V». 1378) LES NOUVEAUX CHEVALIERS
difTcrents arts qui en faisaient partie avec eux ^ Si faibles qu^y fût le nombre des magnats, cet ordre de proscrits ne pouvait qu'en être satisfait, puisque la pétition du 21 juillet avait prétendu diminuer encore leur rôle dans ce conseil, en y introduisant dix popolani de plus par quartier *.
Quelques jours plus tard, le 18 octobre', les chevaliers du a peuple de Dieu » recevaient ordre de déposer leurs insignes, mais uniquement pour éliminer certaines gens de basse extraction, et remplir, en conGrmant les autres, les formalités omises dans une cérémonie hâtive autant que tapageuse *. Trente-un d'entre eux, appartenant tous aux plus grandes maisons de Florence *, reçurent une consécration nouvelle. Dans la formule du serment qu'on leur fit prêter venait d'être introduite l'obligation de s'opposer avec énergie à toutes personnes qui machineraient une sédition ou un tumulte *. Au jour fixé, les chevaliers, en costume de gala, se réunirent dans l'église des SenHy et vinrent
* ProTisîon du 28 septembre 1378. Teite dans Gino Capponî, I, 603, append. VllI. Ammîrato le jeune (XIV, 736) donne comme toule Douvelle cette organisation des deux conseils, au lieu de dire quelles modifications furent apportées à rorgani«ation ancienne. G*est qu'il a analysé machinalement le document, sans distinguer ce qu'il contient d'ancien et de nouveau.
* Voy. chapitre précédent, p. 244, n» 5 de la pétition.
^ Une provision du 16 octobre fixe ce jour. Voy. à la suite du Diario d*anon,j p. 522.
* « Suspicantes et dubitantes ut in futurum aliquo tempore reyoceturvel reyocari possit in dubium.... quod obdefectumdictanimsolempnitatum.... ipsi non sint vel censeri non debeant veri et legittimi milites. » (Proyision du 17 septembre 1378, à la suite du Diario {Tanon.f p. 521.)
* Voy. chapitre précédent, p. 237, 238.
* 0 Se opponere yiriliter toto eorum posse contra omnes personas.... tractantes seditionem veltumultum. » (Proyision des 23 et 25 septembre, à la suite du Diario d'anon., p. 522.)
510 TRANQUILUTÉ PASSAGÈRE. (Km. i37S)
processionneiiement sur la place, au pied de la ringhiera. Les prieurs qui s*y trouvaient avec leurs collèges firent remettre à chacun par le podestat une lance, un pennon, un bouclier aux armes du peuple, et leur donnèrent à dîner. On s'abstint, eu égard aux circonstances, des joutes et autres fêtes d'usage en pareil cas; mais cette chevauchée, cette pompe, tinrent lieu de fêtes à un peuple qui en était sevré depuis si longtemps, et qui les aimait par-dessus tout ^ .
Pour la seigneurie issue delà tempête, c'était le chant du cygne. Celle qui la devait remplacer le 1"* novembre fut tirée au sort, sans tricherie, le 28 octobre*. Florence allait avoir pour seigneurs un maître maçon, un corroyeur, un coutelier, un chapelier, un sellier, un aubergiste, avec Dinozzo de Stefano, dont les listes n'indiquent pas la profession, et deux hommes de nom connu, Luigi Aldobrandini, Andréa Salviati, ce dernier gonfalonier de justice '. Le contentement populaire et surtout une infatigable vigilance maintinrent jusqu'au 20 décembre la paix des rues*: les auteurs du temps ne disent rien ou disent des riens ^. Mais la paix ne régnait pas dans les esprits. Il fallait bien que l'opposition grondât sourdement, puisque les consulte ne parlaient que de
* Diano del Monaldi, p. 348, 549 ; Ammirato, XIV, 757.
« March. de Goppo, X, 808. Ser Naddo (p. 26) dit le 25; mais ce n'est probablement qu'une faute de copie ou d'impression. L'usage constant était de faire celte opération dans les deux ou trois derniers jours de la seigneurie sortante.
' Diario (Tanonimo^ p. 588 ; March. de Goppo, X, 808 ; Ser Naddo, p. 26.
* (( Al loro tempo si fece la guardia de' priori di giorno e di noUe in piazza, e sempre guardarono anche i cittadini la notte. » (Ser Naddo, p. 26.)
' Voy. Diario d'anorùmo, Ser Naddo, March. de Coppo. Boninsegni dit formellement (p. 654) que du 1** novembre jusqu'au 20 décembre il n'y eut rien.
(Ah. 1378) NOUVEAUX TROUBLES PRÉVUS. 311
punir. Elles recommandaient sans doute de ménager les petits; malheureusement beaucoup ne savaient au juste s'ils seraient ou non tenus pour petits : de là maints conciliabules dans le contado entre gens inquiétés ou inquiets.
