‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 98 sur 101 · PIÈCES · texte numérisé non relu

PIÈCES

N** I. — Page 6, etc.

Notice généalogique et historique sur la famille de

Pénelon.

La maison de Salignac ou Salagnac prenoit son nom de la terre de Salagnac, située à deux lieues de Sarlat. Cette terre étoit la première des chàtellenies de Périgord ; et elle fut érigée en baronnie en i56o.

Une suite de titres originaux et authentiques depuis i960, constate l'ancienneté -de cette maison , dont l'origine se perd dans l'obscurité des temps les plus reculés.

On voit un Bozon de Salagnac, élu archevêque de Bordeaux en 1296, stipulant, dans un acte de famille de 1376, avec Aimeri de Salagnac , son parent.

Un second Bozon de Salagnac fut évéque de Comminges, en i3oo.

Cette maison donna encore un archevêque à l'Église de Bordeaux, en 1S61, en la personne d'^/Ze de Salagnac, qui avoit été auparavant évéque de Sarlat.

La GaUia ehristiana^ en faisant mention de ces deux archevêques de Bordeaux, dit du premier: Exvetusta eitiobUibaronum de Salignaco in PeiroeorUs oriundus; et du second : Hic arckiepisco' pus cognominaiatur de SaUgnac, qum gens in pago Pttrocoriensi est aniiqmissima et

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On sait assez que les savants éditeurs de la GalUa christiana , aussi versés dans la connoissance des monuments de l'histoire , que dans ceux de l'antiquité ecclésiastique , n'étoient pas accoutumés à dégrader l'estimable exactitude de leurs recherches, par des adulations banales.

Les mêmes auteurs rapportent, dans la chronologie des évêques de Sarlat , une suite des six évéques de Sarlat du nom de Salignac» dont trois de la branche de La Mothe-Fénelon , qui occupèrent ce siège à différents intervalles, jusqu'à François de Salignac de La Mothe-Fénelon, oncle de l'archevêque de Cambrai.

Dans ces temps reculés, on étoit assez dans l'usage de n'élever aux grandes dignités ecclésiastiques que les familles les plus considérables.

Cette maison a joui du même éclat, dans la profession des armes.

Les historiens de France mettent ^u nombre des seigneurs qui, sur la fin du règne de Charles YI, soutinrent le parti du Dauphin, depuis Charles VII, au delà de la Loire, Raymond de SalagnaCf seigneur de La Mothe-Fénelon, sénéchal de Querci et de Périgord, et lieutenant général du gouvernement de Guyenne.

Son fib, Antoine de Salignac , fut gouverneur de Périgord et de Limosin , pour Jean d'Albret, roi de Navarre.

Le fils aine d'Antoine de Salignac épousa N. de Talleyrand, de la maison des pHnces de Chalais. Il n'en eut que deux filles, dont l'une fut mariée avec N. de Talleyrand , prince de Chalais, son cousin germain ; et l'autre, avec François d'Aydie, vicomte de Riberac.

La terre de Salagnac passa dans la maison de Gontaut-Biron, par le mariage de l'héritière de la branche ainée du nom de Salagnac» avec un Gontaut-Biron. L'une des clauses du contrat portoit, que les enfants qui naitroient de ce mariage prendroient le nom et les armes de Salagnac, avec ceux de Gontaut.

Henri IV eut pour gouverneur, dans sa jeunesse, Géraud de Salignac.

La branche cadette de Salignac La Mothe-Fénelon, dont étoit l'archevêque de Cambrai ^ a produit des hommes non moins recommandables par leun talents et leurs services.

DU .X.IVEE PREMIER. ^79

Bertrand de Salignac de La Modie-FéneloD , arrière-grandoncle de Tarchevéque de Cambrai , se distingua de bonne heure dans la carrière militaire , et courut se jeter, avec une foule de jeunes seigneurs, dans la ville de Metz , au moment où Charles- Quint se disposoit à en faire le siège en iSSa. Il a même laissé un journal manuscrit des événements mémorables de ce siège ; journal qui a été consulté et suivi par les auteurs qui en ont écrit le récit. Ainsi son nom se trouve associé , en qualité d'écrivain et de militaire, à la gloire d*un événement célèbre dans notre histoire, et dont le résultat, si honorable à la France, si funeste à Charles-Quint , avertit ce monarque que le terme de ses prospérités étoit arrivé , et qu'il étoit temps pour lui de se retirer de la scène du monde.

Ce même Bertrand de Salignac résida longtemps en Angleterre , en qualité d'ambassadeur de France auprès de la reine Elisabeth. U fut compris dans la première promotion des chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit , au moment de son institution. Il avoit négocié le mariage du doc d'Alençon, frère de Henri III , avec la reine d'Angleterre. Lorsqu'à cette occasion la cour de France envoya à Londres une ambassade solennelle , qui eut un prince du sang pour chef, Bertrand de Salignac fut du nombre des seigneurs qui composèrent l'ambassade, et qui signèrent, le ii juin x58i, le contrat de mariage du prince et de la reine.

Après la conclusion de la paix de Vervins , Henri IV nomma Bertrand de Salignac son ambassadeur à la cour d'Espagne. Il mourut à Bordeaux, en iSgg, âgé de 84 ans, étant en route pour se rendre à sa destination. ||On a publié, en 1840, la Correspondance diphmaiique de Bertrand de Salignac , ambassadeur de France en Angleterre , de x568 ^ i575, d'après les registres originaux qui se conservent aujourd'hui aux Archives du royaume (i). L'éditeur a mis à la tête de cette Correspondance, une Notice bibliographique sur Bertrand de Salignac, dont on peut voir le

(i) Cette Correspondance (ait partie d*un recueil plus étenda, qai parut alors soos ce titre : Recueil des dépêches» rapports, instructions et mémoùes des ambassadeurs de France en Angleterre et en Ecosse » au zvi* siècle^ Paris, i838-x84o; 7 vol. io-8«. (Édxt.)

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résumé dans la Kevue de Bibliographie (II* année, avril 1841, p. 353.) g

Jean de Salignac, neveu de celui dont on vient de parler, se jeta, après la perte de la bataiHe de Coutraa, dans la ville de Sarlat, que les troupes du vicomte de Turenne étoient venues attaquer ; il la défendit avec tant de valeur, que le siège fut levé. La ville de Sarlat éloit dans Tusage, jusque dans ces derniers temps , de célébrer l'anniversaire d'un événement qui Tavoît préservée de tous les désastres trop communs dans les guerres civiles. On faisoit toujours entrer, dans le sermon qui se prononçoit le jour de cette fête, l'éloge de la maison de Fénelon,pour attester la reconnoissanoe dçs habitants de la ville de Sarlat. Ce même Jean de Salignac perdit glorieusement la vie au siège de la ville de Domroe, qu'il étoit vedu remettre sous l'obéissance du Boi.

