DU TOME DEUXIEME
N^ I. — Page 8o.
7 Sur un ouvrage inédit de Bossuet^ destiné à servir de suite et de complément à son Instruction sur
LES ETATS d'oRAISON.
Bossuet lui-même nous apprend , dans la Préface de son Instruction sur les états d'oraison, que cet ouvrage n'étoit, dans son idée, que la première partie d'un autre beaucoup plus étendu , qui devoit expliquer à fond la théorie et la pratique de la théologie mystique. « Je diviserai cet ouvrage, dit-il, en cinq 'traités. « Je proposerai dans le premier, qui est celui-ci, les faux prin- « cipes des mystiques de nos jours et leur mauvaise théologie , « avec une juste censure de leurs erreurs. Pour les réfuter plus à <t fond, le second traité fera voir les principes communs de « l'oraison chrétienne. Le troisième exposera, par les mêmes rè- « gles, les principes des oraisons extraordinaires, dont Dieu favo- •• rise quelques-uns de ses serviteurs. Les épreuves et les exercices « feront le sujet du quatrième. Enfin, je conclurai cet ouvrage, « en expliquant les sentiments et les locutions des saints doct* teurs dont les faux mystiques ont abusé ; et partout, je tâche* « rai d'empêcher*que Tabus qu'ils en auront fait, ne fasse perdre ■ le goût de la vérité (i). »
(x) Intir. sur les états d*orais. Préf, n. 9. Voyez aiusi livre X, n. a^. ijOEwr, de Bossuet, t. XXVll, p. 36, 4^0 etsaiv.) \
44^ PlèCES JUSTfFtCATITCS
Une lettre de Bossuet à son neveu, du 7 décembre 169^, montre que, vers la fin de la controverse du quiétisme, et malgré le g;raDd Dôilibre d'écrifl qu'il àvoit déjà publiés silr cette matière, il attacbôit toujours uhë grande importance à l'exécution du plan qu*il avoit annoncé dans la Préface de son Instruction sur les états d'oraison. Il se proposoit de publier, après la décision du Pape sur le livre des Maximes^ son Second Traité sur les états d'oraison , et de comprendre dans un seul volume les quatre nouveaux traités qu'il avoit promis. Il désiroit même, pour donner plus d'autorité à son ouvrage , obtenir du Pape la permission de le lui dédier (i).
Quoique Bossuet n'ait jàMafs publié ce Second Traité, on ne peut douter qu'il ne l'ait rédigé, du moins en grande partie; car cet ouvrage est clflirement ii^diqné, souste titre de La vraie t>vrdition de la Théologie mystique, dans l« PfiHlëge accorrfé en 1^97 à Tévéque de Troyes , neveu de Bossuet, pour l'édition des OEu' vres posthumes de l'évéque de Meaux (a). La vraie Tradition de la Théologie my s tique ne îai point alors imprimée; vraisemblablement , parce que les éditeurs, en l'examinant de plus près , trouvèrent l'ouvrage trop incomplet pour être donné au public. Mais nous avons sous les yeux le manuscrit original, qui renferme, à ce que nous croyons , la plus grande partie de l'ouvrage que fiossuet se proposoit de publier. Ce manuscrit se compose de 847 pages in-4S <iui équivalent à peu près à 3oo pages in-S* de l'édition des OEuvres de Bossuet ^ publiées à Versailles.
Le titre sous lequel cet ouvrage est désigné dans te Priidlége de 1737, ne se trouve point dans le manuscrit ; et noua doutons que Bossuet l'eût adopté. Le seul titre qu'on lise aujourd'hui à la tête de l'ouvrage, est celui-ci: Première partie: Des principes communs de l'oraison chrétienne. Ce titre, comme on voit, est <ïelui du second traité annoncé par Bossuet , dans la Préface de son Instruction sur les états d'oraison* Il ne paroit pas qu'il ait eu l'intention de le changer, depuis qu'il eut pris le parti de fon-
(i) OEuvres de Bossuet , t. XLII, p. 79.
(s) Ce PrMlégê te lr«iHe à la tuile &tÈ JHédtmtioiis sm> l'Évsnkgih, «Ida Traité du libre arbitre , pii|iUéSR«i tf )l. ^^>n,
DtT LIVRB TAOI^IKMK. 445
dre en un seul traité, les quatre qu'il avott annoncés. Il eét d'ailleurs aisé de voir que ce titre convient parfaitement à l'ouvrage, d'après le nouveau plan adopté par Bossuet. On pourra a'en cenvaîBcre par Vanalyse que nous allons donner de cet ouvrage.
n se compose décent ouéc chapitrée , et de quelques fragments iticempleU, qui dévoient ibriihèr la conclusion. Bosèuet montre, dans les premiers chapitres j que les principes communs de toute la vie chrétienne, et particulièrement de l'oraisoU, qui en est lé principal exerdifè ^ Sdttf H t6\, l'ëàpérancé et la charité. (Cbap. i>>6t} Il examine ensiiité ce que chacune de ces trois vertus f*it dius l'oraison. L'ouvrage entier est consacré à cet etantén^ «n sorte qu'il se divise naturellement en trois parties j relatives aux trois vertus théologales , dont BossUet explique à fond Ift pratique dans l'oraison.
