LIVRE TROlSllkMË
prix, celuî qui lui a coûté le plus de soin et de travail, celui qu'il a défendu pendant deux années entières, avec des efforts de talent et d'esprit dignes d'une meilleure cause, soit précisément celui de ses ouvrages, où l'on retrouve le moins l'âme, le style, l'intérêt, le charme accoutumé de Fénelon.
1 Ce défaut tient sans doute, en grande partie, à la forme sèche et didactique qu'il crut devoir employer, pour s'exprimer avec plus de clarté sur des matières délicates, que personne jusque-là n'avoit encore présentées avec la précision rigoureuse du langage théologique. Pour atteindre ce but, Fénelon divise son ouvrage en quarante-cinq articles ou propositions principales. Chacun de ces articles renferme deux parties, dont la première, intitulée ^r//cle vraij expose la doctrine des vrais mystiques sur le pur amour, et la seconde, intitulée article faux^ montre les abus que l'on a faits, ou que l'on peut faire de la doctrine des saints, sous une fausse apparence de perfection. « Powr prévenir tous les in- « convénients, disoit-il dans \ Avertissement de son tf livre, je me propose de traiter, dans cet ouvrage, « toute la m^ière, par articles rangés suivant les « divers degrés que les mystiques nous ont marqués « dans la vie spirituelle. Chaque article aura deux « parties: la première sera la vraie quej'approuve- « rai, et qui i*enfermera tout ce qui est autorisé par « l'expérience des saints , et réduit à la doctrine
46 HISTOIRE D£ FÉNELOl^.
« saine du pur amour ; la seconde partie sera la a fausse, où j'expliquerai l'endroit précis dans le- « quel le danger de l'illusion commence. En rapporte tant ainsi y dans chaque article, ce qui est exces- <c sif, je le qualifierai, et je le condamnerai dans « toute la rigueur théologique, » On a vu plus haut (i), que dans la première rédaction de son livre, Fénelon avoit joint à chaque article les autorités des Pères et des auteurs mystiques, qui lui paroissoient propres à établir ses principes , et à justifier ses expressions ; mais il supprima ensuite cette multitude de citations , par le conseil de l'archevêque de Paris, qui ne les croyoit propres qu'à grossir inutilement l'ouvrage. II. est sans doute à regretter que Fénelon se soit montré si docile sur ce point; cette condescendance eut tout à la fois l'inconvénient de donner à l'ouvrage une forme sèche et abstraite, qui en rend la lecture peu attrayante, et de séparer le texte de Fénelon des témoignages de la tradition, qui pouvoient servir à expliquer plusieurs propositions équivoques, et susceptibles d'un mauvais sens (2).
Premières lU est assez curieux de connoître les premières
'"^P**"'®"' impressions que produisit sur Bossuet là lecture du
lecture de ce livre*
(i) Ci«dessus,p. 3i.
(a) Histoire de Fénelon ^ par le chevalier de Ramsay, p. 43.
livre des Maximes. L'abbé Ledieu nous les fait connoître, dans un fragment de son Journal, Il nous apprend que Bossuet resta encore deux jours à Versailles, après avoir reçu le livre de Farchevêque de Cambrai (i). a 11 revint ensuite à Paris, et « persista encore quinze jours entiers dans le silence
« à l'égard du Roi, lisant cependant le Iwre avec
« une grande attention. Dès les premières lectures ce il en avolt chargé les marges de coups de crayon, « aux mêmes endroits qu'il a depuis repris avec « tant de raison. J'écrivois sous lui, continue l'abbé « Ledieu, quatre ou cinq matinées, deux heures « chaque séance, l'extrait des propositions citées a par pages et par lignes, avec les raisons som- « maires de réfutation. C'est le premier essai et le V fondement de tous les écrits de M. de Meaux, qui « ont suivi depuis. »
Les dispositions de Bossuet , à cette époque, se
(i) Histoire de Bossuet^ t. in, liv, X, n, la, p. a85. — Le cardinal de Bausset suppose en cet endroit de V Histoire de Bossuet y d'après l'abbé Ledieu , que, pendant cette espèce de retraite, Bossuet évitoit de voir personne, et déparier à personne du nouveau livre, dans la crainte de prévenir le jugement du public. Cela n^est pas tout à fait exact. On a vu plus haut (p. 39, etc.] que Bossuet , avant la publication de l'on-» vrage , se montroit décidé à l'attaquer , et s'exptiquoit làdessus avec beaucoup de vivacité. L'abbé Ledieu a pu ignorer ces détails , qui ne sont pas doutetix aujourd'hui. (Édit.)