Les nombreuses alliances que la maison.de Fénelon avoit contractées avec les plus anciennes maisons du royaume, prouvent la considération dont elle jouissoit. U suflira de rappeler celles qui sont entrées directement dans sa descendance , ou qui se sont alliées à elle, dans un temps où les convenances d'opinions s'opposoient encore aux mésalliances. Parmi ces noms antiques, on compte ceux de Talleyrand-Chalais , de la Trémoille , de Gontaut-Biron , de Durfort, de Pierre-Buffière, d'Ëscars, d'Âydie, d'Estaing, de Caumont, de la Roche- Ay mon, de Gourdon, d^ Cardaîllac, de Montausier, de Crussol , de Thémines, d'Aubasson, d'Humières, de Ruflec, de Lan ta, d'Ësparbès, d'Ëbrard- Saint-Sulpice , de Montberon , de Montmorency-Laval.

En rappelant les titres qui honorèrent les ancêtres de l'archevêque de Cambrai, nous savons parfaitement qu'ils ne peuvent rien ajouter à sa gloire personnelle; mais nous obéissons au sentiment qui a porté les écrivains de tous les pays, ceux même de la Grèce et de Rome, dans Içs temps de la république, à s'arrêter avec une ^espèce ie complaisance sur l'origine et la naissance des persontaages célèbres de leur histoire. Cet usage n'est point un préjugé , comme on pourroit affecter de le croire ; mais il tient à un sentiment raisonnable, qui porte à avertir les descendants d'un homme illustre ou vertueux , qu^ils ont con-

DU LIVRE Pli£Ml£R. 4^1

tracté «uvers la patrie «t envers eux-mêmes des obligations en* core plus sacrées (i).

A ces détails sur les ancêtres de l'archevêque de Cambrai, nous en ajouterons quelques autres, sur Thistoire et la généalogie de sa famille , depuis le commencement du dix-septième siècle, jusqu'au milieu du dix-huitième ; et sur les principaux membres de cette famille, dont il est question dans la suite de cette Histoire, Nous tirons principalement ces détails , du DU» tionnaire de la Noblesse (article Saiignac), et des pièces généalogiques sur la famille de Fénelon , qui se conservent au Cabinet des titres de ta bibliothèque du Roi (a) , et à la Section historique des archi\*es du roynume (3).

I. FÉNELON (François de Sfdignac), baron de La Mothe-Fénelon, grand-père de l'archevêque de Cambrai , épousa , le la mars 1S99, Marie de Bonneval, dame de Satagnac etdeMagnac, fille unique d'Horace de Bonneval, seigneur de Monlagut et de Salagnac, tué aux barricades de Tours, en 1587. Par cette alliance, il fit rentrer dans sa maison la terre de Salignac ou Salagnac. De ce mariage naquirent: i^ Pons de Salignac, qui suit; a** Jntoine de Sfiiignac, marquis de Fénelon, et oncle de l'archevêque de Cambrai. (Voyez n. Y, ci-après.) Il est à présumer que Tévêque de Sarlat, dont nous parlerons au n. YI, étoit aussi né de ce mariage. Cependant nous ne l'avons trouvé ni dans le DiC'

(i) Ici se termine la Notice généal, et hist. sur ta/amitU de Fénelon, doiince par le cardinal de Bausset. La pins grande partie des détails qu*eUe renferme, sont tirés de la Généalogie de Fénelon, jointe, en 1734, à la belle édition in-4« du Télémaque, et reproduite, en 1747* À la soite des Direeiions pour la conscience d'un Roi {in-ii), A ces détails, le cardinal de Bi^usset en ajontoit quelques autres, dans le n. V des Pièces justif, de ce 1*'' livre ; nous avons supprimé ce nuiéro, avantageusement remplacé par la Notice, beaucoup plus complète, que nous donnons ici. (Édit.)

(a) Voyez principalement le tome CXXXVl du Recueil pour servir à Vkist de l'ordre du Saint-Esprit; in-folio. Ce volume est entièrement consacre à V hist. généal. de la maison de SalignaC'Fénelonf (Édit.)

(3) Vovex surtout le volume in-folio qui a pour titre : Extrait des titres pro» duits en 1739, par le marquis Gabriel^ Jacques de Fénelon, k l'occasion de sa nomination k la dignité de chevalier et de commandeur des ordres du Roi, (Carton M, 674.) (Édit.)

tionnaire de la IVoblesUf m dans les autres documents qui nous ont été communiqués.

II. FÉNELON {Pons de Salignac) , marquis de LaMotlie*Fénelon , fils du précédent , et père de l'archevêque de Cambrai, épousa en premières noces, le ao février 1629, Isabeau d'£sparbès de Lussan , fille du maréchal d*Aubeterre. De ce premier mariage naquirent, i^ François»Pons de Sttiignae, qui suit, a^ Henri , qui mourut encore jeune» s*étant noyé à Fénelon , au port Saint- Julien. 3» Léon, page de la chambre du Roi en 1646, mort jeune en 1649* 4^ Henri'/oseph, qui épousa Diane de Macbat de Pompadour de Châteaubonchet. 5® François , dit l'abbé de Fénelon^ mort en 1679 à Montréal en Canada, à l'âge de trente-huit ans. (Voyez ci-après n.yil.)6' Louis ^ mort jeune. 7^ François, baron de Fénelon, qui servit en Catalogne en i656. C'est vraisemblablement le même dont parle la Gazette de France du 39 septembre 1674» où on lit que le comte de Fénelon, colonel du régiment de Conti, vient de mourir à Charleville, de la blessure qu'il avoit reçue au combat de Senef , où il avoit donné de grandes preuves de valeur, comme il avoit déjà fait à Candie, contre les Turcs, dès l'âge de seize ans. 8° Marie, qui épousa, le a3 février i653, Henri de Beaumont, seigneur du Gibaut, maréchal de camp, père de l'abbé de Beaumont, évêque de Saintes. (Voyez une courte notice sur ce prélat, dans la Corresp, de Fénelon , t. XI, p. a85.) g** N„.„, morte jeune. 10® Paule, qui embrassa l'état religieux dans le monastère des Bénédictines de Notre-Dame de Saintes. 11* Angèle-Hippolyte, qui épousa Jean de Beanlieu, seigneur de la Filolie.

