‹ Histoire de FlorenceChapitre 30 sur 102 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

ario (Tanonimo, p. 578, 579.

Sietc sei c questi sono tre, fatela, toi. » (March. de Cop|K), X, 805.)

P2 LE GONFALONIER DE JUSTICE EXPULSÉ. (Ah. i578)

c — ji éiait clair, en effet, que Tunion presque forcce

__^ des deux principaux groupes d'arts suffirait pour annu- 1er légalement le troisième. Mais les hommes en armes

7 qui occupaient la place ne firent pas ce calcul si simple.

^ En voyant le successeur de Michèle arborer à la fenêtre la bannière des ciompi parmi les autres, ils s'écrièrent : — A bas cette bannière! Chassez ces coquins! — Ils furent obéis. La bannière jetée en bas, ils la foulent aux pieds, la déchirent, en jettent au vent les morceaux ^ On expulse du palais les deux cardeurs membres de la seigneurie, Giovanni de Domenico et Bartolo de Jacopo, le gonfalonier de justice, qui, malgré le métier qu'il faisait, était <x homme de bonne condition* ». Quand il parut sur la place, il trouva en face de lui l'auteur de la chronique déjà citée qui prend seul, devant la postérité, le parti des petites gens. Ce chroniqueur lui met la main sur le bras, l'emmène à son propre logis, et le conduit en sûreté hors de Florence'*. Nul obstacle à ce sauvetage : chasser et non tuer ces manants qui venaient si tristement de donner leur mesure, tel était le désir du parti triomphant.

Quel était ce parti? Non pas encore celui de l'aristocratie, qui voyait venir son jour et qui savait l'attendre, mais celui qui réunissait les arts mineurs aux arts majeurs, celui dont les chefs, Salves tro des Medici, Giorgio Scali, Benedelto Alberti, portaient la responsabilité des

* March. de Coppo, X, 805; ms. Strozz. dans Diario tTanon,, p. 581, note 2.

* Ainsi parle March. de Goppo, contemporain (X, 806). Machia?el a donc tort quand il dit : <( Erano due di tanto ?il6 ed infâme condizione. )> (01, 46 A.) On chasse ces hommes parce qu^ils sont du parti Taincu, nullement parce qu ils sont inf^iines.

' Ms. Strozz. dans Diario d'anon,, p. 381, n. 2.

(Ax. 1378) RÉSOLUTIONS DE LÀ PLURALITÉ DES PRIEURS. 295

précédents tumultes, pour n'avoir pas eu l'énergie de les '~^) prévenir ou de les réprimer. Les choses en revenaient à ^ leur point de départ, mais ce n'était qu'un jour sans ^ lendemain^

En attendant, parmi les sept prieurs qui restaient en ~^ charge, un seul désormais réprésentait les ciom/^t ; il ne pouvait rien contre l'accord momentané des six autres. Ceux-ci avaient hâte de mettre 5 profit la victoire. Avec les capUvdini des vingt et un anciens arts, ils prennent les résolutions suivantes, dont quelques-unes ont une im-^ portance qui frappera tous les yeux.

i® Ces résolutions prévaudront sur toutes les lois et ordonnances, sur tous les statuts antérieurs.

2^ Bartolo de Jacopo, gonfalonier de justice, et Giovanni de Domenico, prieur, seront remplacés dans la seigneurie par des gens (le leur quartier.

5^ 11 n*y aura plus que vingt-trois arts. L'art des cardeurs est supprimé*.

4° Ceux qui en faisaient partie sont écartés des oilGces et des bourses, comme frappés de divieto,

5° Sont exceptés et peuvent avoir des offices, même dé la parte, Ghiotto Lotti de Secciaiio, Michèle de Lando, Baldo Lapi, Ciardo de Berto, Lorenzo Cambini.

G'' Est rapportée la provision d'août qui privait des offices, pour dix ans, les syndics des arts.

7° 11 y aura désormais quatre prieui's des sept arts majeurs et cinq des seize arts mineurs. Le gonfalonier sera pris alternativement dans les deux ordres, mais en commençant par les arts mineurs.