Pour ce qui regarde, en premier lieu , l'exercice de la foi , Bossuet établit contre les nouveaux mystiques, que la contemplation des attributs divins ne doit paâ moins entrer dans l'oraison des parfaits que dans celle des commençants , et que c'est une errtur, d« renvoyer k ceu^c^ci la contemplation dtê attribtttt divins, en réservant auft premiers la eontemplation de la seule essence divine. (Ch. 6 et y.) Il établit la même doctrine, par rapport à la pensée distincte de la Trinité, dé lA Sainte humanité da Jésus-CShrist , et des autres mystères de la fol ; non en ce sens qu'il Soit nécessaire d'avoir à chaque moment, dans l'oniison, oes pensées distinctes ; mais en ce ëens qu'on^ne doit jamais tet exclure volontairement de la plus haute contèmphition , ou dé l'oraison la plM parfaite, sous préteikte de s'atucber à la seule essence divine. (Ch. 8, etc.)
Bossuet examine, à cette occasion, en quel sens les saints Pères et les auteurs mystiques ont exclu de la contemplation les rmiMmmmettts et les imetgeâ seiîstiéféi. Il montre que les Seuls raisoauenienti exclus de la contemplation , sont les raisonnements hnnMios, que chacun peut fftire dsns son esprit » par sa propre induitrie ; mais non les raisonnements qui se trouvent en termes foruieitdaiis fÉerituré, par etemple, dans les discours de Notre* 9ttgaovr. 6«Bd«nitêra r»i^oim«|iHRi|s étant }'oli)ei direct d«hiM|
444 Plk^BS JUSTIFICATIVES
peuvent être aussi Tobjet de la plus parfaite contemplation. (Ch. 17.] Par une semblable raison, les seules images exclues de la contemplation , sont les vains fantômes de notre imagination, produits naturellement par l'agitation perpétuelle de nos pensées ; mais non les images que Dieu lui-même forme en nous, et qu*il nous montre dans l'Écriture. (Ghap. a6.) Cette pi'emière partie de Touvrage ^eut servir de complément aux livres II et V de V Instruction sur tes états d'oraison, où Bossuet traite de Texercîce de la foi dans Toraison, et de la nature des actes #/rrectSf dans lesquels consiste proprement la contemplation.
Après avoir expliqué l'exercice de la foi dans l'oraison , i\ examine celui de l'espérance, qu'il fait consister dans le désir de la jouissance ou de la possession de Dieu , que la foi nous promet. (Chap. a8, etc.) Ici Bossuet montre que le désir de la jouissance ou de la possession de Dieu , ne peut être considéré comme un acte imparfait, et contraire au désintéressement de l'amour; que ce désir, loin d'être une imperfection, appartient directement à la chante', dont il est un des plus excellents fruits* (Ghap. 34 f etc.)
Le développement de ces principes conduit naturellement Bossuet à examiner la nature de la charité , et en quoi elle diffère de l'espérance. Il renouvelle , à cette occasion , la doctrine qu'il avoit déjà soutenue dans son Instruction sur les états d'oraison, et dans ses autres écrits sur le quiétisme , relativement au motif de la béatitude, essentiel, selon lui, à tous nos actes, et particulièrement à l'acte de charité. La plus grande partie de l'ouvrage que nous analysons, est consacrée à établir cette doc* trine , en faveur de laquelle Bossuet invoque surtout la tradition constante de l'Église ; il s'attache principalement à expliquer en ce sens la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas, dont il s'efforce de montrer l'accord sur ce point.
Pour compléter cette discussion , et pour expliquer plus à fond ce qui regarde l'exercice de la charité dans l'oraison , Bossuet consacre les derniers chapitres de l'ouvrage à examiner ce qu'il faut penser des actes d'amoUr fondés sur des suppositions impossibles; s'il est permis de les faire , et dans quelles circonstances ; quelle en est )a nécessité et la perfection ; en quoi ils
DU LIVB£ TBOlSljèME. 44^
servent à purifier Tamour; eofin, avec quelle réserve el quelles précautions on peul les permettre aux âmes peiuées, dans les grandes épreuves de la vie intérieure. (Chap. io5 , etc.)
On voit assez, par cette courte analyse, que Bossuet a fait entrer dans cet ouvrage, les quatre nouveaux traités qu'il avoit annoncés dans la Préface de son Instruction sur les états d'oraison, 11 s'est principalement attaché au second et au cinquième, qui dévoient exposer les principes communs de l'oraison chrétienne, et le langage de la tradition dont les faux mystiques ont abusé. Tout ce qui regarde le troisième et le quatrième , est beaucoup moins développé; Bossuet croyoit sans doute en avoir dit assez là-dessus, dans ses ouvrages précédents; toutefois, les principes qui regardent les oraisons extraordinaires, sont exposés avec une certaine étepdue, dans la partie de l'ouvrage ou il explique l'exercice de la foi dans l'oraison. (Chap. i9-a6.) £t l'article des épreuves^ est traité plus succinctement dans les derniers chapitres , à l'occasion des actes d'amour fondés sur des suppositions impossibles. (Chap. io5, etc.)
Malgré toute l'importance que Bossuet avoit d'abord attachée à cet ouvrage , il ne parolt pas qu'il ait songé à le publier depuis la controverse du quiétisme. Indépendamment des occupations importantes qui purent l'en empêcher, nous sommes portés à croire qu'il en fut détourné par d'autres considérations. II n'ignoroit pas que l'atlention publique étoit fatiguée, et comme épuisée, par la multitude d'écrits que cette controverse avoit enfantés pendant plus de deux ans. 11 n'ignoroit pas non plus , que son opinion particulière sur la nature de la charité avoit été peu goûtée , ou plutôt généralement désapprouvée à Rome comme en France, même par les théologiens les plus opposés au livre des Maximes {i). Dans ces conjonctures, il sembloit peu convenable de publier un ouvrage, dont le but manifeste étoit de faire prévaloir une opinion si généralement abandonnée; une pareille publication ne pouvoit que renouveler des discussions si heureusement terminées, et peut-être affoiblir dans l'opinion
(i) Voyez ci'dessus, p. 329.