Après la mort de sa première femme, Pons de Salignac épousa en secondes noces, le i*' octobre 1647, Louise de la Cropte, sœur du marquis de Saint- Abre, d'une ancienne maison du Périgord. De ce second mariage naquirent trois enfants, 1° FroM" çoiS'Martiai, qui embrassa l'état ecclésiastique, et entra au séminaire de Saint-Sulpice le 19 octobre 1668. Il en sortit le 6 mai suivant, et mourut peu de temps après, i^^ François, archevêque de Cambrai. 3' Joseph-François, seigneur de Beauséjour et de Saint Abre, dit le comte (le Fénelon. (Voyez ci-après m VIII.) . III. FÉNELON (François^Pons de Salignac), comte de La Mo*

DU LIVRB PREMIER. 4^3 .

the-Fénelon , frère consanguin de Tarcfaevéque de Cambrai , épousa, le %6 mars 1646, Anne du Lac de La Parède, dont il eut François de Salignae, qui suit.

. IV . FÉNELON (François de Salignae), marquis de La Mothe- Fénelon, neveu de l'archevêque de Cambrai, mourut le 19 janvier 174a* U avoit épousé , le i3 novembre 1684 > Elisabeth de Beaupoil de Saint-Aulaire, dont il eut quatorze enfants, comme nous Papprend Tarcbevéque de Cambrai lui-même dans une de ses lettres. Toutefois le Dictionnaire de la Noblesse n'en nomme que treize , dans Tordre suivant : i* François de Salignae , dit rabèé de Fénelon f né en 1 685. (Voyez n. X.) a« Gabriel-Jacques^ marquis de Fénelon , qui suit. 3** François-Barthélemx, né en 1691. D'abord chanoine et archidiacre de Cambrai, puis grand vicaire de Saintes, il devint en 17)5 évéque de Pamiers, et mourut à Paris le 16 juin 174 1< 4® Henri-Joseph, appelé le chei'alier de Fénelon, officier aux gardes françaises, mort à Paris. $<> FrançoiS'Jllexis, aussi nommé le chevalier de Fénelon , exempt des gardes du corps, mort à Fontainebleau , où il faisoit son service. Il fut élevé à Cambrai, et Fénelon parle assez souvent de lui , dans sa Correspondance de famille, 6° Armand, garde du pavillon, mort jeune en revenant de Saint-Domingue. 70 François, lieutenant de la compagnie colonelle du régiment de Poitou, mort jeune, en allant joindre son régiment. 8° Jacques, comte de Fénelon, ancien mestre de camp de cavalerie, chevalier de Saint-Louis, commandeur de Tordre de Saint-Lazare. Il épousa, le la février 1757, Renée-Mathurine Le Provost de la Touche, et mourut sans postérité en 1781. 9^ Marie- Jntoinette'Augustine , qui fut mariée à Dominique de Royère, marquis de Poyreaux. io« Oitherine- Elisabeth , mariée à Jean de Royère , frère du précédent. 11° Marie-Jnne, qui épousa le marquis de Saint- Viance de Puymège. Il* jénne-Marie, qui fut mariée au marquis de Bonneguise, premier gentilhomme du comte d'Eu. i3® Gabrielle , abbesse de Saint-Honoré à Tarascon.

V. FÉNELON {Antoine de Salignae, marquis de), fils de Fr. de Salignae (ci-dessus, n. I), et oncle de l'archevêque de Cambrai, naquit vers Tan i6ao. Nourri dans les principes les plus purs de la religion et de l'honneur, il parut quelque temps les sacrifier à

la gloire mondaine, et se rendit malheureusement célèbre par son empressement à signaler sa valeur dans les combats singuliers. Mais la religion l'emporta enfin dans son cœur; et il fut des premiers à entrer, en i65i, dans Tassociation des gentilshommes qui s'engagèrent, sons la foi du serment , entre les mains de M. Olier, curé de Saint-Sulpice de Paris , à ne jamais proposer ni accepter aucun duel. Ce fut lui qui servit de père à Fénelon, et qui dirigea ses premiers pas dans la carrière du monde. Par ses soins , Fénelon entra au séminaire de Saint-Sulpice , où il puisa, sous la conduite du sage et vertueux Tronson, les principes de cette tendre et solide piété, qui fut toujours le sentiment dominant de son cœur. Le marquis de Fénelou n'étoit pas moins distingué par sa valeur et par la solidité de son esprit, que par sa profonde religion. Le grand Condé disoit de lui, guiléioit égU" lement bon pour la conversation , la guerre et le cabinet. Il mourut le 8 octobre i683, âgé d'environ soixante-trois ans, et fut inhumé, comme il l'avoit demandé, dans la chapelle souterraine du séminaire de Saint-Sulpice, où l'on voyoit encore son tombeau , à l'époque de la Révolution (i). Il avoit épousé, vers l'an i645, Catherine de Montberon, dame d'une éminente piété, dont les exemples contribuèrent beaucoup à le ramener aux sentiments et à la pratique de la religion. Deux enfants naquirent de ce mariage, savoir : un fils, qui périt en 1669 au siège deCandie; et une fille, Mftrie'Thérèse' Françoise j dont nous parlerons plus bas, n. IX. Voyez VHist, de Fénelon ^ liv. I, n. 6, 7, 13. On trouve aussi quelques détails intéressants sur le marquis de Fénelon et sur sa femme, dans la Fie de la R, M, Madelaine Gauiron (Saumur, 1689, p. 5o5, etc.); et dans la Fie fie M. Olier (par M. Tabbé Faillon), t. I, pages 698 et 6i3; t. II, pages xia, etc. 385, etc« VI. FÉNELON (François de), oncle de l'archevêque de Cambrai, qui devint évêque de Sarlat en 1659, étoit vraisemblable<< ment fils de François de Salignac, dont nous avons parlé ci-dessus, n. I. Après avoir passé quelque temps au séminaire de Saint-Sulpice, il devint successivement doyen deCarenac (diocèse de Cahors), aumônier du Roi , enfin évéque de Sarlat. Nous avons

(i) Registre des sépultures du simin, de S,-Sulpiee. (Biss» du sémiu.)

sous les yeux ses provisions d'aumônier du Roi , datées du 96-novembre 1646. {Archives fin royaume; seci, hist, BuUaire.) I^a tendre affection qu*il avoit pour son neveu, le porta, en x68r, à lui ligner le doyenné de Garenac. Il mourut le i"'' mai 1688, âgé de quatre-vingt-trois ans , avec la réputation d'un prélat nou moins recommandable par sa charité envers les pauvres, que par son zèle pour la discipline de TÉglise. Il étoit le sixième évéque de Sarlat de sa maison. (Voyez VHist. de Fenelon, liv. I , n. 4 et ao.)

yil. FÉNELON (François de), frère consanguin de l'archevêque de Cambrai, naquit en 164c. Il entra au séminaire de Saint-Sulpice , au mois d'octobre i665; »'attacha,au sortir de ses études, à la compagnie du même nom; et fut envoyé, en 1667, au séminaire de Montréal en Canada , où il mourut en 1679. Une lettre de M. Tronson à i'évêque de Sarlat nous apprend que ce prélat se montra d'abord très-opposé au goût de son neveu pour les missions du Canada. {Corresp. de Fénelon, Lettres (fiv, t. II, p. 287.) Mais il y a tout lieu de croire que les instances de son neveu, jointes aux sages observations de M. Tronson, triomphèrent enfin de la résistance du prélat. On trouve quelques détails sur cet abbé de Fénelon , dans la P^ie de la sœur Mar* guérite Bourgeois^ imprimée à Montréal, en Canada, 1818. (In-13, p. I03, etc.) Nous avons remarqué ailleui*s {Hisi, de Fénelon, liv. I, p. 18, note 3 ; p. 38, note i), que le cardinal de Bausset avoit confondu, par inadvertance, cet ahbé de Fénelon , avec celui qui fut depuis archevêque de Cambrai.

