‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 4)Chapitre 6 sur 46 · de sa bonne foi · texte numérisé non relu

de sa bonne foi

Il compose H Telle fut la véritable origine du livre des Maxi-

Maximes des ^^^^ auqucl Fénclon s'appliqua dès ce moment avec

Saints; ardcur, et dont la publication étoit devenue pour

ses précautions i • i i* ^* • i* 111 1

oorrcxactitude ^^^ obligation indispensable, dans les circonde la doctrine stances difficiles où il se trou voit. H Ce ne fut donc

point par un élan indiscret, comme on l'a quelquefois supposé (i), que Fénelon provoqua les scandales et les malheurs dont son livre devint l'occasion. Son vœu sincère eût été de continuer à garder le silence qu'il s'étoit prescrit sur ces matières « Il y a tout lieu de croire que le chancelier d'Aguesseau ignoroit tous ces détails, lorsqu'il a écrit que Fénelon s'étoit dorme à lui-même la mission de purger le quiétisme , de tout ce que cette secte avoit d odieux (2).

Fénelon avoit pris l'engagement de ne rendre son ouvrage public, qu'après l'avoir soumis à l'examen de l'archevêque de Paris et de M. Tronson. Conformément à cette promesse, a il remit au prête lat (3) le manuscrit de son Explication des Maxir

(1) YoyeSy à ce sujet, VHist, iitt» de Fénelon , IC partie, ti. 71, p. aia.

(2) D'Aguesseau , Mémoires sur les affaires de f Église de France. (OBuçres^ in-4® , t. XIII, p. 169.)

(3) Réponse à ta Relation sur le quiétisme , chap* VI»

LIVK£ TROISIEME. 3l

« nies des Saints sur la vie intérieure. Cet ouvrage « ëtoit, dans l'origine, beaucoup plus étendu qu'il n'a ce paru dans le livre imprimé; Fénelon y avoit mis « tous les principaux témoignages de la tradition. « L'archevêque de Paris trouva l'ouvrage trop long ; « par déférence pour lui, Fénelon l'abrégea ; il le a rapporta en cet état à l'arcbevêque de Paris, qui le « relut encore avec lui et l'abbé de Beau fort, princi- « pal grand vicaire du diocèse de Paris. Non content « de ce premier examen, Fénelon laissa son manu- « scrit entre les mains du prélat. » Il lui écrivit même pour provoquer de sa part l'examen le plus rigou* reux. ce Rien ne presse, Monseigneur, pour donner ce au public l'ouvrage que vous lisez. Vous savez ce mieux que personne ce qui m'a engagé n le faire... « C'est de bonne foi que je me suis livré à vous « pour supprimer, retrancher, corriger, ajouter ce « que vous croirez nécessaire.... Encore une fois, « je ne presse ni ne retarde; c'est à vous, Monsei-

« gneur, à décider A l'égard du choix d'un

a homme qui puisse vous aider dans un si grand a travail, vous savez que je vous ai donné tout « pouvoir sur moi et sur mon ouvrage (i). »

n. 68. Ici, comme en bien d'autres endroits, le cardinal de Bausset donne seulement la substance du texte cité^ et non les pi^opres expressions. (Édit.)

(i) Lettre de Fénelon à M. fie Noaiiles, 17 octobre 1696. iCorres/j, de FéneloUy t. \II, p. 3oo.)

37, HISTOÏllE DE FKNELON.

« L'archevêque de Paris garda le manuscrit dece Fénelon environ trois semaines, et te lui rendit, « en lui montrant des coups de crayon qu'il avoit tic donnés, dans tous les endroits qui lui parurent « devoir être retouchés, pour une plus grande pré- « caution; Fénelon retoucha en sa présence tout «ce qu'il avoit marqué, et il le fit précisément « comme ce prélat Tavoit désiré. L'archevêque de « Paris, touché de tant de confiance, ne put s'em- « pêcher de dire, peu de jours après, au duc de Ghe- « vreuse, qu'il ne trou voit à M. de Cambrai qu'un « défaut, celui d'être trop docile (i). »

