‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 22 sur 101 · ÉDUCATION DU DUC DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

ÉDUCATION DU DUC DE BOURGOGNE

Fénelon est déjà si connu , sa réputation est si piisambulb, iiiiiversellement établie, qu'il paroît d'abord inutile et peut-être impossible de le faire encore mieux connoître. Sa mémoire est aussi chère aux nations étrangères qu'à la France elle-même. Ses ouvrages les plus recommandables ont été traduits dans toutes les langues; ils sont du petit nombre de ceux qu'un consentement unanime a jugés dignes de fixer les plumiers regards des générations naissantes, d'éclairer la raison dans l'âge de la maturité, et de répandre encore du charme et de l'intérêt sur les dernières années de la vie.

'2 HISTOIEE DE FÉNRLOIC.

Il a été donné à quelques hommes de génie, d'imprimer à leurs ouvrages un caractère de force et de grandeur, qui subjugue l'esprit et commande Tadmiration ; mais Fénelon seul a eu le singulier bonheur de trouver des amis dans tous ses lecteurs. En lisant ses écrits et surtout ses lettres , on croit entendre Fénelon , on croit vivre avec lui ; il révèle , sans le vouloir, le secret de toutes ses vertus. On admire la supériorité de son génie ; mais on est encore plus touché du charme de son caractère.

Des auteurs estimables ont déjà écrit la vie de Fénelon. Le chevalier de Ramsay, qui a voit eu le bonheur de passer plusieurs années dans sa familiarité, en a publié une histoire abrégée, peu de temps après sa mort, en lyaS; mais il n'entroit pas dans son plan , de faire usage des nombreux matériaux qu'il auroit pu réunir.

Le marquis de Fénelon, son petit-neveu, fit imprimer, en 1734, un court Précis qui oflfre des détails curieux.

Un ecclésiastique recommandable par ses vertus, par ses écrits, et par son amour pour la religion, publia, en 1787, une vie très-étendue de Fénelon, qui fut placée à la tête de la nouvelle édition de ses OEuvres{i). 11 y fit entrer des pièces qui n'a-

(i) Cette édition, de format in-4^f fut cooimencée vers 1780 par Tabbé Gallard, grand -vicaire de Senlis, et continuée par le P. de Qiierbeiif, ancien Jésuite.

voient point encore vu le jour. Mais de justes et sages considérations ne lui permirent pas de faire connoitre tous les manuscrits intéressants qu'on avoit rassemblés pour cette grande entreprise (r).

Ces considérations n'existent plus aujourd'hui. Des circonstances singulières ont mis ces mêmes manuscrits à notre disposition; et nous croyons qu'ils peuvent encore assurer à la mémoire de Fé* nelon de nouveaux droits à la vénération et à la reconnoissance publique.

La gloire de Fénelon appartient h la religion, il la France, à l'Europe entière, et surtout à TÉgiise gallicane : j'ai pensé que l'étude de sa vie et de ses écrits pouvoit occuper utilement la retraite d'un évêque, que de longues et douloureuses infirmités ont privé de la faculté de remplir les fonctions les plus importantes de son ministère.

François de Salignac de la Mothe-Fénelon , archevêque de Cambrai, naquit au château de Fénelon, en Périgord, le 6 août i65i. Sa maison étoit

La Fie de Fénelon^ publiée en 1787, a pour auteur le P. de Querbeuf. Voyez ^ au sujet de cette édition des OEuvrei de Fénelon, son Hist, Utt. p. 177, (Note de l'Éditeur.)

(i) On doit ajouter qu'on ne lui laissa pas inéme le temps de les employer. On désira que sa Fie de Fénelon parèt avant l'ouverture d'une assemblée du clergé, qui avoit été d'abord annoncée pour le mois d'août 1787.

{Noie de l'auteur.)

Naissance de

Fénelon

Rapporis

de sa famille

avec S. Yinoent

de Paul.

4 HISTOIRE DE FÉNELOIC.

aussi distinguée par son ancienneté que par sou illustration (f).

Pons de Salignac , comte de la Mothe-Fénelon , père de l'archevêque de Cambrai , avoit épousé en premières noces Isabelle d'Ësparbès de Lussan, fille du maréchal d'Aubeterre; il en avoit des enfants qui étoient déjà au service, lorsqu'il se remaria avec Louise de la Cropte de Saint-Abre, d'une ancienne maison du Périgord. Le marquis de Saint- Abre, son frère y alloit être élevé aux premiers honneurs de la guerre, lorsqu'il fut tué, le i6 juin 1674^ au combat de Sintzheim, où il commandoit en qualité de lieutenant général, sous les ordres du vicomte de Tu renne.

^Ce mariage, qui réunissoit toutes les convenances de goût, de naissance et d'opinion , parut affliger les enfants du premier lit, parce qu'ils n'y trouvoient pas au même degré les avantages de la fortune; mais une décision respectable ne tarda pas à calmer, sur ce point, les inquiétudes de la famille, ou du moins de ceux d'entre ses membres qui eurent conuoissance de cette décision. Plusieurs d'entre eux, et particulièrement le marquis Antoine de Fé-

(i) Voyez, parmi les Pièces justîficatwes du livre premier (n®!*'"), la Notice généal. et histor. sur la famille de Fénelon, Nous remarquerons seulement ici, en passant, que, d'après la tradition de la famille, on doit écrire et prononcer Fénelon^ et DOD Fénelon, (Édit.)

neton, oucle de l'archevêqae de Cambrai , entrete* noient avec saint Vincent de Paul des relations ha-* bittielles, fondées sur les sentiments de vénération qu'inspiroit alors à toute la France la réputation do sagesse et de vertu dont jouissoit le saint fondateur de la Mission. Consulté sur ce projet de mariage qui trouvoit de si grandes oppositions, saint Vincent de Paul se prononça formellement pour Texécution du projet; « et, pour empêcher la famille « de s'y opposer, il prédît qu'il naîtroit de ce maff riage un fils qui seroit la gloire de son nom. » Ce sont les propres expi*essions d'un historien de saint Vincent de Paul, d'après les lettres mêmes de ce saint prêtre, qu'il avott sous les yeux, et dont il donne l'analyse en cet endroit de son histoire (i). Il est sans doute à regretter, que cet auteur n'ait pas cité les propres expressions de saint Vincent de Paul, sur un objet si important; et nous n'oserions décider, d'après un si court exposé, s'il parle d'une

(i) Ce fait important, qui paroît avoir échappé aux recherches du cardinal de Bausset, est rapporté par Collet, dans la Fie de saint Fincentde Paul, t. Il, p. i8. C'est d'après lui, que plusieurs écrivains plus récents ont rapporté le même fait. Voyez en particulier, V Esprit de saint Kinceni de Paul (par dom Joseph Ansart, Bénédictin); Paris, 1780, in-i2 ; chap. 27. — Vie de saint Vincent de Paul (par Bégnrd); Paris, 1787, in-ia; t. II, liv. VI, p. 161.

Au reste, la prédiction dont nous parlons ici, d'après Collet, nVst pas la seule qu'il attribue au saint fondateur de la Mission. [Vie de saint Vincent de Paul, t. II ; p. 5i5, etc. (Édit.)

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