448 PIECES JUSTlFICiLTLVES
de placer sur les marges de Texemplaire imprimé. Ces additions et corrections manuscrites forment à peu près le quart du volume ; elles sont reliées en un seul tome avec l'ouvrage imprimé ; mais la reliure n'a été faite qu'après la rédaction des additions, dont quelques-unes se trouvent hors de] leur place, par la négligence ou l'inadvertance du relieur. Ce déplacement, joint à l'obscurité d'un certain nombre de renvois, rend quelquefois la lecture de l'ouvrage assez difficile , pour les personnes qui .le sont pas versées dans Tétude des matières dont il s'agit.
Sur le premier feuillet du volume, on lit une note manuscrite , conçue en ces termes : « Donné à la Bibliothèque de Sor» m bonne^ au mois d'août 17B5, par madame de Froulé, marquise « de Créqui. »
«Toutes les notes marginales, et celles qui sont intercalées, n sont de la main de M. de Fénetoo, qui vouloit donner une non- « velle édition de son ouvrage des Maximes des Saints.
« Signé: Gayet de Sansale, Bibiioth, de Sordonne. »
Il résulte de cette note , que ce volume provient de l'ancienne Bibliothèque de la maison de Sorbonne, qui l'avoit elle-même reçu, en 1785, de madame la marquise de Créqui. Il paroit qu'avant celle époque, le volume appartenoit au& Prêtres de la Mission de Saintes; du moins nous croyons qu'il est mentionné dans le (Jatalogue des manuscrits qu'ils avoient procurés, en 1780,3 l'abbé de Fénelon ,pour servir à l'édition des œuvres de l'archevêque de Cambrai , alors préparée par l'abbé Gallard. Nous avons sous les yeux ce Catalogue , dans lequel on lit un article conçu en ces termes : Le livre de M, de Cambrai, avec les reiran" chemenls, changements et additions ; trente-sept cahiers (i3* car" ton, n° 9.) L'abbé Gallard ayant renoncé, en 1785, au travail relatif à l'édition des Œuvres de Fénelon, remit les manuscrits à l'abbé de Fénelon. Ce fut vraisemblablement vers ce temps, que le volume dont nous parlons fut acquis par la marquise de Créqui , qui le donna bientôt après à la Bibliothèque de Sorbonne. Quelques autres indications , données dans la note déjà citée
du bibliothécaire de la Sorbonne» ne sont pas tout à fait exactes. Cette note suppose que toutes les additions et corrections de ce volume sont de la propre main de Fénelon. Il est vrai qu'elles en sont y pour la plupart; mais il est également certain que plusieurs sont de la main du duc de Chevreuse ; et quelques-unes, de la main de l'abbé de Langeron. On trouve même , à la page io6 du volume , une assez longue liste de corrections proposées à Fénelon par le duc de Chevreuse, et dont Fénelon a fait usage dans la révision de son livre; ce qui ne permet pas de douter qu'il n*ait concerté cette révision avec le duc de Chevreuse et l'abbé de Langeron , aussi bien qu'avec plusieurs prélats et théologiens dont il est parlé dans Thistoire.
Pour ce qui regarde le fond et la nature des corrections, quelques-unes ont uniquement pour objet la netteté ou la pureté du style ; mais la plupart ont pour but de rendre le sens et l'expression plus exacts, et surtout d'expliquer à fond la pensée de l'auteur, afin d'écarter les mauvaises interprétations qu'on pourroi t donner à son texte. Pour donner une juste idée de ce travail, on peut dire, en un mol, que c'est le livre des Maximes ^ expliqué par l'auteur lui-même , dans le sens de ses écrits apologétiques. Longtemps avant la découverte du volume dont nous parlons, nous avons donné nous-mêmes, en i8ao, un semblable travail , dans la seconde partie de V Analyse de la contrwerse du quiéiisme, placée à la tête du tome IV des Œuvres de Fénelon (i). Cette seconde partie peut être considérée comme l'analyse du livre des Maximes, expliqué d'après les écrits apologétiques de Fénelon, et comme le résumé des explications beaucoup plus développées qu'il a données lui-même, dans le volume nouvellement découvert. On doit seulement remarquer, que Fénelon ayant abandonné son projet de nouvelle édition, avant d'avoir achevé le travail de sa révision , quelques parties de son Irvre ne sont pas entièrement corrigées. Au moment où il abandonna ce travail , il avoit fait à son livre les corrections les plus essentielles, et en avoit supprimé ou modifié les propositions les plus
(i) Cette seconde partie a été reproduite dans MHist. littér. de Fénelon, p. 256, etc.
4So Pli:CES JUSTIFICATIVES
répréhensibles (i); mais les derniers articles du livre offrent beaucoup moins de corrections que les autres, et renferment encore quelques-unes des propositions condamnées depuis par le Bref d'Innocent XII (a). Sous le rapport du style, le travail de Fénelon ne laisse guère moins à désirer, du moins en quelques endroits où le texte primitif est comme surchargé d'explications, qui rendent la lecture peu agréable , et quelquefois même fati* gante par de nombreuses répétitions. Ces imperfections de style se remarquent en particulier dans le préambule du livre, où Tauteur explique les divers états d'amour de Dieu , et dans les articles où il explique plus à fond la nature du pur amour, de la sainte indifférence des âmes parfaites , et de leur désintéressement dans les dernières épreuves de la vie intérieure (3).
