ÂH. 1378) LES OFFICES COMPLÉTÉS
montrait satisfait : ceux qui avaient pris, en juin, l'initiative du mouvement, parce qu'ils ressaisissaient le pouvoir; les arts mineurs, parce que leurs conquêtes ne semblaient pas menacées; les fauteurs de la parte et de l'oligarchie, parce qu'ils escomptaient l'avenir. Un esprit rare de conciliation présidait aux actes de la vie publique : dans les bourses furent mis autant de noms des seize arts mineurs que des sept arts majeurs, fait sans exemple, et tous ceux que donna le tirage au sort furent acceptés, sans égard au nombre dans chaque ordre et aux proportions entre eux*. On pouvait, dès lors, sans exciter de murmures, compléter les offices, nommer un prieur et le gonfalonier de justice, qui mî\nquaient à la seigneurie, deux gonfaloniers de compagnies ', les podestats et vicaires du dehors, les Huit de garde, ancienne charge restaurée pour veiller à la sûreté publique (2 septembre) '. Le sort, intelligent quelquefois, avait désigné pour prieur Giorgio Scali, du parti populaire, et pour gonfalonier de justice le fripier Francesco de Chele, des arts mineurs \
Dans ces conditions meilleures, il était facile de ramener la confiance, la sécurité. Une tête tombe? c'est celle d'un Florentin qui a tué un Flamand mal famé *. Cinq
* (( Si luisscro tanti delle sedici arti quanti délie sette a guazzo insieme, e a cui toccava la sorte e potea essere che più volte toccava aile sedici. » (March. de Coppo, X, 806.)
* Ser Naddo, p. 23.
' C^était Tancien office des consuls et capitaines de concorde. Ser Naddo, p. 22; March. de Coppo, X» 807.
* Ser Naddo, p. 22 ; March. de Coppo, X, 806 ; Diario cTanonimOy^.ôSl ; Ânunirato, XIV, 735.
» Ser Naddo, p. 22; Monaldi, p. 347; Diano d'anonimOf p. 381. — a Inconlinenti fiât eieculio contra homicidain qui est in manibus potestatis. » (Consulte du 2 septembre, à la p. 381 du Diario (Tanon,, note 4.)
304 RËAI'PARITION DE BENEDETTO ÂLBERTI. (Ah. 1578)
cents livres sont promises à quiconque amèneiti un offenseur vivant; deux cents à qui Tamènera morl. c Nous étions pis jusqu'à présent , écrit un de nos chroniqueurs anonymes, que des esclaves vendus; désormais que chacun se garde de blesser ou de tuer M » On recommence à prendre l'avis des consulte y qui, depuis cinq mois, n'obtenaient pas tant d'égards '. Si Ton y voit des oraleui's ne recommander la sévérité qu'envers les chefs de la muUilude', Bencdetto Alberti, un des chefs tle ce parti moyen qui n'entendait se soumettre ni aux popolani ni aux ciompi^ se prononce pour la rigueur des châtiments, pour les démonstrations de force, envers l'art de la laine inactif, comme envers les coupables pris ou à prendre *. Salvestro des Medici, après une longue
< Diario d'anonimo, p. 581, 383. Le témoignage de cet auteur récemment publié est d'autant plus précieux ici que les délibérations des seigneurs et collèges manquent jusqu*en août 1580.
* « Die 4 sept, prières congregaverunt maximam multitudiuem ci?ium petendo consilium quomodo res publica débet gubernari ; quod multum placuit civibus, quum per septem menses praeteritoshoc non fuerit faclum, maxime causa D. Lapi de Castiglionchio et aliotum quimonendo cifes tyranizabant. » (Sozomène, R. I. S., XVI, 1113.)
' Simon Blaxii : « Fiat justicia de iUis octo. De aliis habeatur potius misericordia quam observelur rigiditas. — Donato Ricchi : quod celeriter capita illorum qui fecerunt novitates puniantur; cetere multitudini parcatur, sed auferantur arma, et hoc fiat celeriter. Anglici non conducantur. — Pacinus Luce : quod gravis justicia fiat de subversoribus civitatis et maxime de capilibus. De illis qui non sunt capti proyideatur de captura et banniantur. De aliis habealur misericordia. Et quod apothcce non aperiantur donec eis fuerint ablata arma. — Tommaso de Mone comme le précédent, et quod qui fugerunt aut stant ad scandala commitlenda expellantur. » (Ibid,^ ^ 18 r-20.)
* <( Quod comunc forlificclur gentibus ita quod populus possit fiicere resislentiam contra quoslibit.... Et quod celeriter fiat justicia de captis culpabilibus.... quod gcntcs tencanlur in locis oportunis ita quod resistatur ne liant adunaliones vel cons(>irationcs. Et ad hoc ut ars lane laboret depu- Icntur aliqui cives qui loUant oumem questionem et obstaculum. Et quod revocentur boni cives quibus minatum fuit. )) {Consulte^ XYIU, (^ 18.)
(Ah. 1378) ET DE SALYESTRO DES MEDIG. 305
éclipse, reparaît à son tour sur la scène, dont l'avait écarte, au sortir de la seigneurie, le divieto réglementaire ; mais il s'étudie à rester au second plan. Prend-il la parole, rien de banal comme ses conseils. — Que les citoyens, dit-il, déposent leurs haines et s'unissent; sur le reste, que les seigneurs et les collèges y pourvoient*. — C'était parler pour ne rien dire, en habite homme qui avait flatté ou ménagé les petites gens dans leur victoire, et qui les ménageait encore dans leur défaite. De cette tactique astucieuse provient le crédit persistant de cet équivoque personnage, et le premier éclat d'un nom depuis si célèbre, le commencement d'une fortune inouïe, qui ne devait accroître la renommée de Florence qu'en la courbant sous le joug '.
Les conseils qu'écoute la seigneurie, ce sont ceux de Benedetto Alberti. Elle fait venir les gens de Gangaiandi, de CuUc, de San-Miniato, du val de Nievole, de Firenzuola (7-10 septembre) % dont l'appui lui permettra de désarmer les suspects *. Elle crée deux bargelli avec cent hommes d'armes, tant à pied qu'à cheval \ Elle
' Ibid,, f"* 18 v"*. Ce langage, Salvestro le tient encore le 15 septembre : « <}uod pro statu civitatis efficaciter justicia ministrelur. Super aliis negociis D. Bernabo?is Domini, coUegia et Oclo balie pro?ideant prout crediderint ulilitati publiée expedire. (Ibid,, f" 76.)
* Pignotli et Inghirami (VII, 628), pour expliquer reiïacement de Salvestro, disent qu'il était trop juste pour abuser du pouvoir et trop avisé pour ne pas connaître la mobilité populaire. Tommaseo ne voit en lui qu*un ambitieux et un intrigant, plus renard que lion ; M . Trollope suppose (t. H, S50) qu'il était infirme ou malade. Les documents où nous le voyons parlant avec réserve dans les conseils et prêchant la conciliation montrent Fhomme prudent, qui veut être habile.
^ Diario d'anonimo, p. 383.
* Le 16 septembre, cette opération n'était pas terminée encore. (Ibid.f p. 384.)
* Harch. de Goppo, X, 807.
506 CONDAMNATIONS ET CHÂTIMENTS. (âh. 1378)
remel au marquis de Santa Maria, rétabli dans ses fonctions de podestat, les deux délégués des dompiy qui étaient encore en prison sous Tescalier du palais (5 septembre). Leur mort était inévitable. Le chroniqueur des vaincus prétend qu'elle aurait pu être évitée; que le podestat, le capitaine, l'exécuteur, ne la voulaient point; qu'on leur dut forcer la main ^ ; que le supplice, sans autre forme de procès ', causa un grand déplaisir à beaucoup de gens '. II transforme même en martyrs déclamateurs ces victimes expiatoires d'une mauvaise cause, qui déclarent mourir contentes, quoique à tort, si la paix en doit résulter pour Florence *. Mais c'est la voix dans le désert. Les autres chroniqueurs restent implacables, celui-là même qui s'est montré le plus hostile aux prêtres, aux grands, aux popolani: t Ciompi voleurs et traîtres, s'écrie-t-il ; ciompi fourbes, malfaiteurs, homicides, assassins *! x> Il n'est rien de tel, pour pousser à la colère, que la perte des illusions.
Quelques jours plus tard*, trente-sept contumaces, qu'ont dénoncés les deux misérables, sont cités devant le podestat, entre autres Luca de Panzano, magnat par châtiment, démagogue par ambition, Ânibaldo des Strozzi, le seul vrai magnat delà liste, ser Agnolo Latini,
> (( Certi cittadini andarono a lui e disono che li guastase. )> (Ms.Strozz. dans le Diario d'anon., p. 583, n. 1.)
* « Sanza legiere condannazione peroche non avieno procieso adosso. » {]bid.)
' « A mol ta gente ne pareva molto maie. » (ïbid.)