Fénelon a publié ces faits à la face de toute la France et de toute l'Europe, et l'archevêque de Paris ne les a jamais contredits; a il a seulement préce tendu (a), qu'il avoit représenté à Fénelon que « le projet éloit hardi; mais malgré la hardiesse (Si du projet ^ il en approuva l'exécution, et jugea le « /wre correct et utile. Il refusa à la vérité de lui « donner son approbation par écrit; mais ce fut « uniquement parce qu'il avoit des mesui'es à gar- « der avec Bossuet , dont il avoit promis d'ap- « prouver le livre. »

Fénelon fit plus encore : « L'archevêque de a Paris désira qu'il montrât son ouvrage à quelque

(i) Réponse à la Relation. Ibid, n. 68. (a) Ibid, n. 69.

a théologien de TÉcole^ qui fût plus rigoureux c|ue « lui. Fënelon se rendit avec empressement à son « vœu ; * il prévint même sa pensée, en lui propoce sant pour examinateur M. Pirot, docteur de Sorc( bonne, homme aussi savant que judicieux, exa- « minateur habituel de tous les livres et de toutes <€ les thèses de théologie, le même qui avoit trace vaille, sous M. de Harlay, à la censure de mate dame Guyon, qui avoit été chargé de l'interroger, a qui étoit peu prévenu pour elle et pour sa docc( trine, qui étoit dévoué depuis longtemps h Bos- <c suet, et qui alors même étoit occupé à examiner « l'ouvrage que ce prélat alloit publier.

« L'archevêque de Cambrai se renferma avec « M. Pirot, et ils examinèrent ensemble le livre si « court des Maximes des Saints, en trois séances a de quatre ou cinq heures chacune. M. Pirot avoit « un manuscrit devant les yeux, et Fénelon en te- « noit un autre semblable ; ils lisoient ensemble; « M. Pirot arrêtoit Fénelon sur les moindres diflicc cultes, et Fénelon changeoit sans peine tout ce « qu'il vouloit. M. Pirot finit par déclarer que ce « /ii^re étoit tout d'or; et le cardinal de Noailles écrivit « quelques jours après à Fénelon et à M. Tronson, « que M. Pirot étoit charmé de cet examen. » Nous avons entre les mains un manuscrit de M. Pirot luimême, qui constate la vérité de tous ces faits ( i )•

* (i) Mémoire inédit sur Vorlgîne de l'affaire du quiétismc»

Fénelon avoit également communiqué son ouvrage à M. Tronson, qui Tavoit examiné avec une attention particulière, avoit fait des observations judicieuses, et persistoit à penser, avec Tarchevêque 13. de Paris, qi£il étoit correct et utile (i).

Pourquoi il ne Qn demandera peut-être (2), pourquoi Fénelon

soumet pas son . - .

livre à Bossuet. avoit refusé de soumettre son livre à l'examen de Bos-

suet ; ce qui eut été le véritable moyen de prévenir toutes les discussions ultérieures. Fénelon en adonné les raisons : nous les soumettons au jugement des lecteurs. « J'aurois souhaité pouvoir faire examiner <c mon livre par M. de Meaux ; mais quelle appa- « rence de lui demander son approbation , pendant « que j'étoîs réduit à lui refuser la mienne? D'ail- « leurs, je savois, par des voies certaines, com- « bien il étoit piqué de mon refus, et qu'il éclatoît

« presque ouvertement Il disoit à ses amis

ce particuliers : Est-ce là cette soumission que M. de « Cambrai m'avolt promise , pour rétracter toutes « ses erreurs? M. l'archevêque de Paris et M. l'é- « vêque de Chartres furent persuadés des raisons

(i) Questions à M, de Noailles; quest. x3-i6. [Œuvres de Fénelon j t. IV, p. 108.) — Lettre de M. Tronson à l'évéque de Chartres y au. 24 février 1697. (Corresp. de Fénelon^ t. VII, note de la p. 374.

(2) Cet alinéa étoit placé un peu plus bas , dans les éditions précédentes; il nous a paru plus naturellement placé en cet endroit. (Édit.)

« de mon Mémoire^ non-seulement pour le refus « d^approuver (l'ouvrage de M. de Meaux), mais « encore pour mon dessein de faire un livre. Ils con- « vinrent qu'on n'en parleroit pointa M. de Meaux ; «t l'un et l'autre a gardé là-dessus, jusqu'à la fin, ce un secret inviolable (i). »

Il On ne peut douter en effet, que les raisons apportées ici par Fénelon, pour justifier sa conduite envers Bossuet, n'aient été approuvées, dans le temps, par les personnes les plus désintéressées. Ce fait important fut expressément reconnu par l'archevêque de Paris, dans la conférence qu'il eut avec Fénelôn, en présence de madame de Maintenon, au mois de février 1697 (2). || Mais, indépendamment même de ce fait, il faut avouer que Fénelon , après tant de précautions pour s'assurer de l'exactitude de la doctrine exposée dans son livre, après avoir déféré avec tant de docïlité à toutes les observations des hommes les plus vertueux et les plus éclairés du clergé de Paris, devoit naturellement se croire à l'abri de toute censure. Il eut au moins le droit de penser et de dire : « Qui est-ce qui % ne voit pas (3) la candeur et la simplicité avec

(1) Réponse à la Relation sur le quiétisme^ chap* VI, n, 65. {OEuvres^ t. VI, p. 464.)

(a) 1 7* Question à M, de Noailles» [OEmreSy t. IV, p. 109.) — Lettre de Fénelon à Bossuet, du 6 février 1697, (Corresp»

t. VII, p. 371.)

(3) Réponse à la Relation sur le quiétisme, n. 70, etc*

36 HISTOIRE 1)E FÉIVELON.

<c laquelle je ne craignois que de me tromper et « d'être flatté? Ne choisissois-je pas tous ceux qui (c pouvoient être le plus en garde contre moi , et « me V redresser, si je n'établissois pas assez préci- « sèment toutes les vérités, et si je ne condamnois « pas avec assez de précaution toutes les erreurs? « N'étoit-ce pas vouloir être uni de sentiments avec « M. de Meaux, lors même que ses préventions, son « procédé, et les discours de ses amis, m'avoient mis « hors d'état d'agir de concert avec lui ?..... Je ne ce proposois point h M. l'archevêque de Paris et. à « M. l'évêque de Chartres d'adoucir leurs censures « contre madame Guyon, ni d'ébranler les trentece quatre articles. Je ne voulois point les empêcher « d'approuver le livre de M. de Meaux ; je voulois « seulement, pour ma conduite particulière, prencï dre les conseils des autres, ne pouvant plus decc mander ceux de M.- de Meaux. M. l'archevêque de ce Paris et M. l'évêque de Chartres n'avoient-ils pas c< paru persuadés, par les raisons de mon Mémoire Ç i ), ce que je pouvois me dispenser d'apprpuver son lice vre ? Il est vrai que M. de Meaux auroit pu

^ aider, par ses lumières, M. l'archevêque de Paris ce et les autres docteurs dans l'examen de mon livre; ce mais aussi il auroit pu les emban^asser par ses ce préventions. Je n'avois que trop éprouvé combien

(i) Du 2 août 1696. \

c( ce prélat étoît préoccupe. N'y avoit-îl au monde a que lui seul, qui fût capable d'examiner mon livre ? a M. l'archevêque de Paris, M. Tronson, M. Pirot , « étoient-ils si faciles à séduire, eux qui dévoient a être si bien avertis, et si précautionnés contre « mes préventions ? Quand même ils auroient cru <c avoir besoin de quelques secours, n'en pouvoient- « ils trouver ailleurs qu'en M. de Meaux? man- « quoit-on dans Paris, de théologiens capables de <c dire tout ce qui est essentiel au dogme, sur la cha- « rite et sur l'espérance? Ce prélat devoit-il mon- « trer tant de vivacité sur ce que je consultois les « autres sans le consulter ? y a-t-il rien de plus « libre que la confiance ? lié ! qu'importe que je fisse <c les choses sans lui, pourvu que je ne les fi$s(^ pas « mal ? Supposé même que je me fusse éloigné de « lui mal à propos, il devoit ménager ma foiblesse, a et être ravi que les autres me menassent doucece ment au but. C'est ainsi qu'on est disposé quand a on se compte pour rien , et qu'on ne recherche tf que la vérité et la paix. Tout au contraire, M. de a Meaux regarde comme un outrage que j'ai voulu « lui faire, en consultant les autres sans le consula ter : ne le considérer pas, c'est rompre l'unité, a c'est faire un scandale, c'est attaquer les censures, « c'est éluder les articles , c'est défendre madame « Guyon. »

Rassuré par toutes les précautions qu'il avoit prises Pnblicaiion

du livre des

Maximes; (janvier 1697)

Bossuet se montre décidé

à Tattaquer.

38 HISTOIRE DE FÉNELOW.

pour donner à l'exposition de ses principes toute l'exactitude qu'on avoit droit de lui demander, Fénelon partit pour Cambrai(i); en partant, il prévint l'archevêque de Paris qu'il alloit livrer son ouvrage à l'impression. Ce prélat, loin de s'y opposer, parut seulement désirer a qu'il ne devînt puce blic qu'après celui de Bossuet, qu'on étoit alors a occupé d'imprimer. » Fénelon y consentit avec empressement, et recommanda de la manière la plus formelle, le jour même de son départ, à son ami le duc de Chevreuse, qui s'étoit chargé de veiller à l'impression , de ne le publier que de l'aveu du cardinal de Nôailles. Par malheur, le duc de Chevreuse supposa, trop légèrement peut-être, que Bossuet auroit le crédit d'arrêter la publication du livre de Fénelon, si .on la différoit plus longtemps (2); il se hâta de prévenir le cardinal de Nôailles de cet incident inattendu, et le pria de le dégager de la promesse que Fénelon lui avoit faite. Le cardinal ne crut devoir ni y consentir, ni s'y

(i) Vers le i5 décembre 1696.

(a) Il semble fort douteux qu'on puisse accuser ici de légèreté le duc de Chevreuse ; car il est certain que ses craintes et ses soupçons ne parurent pas sans fondement à l'archevêque de Paris et à d'autres personnes graves. Voyez, à ce sujet, la Lettre de Fénelon à Bossuet^ du 9 février 1697. (^Corresp, de Fénelon ^ t. VII, p. 371.) — Questions 17 er 18 à M, de Noaiiles. (OEwres, t. IV, p. X09.) (Édit.)

opposer ; il se contenta de dire au duc de Chevreuse, qu'il navoitrien à répondre^ et qu il ne voulait rien sai^oir là-dessus, C'étoit laisser assez clairement le duc de Chevreuse, maître de faire ce qu'il jugeroit à propos.

Il II est certain en effet que fiossuet avoit été instruit de ce qui se passoit, et qu'il étoit déterminé à attaquer le livre de Fénelon , avant même de Ta*voir lu. Il C'est ce qui résulte clairement d'une lettre écrite par Tévêque de Meaux à l'abbé de Maulévrier, vers la fin du mois de janvier 1697 (^)a Je sais, à n'en pouvoir douter, dit Bossuet, que

(c M. de Cambrai veut écrire sur la spiritualité

« Je suis assuré que cet écrit ne peut que causer

« un grand scandale Je ne puis en conscience

« le supporter, et Dieu ni oblige à faire voir qu^on « veut soutenir des livres dont la doctrine est le

« renversement de la piété Je suis assuré qu^ il

« laissera dans le doute ou dans V obscurité y plu- « sieurs articles sur lesquels il me sera aisé de a faire voir quil falloit indispensablertient s^ex^ « pliquer dans la conjoncture présente. Et si cela « est, comme il sera, qui peut me dispenser de i^ faire voir à toute l'Eglise combien cette dis^

(1) Corresp. île Fénelon^ l. VII, p. 354, note. — Voyez aussi, la 17* Question à M. de Noailles, — On trouve une courte notice sur labbé de Maulevrier, dans le t. XI de la Corresp. de Fénelon , p. 34o.

4o HISTOIRE DE FÉMFXON.

« simulation est dangereuse ? FoiHi la vérité

(c à laquelle il faut que je sacrifie ma vie On

a ne m'évite en cette occasion, après m' avoir té- « moigné t^nt de soumission en paroles, que parce « qu'on sent que Dieu, à qui je me fie, me donnera a la force pour éventer la mine. »

Il Bossuet avoit également manifesté ces dispositions à M. de la Chétardie, curé de Sainl-Sulpice, qui en donna aussitôt avis à M*. Tronson, en ces termes : « M. de Meaux me dit savoir sûrement « que Monseigneur de Cambrai écrivoit; et que, s*il « ne prenoit garde à lui, on le soupçonneroit de « trop approuver la doctrine de madame Guyon ; (( que de ne pas condamner formellement cette a doctrine, c'étoit s'en rendre suspect ; que de laîs- « ser quelque expression équivoque, c'étoit laisser « croire qu'il y avoit du mystère, et se rendre en- « core plus suspect ; et que s'ils en venoient à éclac( ter l'un contre l'autre, comme les choses parois» « soient s'y disposer, cela feroit un grand scandale, ce qui retomberoit apparemment sur M. de Cam- « brai (i). »

Il Les craintes de M. de la Chétardie et de tous les amis commuùs des deux prélats , ne tardèrent pas à se réaliser. Le fameux livre de Fénelon, intitulé ;

(i) Lettre de M. de la Chétardie à M. Tronson^ du 21 janvier 1697. [Corresp, de Fénelon , t. VII, p. 354.)

Explication des Maximes des Saints sur la vie intérieure^ fut rendu public, par les soins trop empressés de ses amis , vers la fin de janvier 1697, et avant celui de Bossuet. Le duc de Beauvilliers en fit remettre un exemplaire à ce prélat, le jour même qu'il venoit de le présenter au Roi, au nom de Fénelon, qui étoit encore dans sçn diocèse. ||

1 Nous n'entreprendrons pas de donner ici l'a- Analyse nalyse détaillée du livre des Maximes ; il suffit à * ^ **'** notre objet d'exposer en peu de mots le but de l'ouvrage, et les principales erreurs qui l'ont fait condamner (1).

1 Dans Tintention de Fénelon (a), tout le plan de son livre se réduisoit à établir et à développer ces quatre points, auxquels il croyoit qu^on peut rapporter toutes les maximes des saints sur la vie intérieure : i^que toutes les voies intérieures tendent à l'amour pur ou désintéressé ; a° que le but des épreuves de la vie intérieure , est la purification de l'amour; 3** que la contemplation, même la plus sublime, n'est que l'exercice paisible de cet amour

(1) Les détails que nou$ donnons ici, sur le livre des Maximes^ sont tirés en partie de la troisième édition de cette Histoire (t. F'', p. 268, etc.), et en partie dé VHist, de Bossuet (t. III, livre X, n. i3), où l'auteur a cru devoir entrer, sur ce sujet, dans un plus grand développement. Voyez aussi VHist. litt, de Fénelon, II* partie, n. 78, etc. (Édit.)

[%) Avertissement du livre des Maximes.

