‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 4)Chapitre 33 sur 46 · LIVRE TROISlàntE · texte numérisé non relu

LIVRE TROISlàntE

tuel (te ses œuvres de piété et de ses travaux, dans l'exercice de ses fonctions apostoliques, partagea, avec l'abbé de Larigeron, toute la confiance d'un ami, d'un parent, d'un prélat qu'il vénéroit avec toute la piété que les prêtres de la primitive Eglise avoient pour leur évêque. Jjes fragments de ses lettres que nous avons rapportés, peuvent donner une idée de ses vertus douces, paisibles et modestes. Nous avons cité un trait remarquable de son désintéressement (i). Avec un pareil caractère, l'abbé de Chanterac de voit, attacher peu de prix aux grâces et aux dignités auxquelles sa naissance et ses talents sembloient l'appeler. Il mourut en I7i5, peu de temps après Fénelon (^}.

Il étoit impossible d'écrire l'histoire de Fénelon, Réflexions sans faire connoître tous les détails d'une contro- gênera es

sur

verse qui a eu tant d'influence sur sa vie entière, la controverse; Nous avoàs pensé que l'histoire ne doit être ni une " ^"*^ '*™*' satire, ni un panégyrique ; nous nous sommes bornés à exposer des faits publics, constants et généralement avoués. Nous les avons appuyés sur les témoignages les plus authentiques et les moins suspects dé partialité.

Il en résulte sans doute que ni Bossuet, ni Fénelon, ne furent tout à fait exempts de reproche.

(i) Page 209.

(*i) Voyez ci-après, t. IV, liv. VIII, note^sur le n. 46.

43a HISTOIRE D£ f£N£L01C.

On regrette que Fénelon n'ait pas, dans Torigine, fait céder un sentiment exagéré de délicatesse à la paix de rÉglise, et à Fopinion de ceux de ses collègues qu'il aimoit et qu'il respectoit le plus (i). On voit avec peine Bossuet mêler des faits et des accusations personnelles à une controverse doctrinale, qui auroit dû rester renfermée dans les bornes d'une discussion dogmatique. Mais doit-on s^ étonner que des hommes aient des défauts humains (^i) ? L'homme le plus vertueux est celui qui a le moins d'imperfection ; l'homme le plus fort, celui qui a le moins de foiblesse. La raison et la religion exerçoient un empire souverain sur l'âme de Bossuet; et la sévérité naturelle de son caractère le rendoit peu susceptible de ces égards et de ces ménagements, qu'il regardoit comme une foiblesse, lorsque les intérêts de la religion lui paroissoient compromis (3). Mais combien la réunion des vertus les plus rares, l'élévation de caractère, la pureté des motifs, la supériorité de génie et de talents, jettent d'éclat sur le tableau de ce grand combat entre de tels hommes, et font disparoître les ombres légères qui viennent se mêler aux rayons de leur gloire ! L'Église,

(i) L'auteur fait ici allusion à la répugnance extrême que Fénelon témoigna, dans le principe, à condamner les écrits de madame Guyon. (Voyez ci-dessus, t. I**", p. 453.)

(t) Paroles de Bossuet citées plus haut, p. 167.

(3) On a vu plus haut (p. 177, etc.) comment Bossuet luimême se justifie sur ce point.

ia France, l'Europe entière furent témoins de toutes les circonstances de cette mémorable controverse. Tous les contemporains de Bossuet et de Féneloil avoient lu .les écrits si véhéments qu'ils publièrent dans la chaleur de leurs contentions. C'est cependant par le témoignage de leur siècle tout entier, que la gloire de Bossuet et de Fénelon est arrivée jusqu'à nous.

L'histoire de la controverse du quiétisme laisse tous les personnages qui y jouent un rôle, || sinon entièrement exempts de reproche (i). Il du moins avec le même caractère de grandeur que leur siècle et la postérité leur ont imprimé.

Il Fénelon, entraîné par les sentiments de la plus ardente piété, oublie l'exactitude rigoureuse de lan-

(i) Les paroles que nous ajoutons ici au texte du cardinal de Bausset, sont un correctif nécessaire de son assertion, d'après les observations qiiMl vient de présenter luimême un peu plus haut, et d'après celles qu'il avoit déjà présentées ailleurs, à l'occasion de quelques circonstances affligeantes de cette controverse. On peut remarquer en particulier, ce qu'il dit en plusieurs endroits, sur les préventions haineuses de l'abbé Bossuet et l'abbé Phélippeaux^ trop facilement adoptées par révoque de Meaux, (ci-dessus, p. 198, 197, 298, 347, etc.) et sur le Mémoire fulminant que Louis XIV adressa au Pape avant la condamnation du livre de Fénelon; Mémoire rédigé par Bossuet^ et auquel Louis XIV ne fit que prêter son nom. (Ci-dessus, p. 819, etc.) Voyez aussi V Histoire de Bossuet^ t. III, p. SiS, etc. — le Mercure de France^ avril 1809 \ t. XXXVI du recueil, p. a8, etc. (Édit.) T. nu ' i%