Ce court exposé peut donner une idée des diflicultés qui se présenteroient, dans le cas où t*on songeroit à publier cet ouvrage de Fénelon , et des précautions qu*il seroit nécessaire de prendre avant cette publication. Il semble d*abord que l'ouvrage, dans Tétat où il est présentement , ne pourroit être publié , sans blesser le respect dû au saint-siége et à l'Église elle-même; puisque, malgré les nombreuses corrections que l'auteur y a faites , il renferme encore quelques-unes des propositions condamnées par le Bref d'Innocent XII. Il est vrai que ces propositions non corrigées sont en petit nombre , et ne paroissent pas tenir aux erreurs fondamentales du livre ; mais il est toujours vrai que lés propositions non corrigées, sont condamnées par l'Église, et l'ouvrage prohibé, par suite de cette condamnation. On ne pourroit donc, d'après les principes de robéissance due à l'Église et au saint-siége, publier l'ouvrage, qu'en achevant la correction commencée par Fénelon, c'est-à-dire, en mettant les correctifs nécessaires aux propositions non corrigées, d'après les écrits apologétiques de l'auteur. Mais en supposant
(x) Les prop08iti<»s x-i4i z8-so, sa et a3, condamoées depuis par le Brff d'Innocent XII, soAt supprioiécs ou modi^fes dans l'exemplaire dont noua parlons.
(a) On retrouve dans ce Tohime , sans aucun correctiF, les propositioiis i5y i6, 17 et ai, condamnées par le Bref d'Innocent XII,
(3) Maximes des Saints, art. 4, 5, 10, 14 , etc.
DtJ LIVRE TROISIEME. 4^1
ces correctious, il semble que rien ue s'opposeroit à la publication de Touvrage , la condamnation portée contre la première édition ne pouvant s'appliquer à une nouvelle édition , dans laquelle le texte condamné se trouveroil corrigé d'après les écrits apologétiques de Fénelon , que TÉglise ni le saint-siége n'ont jamais condamnés (i). Toutefois on conçoit les difficultés et la délicatesse extrême de ce travail, qui ne pourrait être fait que par un homme très-versé dans l'étude de la matière dont il s*agit. Nous doutons" même qu*un simple particulier pût prendre sur lui la responsabilité de ce travail , et surtout qu'il pât le publier sans l'avis et le consentement de l'autorité compétente.
N« III. — Page i38.
Sur l'abbé Bossue t et sur l'abbé Phélippeaux (2),
Nous nous abstiendrons de manifester notre opinion sur l'abbé Bossuet, par respect pour le nom qu'il portoit, et pour le caractère dont il fut revêtu après la mort de Louis XIY. Quelques fragments de ses lettres, que nous n'avons pu nous dispenser de rapporter, suffisent pour donner une idée de sa violence et de ses emportements. Si l'on veut en prendre une connoissance plus détaillée, il faudra qu'on ait la patience de lire sa volumineuse correspondance (3), publiée par dom Déforls, et qui dépare d'une si étrange manière l'admirable colleo> tion des Œuvres de Bossuet. On ne concevra jamais comment lea éditeurs ont eu Tinconvenance de mêler aux œuvres d'un si
(x) D'après les règles mêmes de V Index, et les Constitutions des somvtrains pûnti/e* SÛT cette mittière , la condamnatioa qui a été faite d'un livre, ne s'étend pat au éditions suffisamment corri^fées. Vojrez la 8« règle de VIndex , et les Constitutions de Clément FUI et de Benoît XI F ^ à la tête de X Index librvrum prohibitorum.
(a) Nous réunissons dans ce n« ce qui se tronvoit, dans les éditions précédentes , sous les no* VI et Xll des Pièces justifie, du troisième livre,
(3) Tomes XL , XLl et XL11 des Œuvres de Bossuet,
{çrand homme, des lettres aussi peu intéressantes pour la postérité , que peu honorables pour celui qui les a écrites.
L*abbé Phélippeaux achevoit ses études en Sorbonne, lorsque Bossuet, présidant à une thèse qu'on y soutenoit, entendit cet ecclésiastique disputer avec une sagacité et un talent qui le frappèrent. Il lui fit proposer de s'attacher à lui. L'abbé Phélippeaux accepta avec autant d'empressement que de reconnoissance une proposition aussi flatteuse. Bossuet le mit auprès de son neveu , pour diriger celui-ci dans ses éludes théologiques. L'abbé Phélippeaux se trouvoit à Rome avec l'abbé Bossuet , à l'époque où l'affaire du livre des Maximes des Saints y fut portée. Bossuet les y retint, pour suivre, en son nom, la controv^se qui alloit s'ouvrir entre Fénelon et lui, au tribunal du saint-siége. Les connoissances théologiques de l'abbé Phélippeaux lui furent d'un grand secours auprès des examinateurs et' des cardinaux de la congrégation du Saint-Office; mais il paroit que cet ecclésiastique, malgré l'attachement et la reconnoissaace qu'il devoit à Bossuet , s'étoit permis d'entretenir, à son insu, une correspondance secrète avec l'archevêque de Paris , dont il recherchoit le crédit et la protection. L'abbé Bossuet découvrit cette infidélité de l'abbé Phélippeaux, en décachetant une de ses lettres (i). On voit que ni l'un ni l'autre ne se piquoient d'une extrême délicatesse.