manifestent de plus en. plus, dans une lettre qu'il écrivit à l'évêque de Chartres , le i3 février 1697, et que ce prélat renvoya à M. ïronson (1). « J'ai « vu M. de Paris, j'ai vu M. de Cambrai, et je « n'ai rien appris de nouveau. Le lii^re fait graiid « bruit ; et je n'ai pas ouï nommer une personne « qui l'approuve. Les uns disent qu'il est mal « écrit; les autres, qu'il y a des choses très-hardies; « les autres, qu'il y en a d'insoutenables; les au- « très, qu'il est écrit avec toute la délicatesse et « toute la précaution imaginables, mais que le fond a n'en est pas bon ; les autres, que, dans un temps « oïl le faux mystique fait tant de mal, il ne falloit « écrire que pour le condamner, et abandonner le c< vrai mystique à Dieu ; ceux-là ajoutent que le vrai « est si rare et si peu nécessaire, et que le faux est « si commun et si dangereux , qu'on ne peut trop <c s'y opposer. Je souhaite de tout mon cœur que <» Dieu mène tout h sa gloire. On se pare fort de « M. Tronson, et je ne sais si ce que vous appelez « sagesse en lui, n'est pas un trop grand merwge^ J7^ <c ment. »
Tristes \ J^ réponse de M. Tronson à l'évêque de Char-
presBeiitimttits . • . . , . 1 -^
de M Troiuon- ^^^^'* ^"* *"' avoit envoyé cette lettre de Bossuet, Louis xrv
est instruit de (1) Lettre de Bossuet à févéque de Chartres j i3 février Taffûre. 1697. [Corresp, de Fénelon, t. VII, p. 374.— Œuvres ttc Bossuet^ t. XL , p. 269 , note,)
mérite une attention particulière ; soit parce qu'on y trouve une nouvelle preuve de l'approbation donnée par M. Tronson au livre des Maximes; soit parce qu'elle montre combien il étoit surpris et affligé de la vivacité avec laquelle Bossuet et quelques autres théologiens commençoient à s'exprimer contre ce livre, «c Si j'ai eu , dit M. Tronson , dans <c l'occasion dont vous me parlez , trop de ménagece ment pour notre ami j comme on vous l'insinue, « ce n'a été que pour n'avoir pas eu assez dé lucc mières; car dans le fond, je vous avouerai fran- €( chement que j'ai cru, après plusieurs personnes de « piété, qu'il étoit important que le monde fût incc struit de ses sentiments. Or, il me semble qu'il « s'en explique assez, et qu'il les éclaircit d'une « manière qui peut avoir deux bons effets : le « premier, de redresser ceux qui abusent des li- « vres des bons mystiques et de leurs expressions, et a qui, y donnant un sens opposé à la doctrine de « l'Église, et contraire à la foi et aux bonnes mœurs, a tombent dans de très-grands égarements ; l'autre, « est de prévenir les soupçons qu'on poUrroit for- « mer contre lui , en faisant connoître, d'une ma- « nière claire et précise, tout ce qu'il pense sur a cette matière. Je ne sais quel sort d'ailleurs aura ce son ouvrage ; mais toujours, quoi qu'on en dise, ec il doit empêcher, à mon avis, qu'on ne soupçonne
5o HISTOIRE DE F^NELON.
(c l'auteur d'avoir des erreurs qu'il condamne avec « tant de force (i). »
Il Les tristes pressentiments que M. Tronson manifeste dans cette lettre, sur le sort du livre des Maximes^ n'étoient que trop fondés. L'opinion de Bossuet, si fortement prononcée et si hautement manifestée, dès le moment de la publication de ce livre, et même avant cette publication , devoit naturellement avoir une très-grande influence sur l'opinion publique ; Il aussi ne tarda-t-elle pas à se prononcer avec une véhémence, qui dut singulièrement étonner Fénelon. Sa seule consolation dut être le témoignage qu'il pouvoit se rendre, de n'avoir rien négligé pour préserver l'exposition de ses sentiments de toute atteinte à la saine doctrine.
Ce fut alors que Louis XIV fut instruit, pour la première fois, de la diversité d'opinions qui existoit entre les évêques les plus recommandables de sa cour ; car tels étoient ces hommes estimables, qu'au milieu même de leurs controverses, ils s'étoient attachés depuis trois ans à en dérober le secret à la connoissance du public et à l'inquiétude dû souverain.
Il Mais enfin M. de Pontchartrain, depuis chancelier de France, alors ministre.et secrétaire d'État, crut devoir parler au Roi des réclamations qui s'é-
(i) Œuvres de Bossuet, t. XL^p. a6a. — Corresp. de Fénelon, U VII, p. 874.
levoient de toutes parts , contre le livre des Maxi-mes. Madame de Maintenon elle-même ne crut pas pouvoir dissimuler plus longtemps le fâcheux éclat que ce livre occasionnoit dans le clergé (i). L'archevêque de Reims surtout^ plus emporté dans ses manières et dans ses sentiments, remplissoit Versailles de ses déclamations contre le livre et contre l'auteur, pour lequel il avoit autant d'éloignement, qu'il avoit d'estime et de vénération pour Bossuet (a). Il 18.
Il S'il faut en croire le chancelier d'Aguesseau, |j Fâcheuses im-
, pressions du Roi
Fénelon n'étoit défendu dans le cœur de Louis XIV contre Fénelon, par aucun sentiment de goût et de préférence (3); augmentées
'^ , . . ^ par Bossuet.
soit que ce prince « craignît naturellement les es- « prits d'un ordre supérieur; soit qu'une certaine « singularité, et quelque chose d'extraordinaire c< (que ce magistrat se plaît à supposer dans le caa ractère et dans les manières de Fénelon) n'eût «c pas plu au Roi , dont le goût se portoit de lui- « même au simple et à l'uni; soit enfin que Fénelon, « voulant paroître se renfermer dans ses fonctions, « eût évité , par une politique profonde, de s'in- « sinuer dans la familiarité du Roi, ou qu'il eût
(i) Lettres de madame de Maintenon à M, de Noailles, des 7 et 16 mars 1697. (Recueil de La Beaumelle, t. III , p. 76.)
(a) Histoire de Bossuet^ ubi supra, n. la, p. a 86.
(S) Mémoires du chancelier etJguesseau , t XIII , p. 1 7 1 •
52 HISTOIRE DE FiNELON.
- <f désespéré peut-être d'y réussir, il est au moins (c bien certain que Louis XIY n'a jamais paru le « goûter, et qu'il n'eut aucune peine à le sacria fier(i). »
(i) Ce jugement du chancelier d'Aguesseau, sur les dispositions de Louis XIV à Tcgard de Fénelon, paroît avoir besoin de modiBcation. Il faut sans doute reconnoîtreque Louis XIV n'a jamais témoigné pour Tarchevéquc de Cambrai un goût aussi vif, que Tétoit généralement celui des amis de ce prélat , et celui de madame de Maintenon ellemêmey avant la controverse du quiétismc. Mais peut-on dire absolument que Louis XI F n* a jamais paru goûter Fénelon? Nous ne le croyons pas. Il est vrai que ce prince, à l'occasion de la controverse du quiétisme , conçut contre lui de très-fâcheuses impressions , qui furent encore augmentées dans la suite , par la publication du Télemaquc, Mais tout porte à croire que Louis XIV eut toujours pour Fénelon une estime sincère , fondée sur la haute piété , les qualités aimables, et les vertus brillantes que tous ses contemporains s'accordoien t à reconnoître en lui. Sa nomination à l'emploi de précepteur du duc de Bourgogne , et sa promotion à i'archevcché de Cambrai, soiit des preuves non équivoques de cette estime , avant la controverse du quiétisme. A l'époque même des premiers éclats occasionnés par la publication du livre des Maximes j Louis XIV éloit encore si éloigné de retirer sa faveur et son estime à Fénelon, que, dans les premiers jours de mars 1697, il l'adjoignit au cardinal de Bouillon, à l'archevêque de Paris, aux ducs de Beauvilliers et de Noailles , au marquis de Barbezieux et au P. de la Chaise, pour examiner les moyens de remédier aux abus que la négligence de certains aumôniers avoit introduits dans les régiments, relativement à l'administratioa des sa-
Avec de pareilles dispositions , la prévention de Louis XIV dut encore s'accroître, en voyant Bos- &iiet venir lui demander pardon , de ne lui açoir pas révélé plus tôt le fanatisme de son confrère ( i ). Louis XIV n'étoit point obligé d'çivoir une opinion sur une question de théologie; mais un prince aussi religieux , aussi déclaré contre toutes les nouveautés , devoit être justement alarmé, en voyant un évéque du raiig, de l'âge et de la considéralion de Bossuet, un évêque qu'il regardoit avec raison comme l'oracle de l'Église de France, se croire forcé, par un devoir sacré, de venir dénoncer lui-même celui de ses confrères qu'il avoit paru jusqu'alors le plus affectionner. Louis XIV dut naturellement croire le mal encore plus grand , et Fénelon encore plus coupable qu'on ne le présumoit.
Il est inutile d'examiner s'il n'eût pas été plus convenable à Bossuet , comme le pensoit Fénelon ,
crements, (Journal de Dangeau^ 2 mars 1697.) La suite de cette Histoire nous donnera lieu de remarquer, que Louis XIV, malgré ses préventions ineffaçables contre Fénelon, depuis la controverse du quiétisme, conserva toujours une très-haute idée de ses lumières et de ses vertus épiscopales. (Voyez, ci-après, t. III, liv. IV, n. a5. — HisL iittér. de Fénelon, p. i63.) (Édit.)
(1) Réponse à la Relation sur le quiétisme, ch. VII, n. 7a. — Hist» de Fénelon y par le chevalier de Ramsay, p. 46. — Fie de Fénelon, par le marquis, son petit-neveu, p. 24.
Madame de
Maintenon
effrayée des
suites de cette
affaire.
54 HISTOIRE DE FilTELON.
de dire simplement au Roi (i) : « Je crois voir, dans « le livre de M. de Cambrai, des choses où il se (c trompe dangereusement, et auxquelles je crois (c qu'il n'a pas fait assez d'attention; mais il at-« a tend des remarques que je lui ai promises. Nous a éclaircirons , avec une amitié cordiale, ce qui « pourroit nous diviser; et on ne doit pas crain- « dre qu'il refuse d'avoir ëgard à mes remarques, ce si elles sont bien fondées. Un tel discours auroit ce rassuré le Roi, auroit fait taire tous les criticc ques, auroit arrêté le scandale , et préparé un a éclaircissement nécessaire à l'édification de l'É- « glise. »
Ce fut au moment de cette effervescence, que Fénelon revint à Paris; et il eut lieu de reconnoître qu'elle étoit encore supérieure à l'idée qu'il avoit pu s'en former. Ses amis les plus chers paroissoient eux-mêmes accablés sous le poids de la prévention générale. Madame de Maintenon peint cette disposition de tous les esprits, dans ui\e lettre à l'archevêque de Paris (2). « J'ai vu nos amis « (M. dé Beauvilliers et Fénelon); nous avons été « fort embarrassés les uns des autres. M. l'arche- <K véque de Cambrai me parla un moment en parti-
(i) Réponse à la Relation sur le quiétisme, ubi supra.
(a) Lettre de madame de Maintenon à M. de Noailles , du 21 février 1697. ( Recueil de La Beaumelle, t. III, p. 78.) — Corresp. de Fénelon^ t, VII , p. 87$ , note.
UVItB TROISlàHE. 55
« culier ; il sait le mauvais effet de son livre, et le
c< défend par des raisons qui me persuadent de plus
a en plus que Dieu veut humilier ce grand esprit,
a qui a peut-être trop compté sur ses propres lu-
« mières» Il me dit que le père de la Chaise lui avoit
a rendu compte d'une conversation qu'il avoit eue
ce avec le Roi , après laquelle il ne pouvoit se dis-
a penser de lui parler. Je tombai d'accord de tout ;
a mais, par les dispositions que je vois dans le Roi,
(c M. de Cambrai aura peu de satisfaction de cet
(V éclaircissement. J'ai parlé aussi un moment à
« M. le duc de Beauvilliers , qui me montra sa peine
« du silence du Roi. J'ai fait ce que j'ai pu, pour ga-
(c gner qu'on veuille le prévenir ; mais on ne veut
« point, et cette conversation ne sera pas moins
a froide que l'autre. Cette opposition n'a pas été
« inspirée par moi ; elle est dans le cœur du Roi
ce sur toutes les nouveautés. Je vois bien qu'on me
(f l'imputera ; mais je vous dois la vérité , Monsei-
cc gneur, et je vous la dis. Du reste, je suis prête à
« faire mon devoir, dans une occasion si impor-
« tante. Je n'ai point vu M. de M eaux , quoique
a j'aie fait quelque diligence pour cela. J'ai pensé
« qu'il veut peut-être pouvoir dire qu'il ne m'a
a point vue pendant tout ce vacarme ; on dit qu'il
i< est fi^rand. » ^^'
^ . , Vues d'ambition
On a peme a comprendre comment on a pu sup- attribuées poser à Fénelon des vues d'ambition, dans l'affaire à^rénelon,
i)6 HISTOIRE DE PilTELON.
par le chancelier du quléstîme. Outre que Louis XIV paroit avoir eu d'Aguesseau; naturellement peu de eoût pour lui (i), ses amis
combien * o x \ / ^
ce soupçon est les plus chers et les plus dévoués étoient des' hommal fonde. ^^^ paisibles, retirés, étrangers à toutes les intrigues. Tous ses moyens d'ambition, s'il en avoit eu, reposoient sur l'amitié de madame de Maintenon ; et madame de Maintenon s'étoit ouvertement déclarée contre ses opinions. Les deux hommes qui influoieut le plus sur ses sentiments, dans ces sortes de matières (9,), étoient encore plus prévenus qu'ellemême contre les idées de spiritualité de Fénelon. 11 est donc bien évident, qu'en s'obstinant à suivre la marche qu'il s'étoit tracée, il alloit directement au but contraire à celui qu'on a voulu lui supposer. Les ennemis même de Fénelon lui accordent un esprit supérieur, et lui attribuent toute l'adresse et toute la souplesse d'un habile courtisan. Comment peuvent-ils , d'après une pareille opinion, lui prêter des fautes de conduite, dont l'homme le plus médiocre, et le plus étranger à la science de la cour, n'auroit jamais pu se rendre coupable ?
On est fâché de voir un homme aussi grave et aussi judicieux que le chancelier d'Aguesseau , paroi tre adopter ces imputations indiscrètes, || ou du moins rapporter avec trop d'indifférence les bruits
(i) Voyez ci-dessus la note i de la page Sa.
(a) L evéque de Chartres et Tarchevéque de Paris.
qui coururent dans le temps à ce sujet. || Nous avons cité l'éloge brillant qu'il fait dans ses Me^ moires, de l'esprit et des talents de Fénelon ( i ) ; inais il le termine en se rendant l'interprète trop docile des adversaires de l'archevêque de Cambrai. « Un naturel si heureux, dit-ir(2), fut perverti, <( comme celui du premier homme, par la voix « d'une femme ; et ses talents , sa fortune , sa ré- «c putation même, furent sacrifiés , non à l'illusion « des sens, mais à celle de l'esprit. On vit ce a génie si sublime, se borner à devenir le pro- « phète des mystiques, et l'oracle du quiétisme. ce Ébloui le premier par l'éclat de ses lumières , et a éblouissant ensuite les autres; suppléant au dé- <c faut de science par la beauté de son esprit, fer- (t tile en images spécieuses et séduisantes, plutôt c< qu'en idées claires et précises; voulant toujours « paroitre philosophe ou théologien , et n'étant ja- « mais qu'orateur, caractère qu'il a conservé dans « tous les ouvrages qui sont sortis de sa plume jus- «f qu'à la fin de sa vie ; effrayé des excès de Moli- <c nos que son cœur détestoit , et que la pureté de <c ses mœurs ne désavouoit pas moins; mais trompé <c par la prévention de son esprit , qui avoit saisi
(i) Ci-dessus, 1. 1", p. i65.
(2) Œuvres ilu chancelier (TAguesseaUt Édit, în-4°> t. XIII, p. 169. t.
58 HISTOIBE DE VÉNELOTX.
a fortement une fausse idëe de perfection , il forma <( le dessein hasardeux de condamner les consëa qiiences, sans abandonner le principe; et il osa oc se donner à lui-même la mission de purger le quié- « tisme de tout ce que cette secte avoit d'odieux (i), a de le renfermer dans ses véritables bornes, de faire a le personnage d'interprète, et comme de mëdia- <c teur entre les mystiques et les autres théologiens; « d'apprendre aux uns et aux autres la force des n mots dont ils se servoient , et de se rendre par là « comme arbitre suprême de la dévotion.
« Est-il vrai que , voyant le Roi se tourner en- « tièrement du coté de la religion , les personnes « les plus puissantes à la cour se conformer ^ au « moins en apparence , au goût au souverain , et la a dévotion devenir l'instrument de la fortune, il ait a eu la pensée de joindre la politique à la mysticité, « et de former , par les liens secrets d'un langage « mystérieux, une puissante cabale, à la tête de lace quelle il seroit toujours, par l'élévation et l'insi- « nuation de son esprit, pour tenir dans sa main a les ressorts de la conscience , et devenir le premier « mobile de la cour, ou dès le vivant du Roi même, ce ou du moins après sa mort, par le crédit du duc
(i) On a vu plus haut (p. 3o), que le chancelier d'Aguesseau , en faisant ce reproche à Fénelon , ignoroit les raisons qui avoient obligé ce prélat à publier son livre des Maximes. (Édit.)
LITBC TEOISliMB. Sg
a de Bourgogne, qui avoit un goût infini pour lui ? <c C'est le jugement que bien des gens en ont porté, « et qu'il faut remettre au souverain Scrutateur de a Tesprit et du cœur humain. Tout ce que l'on en a peut dire, est que, si ce jugement ne semble pas ce téméraire , l'archevêque de Cambrai ne fut pas « plus heureux en politique qu'en théologie , puis- « que sa doctrine fut condamnée , et sa fortune déff truite, par les moyens mêmes qu'il avoit pris pour «f l'élever. »
Madame de Maintenon, bien plus à portée de connoître Fénelon, par l'habitude de ses relations avec lui, et par la finesse de son tact et de son esprit , en jugepit bien autrement que le chancelier d'Aguesseau , dans le temps même où elle étoit le plus prévenue contre lui. « Quant au retour de « M. de Cambrai, écrivoit-elle à l'archevêque de a Paris (i) , il n'y a que Dieu qui puisse le faire. Il « croit soutenir la religion en esprit et en vérité ; ff s'il n'étoit pas trompé , il pourroit revenir par des a raisons d'intérêt; je le crois prévenu de bonne « foi : il n'y a donc plus d'espérance. »
On pourroit être étonné de la sévérité avec laquelle le chancelier d'Aguesseau juge les pensées les plus secrètes de Fénelon, si ce respectable ma-
(i) Lettre de madame de Maintenon à M. de Noailies, i3 juillet 1697. (Recueil de La Beaumelle, t. in, p. 90,)
Origine des
préventions
du chancelier
d'Aguesseau
contre Fénelon!