gage 9 plus nécessaire que jamais, dans les circonstances difficiles où il se trouvoit; il semble ne voir en Dieu que Dieu lui-même, et porter jusqu'à l'excès l'amour pur et désintéressé. || Trop confiant en la pureté de son cœur, il ne croit pas se tromper, parce qu'il ne veut pas tromper ( i ). Il rectifie dans ses défeqses ce que le livre des Maximes des Saints peut offrir d'inexact ou d'équivoque; il étonne l'Europe entière par la force, l'éloquence^ la clarté, le courage, et surtout la candeur de ses nobles apologies. Bossuet s'étonne lui-même d'avoir trouvé pour la première fois un adversaire digne de lutter contre lui. Jamais le saint-siége n'eut à pronoincer eptre de tels hommes, entre de tels évéques; jamais on ne vit tant de vertus, de génie et de talents en action et en opposition. Bossuet paroit devant cet auguste tribunal, environné de tous les souvenirs de cinquante ans de gloire, de travaux et de triomphes; mais il se confie encore plus en la force de la vérité, dont il fut toujours le plus intrépide défenseur. Fënelon a pour lui la renommée de ses vertus, les ressources de son génie, la conscience de la pureté de ses

(i) Pour rintelligence de ce passage, il faut se rappeler ce que nous avons déjà remarqué, que Féneiou n*a j^aaiais attaché aux propositions inexactes du livre des Maximes^ le sens rigoureux qui les a fait condamner. (Ci-dessus^ p. 4a, 4io, etc.) (Édit.)

UVA£ TROlSliME. 4^5

iateotions. Tout6 l'Église attend en silence le jugement dit premier Pontife. Fénelon est condamné ; Fënelon âe soumet ; sa gloire et sa vertu restent tout entières. Bossuet conserve toujours sa place; il est toujours Toracle de l'Église gallicane.

IjOuîs XIV se montre généralement (i) tel qu'il doit être. Il sait qu'il n'est point juge de la doctrine; mais il doit veiller à ce qu'elle n'éprouve aucune atteinte. Il ne dicte point à l'Église une déci»on; mais il demande qu'elle soit claire et précise^ pour prévenir les combats d'opinion qui pourroient troubler la tranquillité de son royaume. S'il s'afflige des lenteurs de la cour de Borne, s'il réclame avec fermeté un jugement qui puisse mettre un terme à l'agitation d^s esprits, il ne fait que remplir les fonctions A^éi^éque extérieur ; il fait ce qu'ont toujours fait les empereurs les plus religieux et les plus soumis à l'Église. Aussitôt que l'Église a prononcé, il fait exécuter son jugement, avec l'appareil de toutes les formes prescrites par les lois canoniques et par les maximes du royaume.

Si de ces considérations personnelles on s'élève

(i) Nous disons géaérakment ; car on ne peut appliquer celte réflexion au Mémoire fulminant dont nous venons de parler; (ci-dessus, pag. 4^3, note i.) Mémure que le cardinal de Bausset regarde avec raison comme le monument le plus affligeant ée eette conttomrse, (Hist* de MQSSuet^ ubi supra f p. S20.) (Édit.)

436 HlSTOIR]<: Dfi FÉOTKLON.

à des vues d'un intérêt plus général et plus important, on reconnoitra que la controverse du quié» tismej qui a pu inquiéter et affliger, pendant quelque temps f les amis de la religion et de l'Église, est devenue, par ses résultats, un sujet de triomphe et de consolation pour l'Église elle-même ; et nous dirons encore, avec le chancelier d'Âguesseau (i), « que la vérité n'a jamais remporté une victoire si «célèbre ni si complète sur Terreur; qu'aucune « voix discordante n'a troublé ce saint concert , « cette heureuse harmonie de l'Église. . • .(2) ; que « la soumission de l'archevêque de Cambrai fut un «exemple, peut-être unique dans l'Église, d'une a querelle de doctrine terminée sans retour par un <c seul jugement , qu'on n'a cherché depuis ni à faire « rétracter, ni à éluder par des distinctions, et que « la gloire en est due à Fénelon. »

Qu'on ne s'afflige donc pas, d'avoir vu reproduire l'histoire d'une controverse qui a laissé des souvenirs si honorables et des résultats si heureux. Si jamais (ce qu'à Dieu ne plaise!) l'Église éprouve le malheur de voir renaître des divisions parmi ses premiers pasteurs , sur des points de doctrine , souhaitons de n'y voir jamais en action , ou même en opposition, qu'un évêque aussi vertueux que Fé-

(i) ÔEupres de d'Jguesseau^ 1 1", p. a33. (2) Ibid. t. XIII, p. 190.

nelon , un digne successeur des Pères de TÉglise tel ' que Bossuety et un Boi aussi ëminemment Roi que Louis XIY; la religion, TJ^glise et l'Etat seront toujours en honneur et en sûretë (i). *

(i) Pour le développement de ces réflexioos, voyez VHist. de Bassuety t. III, livre X, n. 24. — HisU iiitér, die Fénelon, IV part, n. aoi-ao6. (Édit.)

Fin DU UTBE TROISIÈME.

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