A son retour en France, l'abbé Phélippeaux composa sa Re* lation du quietisme, ouvrage qui décèle la partialité la plus marquée, et l'acharnement le plus odieux contre Fénelon. Mais il ne le fit point imprimer ; il ordonna même, en mourant, à la personne dépositaire de son manuscrit, de ne le publier que vingt ans après sa mort. On se conforma à ses intentions ; l'abbé Phélippeaux mourut en 1708, et on fit imprimer sa Relation du quietisme en 173a. On ne peut douter que le but de l'auteur n'ait été de flétrir la réputation de l'archevêque de Cambrai, en posant les fondements d'une fausse tradition; il osoit espérer
(i) Yo/ez la Lettre de l'abbé Bossuet à son oncle, da 17 février 16^; et Ul Réponse de Bossuet, du 9 mars suivant. (Œuvres de Bossuet, t. Xlll, p. a65 et 3ii,)
qu'à mesure que le temps auroit fait disparoitre tous les contemporains dont le témoignage et Tautorité pouvoient aider à éclaircir la vérité, on seroit plus disposé à accueillir ses odieuses imputations. Cet ouvrage (i), imprimé clandestinement en 173a, fut flétri et supprimé par un jugement de la police et un arrêt du conseil y qui ordonnèrent qu'il seroit brûlé par la main du bourreau; trois particuliers, convaincus d'avoir participé à l'impression de ce libelle, furent condamnés à être mis au carcan.
L'abbé de La Bletterie fit paroi tre, dès 173 s et i733, trois lettres où il réfute , avec autant de modération que d'évidence, les calomnies que rabl)é Phélippeaux avoit avancées contre Fénelon et madame Guyon (a). Le témoignage de l'abbé de La Bletterie est d'autant plus remarquable, qu'il se montre d'ailleurs assez favorable à un parti qui a toujours affecté de déprimer Fénelon (3). Ces lettres de l'abbé de La Bletterie sont très-curieuses, et sont devenues très-rares. Cependant, après de nombreuses recherches, nous avons pu nous en procurer un exemplaire; et nous avons observé avec satisfaction , qu'elles confirmoient entièrement tous les faits et tous les jugements que nous avons exposés sur Fénelon et sur madame Guyon (4). Ces lettres démontrent et vengent, de la manière la plus évidente, l'innocence et la réputation de madame Guyon : il paroit qi^elles
(i) Relation de l'origine » du progrès et de la condamnation du quiétisme répandu en France; 173a; a vol. in-ia» sans nom d*aalear, de ville, ni d'imprimeur.
(a) Lettres de M.*** à un ami , au sujet de la Relation du quiétisme ; 1733, in-ia. L'importance de ces lettres, dont les exemplaires sont devenus extrêmement rares, les a fait insérer dans le tome XI de la Correspondance de Fénelon t pnblié en iSag. (Éoit.)
(3) L'abbé de La Blelterie manifeste assez clairement son attachement à ce parti, dans la seconde des lettres dont nous parlons. (Jbid, p. io3, etc.) (Édit.)
(4) Nous avons remarqué ailleurs, {Préface de cette nonvelle édition) qne le cardinal de Bausset n'ayant connu ces Lettres qu'après la rédaction de son ouvrage, n'avoit pu en profiter pour l'éclaircissement de plusieurs faits importants. L'idée avantageuse qu'il donne lui-même de ces Lettres» nous a déterminé à les mettre à profit dans cette^ nouvelle édition, pour compléter et modifier sur quelques points le récit du cardinal de Bausset. (Édit.)
454 PliCËS JOSTIFICATITBS
achevèrent de convaincre et de déaabaser tons ceux qui aveîeot (>u conserver un reste de prévention; du moins on ne voit pas que, depuis cette époque, aucun écrivain ait été tenté de faire revivre les odieuses cnlomnies dont elle avoit été Tobjet. L'abbé de La Bletterie rapporte même (i) « qu'il avoit demeuré dans é une Ville peu éloignée de Blois, où madame Guyon passa les « quinze dernières années de sa vie; qu'il avoit eu souvent oc-
* casion d'entretenir des personnes très-dignes de foi , qui lui « avoient souvent parlé, avec admiration, de la patience et de la « résignation de madame Guyon , dans des inGrmités conti-
* nuelles; de son amour pour les pauvres, de la simplicité « de sa foi, de son éloignenient pour toute voie extraordinaire : « elle avoit pleinement renoncé aux vaines spéculations. Jamais « oia ne lui a entendu dire la moindre parole d'aigreur contre « ceux qui l'aVoient persécutée $ au contraire, elle lesexcusoit, « en disant : Ils ont cru bien faire : Dieu m'a voulu humilier, « je ne le suis pas assez ; que son nom soit béni ! Ce langage, « ajoute l'abbé de La Bletterie, ne venoit pas d'impuissance de «< se justifier, puisqu'elle avoit offert, dans le temps, de soutenir « toutes sortes de confrontations. »
Ajoutons, que ses vertueux amis (car personne assurément ne contestera ce titre à des hommes tels que Fénelon, Beauvilliers et Chevreuse) conservèrent pour elle, jusqu'à la fin de leur vie, des sentiments d*estime qui alloient jusqu'à la vénération.
Nous avons confronté, avec la plus exacte impartialité, les témoignages opposés des amis et des ennemis de madame Guyon, ainsi que les nombreux écrits de. sa main, qui ont passé sous nos yeux; et nous sommes testés convaincus, que, si elle s'attira une partie de ses malheurs par un zèle indiscret et des démarches imprudentes, par un langage peu correct et des maximes répréhensibles, elle étoit loin de mériter les cruels traitements qu'elle eut à essuyer.
(i) r« Lettre de l'abbé de La Bletterie. (Ibid. p. 97.)
j>v uvRfi TaoïsifiME. 455
N« IV. — Page 175.
Sur le reproche Jait à Pénelon, par Bossuet, d^açoif falsifié plusieurs passages des Entretiens de saint François de Sales.
L'ouvrage de saint François de Sales, intitulé : Entretiens et colloques spirituels y fut d'abord imprimé à Lyon par Pierre Drohet, en i6a8.