* « Bene aile maggiori parve essere roale trattati ; ma per non far nuova quistione, che non era tempo, lasciarono fare co^. » (March. de Goppo, X, 805.)

* Voici la qualification officielle des deux arts du menu peuple qui sont maintenus : (( Una ars tintorumet concialorum etaliorum membrorum. et alia, ars farscltariorum, sartonim et ciuiatonim et aliorum membrorum. yt (Provision du il septembre. Voy. le texte dans G. Capponi, I, 599, appcnd. VlU.)

in RÉSOLUTIONS DE U PUIUUTÊ DES PRIEURS. (Âi. 13i8)

S ■ Il y aura cinq Imanuomini des arts majeurs et sept des mineurs; sept gonfaloniers de ceax-Ià et ncaf de ceux-ci.

9« Les prieurs et officiers sortants se retireront sans salaire, sauf Michèle de Lando, qui recevra ce quon lui a promis, GioTanni de. Gioi^iu Scali, s\ndic et référendaire de la commune, serColuccio Saliitiiti, rluinctIitT de ser Yiviano, scribe des Riformagioni e\. des Huit de la guerre*.

i<H» l.es Huit de Santa Maria NoTella sont priTés de loate autorité.

il'' Toutes les ordonnances rendues depuis le i*' juillet contre Tincurcération pour dettes sont rapportées.

i!2* Nul ne pourra exercer plus d'un office de la commune eo même temps.

i5" Nul ne pourra être recherché, puni, molesté pour aucun délit commis le 51 août, sauf les Huit de Santa Maria NoTcUa.

i i<^ Les prieurs et collèges reprendront leurs fonctions, continueront de voter aux deux tiers des Toix, recevront les honneurs accoutumés.

li)° Sont supprimées les consarterie, les autorisations de port d*armes, avec les autres privilèges concédés depuis juillet.

iO" Les conseils du peuple et de la conmiune sont aflranchis de tous les statuts qui entravaient leur pouvoir.

i7^ La seigneurie actuelle pourra, cette fois seulement*, prendre parmi les citoyens guelfes, qu'ils soient magnats ou popdani, autant de conseillers qu'elle voudra pour siéger dans lesdits conseils.

i S^ Le conseil du peuple sera convoqué sur Tordre du capitaine au son de In cloche et par crieurs. Le scrutin n*y sera pas nécessaire. Y interviendront obligatoirement au moins six des prieurs el le gonfalouier de justice, onze des gonfaloniers, huit des buonuomini, Y pourront intervenir le proconsul de Tart des juges et notaires, les consuls des arts, les conseillers de la mardiandise, les capitaines et autres officiers de la parte.

*■ Les Huit de la guerre traînent leur office désonnais obscur jusqu'au 29 octobre suivant. Â cette date, ils demandent leur congé pour la fin de novembre : u Intantum quantum auctore Deo civltas Flor. sue libcrtatis timoré et laqueo est solula, cumque ubi non est egritudo modela superilua reputatur.... exacto mense novcmbris proximo.... » (Prowisioni, 29 oct. 1578, LXVIII, 70.) Cette fois, la demande fut admise. Ils étaient restés trois ans en charge. Cf. Monaldi, p. 549.

* « Pro ista unica vice dumtaxat ».

(Ax. 1378) CONVOCATION DE L'ASSEMBLÉE A PARLEMENT. 295

49® Nul officier de la commune ne pourra procéder contre les prieurs, leur notaire ou leur scribe ^

Ces articles, où paraissait le prudent dessein de ne pas retirer aux arts mineurs ce qu'ils avaient si laborieusement conquis, ne furent point contestés par les popolani qui, dans la seigneurie, représentaient les arts majeurs. Aucun d'entre eux n'osa même laisser paraître leur commun déplaisir. C'était assez, pour une fois, de rejeter hors de la vie publique les gens de rien qui s*y étaient si brutalement introduits. La cloche de la tour et les hérauts convoquèrent sur la place l'assemblée à par*» lement. Cette procédure n'était point régulière, car on aurait dû, auparavant, réunir les deux conseils; mais en ce moment-là rien n'était régulier : on supprimait deux rouages de la machine, par hâte d'en finir, et au risque de tout faire éclater. Les détenteurs du pouvoir s'en excusaient sur ce que < tout était brisé et sans ordre x>, sur la raison d'État et le salut public'.

