‹ Histoire de FlorenceChapitre 10 sur 102 · ÂR. 1570) LA TOSCANE DÉGAGÉE · texte numérisé non relu

ÂR. 1570) LA TOSCANE DÉGAGÉE

érigé en vicariat de la République, devenu son plus solide rempart contre Pise, dut s^appeler désormais San- Miniato fiorenlinoy nom qui convenait mieux à San- Miniato a montCy cette colline gracieuse qui domine Florence, et dont on commence à gravir la pente dès la porte San-Niccolô*.

La précieuse conquête des Florentins était pour Hawkwood le signal de la déroute. Rien ne lui réussit plus dans cette guerre. Sur Tordre de Bernabô, son étrange seigneur' , il tente un coup de main contre Lucques, puis contre Pise, et il y cchoue\ Il se jette sur les Maremmes, on l'y poursuit, et, traqué partout, il n*a plus bientôt qu'à s'acheminer par le littoral vers la Lombardie, où les Florentins l'avaient précédé \

Reporter au nord, loin de la Toscane, le théâtre des hostilités, fut alors le triomphe de leur habile politique. Après avoir resserré les liens de leur ligue ; obtenu du pape le chapeau de cardinal pour Piero Corsini, évoque de Florence et neveu de Piero des Âlbizzi * ; arraché à Lucques, aux marquis d'Esté, aux seigneurs de Reggio, des promesses de secours ; interdit à tout citoyen d'aller dans un lieu dépendant des Visconti'; couvert Pise contre

I Âmmirato, XIII, 673.

* Qu*il fût étrange, on peut le voir dans Goro Dati, 1. 1, p. 13-15 (Istoria diFhrenze dalV anno 1380 alCanno 1405, Flor., 1735). Sur ses cinq mille chiens et sa cà dei canif toj. Fil. Cahi, // patriziato milanese^ p. 208. )iiJao, 1876, 2* éd.

' 15 féTiier 1370. ProwisUmi, LVIII, 163. Cf. Ranieri Sardo, c. clxix, p. 182.

* Cron. Pis,, R. I. S., XV, 1057; Ranieri Sardo, c. clxvii, p. 180; Roncioni, 1. XV, p. 903; Soxomène, R. I. S., XVI, 1090.

' L'usage était alors qu'un cardinal nommé abandonnât son siège épi- Kopal. Piero Corsini y était remplacé par Fra Angelo des Ricasoli, un autre Horentin. Voy. Narch. de Coppo, IX, 720, et Ammirato, XIII, 676.

^ « Civitatem, terram, castrum vel locum que vel quod teneretur pur

76 GUERRE EN LOMBARDIE. (An. 1570)

toute attaque'; muni de pleins pouvoirs Ridolfo de Camerino, capitaine de guerre*, ils envoyaient Lutz de Landau, fils ou neveu du fameux Conrad*, tenir en Lombardie l'enseigne de la commune, dans le contingent florentin, plus considérable, à lui seul, que n'étaienl ensemble ceux des autres alliés: Manno Donati, magoal rentré en grâce, avait, pour son compte, amené huit cenls chevaux (février 1370). Mais les succès de Florence à la guerre manquaient toujours de lendemain. Manno meurt devant Reggio; Rosso des Ricci, qui le remplace, est battu et fait prisonnier au siège de la Mirandole*. Bernabô voit se rouvrir devant lui les chemins de la Toscane. Il pousse une pointe hardie vers Sarzane cl Motrone*. Il est partout à la fois. Le succès redoublant son insolence, aux légats qui Texcommunient il fait avaler les bulles, leurs parchemins, leurs cordons de soie, leurs sceaux de plomb •.

DD. Galeazzum et Bernabovem. i (17 mai 1370. Provvisioni, LVIII, W) < Roncioni, 1. XV, p. 904.

* « Ut que ad guerram pertinent possint liberius effectui manrippari. * (7 juin 1370, Provmioni, LIX, 1.) Cf. Sozomène, R. I. S., XVI, 108'.»: Arnmiralo, XIII, 674.