Aussitôt qu'ils parurent, madame de Chantai et Jean-François de SfdeSj alors évéque de Genève, frère et successeur du saint évéque» eurent recours à Louis XIII» pour obtenir la suppression d'un ouvrage où l'on avoit inséré des maximes plus ou moins hardies. Louis XIII s'empressa de se rendre aux justes réclamations de madame de Chantai, et du nouvel évéque de Genève. U supprima cet ouvrage par des lettres-patentes , datées du camp de la Rochelle, le 110 juillet i6a8.
Vincent de Cœursillysi, imprimeur de Lyon, donna dès 1629 une nouvelle édition de l'ouvrage de saint François de Sales, sous le titre de ferais Entretiens et colloques spirituels.
Cette édition servit de modèle à celle de Toulouse, sous la date de 1637.
Mais en i65o, Jean Rudisson^ imprimeur de Lyon, au lieu de se conformer aux deux dernières éditions, qui étoient les seules correctes, réimprima celle de 162S, qui avoit été supprimée par les lettres-patentes de i6a8.
Fénelon croyant de bonne foi que cette édition étoit la plus authentique, parce qu'elle étoit la plus récente, en cita plusieurs passages avec confiance, pour la défense de son livre des Maximes des Saints,
Bossuet, ea confrontant ces passages avec l'édition de 1637, fut étonné avec raison des différences et des altérations sensibles qu'il y observa; et il se crut en droit de reprocher à Fénelon de l#s anroir falsifiés.
Ces délai Is sont rapportés dans une lettre du marquis de Cam» àiS'Feiieronf adressée aux rédacteurs des Mémoires de Trévoux, (juillet 1758, p. 1609), et reproduite dans le Journal des Savants combiné avec les Mémoires de Trévoux. (Juillet 1758, p. 44^» ^^^') Barbier a rappelé ces détails dans sa Dissertation sur soixante traductions délimitation de Jésus-Christ. (Paris, i8ia» in-ia» p. i3a.]
N« V. — Page 202.
Sur les motifs de la disgrâce de Fénelon auprès de
madame de Maintenon,
On a prétendu, dans un grand nombre de Mémoires manuscrits et imprimés, que L'une des causes qui contribuèrent le plus à aigrir madame de Maintenon contre Fénelon , fut Topposition qu'il avoit apportée à la déclaration publique de son mariage (i). Il est certain que beaucoup de personnes, en France et dans les pays étrangers, parurent adopter cette conjecture dès les premiers temps de la disgrâce de Farchevéque de Cambrai. On en trouve des traces dans les lettres de Fabbé Bossuet et de Tabbé de Chanterac. Elle fut même propagée par les ennemis de Fénelon, pour le rendre encore plus odieux à madame de Maintenon, et adoptée peut-être trop légèrement par des amis imprudents du prélat, qui crurent rendre Rome plus favorable à sa cause, en le représentant comme une viclime sacrifiée au ressentiment d'une femme puissante. On étoit si étonné de voir madame de Maintenon se prononcer si vivement contre Fénelon, après en avoir été l'amie la plus déclarée, qu'on s'obstinoit à attribuer un si grand changement à un motif plus impérieux que celui d'une simple différence d'opinion, sur un point obscur de théologie. Mais cette anecdote ne nous paroit appuyée sur aucune observation qui puisse même lui donner de la vrai-
(3) Les Mémoires de Saint'Simon ont beaacoup contribué à donner d« crédit à cette anecdote. (Mém. t. XXIV, édit. in- 12, p. 90, etc. 184, etc.)
semblance. Elle contrarie toutes les notions historiques que les Mémoires du temps nous offrent, sur le caractère et la conduite soutenue de madame de Maintenon, jusqu'au dernier moment de sa vie. Cest surtout par sa modestie, son désintéressement et sa modération, qu'elle a toujours mérité les plus grands éloges. La femme qui a apporté une attention suivie et presque minutieuse, à détruire toutes les preuves qui auroient pu constater son état après sa mort , ne peut être soupçonnée d'avoir ambitionné un titre et des honneurs, dont elle n'avoit ni le désir, ni le besoin. La femme que son goût et son caractère avoient portée à se concentrer dans la retraite, au milieu même delà cour, et qui se trouvoit encore importunée des assujettissements auxquels sa position la condamnoit, devoit bien plus redouter que rechercher la représentation extérieure attachée au titre de reine. Le véritable goût de madame de Maintenon eût été celui d'une vie indépendante, et elle n*a jamais pu en jouir : son véritable attrait eût été pour une société intime entre un petit nombre d'amis ; société dont elle avoit connu le charme dans quelques courts intervalles de sa première jeunesse. Elle avoit d'ailleurs trop d'esprit et de tact, pour ne pas sentir que le vain titre de reine n'auroit rien ajouté à son crédit réel, ni à la confiance de Louis XIV, et qu'une ambition aussi déplacée auroit blessé toutes les idées de dignité et de convenance auxquelles ce monarque étoit si attaché.
Enfin, si un pareil projet avoit jamais été mis en délibération, ce n'eût point été Fénelon que Louis XIV auroit consulté sur un sujets! délicat, et qui supposoit la confiance la plus intime. Ce prince n'eut jamais ce genre de confiance pour Fénelon ; et si on s'en rapporte à quelques témoignages, on seroit fondé à croire que Louis XIV avoit su , pendant quelque temps, mauvais gré à madame de Maintenon, de la prévention si marquée qu'elle accordoit à Fénelon.
L*abbé de Saint-Pierre attribue (i) la prétendue intention de madame de Maintenon de se faire déclarer reine, aux conr seils de la maréchale de JVoailles, dont le fils avoit épousé sa
(i) Annales polUiqMes ; t. II, p. 659I; tonée 17x9.