VIII. FÉNELON (Joseph-François de Salignac) , chevalier, puis comte de Fénelon , frère utérin de l'archevêque de Cambrai , devint en 1691 exempt des gardes du corps du Roi , et perdit cette place en 1698, à l'occasion de la disgrâce de son frère. Il épousa, vers la fin de l'année 1693» la marquise de Laval , sa cousine germaine, dont nous allons parler. Il est souvent désigné, dans la Correspondance de Fénelon , sous le nom de Chevalier.

IX. FÉNELON (Marie-Thérèse-Françoise de Salignac) étoit unique fille du marquis Antoine de Fénelon, et cousine germaine de r«rchevéque de Cambrai. Elle épousa en premières

486 PlkCES JUSTIFICATIVES

Doces, en 1681, Pierre de Laval, de la maison de Montmorency, marquis de Lézai et de Magnac, qu'elle perdit en 1687, et dont elle eut, la même année, Gui-André de Laval. Celui-ci suivit la carrière des armes, fut blessé au siège de Fribourg, le i3 octobre 1713, et mourut à Paris en T745, dans la cinquante-neuvième année de son âge. Environ huit ans après la mort de son premier mari , c'est-à-dire vers la fin de Tannée 1698 , la marquise de Laval épousa, en secondes noces , Joseph-François de Salignac , comte de Fénelon , son cousin germain; mais ce mariage demeura quelque temps secret : nous ignorons pour quelle raison. La comtesse de Fénelon mourut en iy%Sf et le comte en 1735, sans laisser de postérité.

X. FÉNELON (François de), dit Vabbéde Fénelon, né en i685, étoit fils de François de Salignac ^ dont nous avons parlé ci-dessus, n. IV. Ayant terminé ses études à Paris, chez les Jésuites, il revint en 17 14 À Cambrai , où il avoit obtenu , depuis quelques années , la dignité d'écolâtre du chapitre. Fénelon le désigna , par son codicille, pour un de ses exécuteurs testamentaires. Uabbé de Fénelon est quelquefois désigné, dans la Correspondance de son oncle, sous le nom d^ abbé de Salignac, Il devint dans la suite doyen du chapitre royal de Tarascon , et grand archidiacre d'Avignon; il mourut le 18 mars i7$4* âgé de soixanteneuf ans. (Voyez VHist, de Fénelon , liv. VIII , n. 4< c^ 4^0

XI. FÉNELON (Gabriel-Jacques de Salignac), marquis de Fénelon , frère du précédent , et petit-neveu de l'archevêque de Cambrai , naquit le a5 juillet 1688, à Manot, diocèse de Limoges. Il fut élevé à Cambrai, sous les yeux de son grand-oncle , qui avoit pour lui la tendresse d'un père , et qui trouva toujours •n lui l'amour et la reconnoissance d'un fils. Nourri , dès sa première jeunesse, dans les sentiments et les maximes de la plus tendre piété, le marquis de Fénelon les conserva fidèlement jusqu'à la mort. Il n'eut que deux passions : celle de la gloire de Dieu , et celle de la gloire de son oncle. C'est à lui que nous sommes redevables de la publication des principaux ouvrages de l'archevêque de Cambrai. Ambassadeur en Hollande sous Louis XV, et depuis employé en différentes négociations , il se distingua toujours par son esprit de sagesse et de conciliation.

BU LTVnS PRSMliR. 48?

Il joignoit aux talents d'un négociateur, une valeur brillante, qui alloit quelquefois jusqu'à la témérité , et dont il fut plus d'une fois la victime. Il reçut en 171 1, à l'affaire de Landrecies, une blessure dont il demeura boiteux toute sa vie; et fut tué d'un coup de canon à la bataille de Baucoux, le ri octobre 1746. (Voyez VHist. de Fénelon, liv. IV, n. xo5,etc. Pièces justif, du même liv. n. III.)

Il avoit épousé, en décembre 17a i» Louise-Françoise Le Pelé* tier, fille de Louis le Peletîer de Rosambo, premier président du Parlement de Paris. De ce mariage naquirent douze enfants, savoir : i^ François-Louis ^ né en 1722 , qui a continué la descendance. Il remplit successivement divers emplois militaireSi et devint en 176a gouverneur général de la Martinique. Il avoit épousé, en 1747, Marie>Charlotte de Malon de Bercy, dont il eut plusieurs enfants. %^ LouiS'Gabrid , mort en I7a5. ^^ Henri- Joseph' Thérèse, né en 1726, qui devint chevalier de Malte. 4° Zéon-FrançoiS'Ferdinand , né à La Haye en 1784. Il devint en 1771 évéque de Lombez , où il mourut en 1787, avec la réputation d'un prélat vertueux , et distingué surtout par sa charité envers les pauvres. 5** François- Gabriel ^ vicomte de Salignac, mort en 1794. Celui*ci fut père de V abbé de Fénelon, ancien aumônier du Roi, qui mourut aussi en 1794» victime du fanatisme révolutionnaire, et dont nous avons parlé dans VHist, litt, de Fénelon, (p. 177, n. i.) 6° Barthélemy-Étienne'François, né en 1738. 7° Hippolyte-Éiiennette-Charlotte , qui épousa en 1741 François-David de la Gropte, marquis de Beauvais^Chanterac. 8° Aforie-Louise^ morte jeune en 1745. 9° Louise, morte en bas âge. 10^ Marie, morte en 1733, âgée seulement d'un an. 11° MariÇ" Louise» Augustine, mariée en 1760 a Sébastien -François- Ange Le Normant de Mézy, conseiller d'État, et intendant général de la marine et des colonies. la** A nne- Charlotte-Louise , qui épousa en 1 7 53 François-Pierre Dedelay de La Garde , maître des rçquêtes. Elle est morte à Orléans, il y a quelques années.