^ D*autres ont dit son frère, mais sans réfléchir que Conrad Virlinguer, frère germain de Lutz, combattait avec lui au service de Florence en ISÎ^*- Voy. Coluccio Salulati, Epistolœ, part. I, p. 53, ép. 14, du 3 décembre 1376, aux Pérugins. Flor. 1741. Lutz est une abréviation de Ludwig. On voit dans une provision du 15 février 1370 que Lutz avait été engagé t^^^ dix lances et trente-deux archers. Suit une liste de 27 autres condottieri, dont un certain Gerhard de Landau avec 10 lances (Prowisioni, LVIU, 165). Un peu plus tard, Lutz réunit 5000 cav. et 3000 fantassins (Cron. Pis,, R. 1. S., XV, 1063).

* March. de Coppo, IX, 720; Mallh. des Griffoni, R. I. S., XVm,182; Poggio, R. I. S., XX, 219; Boninsegni, p. 549; Ammirato, Xill, 677. Cet événement est rapporté par Marchionne au mois de janvier 1570. AdjuU' rato dit qu'il y avait de la neige.

» March. de Coppo, iX, 722.

« Andréa Gataro, ht. Padovana, R. 1. S., XVU, 162.

(\x. 1570) EXALTATION DE GRÉGOIRE XI. 77

I/impie affront criait vengeance, mais le pape était découragé, dégoûté d'un pays où il ne connaissait plus le repos. Cédant aux obsessions de sa cour, et sous prétexte de réconcilier la France à l'Angleterre, en septembre il repart pour Avignon. Il se déchargeait sur les Florentins du poids de la lutte, et, pour la leur rendre possible, il les autorisait à lever six mille florins sur les ecclésiastiques \ Mort bientôt après, le 19 décembre, il était remplacé, le 3 1 , par Pierre Roger, comte de Beaufort, cardinal diacre de Santa-Maria-Novella, un des légats qui avaient avalé les bulles de Bernabô*. C'est donc de Bemabô et des Visconti que Grégoire XI aurait dû ôtre Tennemi; c'est des Florentins qu'il le fut. On verra plus loin les causes comme les effets de cette haine imprévue entre le chef naturel des guelfes et la ville la plus guelfe qui fut jamais.

Florence, alors, ne prévoyait point une complication si grave; mais elle agissait comme si elle l'eût prévue. N'étant plus stimulée à la guerre par Urbain V, et voyant ses finances obérées% elle prétait l'oreille aux ouvertures de Bernabô. La vipère milanaise avait trouvé le moyen de conclure la paix et de continuer indirectement la lutte, sans bourse délier : devenus inutiles et privés de leur

' 13 et 15 juillet 1370. Bulles d'Orbain V à Angelo, évéque, à Tabbé de SanU-Trinita et à Jacopo Gai, chanoine florentin, chargés par lui de prélever celte somme, afin que le pouvoir civil ne s'en fît pas un précédent (Ri for- «a^ùmt, Aiti pubblici. Capitoli, XVI, 72).

* ifui. eccL, 1370, § 26, t. XXVI, p. 195 ; Giaconio (ou Giacconi), II, 500; Fleury, HUL eccL, 1. XCVU, c. xix; Sismondi, IV, 405. March. de ^ipo (IX, 754) dit qu'il était de sainte vie, et vierge encore le jour de sou eultation.

Quod pluribus pecuniis dicto communi hactenus prestitis per egreglum et magnificum militem D. Francischum de Carraria, Doroinum padua- Dum. • On vote qu*il lui sera pavé 1600 fi. par an jusqu'à extinction de la délie (25 décembre 1370. Proviisioni. LIX, 192).

78 TENDANCES 0U6ARCHIQUES (Av. 1570)

solde, que pouvaient faire les stipendiés de la ligue, sinon se jeter en bétes de proie sur la Toscane*? Ce danger n'arrêta point la seigneurie : elle traitait le 2 noyembre, et, le mois suivant, Lutz de Landau, revenu de Lombardie, obtenait son congé (22 décembre) V Ne pouvant le retenir malgré lui, on exigeait du moins qu'il prit rengagement de ne pas porter les armes contre la République, de n'en pas dévaster le territoire'; mais la belle garantie *que la parole de ces gens d*aventure, et en particulier d^un homme qu^on réputait déloyal M

Celte courte guerre, cette guerre sans éclat avait du moins grandi Florence, resserré ses relations avec des communes jadis rivales, établi ses droits à rhégémonie en Toscane. La paix Fallait rendre, comme d'ordinaire, aux discordes civiles. Jamais les Âlbizzi n'avaient paru si puissants. Piero Corsini, neveu de leur chef, résidait, en qualité de cardinal, à la cour pontificale, et y soutenait activement les intérêts, les vues de sa famille', le dessein avoué d'établir le gouvernement oligarchique, sur le modèle de Venise ou de Rome\ Ces orgueilleux popolani resserraient chaque jour leur alliance avec les magnats. Ceux-ci n'étaient plus opprimés comme jadis^;

« Poggio Bracc., R. I. S., XX, 220.

« Chron, Ed., R. I. S., XV, 493; Poggio, R. I. S., XX, 219 ; Ammirato, Xin, 677. Les documents, à la date du 10 noYembre 1570, sont aux Rififr' magioni, Atli pubblicif LIX, t. XL

' Diario del Monaldiy p. 328 ; Boninsegni, p. 550 ; Amroirato, XIII, 677.

* < Sempre fu tenuto poco leale, e per certo li soldati non sono pîù leaU corne soleano essere per lo tempo passato. i (Cron. Pis,, R. L S., XV, 1065*)

s March. de Coppo, IX, 725.

« G. Capponi, I, 280.

^ Par exemple, Bindo des Bardi était appelé à remplir les fonctions à^ podestat, puis nommé sénateur de Rome. La seigneurie écrivait au cardin^ d*£spagne que Bindo ne pourrait accepter la seconde de ces charges, par^^ que le terme de la première n'était pas arrivé (21 août 1336. Sign, car^'

(Ah. 1371) DE LA PARTE ET DES ALBIZZI. 79

mais la défiance publique leur donnait parfois des sujets de mécontentement, et plus ils regagnaient de terrain, plus ils se montraient sensibles à la moindre injure^ : ils y voyaient une vengeance des gibelins contre les meilleurs guelfes ; ils se déclaraient partisans de la parte^ de Vammanizione^ des Àlbizzi.

Yraie ou simulée, leur irritation assurait à la parte leur connivence et lui permettait d^oser. Elle frappait tous ses ennemis, fussent-ils guelfes'. « Il semblait aux citoyens, écrit le chroniqueur Marchionne, qu'ils étaient vendus\ » Les Ricci ne faisaient plus équilibre à leurs adversaires : ambitieux de la domination, ils ne pensaient plus qu'à la partager \ Un d'eux, Uguccione, étant prieur en 1366, avait amoindri, nous l'avons vu, les fameux capitaines, en faisant porter leur nombre de six à neuf^. Gonfalonier de justice en septembre 1571, mais vieilli, désabusé, appauvri par quarante années de largesses, il ne répondit point aux espérances des ennemis de l'oligarchie et de Vammonizione. Carlo Strozzi, son collègue dans la seigneurie, un des principaux parmi les Âlbizzi% obtint de sa faiblesse sénile un rapprochement entre les

mjM., XrV, 2). De 1367 à 1375 les recueils des lettres missives de la seigneurie sont malheureusement perdus.

' Ainsi, Benghi Buondelmonti ayant été fait du peuple pour sa vaillante conduite devant Barga, une provision avait été rendue pour Texclure de la seigneurie, portant que nul magnat fait du peuple ne pourrait être prieur que vingt ans plus tard, à moins qu'il ne changeât ses armes et ne refusât la comorteria. Voilà Benghi furieux, et avec lui tous les Buondelmonti, toute la Tieille noblesse.

* « Andava a partito d'essere ammonite taie ch*era guelfo. i (Narch. de Coppo, IX, 725, 726.)

^ « Alli dttadini parea quasi essere venduti. > (March. de Coppo, IX, 726.)

« March. de Coppo, IX, 725; Machiavel, m, 38 A; Ammiralo, XIII, 678.

' Voy. plus haut, même chap., p. 61.

* U avait été ambassadeur auprès du Saint-Siège. Yoy., à son sujet, plus laot,mèmechap.,p. 60, 61.

80 LAPO DE CâSTIGUONCHIO. (Am. i37S

deux factions, très menaçant pour les libertés publiques. Ceux des prieurs qui restaient jaloux de leur indépendance n'étaient plus en nombre ou manquaient d'éDe^ gie*. En janvier 1372, Talliance hybride semblait indissolublement nouée. Rosso des Ricci était capitaine de Idiparte^ et, comme tout néophyte, exagérait le zèle: il sévissait contre ceux qu'eussent épargnés ses coU^ gués*. Ainsi quiconque avait jusqu'alors soutenu les Ricci et fondé sur eux son espoir, se voyait contraint de chercher dans d'autres voies le salut.

En attendant, la connivence des deux factions ennemies donnait des ailes aux entreprenants. Vivait pour lors à Florence un légiste déjà célèbre, vrai lettré de la Renaissance, Lapo de Castiglionchio. Il descendait des seigneurs de Quona, fort château du val de Sieve*. Appelé plusieurs fois aux oflices, tour à tour ambassadeur \ conseiller ou secrétaire de la seigneurie, capitaine de la parte^ élu enfin un des deux <x sages » à vie qu'elle entretenait', car il était guelfe passionné, il avait er

* Machiavel (lU, 38 B) fait un noir tableau des mœurs de ce temps ; k: provisions confirment pour ce moment précis : « Considérantes propter onl tiplicatam exbannitorum et malfattorum malitiam scelera que patranlur ac etiam quod ex quibusdam bactenus gestis contra rectores corn. Flor per nonnuîlos ofliliales cives civitatis predicte detrahitur securitati recU^ rum in faciendo justitiam prout débet. » (6 septembre 1571. Prowûkm LX, 99.) c Quod sepe contingit quod petitiones seu provisiones deliberaU per prières, etc., postea ad consilia popiili et comunis interdum preci bus, interdum ineplis murmuralionibus non proponi. > (15 octobre 13?i Ibid., r» 133.) Cf. March. de Coppo, iX, 726, 727; Ammirato, XUI, 68(

* Ammirato, XIII, 681.

^ Le tronc commun de Quona s'était divisé en deux rameaui, Castiglioi chio et Volognano.

^ Voy. plus baut, même chapitre, p. 60.

* Voy. Vita di Lapo da Castiglionchio par Mehus, p. 34-45, en tête < Epistola 0 sia ragionamento di M, Lapo da Castiglionchio, Bologn 1753, et Vita di Amb, Traversari, p. 241.

Xs. 1372) SA PÉTITION A LA SEIGNEURIE. «i

outre des prétentions aristocratiques dont témoigne un écrit qu'il adresse à son fils : il entreprend d'y établir non seulement qu'il est d'antique et noble lignée, mais encore que la noblesse du sang ne se perd point par Vinscription aux rangs du peuple*. D'accord avec d'importants popolani, avec Simone Peruzzi, Giovanni des Hagalotti, Salvestro des Medici et d'autres encore, il osa préposer une provision pour assurer à jamais la prépondérance de la parte guelfa^ et, par elle, de l'aristocratie, de l'oligarchie*.

Fort humble dans la forme, selon l'usage', la pétition était, au fond, fort impérieuse. Elle demandait qu'aucune provision qui toucherait, fût-ce indirectement, aux lois, statuts, privilèges, propriétés de la parte^ ne pût être prise sans que les capitaines, convoqués au palais de la seigneurie, l'eussent approuvée à la pluralité des voix, et cela sous peine de nullité. Quiconque enfreindrait cette disposition devait payer deux mille florins d'or, être tenu pour gibelin et suspect à la parte j frappé enfin à'ammonizionéy nonobstant toute exception, réclamation, espérance de restitution, de radiation, d'indulgence*.

Rien n'était moins sûr que le vote de dispositions si exorbitantes. Pour l'obtenir, on avait admis à y prendre

* Celte ëpître, dont le titre est à la note précédente^ est divisée en trois parties qui traitent longuement ce sujet et sont suivies d'une sorte de tableau ^ Thistoire florentine, reproduisant les traditions les plus erronées, et s'arrêlant à Tannée 1269. — Suivent plusieurs documents. Le plus intéressant, ce sont les instructions données à Lapo et à ses collègues pour leur uoltassade à Rome en 1366.

* Bemardo de Castiglionchio fait honneur à son père de Tinitiative en cette afTaire. Voy. le texte dans G. Capponi, I, 280, note 3.

^ f Humiliter supplicatur. » (Voy. le texte de la pétition dans G. Capponi, U86. Append. n*6.)

^ Ibid,, p. 587, 588. Cf. Narch. de Coppo, IX, 730 ; Ammirato, XIU,

niST. DE FLORENCE. ~ V 6

82 SUCCÈS DES GlELFES EXTRÊMES. (A:«. 1372)

pari les capitaines, lesquels, dit Marchionne, menaçaient « honnêtement » rassemblée. Ils allaient droit à qui était suspect d'émettre un vote contraire au leur, a Es-tu guelfe? » s'écriaient-ils. L'interpellé, craignant Taiw- ' monizwne^ s'excusait, et, au' lieu d'une fève blanche, prenait une fève noire. Bartolo Siminetti alla plus loin encore dans l'intimidation. Dévoué corps et âme à la secte, dontdcux membres, Carlo Slrozzi et Michèle Castellani, l'avaient sauvé de la faillite des Guardi, il passa dans les rangs pour recueillir les suffrages. — Nous voulons voir, dit-il arrogamment, d'où viennent les fèvcs^. blanches. Qui les donne n'est pas guelfe*. — Son effron-i terie acheva de vaincre les résistances. La seigneurie ne prit pas même la peine de libeller la nouvelle loi. Docilement et sans rien changer, elle reproduisit avec son approbation le texte de celte pétition détestable, qui faisait une même chose de la parte guelfa et de l'État (27 janvier 1372) •.

Maîtres de la victoire, les guelfes extrêmes, pour l'assurer, en voulurent user avec sagesse. C'est ce que tente quelquefois, le plus souvent sans succès, la violence triomphante. L'accord des Âlbizzi et des Ricci était impopulaire, parce qu'il supprimait toute liberté, la liberté n'existant à Florence que par la division et l'antagonisme des partis : s'affranchir de l'un comme de l'autre, former un groupe intermédiaire, qui se composa d'a-

* March. de Coppo, IX, 750; Amruirato, XIII, 682.

* « Total ilei* approbati, admissa et accepta ta fuit infrascripta petitio et proTJsio.... Quod dicta petitio et omnia in ea contenta procédant, admiotànlur, firmeotur et fiant' et firma et stabilita esse intelligantur et sint al objerventur et obscrvari possinl et debeant et executioni mandari in omnibus et per omnia, secundum pctitionis cjusdem continentiam et lenorem. • (Texte dans G. Capponi, ibid.j p. 58X.) Le doc. porte la date de 1571, mais c'est évidemment le vieux style.