458 FtèCES JUSTIFfCA^TIYES
mièee; aak Tabbé de Suot-PSerre pauroit avoir ignoré que c'étoit FcoeloD lai-oiéne qui avoil inspiré à madame de Maintenoo la première idée de marier m nièce an comte d*Ayen ; et il n'a pas fait attention, qne lorsque ce mariage fut déclaré et concidi Féndon n'étoit plus a la conr.
Si quelqu'un avoit pu être eiactement instruit de la vérité de cette anecdote, c'eût été le marquis de Fénekm, qui avoit passé sa jeunesse auprès de TarcfaeTéque de Cambrai, et qui s'étoit occupé avec tant de soin à rassembler tous les matériaux de rhistoire de son oncle. Nous avons une lettre de lui, sur ce snjet, à M. Dupuy, qui avoit vécu dans la plus grande intimité avec le duc de Beanvillîers et Féneloo, et qui étoit même em* ployé, comme ou t'a vu, dans Téducation du duc de Bourgogne, en qualité de gentilhomme delà mmmche. \ Dans cette lettre, le marquis de Fénelon interroge M. Dupuy, sur le projet attribué à madame de Maintenoo, sur l'opposition prétendue de Féneloii à ce projet, et sur la disgrâce de l'archevêque de Cambrai, qu'on snpposoit avoir été la suite de cette opposition. M. Dupuy lui répond en détail sur plusieurs autres faits; et pour ce qui regarde cette dernière anecdote, il se borne à répondre, qu'on Va du dans le temps, mais qu'on n'en a aucune preui*e (i). Aussi le marquis de Fénelon, dans X Histoire abrégée de l'arclteç'éque de Cambrai, regarde-t-il cette anecdote comme absolument destin* tuée de preuves, et même de vraisemblance. Il la met au nombre des fictions des gens qui veulent toujours voir plus que les autres, dans les mystères de la cour (a). |
S (i) L.e8 pièces citées en cet endroit, par le cirdioai de Bansset» se cooserrmt
à la Bibliothèque du séminaire de Saint-Sulpice. (Édit.)
(2) Récit abrégé de la ^vie de Fénelon (par le marquis de Fénelon) : édit. de La Haye, 1747, in-ia. (p. 84, etc.) — On peut voir, à Tappui de ces obserrations, celles de M. de Monmerqaé, sur le même snjet, dans sa Notice histor. sur madame de Maintenon, à la tète des ConveYsations inédites Âe madame de Maintenon; Paris, 1828, in-8", p. 1.XII, fetc. — Hist. demadamB dé Maintenon , par le duc de Noailles : t. il , f . ift8, etc. (£ni¥.)
DU LtVftE TRDISIJi:MB. 4^9
N« VI. — Page 25 1.
Sur la conduite et les opinions singulières de Synésius^
éi^êque de Ptolémaïde,
Les écrivain^) ecclésiaistîquës sont partagés sur la sincérité des protestattond de Synésius. Le cardinal Baronius s'est déclaré pour l'opinion que nous avohs rapportée dans V Histoire de Féne* Ion (i). Le P. Petau, éditeur des Œuvres de Synésius, pense qu^e ses protestations étoient sincères, mais qu'il désavoua, avant son ordination, les opinions singulières qu'il avoit d'abord manifestées (a). Luc Holstenius a publié à Rome une dissertation où il soutient le même sentiment (3).
Les auteurs ecclésiastiques sont également partagés sur la nature des opinions de Synésius. Il paroit qu'elles avoient beaucoup de rapport avec les idées platoniciennes sur la métempsycose, et avec celles des Origénistes, qui entendoient la résurrection de la chair dans un sens mystique, très-éloigné du dogme catholique. On sait que plusieurs Pères grecs étoient imbus de la doctrine de Platon; ils le considéroient comme celui des philosophes de fantiquilé, qui avoit donné les notions les plus sublimes de la Divinité, et les plus conformes à celles que toutes les pages des livres sacrés expriment dans un langage si magnifique. Synésius avoit occupé sa jeunesse aux éludes de la philosophie; et ses ouvrages attestent les progrès qu'il y avoit fails. Il n'est donc pas étonnant, qu'avant d'avoir reçu la consécration épîscopale, il se soit montré attaché à quelques opinions singulières; et que ces opinions lui aient été d'autant plus chères, qu'il les regardoit comme le fruit d'un long travail, et le résultat de profondes méditations. Mais, sans entrer dans un examen critique des
(i) Êaronii Annales; ann. /^ïo , n. 73, 79 , etc. (3) Petavii Yotoft ad calcem O^erum Sjrntsii, p. 4*
(3) Cette Dissertation se trouve à la suite de VHUtoire ^cçlésiasti^e éTÉyagrêi éditioQ de Henri Valois, p. aoa , etc.
46o PIÈCES JUSTIFICATIVES
preuves que les auteurs dont nous venous de parler allèguent en fiiveur de leur sentiment, on doit croire, selon la judicieuse remarque de Fleury : « que Théophile et les évêques d'Egypte « s'assurèrent de la docilité de Synésius, et de sa foi dans les « points essentiels, avant que de lui imposer les mains ; et que « son mérite extraordinaire, joint à la nécessité des temps et des « lieux, les obligea de se dispenser de la rigueur des règles (i). • L'événement justifia la sagesse de cette conduite. Synésius montra dans toute la suite de sa vie, et dans l'exercice de son ministère, des vertus vraiment épiscopales, qui ont rendu sa mémoire honorable.
N** VII. — Page 323.
Sur une méprise du chancelier d* AguesseaUj relative^' ment au Projet de Canons proposé au pape Innocent XII ^ pour terminer V affaire du U\fre des Maximes.