L'assemblée était si nombreuse qu'elle en parut presque

* BaliCf cl. II, dist. 4, n*" 2, i" sept. 1578. Ce document, en trèsbelle écriture, est le premier du volume. C^est Tinstrument de la con- Tocation et réunion du parlement. M. Gherardi en a donné le commencement et la fin à la suite du Diario d'anonimo, p. 519; M. Fossati (p. 82-85) en a fait une analyse à peu près semblable à la nôlre, sauf que nous avons supprimé quelques arlicles de peu d'imporlance, par exemple que Tordre des délibéra lions restera le même, ou que les conseils du capitaine et du potestat sont maintenus. Nous en avons dil assez pour montrer qu'on se croyait le droit de tout changer, mais qu'on n'en usait qu'avec réserve.

* (( Cum ad presens propter novilates occursas populus fere in aliquo ordine non existât et totum regimen sit in suis membris el fere in omnibus aliis conquassatum et sine ordine, et necesse sit quasi totam remp. refurmare, alias in perdiclione et ruina videtur. Ideo.... cum alius modusnon videretur.... » (Doc. à la suite du Diario d'anon,^ p. 519.) — « Niuno ordine di parlamenU) si fece corne si dee fare. » (March. de Goppo, X, 80G.)

290 L^ASSEMBLÉE Â PARLEMENT. (Aii. \n)

innombrable '. Chacun y tenait l'épée à la main*. Gaddo des Accorimbeni d*Agobbio, capitaine du peuple, en prif, selon son droit, la présidence. Autour de lui, sur la ritighiera^ se tenaient assis les sept membres restants de la seigneurie*. 11 fit demander par ser Viviano, le notaire des Riformagioni, si l'assistance réunissait les deux tiere du peuple florentin. — Oui, oui! — fut-il aussitôt répondu sans que nul prit la peine de compter et de vérifier, sans qu'aucune voix s'élevât pour contester cette assertion hasardée. Ser Viviano lut alors en langue vulgaire les articles écrits en latin que venaient d'adopter les seigneurs et leurs richiesti. A chaque article lu, il demandait, sans laisser le temps de réfléchir ni de respirer, si Ton avait bien compris^ si Ton approuvait. Et toujours revenait l'invariable affirmative, en sorte que la réponse c paraissait > unanime^. « Personne n'aurait osé dire non, par crainte de la mort*^. >

La terreur planait donc sur ce triomphe des modérés, ou, pour mieux dire, du parti intermédiaire, car la modération n'était alors ni la réalité, ni même l'idéal. Comment l'eilt-on seulement souhaitée dans une atmosphère de violence? Il faut du temps au fleuve déborde pour rentrer dans son lit. La crise aiguë, d'ailleurs, n'était point terminée. Ce qui disparaissait de la scène, au !•' septembre, c'était ces aveugles ciompi qui faisaient

' (( Maxima quanlitate hominiim dicti populi, quorum Dumerus fere innumerabilis. » (Doc, ibid.)

* March. deCoppo, X, 806.

' a Septem ex numéro novem de ofBcio DD. priorum. n (Doc.« ibid,)

* « Per diclum populum et universam adstantium multiludinem prout comprehendi potuit responsum fuit quasi una voce et una inspiralione ad omnia et singula inlerrogala et sine temporis inlervallo. » (Doc., ibid.)

* (( Niuno avrcbbcosato dire ne per la vila. » (March. de Coppo, X,806.)

(Ah. 1378) AVEUGLEMENT DU MENU PKUPLE. 207

eux-mêmes obstacle à leurs aspirations les plus légk times, en ébranlant, en abandonnant leurs chefs primitifs. Les remplacer par d'autres pour aller plus vite,^"^ c'était tout retarder, tout compromettre.