An. 1372) FORMATION D'UN PARTI INTERMÉDIARE. }<:i

)ord de trente membres, et bientôt de cent *, telle fut a conception de Lapo et de ses amis. Ils tenaient leurs X)nciliabules chez Simone Peruzzi, et Simone feignait Têtre malade, pour les recevoir, sans tomber sous le :oup de la loi qui interdisait les réunions secrètes de plus de douze personnes. Dénoncés à la seigneurie, quarante-huit de ces politiques, que les auteurs du temps appellent des conjurés, lèvent le masque, se réunissent ostensiblement à San Pier Scheraggio, e(, de là, se rendent auprès des prieurs, les invitant à maintenir <x la raison et la liberté ^ > .

Ce grand mot de liberté sonnait faux sur les lèvres des fauteurs de Toligarchie; mais il donnait le change à une seigneurie d'hommes obscurs el naïfs \ Dans un conseil de cinq cents rkhieslij aussitôt «assemblé sur son ordre, et jugé trop nombreux par les oligarchiques Âlbizzi, Filippo Bastari, deux fois gonfalonier de justice*, prit la parole pour justifier la réunion de San Pier Scheraggio, comme la démarche auprès te prieurs, et pour rappeler à ceux-ci que Florence avait été et devait être libre; que certains malveillants, s'étanl faits chefs de sectes, vendaient leurs concitoyens comme esclaves. Nous nous sommes réunis, ajouta-t-il, .pour être libres; eh ! seigneurs, donnez-nous la liberté! Oui donc vendait les citoyens comme esclaves, les hommea comme bètes? Était-ce les Âlbizzi ou les Ricci ?

* ÂTec les chefs déjà nommés, Simone Peruzzi, Lapo de Casliglionchio, iiioTaoni MagaloUi, Sahestro des Medici, les auteurs citent Luigi Aldobran- <lini,Ghino Ànselmi, Barna Turriani, Andréa Rondinolli, et môme Giovanni des Nozzi, un des prieurs.

'March. de Coppo, IX, 731; Âmmiralo, XIII, 682 sq. Machiavel (lit, ^ B) fait le discours de Torateur.

^ La seigneurie de mars i37!2. Voyez les noms dans Delizie, XiV, 99.

* En 1550 et 1569. Voy. les tables de Reumonl.

84 CONSEIL DES IllCHïESTl. (Ah. 15ÎÎ)

L'accusation, peut-être à dessein, ne distinguait paseatre eux ; mais eux, ils distinguèrent, ils se renvoyèrent le reproche. — Ce sont les Ricci, s'écria avec fougue un des plus jeunes parmi les Albizzi, c'est Uguccione des Ricci qui a conçu la pensée de vendre la ville : nel'avait-il pas promise à Bernabô? — Un démenti relcv? aussitôt cette imputation téméraire. — N'est-ce pas nr Albizzi, répliqua Giorgio des Ricci, n'est-ce pas Checcc qui a dit aux tyrans de Ferrare et de Padoue que si maison était maîtresse de Florence comme les leurs i< ces deux cités, à la baguette du commandement près? — Rien d'irritant comme des récriminations fondées sur de commérages : la réunion en fut détournée de son bu et toute discussion rendue impossible; il fallut lever 1« séance et se séparer.

A la seigneurie dès lors il appartenait d'aviser. EIN sortit d'embarras par des moyens dilatoires qui son de tous les temps : elle ordonna une enquête sur lei faits dénoncés, elle nomma une commission pour avisai aux remèdes de concert avec les officiers publics*. Pai sa composition, pour une grande part accidentelle, puis que aux membres choisis s'y joignaient les officiers publics désignés par le sort, en tout cinquante-six personnes, celte réunion se trouvait plus favorable aux Ricci, dont l'ambition cherchait des appuis populaires, qu'aux Albizzi, qui s'appuyaient sur h parte et ses odieux capi taines. Réprimer les Albizzi, telle fut la conclusion d< la plupart des discours. On ne parlait de rien moins qu^

* La commission était de dix popolani, deux par quartier, plus deo magnats. Elle devait, pour délibérer, se réunir aux prieurs, à leurs collèges aux gonfuloniers des compagnies, aux capitaines de in parie, La réunioDi composait ainsi de cinquante-six personnes.

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