Le chancelier d'Aguesseau a écrit , dans ses Mémoires sur les affaires de V Église de France : « Le dernier moyen que tentèrent « les partisans de M. de Cambrai, fut de proposer au Pape de « faire des canons de théologie mystique, qui prévinssent toutes « les disputes, et qui servissent de règle aux théologiens dans « une matière si subtile. Rien n'étoit plus adroitement ima- « giné que ce détour, qui tendoit, non-seulement à éterniser « l'affaire, mais à sauver le livre de l'archevêque de Cambrai, « qui n'auroit pas manqué de se soumettre à ces -canons, et de « dire que c'étoit là le véritable esprit de son ouvrage. Mais le « saint Père, malgré sa simplicité naturelle, malgré le peu de « capacité qu'il avoit dans les matières théologiques, et le poids « de sa grande vieillesse, sentit d'abord le piège qu'on lui ten- « doit ; et, se mettant en colère, il déclara qu'il vouloit absolument « que l'affaire finit (a). »
(x) Fleury, Histoire ecclésiastique. Ut. XXll, n. 41*. (a) Œuvres de d'Aguesseau, t. XllI, p. 179.
Lorsque le chancelier d*Aguesseau écrivoit ces Mémoires, il ne connoissoit pas encore la Relation du quiétisme de l'abbé Phélippeaux, ni les lettres de l'abbé Bossuet. Ces deux témoins, non suspects, et ennemis si passionnés de Fénelon, lui auroient appris qu'Innocent XII, loin Je repousser d'abord le projet de canons, le saisit avec empressement ; qu'il se transporta luimême à la congrégation des cardinaux, pour proposer et faire adopter ce projet, et qu'il ne céda qu'avec une peine extrême à l'avis des cardinaux, qui jugèrent ce plan plus propre à entretenir les disputes qu'à les terminer. Nous voyons, par les lettres de l'abbé de Chanterac, que, pendant les deux jours où l'on fut incertain à Borne, si ce projet de canons seroit ou ne seroit pas adopté, il ne savoit lui-même ce qu'il en devoit espérer ou craindre, pour l'intérêt de l'archeyêque de Cambrai. Il est possible, il est même assez vraisemblable, que ce projet ayoit été suggéré au Pape par des prélats de sa cour, qui désiroient épargner, à un archevêque recommandable, la honte id'une censure ; mais il n'en est pas moins vrai qu'Innocent XII, bien loin de regarder ce projet comme un pie'ge, en avoit fort à cœur le succès.
NO VIII. — Page 324.
Bref du Pape Innocent Xlly condamnant le Hçre des
Maximes des Saints.
Innocent Pape, XII* du nom, pour mémoire perpétuelle.
Aussitôt qu'il est venu à la connoissance de notre siège apostolique, qu'un certain livre françois avoit été mis au jour sous ce titre : Explication des Maximes des Saints sur la Fie inté^ rieure, par messire François de Salignac-Fénelon , archevêque duc de Cambrai, précepteur de messeigneurs les ducs de Bourgogne , d* Anjou et de Berry : à Paris, chez Pierre Âubouin, Pierre Emery, Charles Clousier , 1697; ^^ qu'en même temps il s'étoit répandu.
par toute la France, de si grands bruits de la mauvaise doctrine de ce livre , qu'il étoit nécessaire d'y appliquer le secours de notre vigilance pastorale : nous avons donné ce même livre à quelquesuns de nos vénérables frères, les cardinaux de la sainte Église romaine, et à d'autres docteurs en théologie , pour être par eux examiné avec toute la maturité que demandott une chose si importante. En exécution de nos ordres, ils ont sérieusement, et pendant longtemps, examiné, dans plusieura congrégations, diverses propositions extraites de ce même livre , sur lesquelles ils nous ont rapporté, de vive voix et par écrit, ce qu'ils ont jugé de chacune. Nous donc , après avoir pris les avis de ces mêmes cardinaux et docteurs en théologie, dans plusieurs congrégations tenues à cet effet en notre présence; désirant, autant qu'il nous est donné d'en haut, prévenir les périls qui pourroient menacer le troupeau du Seigneur, dont le soin nous a été confié par le Pasteur éternel ; de notre propre mouvement (x) et de notre science certaine, après une mûre délibération, et par la plénitude de l'autorité apostolique, nous condamnons etréproU" vons, par la teneur des présentes , \e livre susdit , en quelque lieu et quelque langue qu'il ait été imprimé, en quelque édition et quelque version qui en ait été faite ou qui s'en puisse faire dans la suite ; d'autant que, par la lecture et l'usage de ce livre , les fidèles pourroient être insensiblement induits dans des erreurs déjà condamnées par l'Église catholique ; et aussi comme contenant des propositions, qui , soit dans le sens des paroles , tel qu'il se présente d'abord , soit eu égard à la liaison des principes, sont respectivement téméraires , scandaleuses , malsonnantes , offensives des oreilles pieuses, pernicieuses dans la pratique, et même erronées ; avec prohibition et défense à tous et un chacun des fidèles, même ceux qui devroient être ici nommément exprimés , de l'imprimer, le transcrire , le lire , le garder et s'en servir , sous peine d'excommunication qui sera encourue par les contrevenants, par le fait même, et sans autre déclaration. Voulant et commandant par l'autorité apostolique , que quiconque
(1) Noos donnons un peu plus bas l'explication de cette clause, dans le n^X des pièces justificatives de ce troisième livre.
DU LIVRE TROlSlilME. 4^3
aura ce livre chez soi , aussitôt qu'il aura conooîssance des présentes lettres, sans aucun délai , le mette entre les mains des ordinaires des lieux ou des inquisitpurs de Thérésie, nonobstant toutes choses à ce contraires.
Au reste, voici les propositions contenues au livre susdit, que nous avons condamnées y comme on vient de le voir, par notre jugement et censure apostolique , et dont la teneur s'en suit: