‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 101 sur 101 · DU LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

DU LIVRE DEUXIÈME

N'* I. — Page 377.

Sur les Conférences tTIssy.

Oo lit , dans une note placée à la saite de TÉloge de Fénelon par M. Tabbé Maury, aujourd'hui cardinal, édit. de 1804 , l'article suivant : « M. Godet des Marais, évêque de Chartres, M. de « Noailles, évéque de Châlons , ensuite archevêque de Paris, et «M. Bossuety évéque de Meaux, s'assemblèrent à Issy, pour « examiner les livres de madame Guyon. Après avoir condamné « sa doctrine, ils censurèrent trente-quatre propositions extraites « de VExpUcation des Maximes des Saints, Fénelon refusa con- « stamment les conférences que lui offroit Bossuet; et il dénonça « lui-même son ouvrage au Pape. »

Cet énoncé renferme plusieurs inexactitudes.

I* M. Godet des Marais, évéque de Chartres, n'assista point aux conférences d'Issy. Ces conférences furent uniquement composées de M. Bossuet , évêque de Meaux , de M. de Noailles, alors évéque de Châlons, et de M. Tronson , supérieur général de Saint-Sulpice. On leur adjoignit ensuite Fénelon , qui fut nommé à l'archevêché de Cambrai, dans le cours des conférences.

DU LIVBE DEUXIÈME. Sog

1^ Les treule-quatre articles signés à Issy ne renferment la censura d'aucun ouvrage. Ce sont de simples maximes , arrêtées pour fixer les véritables principes sur Tétat d^oraison ou de contemplation, et pour prévenir les abus d*une fausse spiritualité. Nous avons sous les yeux des manuscrits originaux de ces trente-quatre articles , signés de la main de Bossuet, de M. de Noailles, de Fénelon , et de M. Tronson.

3" Les trente-quatre articles d'Issy ne pouvoient avoir aucun rapport avec le livre des Maximes des Saints de Fénelon. Les conférences d'Issy eurent lieu en 1694 et 1695 ; et le livre des Maximes des Sain is ne parut qu'en 1697.

4* Bossuet, M. Godet des Marais, évêque de Chartres, et M. de Noailles, devenu archevêque de Paris en 1695, ne censurèrent même, dans la suite, aucunes propositions extraites du livre des Maximes des Saints, Ils connoissoient trop bien les règles, pour s'établir juges de la doctrine d'un de leurs confrères, qui avoit porté lui-même sa cause au tribunal du saint-siége. Ils se bornèrent à une simple Déclaration de leurs sentiments ; et ils s'y crurent obligés, parce qu'ils prétendirent que l'archevêque de Cambrai avoit appelé leur témoignage à l'appui de son livre.

5° Ce ne fut point à l'époque des conférences d'Issy, que Fénelon refusa de conférer de vive voix avec Bossuet. Fénelon fut au contraire associé aux conférences d'Issy. Ce fut plus de deux ans après, lorsqu'il eut fait pai*oitre son livre des Maximes des Saints, qu'il refusa de conférer de vive voix avec Bossuet ; il finit même par y consentir, à de certaines conditions.

Nous avons cru devoir rectifier ces inexactitudes, qui pouvoient l'ecevoir une espèce d'autorité par la confiance due à un écrivain aussi célèbre que M. le cardinal Maury (i).

(x) Le cardinal Maary a modîGé, dans les éditions de VÉloge de Fénelon postérienres à la publication de V Histoire de Féitelon, le paasage tiir leqael tonboient les observations da cardinal de Bausset. Mais soa nonvean texte reproduit presque tontes les ineuctitudes dn premier. Voyes en particulier l'éditioo in-i3 de 1827; t. III, p. ai4. (Êbit.)

5l^ PIÈCES JU8XIFiGATlV£S

N" II. — Pages 397, etc.

Articles d^Issy (i).

Tout chrétien en tout état , quoique non à tout moment, est obligé de conserver Texercice de la foi , de Tespérance et de la charité , et d'en produire des actes , comme de trois vertus distinguées.

Tout chrétien est obligé d'avoir la foi explicite en Dieu toutpuissant, créateur du ciel et de la terre, rémunérateur de ceux qui le cherchent, et en ses autres attributs également révélés; et à fkire Aes actes de cette foi en tout état, quoique non à tout moment.

Tout chrétien est pareillement obligé à la foi explicite en Dieu Père, Fils, et Saint-Esprit, et à faire des actes de cette foi en tout état, quoique non à tout moment.

' Tout chrétien est de même obligé à la foi explicite en Jésus- Christ Dieu et homme, comme médiateur, sans lequel on ne peut approcher de Dieu , et à faire des actes de cette foi en tout état, quoique non à tout moment.

[ Tout chrétien en tout état , quoique non à tout moment , est obligé de vouloir, désirer, et demander explicitement son salut éternel, comme chose que Dieu veut, et qu'il veut que nous voulions pour sa gloire.

Dieu veut que tout chrétien en tout état, quoique non à tout moment , lui demande expressément la rémission de ses péchés,

(i) Nous] indiqaeroiu en note las différences qui se trouvent entre les trenU' quatre artieUt arrêtés à lêsj, et les trente articles contenus dans le projet que Bossuet avoit d'abord présenté ani autres commissaires. (Édit.)

DU LlVaS DEUXIÈME. 5ll

la grâce de n'en plus commettre» la persévérance dans le bien» l'augmentation des vertus, et toute autre chose requise pour le salut éternel.

En tout état, le chrétien a la concupiscence à combattre, quoique non toujours également; ce qui l'oblige en tout état» quoique non à tout moment » à demander force contre les teoUtions.

vm.

Toutes ces propositions sont de la foi catholique , expressément contenues dans le Symbole des apôtres , et dans TOraison dominicale, qui esi la prière commune et journalière de tous les en" fonts de Dieu(i); ou même expressément définies par TÉglise, comme celle de la demande de la rémission des péchés, et du don de persévérance, et celle du combat de la convoitise, dans les conciles de Cartbage , d'Orange et de Trente : ainsi les propositions contraires sont formellement hérétiques.

11 n'est pas permis à un chrétien d'être indifférent pour son salut, ni pour les choses qui y ont rapport. La sainte indifférence chrétienne regarde les événements de cette vie (à la i^éserve du péché) , et la dispensation des consolations ou sécheresses spirituelles.

Les actes mentionnés ci-dessus ne dérogent point à la plus grande perfection du christianisme, et ne cessent pas d'être parfaits, pour être aperçus, pourvu qu'on en rende grâces à Dieu, et qu'on les rapporte à sa gloire.

Il n'est pas permis au chrétien d'attendre que Dieu lui inspire ces actes par voie et inspiration particulière ; et il n'a besoin, pour s'y exciter, que de la foi qui lui fait eonnoltre la volonté de Dieu signifiée et déclarée par ses commandements, et des exemples des saints, en supposant toujours le secours de la

(i) Les molt toulignés ne se trouvent poiot dMS le projet de rédaction proposé ptt BoMOit. (ioiT.)

5lU PIÈCES JUSTIFICATIVES

grâce excitaDle et prévenante. Les trois dernières propositions sont des suites manifestes des précédentes, et les contraires sont téméraires et erronées.

Xlf.

Par les actes d'obligation ci-dessus marqués , on ne doit pas entendre toujours des actes méthodiques et an^angés ; encore motus, des actes réduits en formule et sous certaines paroles , ou des actes inquiets et empressés ; mais des actes sincèrement formés dans le cœur, avec toute la sainte douceur et tranquillité qu^inspire l'esprit de Dieu.

xm.

Dans la vie et dans Foraison la plus parfaite , tous ces actes sont unis dans la seule charité, en tant qu'elle anime toutes les vertus , et en commande Texercice , selon ce que dit saint Paul : « La chariié souffre tout, elle croit tout, elle espère tout, elle soutient « toui{i). » Or on en peut dire autant des autres actes du chrétien, dont elle règle et prescrit les exercices distincts, quoiqu'ils ne soient pas toujours sensiblement et distinctement aperçus (2).

Le désir qu'on voit dans les saints, comme dans saint Paul et dans les autres , de leur salut étemel et parfaite rédemption , n'est pas seulement un désir ou appétit indélibéré, mais, comme l'appelle le même saint Paul, une bonne volonté que nous devons former et opérer librement en nous avec le secours de la grâce, comme parfaitement conforme à la volonté de Dieu. Cette proposition est clairement révélée, et la contraire est hérétique.

Cest pareillement une volonté conforme à celle de Dieu, et absolument nécessaire en tout état , quoique non à tout moment, de vouloir ne pécher pas ; et non-seulement de condamner le péché, mais encore de regretter de l'avoir commis, et de vouloir qu'il soit détruit en nous par le pardon.

'*' Les réflexions sur soi-même, sur ses actes, et sur les dons

(1) I Cor. XIU, 7.

(a) Les art. XU et XIH ne se Uoaveot poiot dans ie projet de Bossact. (ÉoiT»)

DU livre: deuxièmi:. 5i3

qu'on a reçus , qu'on voit partout pratiquées par les prophètes et par les apôtres, }M>ur rendre grâces à Dieu de ses bienfaits, et pour autres fins semblables, sont proposées pour exemples à tous les fidèles, même aux plus parfaits; et la doctrine qui les en éloigne, est erronée et approche de Thérésie.

Il n'y a de réflexions mauvaises et dangereuses, que celles où Ton fait des retours sur ses actions et sur les dons qu^on a reçus, pour repaître son amour-propre, se chercher un appui humain (i), ou s'occuper trop de soi-même.

Les mortifications conviennent à tout état du christianisme, et y sont souvent nécessaires ; et en éloigner les fidèles , sous prétexte de perfection, c'est condamner ouvertement saint Paul , et présupposer une doctrine erronée et hérétique.

L'oraison pei^étuelle ne consiste pas dans un acte perpétuel et unique, qu*on suppose sans interruption, et qui aussi ne doive jamais se i*éitérer ; mais dans une disposition et préparation habituelle et perpétuelle, à ne rien faire qui déplaise à Dieu , et à faire tout pour lui plaire. La proposition contraire, qui excluroit en quelque état que ce fût , même parfait , toute pluralité et succession d'actes, seroit erronée, et opposée à la tradition de tous les saints.

Il n'y a point de traditions apostoliques, que celles qui sont reconnues par toute l'Église, et dont l'autorité est décidée par le concile de Trente. La proposition contraire est erronée; et les prétendues traditions apostoliques secrètes seroient un piège pour les fidèles, et un moyen d'introduire toutes sortes de mauvaises doctrines.

L'oraison de simple présence de Dieu , ou de remise et de quiétude, et les autres oraisons extraordinaires , même passives,

(i) Les mots soulignés ne se irouvent point dans le projet de Bossuet. (Éoit/

5l4 PIÈGES JUSTIFlCVnVES

approuvée» par saint François de Sales, et les autres spirituels erçus dans toute l'Église, ne peuvent être rejetées ni tenues pour suspectes, sans une insigne témérité; et elles n'empéckeni pas qu'on ne demeure toujours disposé à produire, en temps com'e» mdjle, tous les actes ci»dessus marqués (i) : les réduire en actes implicites ou éminents, en faveur des plus parfaits, sous prétexte que Tamour de Dieu les renferme tous d'une certaine manière , c'est en éluder Tobligation , et en détruire la distinction qui est révélée de Dieu.

Sans ces oraisons extraordinaires , on peut devenir un très* grand saint, et atteindre à la perfection du christianisme.

xxm.

. Réduire l'état intérieur et la purification de Tâme à ces oraisons extraordinaires, c'est une erreur manifeste.

C'en est une également dangereuse, d'exclure de l'état de contemplation, les attributs, les trois personnes divines, et les mystères du Fils de Dieu incarné , surtout celui de la croix et celui de la résurrection ; et toutes les choses qui ne sont vues que par la foi , sont l'objet du chrétien contemplatif.

Il n*est pas permis à un chrétien , sous prétexte d'oraison passive, ou autre extraordinaire , d'attendre dans la conduite de la vie, tant au spirituel qu'au temporel , que Dieu le détermine à chaque action, par voie et inspiration paiticulière ! et le contraire induit à tenter Dieu, à illusion et à nonchalance.

Hors le cas et les moments d'inspiration prophétique ou extraordinaire, la véritable soumission que toute âme chrétienne, même parfaite, doit à Dieu , est de se servir des lumières naturelies et surnaturelles qu'elle en reçoit, et des règles de la pru-

(i) Aa lieu des mota soali^és , oo Ut dam le projet de Bossuet: « Poanm « que l'on D^exclue pas universellement et à tout moment les actes ci-dessus « marqués. » (finiT.)

W LIVRE OBUXIÈMR. 5l5

deuce chrétienne » en présupposant toujours que Dieu dirige tout par sa providence , et qu'il est auteur de tout bon conseil.

xxvn.

On ne doit point attacher le don de prophétie, et encore moins l'état apostolique, à un certain état de perfection et d'oraison : et les y attacher, c'est induire à illusion , témérité «t en*eur.

XXVIÎI.

Les voies extraoïxâinatres, avec les marques qu'en ont données les spirituels approuvés, selon eux-mêmes, sont très-rares, et sont sujettes à Texanien des évéques, supérieurs ecclésiastiques, et docteurs, qui doivent en juger, non tant selon les expériences, que selou les règles immuables de l'Écriture et de la tradition : enseigner et pratiquer le contraire, est secouer le joug de l'obéissance qu'on doit à l'Église.

S'il y a, ou s'il y a eu en quelque endroit de la terre un trèspetit nombre d'âmes d'élite, que Dieu , par des préventions ex* traordinaires et particulières qui lui sont connues , meuve à chaque instant, de telle manière, à tous actes essentiels au christianisme et aux autres bonnes œuvres , qu'il ne soit pas nécessaire de leur rien prescrire pour s'y exciter, nous le laissons au jugement de Dieu ; et sans avouer de pareils étatSt nous disons seulement dans la pratique , qu'il ny a rien de si dangei^ux , ni de si sujet à illusion , que de conduire les âmes comme si elles y étoient arrivées; et quen tout cas, ce n'est point dans ces pressentions que consiste la perfection du christianisme {^i),

Dans tous les articles susdits, en ce qui regarde la concupis* cence, les imperfections et principalement le péché, pour Thon*

(i) An lieu des moti soulignés, ou lit dans le projet de Bossoct: « Kt nous « disons seulement deux choses : l'une , que les spirituels les plus éclairés ne « nous ont point rapporté qu'ils en aient connu de semblables; Tautre, que ce « n'est point en ces sortes de prévenlions que consiste la perroction de la vertu « chrétienne. » ( Édit.)

5l6 PIEGES JUSTIFICATIVES

neur de Notre-Seigoeur, dous D*eo tendons pas comprendre la très-sainte Vierge sa mère.

Pour les âmes que Dieu tient dans les épreuves , Job , qui en est le modèle, leur apprend à profiter du rayon qui revient par intervalles , pour produire les actes les plus excellents de foi , d'espérance et d'amour. Les spirituels leur enseignent à les trouver dans la cime et plus haute partie de l'esprit. Il ne faut donc pas leur permettre d'acquiescer à leur désespoir et damnation apparente; mais, avec saint François de Sales, les assurer que Dieu ne les abandonnera pas.

Il faut bien en tout état , principalement en ceux-ci , adorer la justice vengf^resse de Dieu, mais non souhaiter jamais qu'elle s'exerce sur nous en toute rigueur ; puisque même l'un des eflets de cette rigueur, est de nous priver de l'amour. L'abandon du chrétien est de rejeter en Dieu toute son inquiétude, mettre en sa bonté l'espérance de son salut , et , comme l'enseigne saint Augustin , après saint Cyprien , lui donner tout : ut totum detur Deo.

On peut aussi inspirer aux âmes peinées et vraiment humbles, une soumission et consentement à la volonté de Dieu , quand même, par une très-fausse supposition , au lieu des biens éternels qu'il a promis aux âmes justes, il les tiendroit^ par son bon plaisir, dans des tourments éternels, sans néanmoins qu'elles soient privées de sa grâce et de son amour; qui est un acte d'abandon parfait, et d'un amour pur, pratiqué par des saints; et qui le peut être utilement , avec une grâce très-particulière de Dieu, par les âmes vraiment parfaites, sans déroger à l'obligation des autres actes ci-dessus marqués, qui sont essentiels au christianisme (i).

(i) Cet article et le suivant ne sont point dans le projet de Bossuct. (Éoit.)

ni] LIVRE DKUXifeMK. 5l7

Au surplus, il esl certain que les commençants et les parfaits doivent être conduits, chacun selon sa voie, par des règles différentes; et que les derniers entendent plus hautement et plus a fond les vérités chrétiennes.

Délibéré à Issy, le lo de mai*s 1695.

Signé : f J* Bénigne , évéque de Meaux.

t Louis-Abtoine, évéque de Châlons.

François de Fénslok , nommé à

Tarchevêché de Cambrai. L. Trohsow .

N° m. — Page 438.

\ Sut la conduite de Fénelon et de ses amis^ à V égard de madame Gtijron, depuis l* arrestation de cette dame^ au mois de décembre 169 5.

lie marquis de Fénelon, petit-neveu de Tarchevêque de Cambrai , malgré la vénération profonde dont il étoit pénétré pour ce prélat, lui fait ici un reproche tout à fait singulier. Il prétend que, depuis Tarrestation de madame Guyon,au mois de décembre 1695, 1 Tarchevêque de Cambrai suivit (a Tégard de « celte dame) le parti que lui conseilla un reste de prudence hu- « maine , qu'il n'avoit pas encore dépouillé, (c'est-à-dire) qu'il « tint ferme pour ne point blasphémer ce qu'il a voit connu , res- « pecté, el ce qu'il respecta toujours dans madame Guyon ;

• mais sans vouloir s'engager dans la défense de sa personne et « de sa spiritualité. » Le marquis de Fénelon fait le même reproche aux respectables amis de Varchevéque de Cambim, (c'est-àdire vraisemblablement aux ducs de Beauviiliers et de Chevreuse,«qui se contentèrent de ne se laisser aller a rien de

• contraire au fonds de vénération qu'ils conservoient pour la

• personne de madame Guyon , et qu'ils renfermèrent dans le « secret de leur cœur. » (Avertissement des Letti^s spirituellrs de 1740, 1. 1 , p. cxiY-cxYii.) Ces paroles, qui montrent jusqu'à quel

5l8 PIKCES JUSTIFICATIVKS.

point le marquis de Féneloii ctoil pénétré d^estime et de vénération pour madame Guyon , supposent en même temps, qu'il n*avoit pas des idées assez exactes sur le parti que Fénelon et ses amis dévoient prendre, dans les circonstances, pour concilier le respect dû à la saine doctrine, avec leur estime sincère pour madame Guyon. D*un côté, ils ne pouvoient en conscience dé' fendre la spiritualité de ses ouvrages, formellement condamnée par plusieurs évéques, et par le saint-siége lui-même, comme i*enou vêlant, sur plusieurs points, les erreurs de Molinos. D'un autre côté, ils ne pu u voient défendre publiquement la personne, et les sentiments particuliers de madame Guyon, sans rendre suspecte leur propre conduite, et sans donner lieu à de fâcheux éclats de la part de Bossuet. La prudence chrétienne, aussi bien que la prudence humaine, les obligeoit sans doute à éviter, autant qu'il étoit possible , le scandale de ces éclats publics. Tout ce qu'ils pouvoient faire, datis les circonstances, éloit d'excuser intérieurement la personne et les sentiments particuliers de madame Guyon, sans prétendre approuver le langage inexact de ses écrits, dont elle n'avoit pas assez mesuré les expressions. Tel fut en effet le parti que prirent Féneion et ses amis, jusqu'au moment où l'archevêque de Cambrai, publiquement attaqué sur ce point, fut obligé de faire connoitre au public les motifs de sa conduite, et de son estime persévérante pour la personne de madame Guyon. C'est ce que Fénelon lui-même a clairement expliqué dans plusieurs de ses écrits. Voyez en particulier son Mémoire à madame de Maintenon , du mois d^août 1696 ; {Œuvres de Fénelon, t. IV, p. 87, etc.) sa Réponse à la Relation sur le quiétisme; {Œuvres, t. VI, ch. i et 11, p. 427.) et sa Lettre à madame de Maintenon , du mois de septembre 1696. {Correspondance, t. VII,p agS.)

FIN DU TOME niEMIBB.

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