Que ces chefs eussent quelque peu oublié le gros de leur armée pour songer surtout aux intérêts de leur groupe, sinon à leur propre intérêt, on ne saurait ni le nier, ni s'en étonner : c'est l'éternelle histoire des révolutions. Mais comment ne vit-on pas qu'en s'élevant ils élevaient ceux dont ils s'étaient jusqu'alors appuyés? Ce rôle subalterne n'avait pas été sans profit pour les humbles cardeurs. Le 22 juin, la balie des Quatre-vingts ne s'occupait encore d'eux que pour leur assurer l'impunité des précédents incendies. Le 9 juillet, leur pétition les montre ambitionnant une part bien modeste encore aux affaires : la présence d'un seul des leurs aux scrutins pour reconstituer les bourses. Le 21 du même mois, ils prétendent davantage, ils tendent à l'égalité. Ce même jour, la pétition des arts reconnaît en eux un des éléments constitutifs de la cité et soutient leurs revendications. Et les voilà aussitôt qui prennent ombrage de ce qui les sert, de ceux qui les guident ! Leurs évolutions sont incessantes, et à chacune ils changent de chef, passant des Ricci à Salvestro des Medici, à Michèle de Lando, à Luca de Panzano, à des chefs collectifs sortis de leur sein, c'est-à-dire du néant, ces Huit de Santa Maria Novella qui n'étaient rien et dont ils ne parviennent pas à faire quelque chose. Par leur mouvement insensé du 28 août ils se perdent, faute de < donner temps au temps », comme disaient nos ancêtres, le temps ne respectant rien de ce qu'on fait sans lui.

Moins pressés parce qu'ils avaient moins à conquérir,

298 RÉACTION PROGRESSIVE (An. 1378)

et plus habiles parce qu'ils voyaient de plus près les conditions de la vie publique, les arts mineurs échappent, pour le moment, à la défaite des ciompi. Au 1^' septembre, ils restent dans la place. On reconnaît leur droit, loin de les écarter. La part qu'on leur fait n'est pas, sans doute, proportionnelle à leur nombre : ils sont seize et n'ont que cinq prieurs, quand les sept arts majeurs en ont quatre, de sorte que l'union même ne peut assurer aux plus nombreux la majorité légale des deux tiers; mais ils s'en tiennent prudemment à ce qu'ils ont obtenu, et ne font effort que pour le conserver, car de loin ils voient venir et grossir l'orage qui les privera des droits, des privilèges dont ils se montrent dignes.

Désormais, en effet, entre les petits, qui naguère ne comptaient pas, et les grands, qui depuis longtemps ne comptaient plus, les anciens popolani préfèrent les grands. A ces ennemis séculaires ils donnent accès dans les conseils. C'est, disent-ils, pour une fois seulement, et ils sévissent même à nouveau contre Lapo de Gastiglionchio, ce bouc émissaire^; mais quoi de plus dangereux qu'un précédent établi, de plus difficile à fermer qu'une porte entr'ouverte où l'on se rue pour passer! Même nécessaires, au surplus, les réactions franchissent vite les bornes de la justice. En France, une jacquerie de six semaines a pour châtiment une contre-jacquerie de six mois. A Florence, les cardeurs une fois hors de

* <( Quocunque et undccunque et quantunicuoque bannitus vel condepnatus eeurubeliis occiderit vel occidi feceritseu vWum reppresentaveiit homincm scditiosum, |)estireruin et inimicum et rebellem populi et comunis Flor. et partis guelfe pro premio et mercede babeatflorenos ouri mille.... » (25 octobre 1878. Provvisioni, LXVill. 52.)

(Ah. 1578) DES ANCIENS PRIVILÉGIÉS. 29D

combat, on y voudra mettre les arts mineurs : on leur retirera les droits civiques par eux si péniblement obtonus. On refusera de voir ce qu'a vu et que proclame pourtant Âmmirato, le courtisan des Medici, ce qui, au surplus, n'est rare nulle part, que les représentants des déshérités, quand ils sont parvenus au pouvoir, s'y transforment, y font preuve d'autant de sagesse que ceux qui les y ont précédés, ou, tout au moins, d'autant de zèle pour défendre contre de nouveaux compétiteurs les privilèges conquis *.