* (( Sapi Idio corne noi raoriamo a grandisimo torto, e se per noi si de* raconciare la terra, moriamo contenti. » (Ibid,)
* (( Ciompi ladri e traditori e rubatori e micidiali e assassini e ghiontoncegli 0 malfattori ! » (Diario d'anonimo, p. 384.)
* Le 14 septembre, selon Monaldi (p. 347); le 17, selon le Diario (Fanon. (p. 384).
(An. 1378) RÉORGiNISATION DES POUVOIRS. 507
notaire des Huit de Santa* Maria Novella, maître Andréa, médecin des Stinchef Guide Bandiera, fait chevalier par les ciompiy Baldo de Niccolô, croquemort. Dixhuit furent condamnés à avoir la tête coupée, s'ils ne se présentaient en personne, les autres à des peines moindres ^ Deux seulement comparurent, parce qu'ils pouvaient établir leur innocence : aussi furent-ils renvoyés absous *.
Peu à peu tout rentre dans Tordre sous un régime réparateur. Les bannières des arts disparaissent des fenêtres du palais, où restent seules celles des autorités publiques '. Les deux arts infimes qu^on n^avait pas supprimés avec l'art des ciompi ont désormais leur part bien déterminée dans les bourses et scrutins ^. Les capitaines de la parte seront au nombre de onze, dont deux magnats, quatre des sept arts majeurs et des sdO" perati *, cinq des seize arts mineurs. Pour cet office comme pour les autres de la parte f institués en vue de V ammonizione % la mise en bourse aura lieu au palais des prieurs, et c'est uniquement le tirage au sort, pure formalité quand on ne veut user de fraude, qui conti-
< March. de Coppo, X, 807 ; Monaldi, 547 , 548 ; Diario d'anonimo, p. 584.
* Sozomène, K. I. S., XVI, 1115. Cet auteur porte à 42 le nombre de ceux qui furent condamnés.
' Donato Aldighieri pro capitudinibus : « Omnia signa data peralios quam pcr populum et comune Florentie reducantur in Palalium, et fiant asperrime le^es quod nemo possit alia signa quam comunis vel audeat erigere. » (Consulle du 10 sept, dans Diario (Fanon., p. 584, n. 2, et le Diario même, à cette page.) Cf. Sozomène, R. I. S., XVI, 1115.
* (( Ad concordiam artium et artificum ciy. Flor. et maxime mînorum artium. • (Provision du 11 septembre. Texte dans G. Capponi, I, 599, append. Vlll.)
* Ce sont, on se le rappelle, les popolani qui n*exercent aucun art.
^ « Qui soient seu debent extrahi ad monitiones. » (/H(i.,p. 601.) Ainsi, même eu ce moment, on n*essaye point de supprimer Vammonizionet
508 RÉORGANISATION DES POUVOIRS. (An. 15Î8)
nuera d'être fait au palais de la parle *. Le délai de deux ans qu'avaient obtenu les petits débiteurs est supprimé ', et par là se relève le crédit public. On recommence à payer les intérêts aux créanciers du J/onte, dont les deniers, qui valaient 13 pour 100, s*élèvent en peu de jours à 24 '. Soixante-quatre citoyens reçoivent mission de faire VestimOj afin de répartir plus équitablement les impôts. Sont restitués à Salvestro des Medici les revenus du Poiite vecchiOj et à Giovanni de Mone ceux du Mercato vecchio^ que les ciompi^ au mépris des services rendus et de la foi publique, avaient voulu leur enlever ^. A défaut de la liberté, semblait du moins vouloir régner la justice.
Le 28 septembre, en effet, fut votée une grande provision qui confirmait le nombre proportionnel de membres accordé aux différents groupes d'arts dans les principaux offices, et qui imposait, pour les offices secondaires, la même proportion. Les conseils du peuple et de la commune durent être à l'avenir composés : le premier de quarante membres par quartier, moitié des arts majeurs, moitié des mineurs, cent soixante en loul, sans. préjudice, bien entendu, des capitudini et autres officiers, membres de droit; le second, où les magnais avaient toujours accès, en dut recevoir dix par quartier, en tout quarante contre les cent soixante popolani des
instrument de règne; on se borne à enôter le privilège à une coterie impopulaire.
* Ibid., p. t)00-00î2.
* Yoy. chapitre précédent, p. 247, n° 8 de la pétition du menu peuple, ' Voy. chapitre précédent, p. 275.
* March. de Coppo, X, 807 ; Gino Capponi, I, 358. Marchionne dit par inadvertance Touunaso de Mone pour Giovanni. Capponi a corrigé cette erreur.