488 PIECES J0STIFICATIVBS

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Sur VauociaUon formée par M. Olier contre les duels.

La religion , TÉglise et l'humanité furent peut-être redevables au marquis Antoine de Fénelon , des vertus et des grandes qualités que Farchevéque de Cambrai , son neveu , montra dans la suite. Cette considération peut justifier les détails qui intéressent un homme aussi recommandable, et qui appartenoit d'aussi près à celui dont nous écrivons l'histoire.

Lorsque M. Olier conçut le projet hardi d'extirper la fureur des duels , en mettant aux prises l'honneur avec Fhonneur luimême, il jeta les yeux sur le maréchal de Fabert et sur le marquis de Fénelon , pour les placer à la tête de cette association , d*un genre si nouveau. La réputation de bravoure et d'intrépidité 9 dont l'un et Fautre jouissoîent» ne fut pas le seul motif qui inspira ce choix à M. Olier. Le marquis de Fénelon , ainsi que le maréchal de Fabert, avoient eu le tort de se rendre trop célèbres, par leur empressement à faire briller leur valeur dans des combats singuliers.

C'est ce qu'on voit par une lettre que saint Vincent de Paul écrivit à Rome, pour faire approuver par le Pape l'association de M. Olier ; nous croyons devoir en rapporter les propres expressions. « M. le marquis de Fénelon ,* écrivoit saint Vincent de « Paul , est celui de qui Dieu s'est servi pour susciter les moyens « de détruire l'usage du duel. Il a été autrefois un fameux duel- « liste ; mais comme Dieu le toucha , il se convertit si bien , qu'il «jura de ne plus se battre. Il étoit à monseigneur le duc d'Orm léans, comme il y est encore; et en ayant parlé à un autre gen- « tilhomme, il lui fit prendre la même résolution; et tous deux « en ont engagé beaucoup d'autres à leur parti , en les engageant c de parole , et même par écrit. Ces commencements ont eu les • progrès que voua verrez dans le mémoire ci-joint. »

(i) Fie de S. Fineetude Panl^ par Collet; t. II, iii-4«, p. 34.

pu LIVRK PREMIER. 4^9

Cette lettre de saint Vincent de Paul est du 19 mai i656yet l'ea« gagement contracté par une foule de gentilshommes, dans la cba« pelle du séminaire de Saint-Sulpice , étoit du jour de la Pente* côte 16S1 ; ce qui prouve que cette association prenoit tous les jours plus de faveur, puisque saint Vincent de Paul s*occupoit à la faire approuver par une bulle du Pape. On ne doit pas être étonné de voir saint Vincent de Paul seconder en cette occasion les religieuses intentions de M. Olier. Indépendamment de la vertueuse affection qui les unissoit, il sufBsoit qu'un projet quelconque pût être utile à la religion ou à l'humanité, pour que saint Vincent de Paul fît servir tous ses moyens de crédit et de considération à en assurer le succès. En considérant toutes les institutions admirables que cet homme extraordinaire avoit créées en France , on peut dire qu'il fut dans son pays le premier ministre de la charité chrétienne.

Nous avons retrouvé une copie authentique de la déclaration que le marquis de Fénelon et les autres gentilshommes de la même association avoient souscrite le jour de la Pentecôte ^ en i65i. Elle étoit conçue en ces termes : « Les soussignés font par « le présent écrit déclaration publique et protestation solennelle « de refuser toute sorte d'appels, et de ne se battre jamais en « duel , pour quelque cause que ce puisse être , et de rendre « toute sorte de témoignages de la détestation qu'ils font du duel, « comme d'une chose tout à fait contraire à la raison, au bien « et aux lois de l'État, et incompatible avec le salut et la religion « chrétienne; sans pourtant renoncer au droit de repousser, par « toutes les voies légitimes, les injures qui leur seront faites, au- « tant que leur profession et leur naissance les y obligent : étant «aussi toujours prêts, dé leur part, d'éclairer de bonne foi « ceux qui croiroient avoir lieu de ressentiment contre eux, et * « de n'en donner sujet à personne. •

Cet acte , signé de tous ceux qui avoient contracté le même engagement, fut présenté, autorisé et enregistré par le tribunal des maréchaux de France.

La Reine régente seconda de toute son autorité les vues du marquis de Fénelon , et le prince de Conti mit le plus grand zèle à flaire adopter le même engagement par la noblesse du Langue*

490 piècls itrsnvfCATfTBs

•doc, dont il étoit goavemenr. Cet exemple fat suivi dans pin* sieort autres proTînces, par les soins des gouTemeors, qui se sentoient appuyés du yœu de la Reine et autorisés du nom de M. le prince de Conti.

L'estime que la Reine avoit conçue pour le marquis de Fénelon dans le cours des entretiens qu'elle avoit eus avec lui sur l'affaire des duels, la porta à l'honorer, sans qu'il l'eût demandé, d'un brevet pour être compris dans la première promotion de l'ordre du Saint-Esprit (i); mais cette grâce n'eut point son effet, par le retard de la promotion , et par les changements qui survinrent à la Cour.

N« m. — Page 38.

^ Sur le projet attribué à Fénelon^ de passer à

Montréal^ en Canada.

Le cardinal de Bausset, dans les éditions précédentes de cette Histoire, attribue à Fénelon, encore jeune et demeurant au séminaire de Saint-Sulpice, le projet de passer à Montréal en Canada , et d'entrer dans l'établissement que M, Olîer y avoit formé , pour procurer les secours de la religion aux habitants de la colonie et au?^ sauvages voisins. En attribuant ce projet à l'abbé de Fénelon , depuis archevêque de Cambrai , l'illustre auteur a confondu celui-ci avec un de ses frères, qui s'attacha, vers ce temps, à la compagnie de Saint-Sulpice, et qui fut envoyé, en 1667, au séminaire de Montréal en Canada (2). Voici les raisons qui nous obligent à distinguer ces deux personnages : i** d'après le Registre du séminaire de Saint-Sutpice, que le cardinal de Bausset cite à Tappui de sa conjecture, l'abbé de Fénelon, qui fut envoyé à Montréal en 1667, étoit entré au séminaire de Saint- Sulpice en i665 ; or cette date ne peut être celle de l'entrée de François de Fénelon , depuis archevêque de Cambrai ; car celui-

(i) Manuscrits du marquis de Fénelon^

(s) Yoyex c&desiQS , la Notice générale sur lafamUte de Fénelon, n. Vil.

DU LITRS MBMIBR. 491

ci n*avoit alors que quatorze ans, étant né au mois d'août i6St ; el le cardinal de Bausset lui-même reconnoit qu'il étoît encore à quinze ans au collège du Plessis. (ffist» deFénelon, 3* édit. 1. 1, p. 7.) a° M. Tronson, dans la lettre citée par le cardinal de Bausset, et qui est datée du 19 février 1667, se prononce trèsfortement pour le projet qu'avoit le jeune ecclésiastique dont II s'agit, de se consacrer aux missions du Canada ; et il combat, d'une manière aussi forte que respectueuse, l'opposition que Tévéque de Sarlat croyoit devoir mettre à l'exécution de ce projet. Or il est tout à fait incroyable, qu'un directeur aussi sage que M. Tronson, se fût prononcé aussi fortement pour une vocation si extraordinaire , s*il eût été question de l'abbé de Fénelon, depuis archevêque de Cambrai, celui-ci n'ayant alors que quinze ans et demi. 3" Une note marginale, qu'on Ht dans le Registre déjà cité , nous apprend que Tabbé de Fénelon , envoyé au Canada eu 1667, mourut en 1679; ce qui ne peut certainement s'appliquer à l'abbé de Fénelon , depuis archevêque de Cambrai. (Voyez, à ce sujet, la Correspondance de Fénelon, t. II , p. 3 et 987.)

N^ IV. — Page 81.

Vétat de la "ville de Paris^ sous le règne de Louis XlIIy comparé avec son état présent ^ par Vahbé Géd4)jrn»

« Il ne faut que comparer, dit l'abbé Gédoyn (i), l'état préce sent de la ville de Paris, avec ce qu'elle éloit au commence- « ment du règne de Louis XIII , pour comprendre qu'il devoit « y avoir plus de geAs appliqués aux lettres, qu'il n'y en a de « nos jours. Paris, alors mal policé, bâti à l'antique, moins grand « et moins peuplé de moitié qu'il l'est aujourd'hui, n'avoit rien

(x) Nous ignorons d'où est tiré ce fragment, qae le cardinal de Bausset attribue à l'abbé Gédoyn. Nous l'avons cherché inutilement dans les Œuvres divers set de eet auteur } Paris, 1745, in-xa.

49^ PiteRS JUSTIFICATIVES

« de fort séduisant Les rues mal pavées, sales à Texcès, jamais « éclairées ; nulle sûreté la nuit ; le jour, pour tout spectacle , m quelques inauvaises comédies courues du peuple , et mépri-

• sées des honnêtes gens* Les tables , frugales comme elles « Tétoient, et sans délicatesse , attiroient peu de convives ; outre « que ehaque particulier, n'ayant qu'une fortune très*bomée , « étoit obligé de mettre sa richesse dans son économie. De carm rosses, il y en avoit fort peu ; l'invention en étoit trop récente ; « on alloit à pied avec des galoches ou avec des bottines, qu'on « laissoit dans l'antichambre quand on rendoit quelque visite. « J*aî vu , moi enfant, un reste de cet ancien usage. L'homme « de robe alloit au palais, monté sur une mule, et en revenoit de « même. Rentré chez lui , il n'étoit guère tenté d'en sortir pour « aller se crotter. Il se renfermoit donc dans son cabinet, où ses « livres faisoient toute sa compagnie. Il avoit fait de bonnes « études au collège , .parce qu'il y avoit été mis dans un âge

■ plus mûr et plus raisonnable ; il y avoit pris du goûrpour les « belles-lettres. Ce goût , il le cultivoit dans toute la suite de sa

■ vie, soit pour le plaisir qu'il y prenoit, soit pour faire, comme « on dit, de nécessité vertu. C'est à cette ancienne sévérité de « mœurs, que nous avons été redevables d'un chancelier de « L'Hospital , d'un président de Thou, d'un Brisson, d'un Mor- « villiers , d'un Pasquier, d'un Loysel , de ces deux illustres « frères, messieurs Pithou , et d'une infinité d'autres savants per-

■ sonnages. Car il ne faut que lire les poésies du chancelier de

• L'Hospital, pour voir que le parlement étoit alors plein de ma- M gistrats fort versés dans les lettres. Ce temps n'est plus ; et la « raison en est que, présentement à Paris, la dissipation est ex-

■ tréme. A peine un jeune homme a-t-il atteint l'âge de dix-huit «à vingt ans, qu'on le met en charge, et qu'on lui donne un

• équipage ; avec cette facilité d'aller et de venir, comment peut-

• on espérer qu'il résiste à l'envie de courir ? Il n'est pas imagi- « nable à quel point la musique seule , dont le goût s'est si fort m répandu , et ce spectacle enchanteur que nous appelons du nom

• ôi opéra , ont tourné l'esprit de la nation au frivole, et lui ont

• entièrement ôté le goût du sérieux, et de tout ce qui est soli" « dément bon. Malarum rerum indasiria invasit animos, disoit

Pt LIVRE PREMIER é 49^

« Sénèque; caniartdi saltandiçue nunc obscafna studia effeminatos • ienent. •

Sénèque eut beau dire, il De corrigea pas son siècle , et les plaintes de Tabbé Gédoyn n'ont pas corrigé le sien. Mais que penseroient aujoui'd*hui Sénèque et Tabbé Gédoyn , du culte presque extravagant qu'on rend à la danse et à la musique, et de Timportance avec laquelle on en fait l'objet principal de l'éduca* tion des jeunes personnes ?

N<» V. — Page iSp.

Notice sur la famille du duc de Beauçil/iers,

François, doc de Saint-Aignan , père du duc de Beauvilliers, se fit distinguer par son esprit, son goût et sa politesse. Il fut^ auprès de Louis XIV, un protecteur éclairé des gens de lettres et de tous les hommes de mérite. Il ctoit né en octobre 1610, peu de mois après la mort de Henri IV ; il eut d*un second mariage, à Page de soixante-quatorze ans, un fils connu également sous le nom du duc de Saint-Aignan, qui n'est mort qu'en 1776, sous le règne de Louis XVI, âgé de quatre-vingt-douze ans. Ainsi deux générations dans une même famille ont rempli un intervalle de cent soixante-six ans.

Le duc de Saint-Aignan avoit eu de son premier mariage deux fils, outre le duc de Beauvilliers, qui n'étoit que le troisième, L'ainé, connu sous le nom de comte de Séri,donnoit les plus grandes espérances, et mourut en 1666, à l'âge de vingt-six ans, sans avoir été marié. Le second, appelé le chevalier de Saint* Aignan, eut le malheur, en i663, de se laisser engager dans le fameux duel des I^frette contre le prince de Chalais, le duc de Noirmoutier, messieurs d'Antin et de Flamarens. Ni la faveur du duc de Saint-Aignan son père, ni la considération de son nom, ne purent fléchir Louis XIV. Ce prince, fidèle à ses serments et à la ferme résolution qu'il avoit prise, de réprimer la fiireur des duels par une inflexible sévérîté , ne voulut faire au* cuD usage de son autorité 9 pour soustraire les coupables à la

494 PIÈCES IUSTIFIGA.TIVE9

sévérité des lois; ils furent obligés de s'expatrier. Le chevalier de Saint-Aignan voulut mériter d*y rentrer un jour, par des exploits dignes d'efTacer Terreur où un faux point d^honneur Favoit entraîné. Il offrit ses services à TEmpereur, et demanda d*étre employé contre les Turcs ; il fut tué, en 1664 , au passage du Raab.9 en Hongrie, après avoir donné des preuves de la plus grande valeur, et s'être enveloppé dans son drapeau , pour le défendre jusqu'à la mort.

N° VI. — Pagbs 147, 189, etc.

Extrait des Registres du secrétariat de la maison du

Roi; année 1689 (i).

ProfisioM de GouTerneur de MoDieignear le duc de Bourgogne, pour M. le doc

de BeaiiTillien. '

A VerwUlcv, le i6 août 1669.

Louis, etc. A tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Rien n'étant plus important pour le soutien de notre couronne, la grandeur de notre Élat , l'avantage de nos sujets et notre satisfaction particulière , que de donner à notre très-cher et trèsamé petit-fils, le duc de Bourgogne, une éducation proportionnée à Tèclat et à la grandeur de sa naissance; nous avons voulu lui choisir un gouverneur digne de cet emploi , par sa naissance, sa probité, ses bonnes mœurs, la pureté de sa-religion , et sa suffisance et expérience dans les affaires et dans la guerre. Et, connoissant que notice très-cher et bien-amé cousin, Paul de Beauvilliers, duc de Saint-Aignan , pair de France , premier gentilhomme de notre chambre , chevalier de nos ordres, chef du conseil royal de nos finances, gouverneur et notre lieutenant général au gouvernement du Havre de Grâce, possède

(i) Ces Registres, formant environ 160 volumes in-folio, se consenrent à la sêctiom aJmimiâêfMtU^ê dâs Archivas du royaume (me da Chanme, hôtel Sou« bife« à Ftrii.) Us «xtnnltjqae iwas rapf|wvlap4 id, sont lires da u E, $,375.*

DU XilVAE PKKMISR. 49^

éminemment toutes ces qualités, ayant dans les emplois de guerre , et dans les fonctions de ses charges , donné des marques d'une valeur distinguée » d'une entière probité, grande capacité et bonne conduite; nous avons fait choix de lui , pour remplir cette importante charge» nous persuadant que nous ne pouvons la confier à une personne , des soins et de Tapplication duquel nous devions attendre de plus grands fruits dans l'éducation de notredit fils.

A ces causes, et autres considérations à ce nous mouvant , nous avons notredit cousin le duc de Saint<Aignan , fait, constitué, ordonné et établi , faisons, constituons, ordonnons et établissons par ces présentes, signées de notre main, Gouverneur de la personne de notredit fils, le duc de Bourgogne, et premier gentilhomme de sa chambre , pour désormais en avoir la conduite et direction , avec plein pouvoir et autorité de l'avertir, reprendre et corriger, si besoin est , des fautes dans lesquelles il pourroit tomber; lui donner de si bonnes impressions de la vertu , qu'elles ne puissent s'effacer ; prendre soigneusement garde que son esprit soit exempt de toutes sortes de corruptions, et ne reçoive aucune mauvaise tache; le faire servir par les officiers qui seront près de sa personne pendant son bas âge, pour son instruction et nourriture, leur recommander ce qu'ils auront à faire, et ordonner ce qu'il verra être nécessaire pour son service, et généralement faire en ladite charge de Gouverneur de notredit fils et de premier gentilhomme de sa chambre, tout ce qui est du devoir et fonctions d'icelle, avec tous les pouvoirs, autorités, honneurs, prérogatives et prééminences qui y appartiennent, et aux gages et appointements qui seroutpour ce ordonnés par nos états. Si donnons en mandement à tous nos ofGicîers et sujets qu'il appartiendra , que notredit cousin, le duc de àaint-Aîgnan, après que nous aurons pris et reçu de lui -le serment en tel cas requis et accoutumé, ils aient à reconnoitre et faire reconnoitre en ladite qualité , et à lui obéir et entendre es choses concernant ladite charge. Mandons aussi à nos amés et féaux conseillers, les gardes de notre trésor royal, aux maîtres de notre chambre aux déniera, et autres qu'il appartiendra, quç les gages, appointements et droits qui sçront par Qous ordonnés

à notredit cousin le duc de Saint-Aignan , ils aient à lui payef et délivrer dorénavant, par chacun an , aux termes et en la manière accoutumés , suivant nos états, rapportant lesquels avec ces présentes ou copie d'icelles dûment collationnée , pour une fois seulement, avec quittance sur ce suffisante. Nous voulons que tout ce qui lui aura été payé, soit passé et alloué, en la dépense de leurs comptes, par nos amés et féaux les gens de nos comptes à Paris, auxquels mandons ainsi le faire sans difficulté; car tel est noti*e plaisir. En témoin , etc. Donné à Versailles , le i6 août Fan de grâce 1689, et de notre règne le 47^>

Provinoot de Précepteur de Momeiguear le doc de Bourgogne,

pour M. l'abbé de Fénelon.

A VenaillM , le i6 Mût 1689.

Louis, etc. A tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Ayant jugé qu'il étoit temps de penser à Féducation de notre très-cher et très-amé petit-fils, le duc de Bourgogne; nous avons voulu lui donner un Précepteur, qui puisse cultiver les bonnes dispositions qui commencent à paroilre en sa personne, en lui inspirant les sentiments de religion , et toutes les autres Vertus que doit avoir un prince chrétien, et en formant son esprit aux grandes choses, par la connoissance des lettres et des sciences. Et étant informé que notre cher et bien amé, le sieur François de Salignac de La Mothe-Fénelon , doyen commandataire de Garenac , a toute la probité , les bonnes mœurs et la sagesse nécessaires pour remplir dignement cet emploi, et que toutes ces qualités, jointes à sa naissance, et aux services de plusieurs de sa famille, qui ont été honorés de grandes charges et emplois dans la guerre , de la dignité de chevalier de Tordre de Saint-Michel et du Saint-Esprit, et de la prélature, l'exciteront à nous donner, dans l'instruction 4^ notredit fils , toute la satisfaction que nous en devons attendre :