Ces privilèges, rappelons-le, étaient politiques autant que sociaux. Sans doute, la lutte de « l'ouvrier contre le patron, » du « salaire contre le capital » est au fond des choses ; mais dans une ville libre et démocratique comme Florence, si le progrès politique des classes est un moyen pour réaliser le progrès économique, le moyen a par luimême presque autant de prix que le but : l'honneur y est engagé, en même temps que l'intérêt. La question n'est pas d'être bien ou mal gouverné : elle est de gouverner soi-même, tout ensemble pour réaliser les améliorations en vain réclamées, pour assouvir une traditionnelle soif de vengeance, pour s'enrichir par l'amende ou la confiscation, en un mot pour être oppresseurs, et non plus opprimés.

Il ne faut pas s'y tromper : que raristocratie mar-

* « QueUi che prima hayeano favorito i ciompi et essi stessi erano stati di quel numéro e di quell'ordine..., non parea che fossero più quellidessi, anzi coine sdegnando la memoria della prima loro ignobilità, voleano essere riconosciuti per amici deU'arli, e con le parole e con Topere accennavano dhnver a schifo e horrore le sceleralezze seguite. E veramentc si è veduto sempre per isperienza allora g 11 huomini biasimar alcuni gradi, quando son disperali di polerli conseguire, ma se una volta vi pervengono, non è alcuno che quelli più tcnacemente difenda. » (Ammirato, XIV| 737.)

300 COMPLEXITÉ DU TUMULTE DES CIOMPL (An. 1578)

cliande, mieux inspirée, eût accordé les augmenlalions de salaire et les diminutions de travail qu^on pouvait attendre d'elle, les artisans, satisfaits sur ce point, auraient mis en avant d'autres exigences. Relevés à leurs propres yeux, ils eussent voulu Tétre aux yeux d'autrui, sans qu'on pût leur refuser longtemps ce qu'avaient obtenu les arts mineurs, une part dans la vie publique, une place au soleil. On n'eût gagné que d'éviter les violentes secousses; mais c'était là, il faut le dire, un avantage considérable, et qui valait bien quelques efforts de sagesse.

^ D'ailleurs^ rappelons-le en terminant, le « tumulte des ^ ciompi > ne fut pas exclusivement l'œuvre des ciompi. Il se compliqua des anciennes querelles, dont il fut une déviation. Il se rattache à la lutte des Ricci contre les \ Albizzi, qui perpétue, en faussant le sens des mois, l'antagonisme suranné des guelfes et des gibelins. Les Albizzi ayant pour eux les magnats, quoi d'étonnant si les Ricci recherchent l'appui de la plèbe; si, pour l'obtenir, ils prêtent rojcille à ses doléances, s'ils en poui^uivent la satisfaction? Us se sont fixé une limite, se jurant bien de ne la point dépasser; mais cette limite recule sans cesse et ils marchent avec elle, jusqu'au jour où, devant le ridicule, l'absurde, l'odieux, ils se retournent, font face au flot montant et lui signifient de ne pas aller plus loin. S'ils l'arrêtent, c'est quand le flot a épuisé toute sa force, contre des résistances de jour en jour plus nombreuses et plus énergiques.

Mais s'arrêter soi-même dans l'enivrement de la victoire, discerner ce qu'il faut laisser debout et ce qu'il convient d'abattre, ne pas remonter trop haut le courant, voilà où échouent la plupart des hommes, voilà où

(Ax. 1378) EXCÈS PROCHAINS DE LA RÉACTION. 301

allaient échouer les popolani florentins. Ils devaient, à bref délai, et après bien des vicissitudes encore, ramener leur pairie en arrière, dans ses voies traditionnelles, pour le plus grand profit d'une étroite oligarchie, en al tendant que la démocratie vaincue trouvât une funeste vengeance dans le despotisme des Medici.

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