours de cette controverse , telle étoit l'estime d'Innocent XII pour sa piété et pour la pureté de ses intentions, que ce Pontife rechercha, avec une affection vraiment paternelle, toutes les formes les plus propres à adoucir la rigueur du jugement qu'il étoit obligé de prononcer. ^qq

Ce fut dans cette intention, qu'il nomma, le 24 fé- Commission vrier 1699, les cardinaux Noris, Ferrari et Albani, p^^^^^Tction pour procéder à la rédaction du décret. Les deux du décret. premiers étoient de savants religieux,, que leur mé-

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rite, leur piété et leur science théologique avoient élevés aux honneurs de la pourpre romaine; ils avoient d'ailleurs présidé à toutes les congrégations des théologiens du saint-siége, et ils étoient parfaitement instruits de tous les points de cette controverse. Le cardinal Albani étoit doué de cet esprit de sagesse, qui annonce les hommes appelés à gouverner. 11 étoit secrétaire des Brefs, l'une des charges de la cour romaine qui donnent le rang de ministre. Il avoit justifié la confiance de son souverain, par celle qu'il inspiroit à tous ceux qui avoient à traiter avec lui : son caractère de droiture et son esprit de conciliation étoient si bien établis dans le {ilublic, que tous les partis le réclamoient auprès du Pape, pour leur arbitre ou leur juge. « Le cardinal Al- « bani étoit, dit l'abbé Phélippeaux(i), sage, réglé, <x affable, habile dans les belles-lettres et l'histoire « ecclésiastique. C'étoitun homme mélancolique et « profond, qui avoit beaucoup de dextérité et de a manège dans les affaires, fertile en expédients, se i( ménageant avec tout le monde, honorant les gens « de lettres, très-zélé pour la gloire, les intérêts et « la gt^andeur du saint-siége : il étoit estimé à Rome « pour un politique. » Cet éloge, déparé seulement par quelques traits vagues et équivoques, est d'autant moins suspect dans la bouche de l'abbé Phé-

(i) Relation du quiéeisme.

lippeaux^ qu'il ne pardonnoit pas au cardinal Albani les dispositions favorables qu'il montra pour Tarchevêque de Cambrai, dans la rédaction du décret.

Le Pape avoit surtout affecté d'exclure de cette commission le cardinal Casànate, parce qu'il étoit instruit des relations particulières qu'il entretenoit avec l'abbé Bossuet, et qu'il l'avoit toujours en tendu opiner, dans les congrégations, de la manière la plus rigoureuse contre le livre des Maximes des Saints. Innocent XII vouloit imprimer à son décret un caractère de modération et d'impartialité, propre à lui concilier la soumission de toute l'Église, et l'assentiment libre et volontaire de celui même qui devoit y lire sa condamnation. C'est ainsi que, dans le moment même oîi Innocent XII se voyoit obligé de remplir un ministère de rigueur, il cherchoît à combiner, avec l'intérêt le plus touchant, les formes les plus douces, pour ménager l'honneur et la personne de Fénelon .

Mais le cardinal Albani fut le premier à représenter au Pape tous les motifs de justice et de convenance, qui dévoient faire admettre le cardinal Casariate dans la commission nommée pour la rédaction du décret. Il représenta surtout, que l'exclusion affectée d'un membre du sacré collège, que son âge, son ancienneté^ sa longue expérience dans toutes les questions de doctrine , appeloient paturellement à

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cette commission, paroitroit déroger aux principes de justice et d'impartialité que Sa Sainteté vouloit manifester.

Le Pape ne se rendit qu'avec répugnance aux représentations du cardinal Albani ; et telle étoit la tendre affection qu'il avoit conçue pour Fénelon , telle étoit l'espèce de respect dont il vouloit l'environner dans son malheur, « qu'il (it , au rapport « de l'abbé Bossuet (i) , une démarche que jamais « Pape n'avoit faite. Il envoya l'assesseur et le com- « missaire du Saint-Office à tous les cardinaux, « pour leur recommander de traiter avec douceur « la personne de M. de Cambrai , et de l'épargner <c en tout ce qui n'étoit pas essentiel : en un mot, il ce s'expliqua de manière à leur faire entendre qu'on « lui feroit plaisir de ménager ce prélat^ autant qu'il « seroit possible. » Il fit plus encore (2); a il chargea « le commissaire du Saint-Office de passer chez le ce cardinal Casanate en particulier, qu'il savoit le plus ce mal disposé pour l'archevêque de Cambrai, et de « lui recommander, de sa part, de réfléchir sérieu- « sèment, sous les yeux de Dieu , sur le danger de « compromettre 1 Eglise romaine; de bien consulter « sa conscience, et de n'avoir nulle autre vue. »

(1) Lettre de fabbé Bossuet, mars 1699. [OEwres de Bos» suei, t. XLII, p. 3o4.)

(a) Relation de i'abbe Phélippeaux , p. 911 3,

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