6o HISTOIRE DE FENELON.
gistrat n'eût révélé lui-même, sans s'en apercevoir, les motifs de cette disposition. Tel est au moins l'avantage que l'on peut recueillir des préventions des hommes sincères et vertueux. N'étant point inspirés par un sentiment d'envie ou d'intérêt, ils ne cherchent point à voiler avec art leurs motifs secrets; ils les laissent pénétrer avec Candeur; et ils offrent, par leur sincérité même, le moyen de se prémunir contre l'autorité que leur vertu donneroit à leur témoignage. Ce fut uniquement la piété filiale qui dicta au chancelier d'Aguesseau quelques-uns de ces jugements , dont nous ne craindrions pas d'appeler à son équité naturelle. Il a eu soin de nous y inviter , pour ainsi dire , en déposant dans ses Mémoires les griefs que son père croyoit avoir contre le duc de Beauvilliers , ami si déclaré de Fénelon. M. d'Âguesseau père étoit persuadé que le duc de Beauvilliers avoit contribué à l'écarter de la place de chancelier de France ; et il étoit difficile qu'un fils aussi tendre, et pénétré d'un respect si religieux pour son père, ne conservât pas un peu d'éloignement pour le duc de Beauvilliers et ses amis. Ce sentiment , dont le chancelier d'Aguesseau ne se rendoit peut-être pas compte à lui-même , a influé , d'une manière plus ou moins sensible, sur ce qui a pu lui échapper contre le duc de Beauvilliers, Fénelon, l'évêque de Chartres, Saint-Sulpice , et contre tout ce qui tenoit à cette
partie de la cour et du clergé. Il y a d'ailleurs une observation générale à faire, sur tous les mémoires écrits à cette époque. Les malheureuses divisions qui existoient au sujet des affaires de la religion y toujours mêlées alors aux affaires du gouvernement, ayoient partagé presque tous les hommes de mérite en deux classes, les élèves des Jésuites , et ceux de Port-Royal. Les amis et les ennemis de ces deux écoles , ceux même d'entre eux qui se rendoient mutuellement justice sur tout ce qui appartient à la vertu et à Thonneur, n'étoient pas toujours exempts de cette sorte de prévention qu'on puise nécessairement à l'école de ses premiers instituteurs. L'éducation du chancelier d'Aguesseau étoit l'ouvrage des amis de Port-Royal ; et Fénelon devoit la sienne à Saint-Sulpice , plus attaché aux Jésuites. A cette époque, les principes de l'instruction qu'on avoit reçue dans sa jeunesse, décidoieot assez ordinairement l'opinion à laquelle on se conformoit le reste de sa vie, sur les questions théologiques ; et malheureusement les opinions sur les personnes prenoient la teinte des opinions sur la doctrine. On est assez disposé à être sévère pour ceux qui ne pensent pas comme nous, et indulgent pour ceux qui professent nos principes (i).
(i) Voyez, au o. IX des Pièces justificatives de ce III** livre, les Jugements de quelques personnages célèbres sur la controverse du quiétisme. Nous reavoyons à ce numéro quelques
62 HISTOIRe'^DE FJKEIiOIf.
Inquiétudes Nous aurons plus d'une occasion de reconnoitre des amis de la justesse de cctte observation, dans la suite de
Feneloiiy au sujet
de son livre. 1 Wstoire de Fénelon. Cependant on doit convenir, que parmi les nombreuses réclamations qui s'élevèrent, dès le premier moment, contre son livre des Maximes des Saints ^ plusieurs ne parurent tenir à aucun esprit de parti. Ses amis les plus chers et les plus estimables, ceux même qui pensoient comme lui sur d'autres points, ne craignirent pas de lui montrer avec sincérité leur chagrin et leur douleur, sur une doctrine quialloit l'exposer aux plus violentes contradictions. Nous avons une lettre de l'abbé Brisacier à Fénelon lui-même, où la vertu, la vérité, la simplicité, le respect, l'amour et la douleur s'expriment dans le langage le plus touchant (i). « Je ne me console pas. Monseigneur, de tout ce « que j'entends dire tous les jours à toutes sortes « de gens, de toutes sortes d'états, contre un ou- « vrage qui porte votre nom , et qui , dès que j'en
détails que le cardinal de Baussct donnoit ici en note, sur le vif intérêt que le célèbre La Bruyère prit à la controverse du quiétisme. (Édit.)