A ces causes, et autres^à ce nous mouvant, nous avons ledit sieur abbé de Fénelon fait, constitué et établi, faisons, constituons et établissons par ces présentes, signées de notre main , en la charge de Précepteur de notredit fils le duc de Bourgogne, pour désormais l'exercer, aux honneurs, autorités, prérogatives, et

pi'éémiueiices accoutumés, tels et semblable!» qu'eu a joui le Précepteur de notre très-cher et très-amé fils le Dauphin , et aux gages et appointements qui seront ordonnés par nos états; et ce tant quMl nous plaira. Si donnons en mandement à tous qu'il appartiendra, que ledit sieur de La Mothe-Fénelon , après que nous aurons pris et reçu de lui le serment en tel cas requis et accoutumé, et icelui mis en possession de ladite charge , ils aient à le reconnoitre en ladite qualité; et d'icelle, ensemble du contenu ci-dessus, le fassent et laissent jouir et user pleinement et paisiblement, et à lui obéir et entendre de tous ceux et ainsi qu'il appartiendra, es choses concernant ladite charge. Mandons à nos amés et féaux conseillers, les gardes de notre trésor royal, aux trésoriers de notre maison, et autres qu'il appartiendra, de lui payer lesdits appointements, aux termes et en la manière accoutumée, suivant les états qui en seront par nous signés et arrêtés, et rapporter par eux ces présentes ou copie d'icelle dûment collationnée, pour une fois seulement, avec quittance sur ce suffisante. Nous voulons que ce qui lui aura été payé à Toccasion susdite, soit passé et alloué en la dépense de leurs comptes , par nos amés et féaux les gens de nos comptes à Paris , auxquels mandons ainsi le faire sans difficulté. Car, etc. £n témoin, etc. Donné à Versailles, etc.

Provisions de Geotilbomme de la manche de Monieigneur le duc de lk)ui|[oguc ,

pour le sieur Dapujs.

A VenaillM , 1« iC août 1689.

Louis, etc. A tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Voulant pourvoir à ce qu'il y air toujours près de notre très-cher et très-amé petit-fils, le duc de Bourgogne, des personnes pour le suivre partout, veiller sur ses pas, et prévenir les accidents qui peuvent arriver aux enfants de son âge ; nous avons fait choix, à cet effet, de notre cher et bien amé Isaac Dupuys, l'un de nos gentilshommes ordinaires, de la bonne conduite et de la sagesse duquel nous sommes informés.

A ces causes et autres à ce nous mouvant, nous avons ledit sieur Dupuys commis, ordonné et établi, commettons, ordon- Doos et établissons, par ces présentes > siguées de notre main, T. I. 3a

49^ PIÈGES lUSXlFICATIVSS

pour suivre partout notredit fils , le duc de Bourgogne, demeurer atsidu auprès de sa personne , en qualité de Gentilhomme de sa manche y ne le point perdre de vue» et prendre exactement garde qu'il ne lui arrive aucun inconvénient;' le tout, sous les ordres et la direction de notre cousin , le duc de Beauviiliers, son Gouverneur; pour jouir, par ledit sieur Dupuys, de ladite charge de Gentilhomme de la manche de notredit fils; aux honneurs, autorité, prérogatives, et prééminences qui y appartiennent , et aux gages et appointements qui seront par nous ordonnés suivant nos états; et ce, tant qu'il nous plaira. Si donnons en mandement à notre cousin le duc de Beauvilliers, qu'après qu'il lui sera apparu des bonnes vie, mœurs, religion catholique» apostolique et romaine dudit sieur Dupuys, et qu'il aura pris et reçu de lui le serment en tel cas requis et accoutumé, il le mette et institue en possession et jouissance de ladite charge; et d'icelle, ensemble des honneurs, prérogatives et prééminences susdites , le fasse jouir et user pleinement et paisiblement, obéir et entendre de tous ceux, et ainsi qu'il appartiendra, es cl^oses concernant ladite charge. Mandons à nos amés et féaux conseillers , les gardes de noti*e trésor royal , et aux trésoriers généraux de notre maison, que lesdits gages et appointements ils lui payent à l'avenir, par chacun an , aux termes et en la manière accoutumée , suivant nos états , et rapportant ces présentes, ou copie d'icelles dûment coUationnée , pour une fois seulement, avec quittances sur ce suffisantes. Lesdits gages et appointements seront passés et alloués en la dépense des comptes de ceux qui en auront fait le payement, par nos amés et féaux, les gens de nos comptes à Paris, auxquels mandons ainsi le faire sans difficulté. Car tel est notre plaisir. En témoin, etc. Donné, etc.

Sèment de la charge de GonTeraew de Monseignear le dac de Bonrgogne.

Vous jurez et promettez à Dieu , de bien et fidèlement servir le Roi , en la charge de Gouverneur de la personne de monseigneur le duc de Bourgogne; que vous emploierez tous vos soins à lui donner une éducation digne de la grandeur de sa naissance royale, et à former son esprit, son courage, ses mesurs.

DU UYBE PREMIER. 4^9

et son extérieur même, de sorte qu'il n'y ait rien en lui qui ne réponde à l'honneur qu'il a d'être petit-fils du plus grand, du plus invincible et du plus chrétien monarque du monde ; que vous avertirez Sa Majesté de tout ce dont vous saurez qu'elle doive être informée ; que vous ne prendrez pension d'autre prince que de Sa Majesté ; et généralement, que vous ferez, en cette charge, tout ce qu*un bon et fidèle serviteur et sujet est obligé de faire ; ainsi vous le jurez et promettez.

Acte de sermeiit de ladite charge de GouTernenr, prêté par M. le dae de Beaa*

▼iiliers.

Aujourd'hui «9 août 1689 , le Roi étant à Versailles , le sieur duc de Beauvilliers, dénommé en ces présentes, a fait et prêté, entre les mains de Sa Majesté, le serment qu'il étoit tenu de faire , à cause de la charge de Gouverneur de monseigneur le duc de Bourgogne , dont il a été pourvu. Moi , conseiller de Sa Majesté en tous ses conseils, secrétaire d'État et de ses commandements et finances , présent.

Sermeot de la charge de Précepteur de Monseigneur le duc de Bourgogne.

Vous jurez et promettez à Dieu , de bien et fidèlement servir le Roi , en la charge de Précepteur de monseigneur le duc de Bourgogne, de laquelle Sa Majesté vous a honoré; que vous vous emploierez de tout votre pouvoir, à l'élever en l'amour et en la crainte de Dieu, à régler ses mœurs selon les maximes chrétiennes, et à former son esprit, par la connoissance que vous lui donnerez des lettres et des sciences propres à un trèsgrand prince; que vous ne prendrez pension ni bienfait d'autre prince que de Sa Majesté ; que vous l'avertirez soigneusement de tout ce que vous saurez importer à son service, et à la personne de mondit seigneur le duc de Bourgogne ; et généralement , que vous ferez , dans le devoir de cette charge , tout ce qu'un bon et fidèle sujet et serviteur est obligé de faire ; ainsi vous le jurez et promettez.

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