LIVRE PREH1£B. ^'j'i
de Bourgogne, ou en affectant de douter des merveilles de cette éducation. Peut-être s'étoit-on flatté d exciter dans le précepteur du père, un sentiment secret de jalousie contre le précepteur du fils. Mais la grande âme de Bossuet avoit trompé ces viles espérances. Accoutumé à ne se confier qu'en son pmpre témoignage, il avoit voulu juger lui-même cette éducation si vantée; et il avoit reconnu qu'elle étoit encore au-dessus des éloges qu'on lui en avoit &its. Il semble qu'une déclaration si précise auroit dû condamner à un éternel silence tous ces coupables détracteurs ; mais lorsque la malheureuse affaire du quiétisme eut laissé un essor plus libre à la malveillance, auparavant sourde et cachée, des envieux de Fénelon , on parut craindre qu'il ne se fût plus occupé à entretenir le duc de Bourgogne dans le goût d'une dévotion mystique, et dans des pratiques minutieuses qui rétrécissoient son esprit et remplissoient tous ses moments, qu'à lui donner les connoissances convenables à son rang, et nécessaires à l'héritier d'un grand empire. Louis XIV, déjà prévenu contre Fénelon, parut prêter l'oreille à ces rumeurs , et ne put s'empêcher d'en montrer une espèce d'inquiétude et de mécontentement au duc de Beauvilliers , qui lui répondit avec modestie et fermeté (i) ^ « Sire, je ne connois
(i) Fie de Fénelon, par le P. de Querbeuf, p. 3144. T, I. 18
^74 HISTOIRE Dfe FilffeLON.
« qu'un Évangile ; et je croîs dèvôit» à hion Dieu et « à hiôii Roi, de tte rien négliger pour préparer à la tt Franee un roi vertueux. Oh peut savoir de M. le n duc de Bourgogne lui-même, fen quoi consistent « ses exercices de piété. Je suis prêt â leur substi- « tuer le chapelet, si on lé juge convenable. Mais « pour fertner la bouche à tous mes accusateurs^ « j'ose lés défier de produire l'exemple d'un seul <i prince j qui , à l'âge de M. le duc de Bour- « g6gné, soit aussi instruit dans toutes les sciences « humaines. »
Réflexions Nous uc prétendons certainement pas établir en*
*^I « " i.-°" tre Bossuet et Fénelon, entré Mohtausier et Beau-
du Dauphin '
ei celle du duc vîlliers, Un parallèle injurieux, La gloire, les talents
et lés vertus de ces hommes supérieurs à tous les éloges, sont consacrés depuis longtemps par le suffrage unanime de lèUrs contemporaine, et par la vénération dé la postérité. Osek* dépouiller un seul d'entre eux xl'une partie des titres de sa gloire, pour en orner celui que Toii éroiroit honorer par une injuste prééminence, ce seroit montrer un enthousiasme puéril et maladroit ; on oflTenseroit également la mémoire et de celui que l'on prétendroit élever, et de celui qu'on aurott la témérité de rabaisser, il est des noms tellement environnés d'éclat et de faveur, qu'il faut se borner à, les prononcer avec un égal respect, et s'interdire de fi xer leur rang.
de Bourgogne.