(i) Le cardinal de Bausset donne à cette lettre la date du 28 février, qu'on a également suivie dans la Corresp. de Fénelon^ t. VII, p. 879. 11 paroît que c'est une erreur; car la lettre de Fénelon , que nous rapporterons un peu plus bas (n. 23) , et qui porte la date -du 24 février, paroît être la réponse à celte de l'abbé Brisacier: celle-ci doit donc être âlitéridure au 24 février. (Édit.)
ce SUS le titre et le dessein , aussi bien que la mace nière dont il ayoit été rendu public, me jeta surce le-champ, par l'attachement sincère que je vous « ai voue j dans une extrême consternation ; préce voyant bien dès lors les dangereuses suites où ce a livre alloit vous exposer, indépendamment même «c de Texamen des critiques, sur la doctrine qu'il « peut contenir. Ma frayeur n'a point été vaine; « je vois chaque jour ce que j'avois appréhendé. « Comme j'ai passé jusqu'ici pour un de vos plus « fidèles serviteurs, et qu'on m'a vu, avant la pu- « blication de votre livre, vous défendre de bonne «c foi, sur les soupçons qui se répandoient contre <c vous. Monseigneur; bien des gens croient être en « droit de me demander comment vous avez pu ce vous résoudre à écrire sur un sujet si délicat , et « comment vos plus intimes amis ne vous en ont pas « détourné. On prend plaisir à me dire une infinité (c de choses, sur lesquelles j'ai fait moi-même de « fâcheuses réflexions; et on me rapporte de toute « part, sans ce que je vois de mes yeux, que les prélats « les moins suspects de préoccupation contre vous, « des ecclésiastiques très-sensés, des curés zélés, des ce docteurs habiles, des supérieurs de communautés « séculières et régulières, des laïques très-recomman- « dables et très-intelligents dans les matières spiri- «e tuelles, quelque prévenus qu'ils aient été jusqu'ici « en votre faveur, iie peuvent s'empêcher de dire,
64 HISTOIRE DE FENELOIf.
« OU en secret , ou tout haut, que vous avez peu « de partisans dans cette affaire; comme en effet, « il est vrai qu'il ne se trouve presque personne « qui ose vous soutenir, ni dans la forme, ni dans <f le fond. Vos meilleurs amis, sans vous le t moi- (f gner, sont désolés de vous voir engagé dans une « carrière, dont vous ne sauriez sortir avec un en- « lier agrément, et oîi certainement vous n'aviez (c nulle obligation d'entrer pour la gloire de Dieu , « qui en souffrira. Tel est, Monseigneur, le jugece ment anticipé du public, que je recueille, malgré <( moi, de toutes les bouches, à chaque pas que je « fais. Des gens dignes de foi, qui ont été à la cour, a m'assurent qu'on y est aussi révolté qu'à Paris, « quoiqu'on garde encore quelques mesures de res- « pect , en ne s'expliquant qu'à demi et avec peu « d'éclat. Il est visible qu'il y a peu de chemin à « faire encore pour éclater tout à fait; ce qu'on ne « pourroit assez déplorer, pour toutes sortes de <f raisons, et surtout à cause des grandes places que « vous occupez dans l'Église et dans l'État.
« Pour moi. Monseigneur, je n'en parle qu'en « particulier, qu'à quelques amis intimes, dont la a plupart me préviennent, et qui ont l'honneur a d'être des vôtres. Us sont tous aussi alarmés que a je le suis; et leur juste inquiétude augmente la « mienne. Vous n'êtes pas un auteur indifférent, (c Monseigneur; et quand vous le seriez pour les
cf autres, vous ne pouvez jamais l'être pour moi ;
« mais, par malheur, vous ne le sauriez être pour
« personne; et tout ce qui vous regardera, fera né-
« cessairement grand bruit. Ce seroit trop, pour un
ce homme de votre rang, d'être le moins du monde
« soupçonné en ce qui regarde les sentiments : que
« seroit-ce donc, s'il arrivoit quelque chose de pis?
« et pouvez-vous user de trop de précaution pour
« ne vous y pas exposer ? Je vous proteste avec
« respect et avec douleur. Monseigneur, que je
(c n'écris ceci, ni pai* aucun entêtement particulier,
« ni par l'instigation de qui que ce soit. Personne
« sous le ciel ne sait que j'ai l'honneur de vous
« écrire, ni la manière dont je le fais. Personne ne
« m'a prévenu ; personne ne m'a animé ; personne
ce ne croit que je pense à prendre, ni que j'ose
ce prendre la liberté que je prends. Je n'ai pour
a confidents, que quelques moments de la nuit. Je
ce n'ai nul motif, que d'épancher sincèrement et res-
a pectueusement mon cœur dans celui d'un prélat
a estimé par lui-même, et aimé de tout le monde;
« et qui, tout grand qu'il est, a daigné jusqu'à pré-
« sent s'abaisser souvent jusqu'à me donner des
« marques de son amitié, que je respecte autant
« qu'elle m'honore. Je ne veux nullement m'éri-
<c ger en censeur, ni en juge. Je n'ai nul dessein
ec que cette lettre, que j'écris à la hâte dans les tc-
tf nèbres, .et dont je ne i*etiens nulle copie, soit T. ti« 5
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« jamais vue d'autre que de vous seul. Ce n'est « point un esprit critique qui conduit ma main ; (( c'est un cœur qui vous est parfaitement dévoué, « et qui gémit chaque jour devant Dieu, dans l'at- « tente de tout ce qui peut arriver. Il me semble tt que je n'ai rien laissé volontairement échapper <x dans le style, qui blesse le moins du monde la « profonde vénération que j'ai pour vous. Mon- « seigneur. Si vous en jugez autrement , je vous a réponds de la droiture de ma volonté, et je vous c( demande pardon de ma faute, si vous en trouvez i€ quelqu'une dans la démarche secrète de votre trèsce humble, etc. »
Disponiions ^ Fénelon dut être d'autant plus vivement afkc^^^t^ fecté, à la lecture de cette lettre, qu'il ne put s'empêcher d'y reconnoître l'expression trop fidèle de la voix publique. Sa réponse peint tout à la fois la profonde émotion qu'un pareil langage devoit naturellement lui causer, et la disposition sincère où il étoit dès lors de soumettre sans réserve sa doctrine et ses sentiments à la décision de l'Église (i).