4^ HISTOIRE DE TÉNÉLOy.

pur OU désintéressé; 4° enfin, que l'état de la plus haute perfection , appelé par les mystiques vie uni» twe ou état passifs n'est que l'entière pureté, et l'état habituel de cet amour, ce Tout le plan de mon « livre, dit-il encore dans le premier de ses écrits <( apologétiques, se réduit à deux points essentiels, a Le premier est de reconnoître que la charité, « principale vertu théologale, est un amour de Dieu, « indépendant du motif de la récompense, quoi- « qu'on désire toujours la récompense dans l'état a de la charité la plus parfaite. Le second est de rea connoître un état de charité parfaite, où cette « vertu prévient et anime toutes les autres, en com- « mande les actes, et les perfectionne, sans leur ôter « leurs motifs propres, ni leur distinction spécicc fique ; en sorte que les âmes de cet état n'ont plus « d'ordinaire aucune affection mercenaire ou inté- « ressée (i). »

\ Mais , en voulant soutenir la doctrine du pur amour, sur laquelle il croyoit Bossuet dans l'erreur, Fénelon ne sut pas toujours donner à ses expressions l'exactitude et la précision qu'il avoit lui-même annoncées dans la préface de son livre, et qui étaient en effet plus nécessaires que jamais, dans les fâcheuses circonstances où il se trouvoit. Il arriva

(ï) Instruction pastorale du i5 septembre 1697; Introduction.

de là^ qu'en réprouvant les excès du quiétisme dëjà condamné, il introduisit, contre son intention, un quiétisme mitigé, dont le principe fondamental étoit un état habituel de pur amour ^ dans lequel le désir des récompenses et la crainte des châtiments nont plus de part.

1 II est certain en effet, que la doctrine de Fénelon, dans le livre des Maximes, diffère essentiellement du quiétisme grossier de Molinos, et du quiétisme moins grossier de madame Guyon. Ces deux derniers systèmes, comme on l'a vu plus haut(î), s'accordent à faire consister la perfection de l'homme en cette vie, dans un acte continuel de contemplation et d! amour y qui renferme en lui seul tous les actes des vertus distinctes, et qui dispense l'âme de toutes les autres pratiques de piété. Fénelon rejette expressément ce principe, dans le vingt-cinquième article de son livre, et condamne en plusieurs endroits , les autres erreurs qui en découlent. Mâiis plusieurs passages de son livre, pris à la rigueur, font consister la perfection de l'homme en cette vie, dans un état habituel de pur amour, qui exclut comme des imperfections tous les actes explicites des autres vertus, même le désir du salut et la crainte de l'enfer. Aussi a-t-on observé (a),

(i) Ci-dessus, Jiv, II, n. ii, etc. t. I". (a) D'Avrigny, Mémoires chronologiques; mars 1699, t. IV, p. i35.

44 HISTOIRE DE FÉNEtON.

que la plupart des propositions du livre des Maxi^ mes y condamnées par le pape Innocent XII, peuvent se réduire à ces deux erreurs fondamentales : I** Il y a, dans cette vie, un état de perfection, dans lequel le désir de la récompense et la crainte des peines n'ont plus lieu ; a^ Il est des âmes tellement embrasées de l'amour divin, et tellement résignées à la volonté de Dieu , que si, d^ns un état de tentation, elles venoieut à croire que Dieu les a condamnées à la peine éternelle, elles feroient à Dieu \q sacrifice absolu de leur salut (i). 1 La suite de l'histoire nous donnera lieu de développer davantage cette doctrine du livre des MojcùneSj et le sens que Fénelon attachoit aux expressions inexactes qui l'ont fait condamner. Nous remarquerons seulement ici , que, sous le rapport du style, cet ouvrage n'offre pas, à beaucoup près, le charme et l'intérêt qui semblent caractériser tous les écrits de l'archevêque de Cambrai. Il est en effet assez remarquable, que celui de tous ses ouvrages auquel il a paru lui-même attacher plus de

(i) Nous avons remarqué phishaut, que les saints personnages qui faisoient à Dieu le sacrifice de leur salut , ne le faisoient que (Tune manière conditionnelle; c'est-à-dire qu'ils consentoient à souffrir la peine étemelle, si c'étoit le bon plaisir de Dieu , et sous la condition qu'au milieu de cette

peine, ils ne cesseroient jamais d'aimer Dieu. (Ci-dessus, 1. 1*', p. 4oi, etc.) (Édit.)

Page 1