(i) Le cardinal de Bausset supposoit, en cet endroit, que la réponse de Fénelon à l*abbé Brisacier ne s*étoit pas con* servée. Nous croyons qu'il a été induit en erreur, par une fausse date de la lettre de Tabbé Brisacier ; car le contenu de celle de Fénelon que nous allons citer, montre clairement qu'elle renferme la réponse à la lettre de Fabbé Brisacier qu'on vient de lire« (Goit.)
UVA8 TROISjiHJS. 67
a Je VOUS suis sensiblement obligé, Monsieur, de « la sagesse et de la bonté avec laquelle vous me « faites l'honneur de m'écrire. C'est la marque la a plus solide et la plus touchante d'une véritable ce amitié pour moi, et d'un saint zèle pour l'Église, a Mais permettez-moi de vous dire, que les gens qui « vous parlent sont bien nouveaux dans cette af* « faire. N'ont-ils point lu les trente-quatre proposiflc tions que j'ai arrêtées avec Messeigneurs de Pa« <r ris et de Meaux, et M. Tronson ? Ces propositions a les ont-elles scandalisés dans le temps ? ou bien a ont-ils approuvé, sous le nom de ces prélats, ce a qu'ils condamnent sous le mien ? Vous pouvez ce lire. Monsieur, mon article dixième (i) qui fait a tant de bruit, avec la trente-troisième proposia tion des évéques; vous trouverez que je veux seu* a lement, qu'on laisse faire à une âme, dans le cas (c extrême d'une persuasion imaginaire et invincible, a ce que les évéques veulent guon inspire eiux et dmes peinées. Dieu voit et jugera ceux qui ont ce deux poids et deux mesure^. Tout mon système ce se réduit à un point simple et indivisible ; c'est « celui de l'amour désintéressé, la tradition de a tous les Pères est évidente là-dessus : les écoles « mêmes ont fait prévaloir partout ce sentiment. « Les saints canonisés sur l'examen de leurs écrits,
(t) FéneloD pur le ici de Tarticle xo« du livra des Maximes i
(ÉDIT
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« sont remplis de cette doctrine. Les deux prélats ce l'ont décidée^ dans leur cinquième et dans leur ce trente-troisième proposition. Je n'ai écrit que de « conceKavecM. l'archevêque de Paris et M. Tronc( son, qui ont examiné mon ouvrage, et qui m'ont ce donné toutes leurs remarques, sur la manière de <c rendre mes termes plus précautionnés. M. Pirot ce a fait ensuite le même examen, et n'a pas trouvé ce ombre de difficulté. Le P. de Valois, plusieurs <« autres Jésuites, et plusieurs docteurs de Sorbonne ce très-opposés au quiétisme, ont pensé de même. « Veut-on traiter d'hérétique, Tamour désintéressé? a Peut-on dire que j'avance rien au delà ? Y a-t-il ce personne qui ait condamné plus précisément et ce plus rigoureusement toutes les erreurs que l'on ce craint? Qu'on m'en marque une précise que j'aie ce épargnée, ou sur laquelle j'aie laissé quelque et équivoque. Pour les discours vagues, et pour les ce frayeurs du public, je ne saurois les empêcher, ce Vous n'avez qu'à demander, Monsieur, à M. l'arec chevêque de Paris, et même à M. de Meaux, si ce le commun des théologiens de l'Ecole sont bien ce en état de juger d'une matière si délicate. J'offre ce de montrer, dans mon livre, des précautions déce cisives et évidentes contre tous les excès sur lésée quels ils s'effarouchent sans approfondir. Poura quoi me blâmer d'écrire sur cette matière, pendant ce qu'on loue les autres de le faire, puisque je le