Y obvier par un grand déploiement de forces, et en tranchant la tête à quiconque déblatérait contre TÉtat, voilà ce que proposaient hardiment Piero Strada et Tommaso Strozzi \ En ne les écoutant point, en retardant d'agir, on laissa s'aggraver le péril. Les mécontents eurent tout loisir de conjurer. Quand la seigneurie en eut vent, le 20 décembre, quand elle apprit que, sous couleur de défendre la parte nullement attaquée, ils devaient les uns s'assembler sur la place des Spiniy d'autres occuper les portes, pour introduire, dans la nuit de Noël, leurs complices du dehors *, elle s'empressa de réunir la consulte. Salvestro des Medici et les Huit de garde y firent leur rapport. La faiblesse y élève encore la voix, sous couleur de prudence ' ; mais les conseils de l'énergie y sont seuls écoutés. Giorgio Scali, chef alors, avec Tommaso Strozzi, du parti dominant, en revient à sa panacée, la hache
* Piero Strada : « Quod ad toUendum raunnurationes.... omnes génies commuais teneantur in civitate et faciant unam monstrara. » — Tommaso Strozzi : « Quod diligenter inquiratur contra oblocutores et dicentes contra statum vel pretendentes aliquid in causam ruine. Et quod sine fundamento audeat talia dicere cujuscunque conditionis existât, decapitetur preveniendo usque ad ultimum qui talia verba dixerit. » (Consulte, XVIII, 51.)
« March. de Goppo, X, 810; Ammirato, XIV, 738.
' Piero Strada : « Âuditis relationibus D. Silvestrî et octo offîcialium custodie quod per omnem modum prudenter circa custodiam et quam celerrime fiât monstra stipendiariorum. Quod boc potest prodesse et nulle modo nocere. Et quod provideatur circa unionem civium. » — Feocius Pimator : c Quod non retineant suspectes corounis et mittantur exploratores ad locos oportunos.... quod non receptent cives suspectes statui. Et quod pnidenter similiter in comitatu.... » (20 déc. Comulte, XYIII, 59.)
31 s YâINE AHAQUE des bannis. (Av. 1578)
et le billot promenés partout ^, et Tonctueux Salvestro, après avoir prêché Tunion, se voit réduit à changer de ton, à demander qu'on punisse ceux qui la troublent '. Satisfaction lui est aussitôt donnée. Dans la nuit du 2'2 au 23, la seigneurie fait arrêter messer Ghirigoro Cardinali, de cette ancienne famille des Tornaquinci, qui, admise dans les rangs du peuple, avait quitté son nom pour le nom personnel d'un de ses membres. H n'en fallut pas davantage pour intimider au dedans 1^ conjurés*.
Restaient ceux du dehors, qui avaient leurs coudées franches. Ils ignoraient que la seigneurie fût sur ses gardes, et ils comptaient, en tout cas, que le soulèvement éclaterait à leur approche. De Sienne et de Pise s'avançaient les bannis, les confinés et bien d'autres. Sur les hauteurs de San-Miniato a monte^ qui dominent Florence, ils devaient rejoindre Luca de Panzano, prêt à y faire sonner les cloches pour donner à ses amis de la ville le signal de lui ouvrir la porte San Giorgio. Mais Luca n'était pas au rendez-vous. Arrivé, le 27, à Santa Maria Impruneta, il avait trouvé devant lui le Défenseur avec soixante chevaux, que suivaient bon nombre d'hommes de pied, et il rebroussait chemin en lui lais-
* (( Quod considerato periculo quod imminet, subito gens annoniro, pedites, équités sint in platea arroate, et quod rectores vadant scrutando per civitatem, et, si oportuerit, faciant portare cippum et niannaiam. Et quod octo custodie cum stipendiariis vadant pcr civilatem. Et quod cns teiieatur maximum consilium super presenti materia. Et banna mittantur per ciTitatem quod nemo audeat facere novitates.» (Comulie, XVUI, 60.)
* (( Quod antcquam dicedatur detur effectus quod executori duplicetur familia et deputentur sibi quatuor cives presentis status. Et inquiratur ne procédât novitas de culpabilibus et puniantur. Et proTÎdeatur quod quilibet babeat parlera suam ita quod civitas sit unita. » (Ihid.)
5 Ser Naddo, p. 27; March. de Coppo, X, 810.
(An. 1378) ALLIANCE DES GRAiSDS ET DES PETITS. 3i3
sant cinq prisonniers \ Ces malheureux et Ghirigoro des Gardinaii eurent la télé coupée (28, 30 décembre); diverses peines, en même temps, étaient infligées à soixante-dix-huit citoyens*. Sur la liste des condamnés se lisent des noms significatifs, ceux des Rossi, des Albizzi, des Ridolfi, des Pulci, des Magalotti, des Bardi, des Brunelleschi, des Gherardini, des Yecchietti, des Medici, des Âdimari, des Peruzzi, et mainte famille y figurait pour plus d*un des siens'. Il est donc clair que les fauteurs de Toligarchie sont pour une bonne p<irt dans ce mouvement, où Ton n'aurait dû, ce semble, voir que les ciompi vaincus et proscrits. Rien de moins rare, à tout prendre, que cette alliance des plus grands avec les plus petits, quand les grands ne sont pas les maîtres et que les petits ont perdu l'espoir de le devenir par euxmêmes. Ceux-ci se livrent alors, ils se font instruments,
^ Diario cTanonimo, p. 389 ; Ser Naddo, p. 27 ; Buonaccorso Pitti, Cronica, p. 22. Ce dernier, éclaireur des renforts de Pise, raconte qu'il tomba aux mains de quelques hommes du Défenseur. Il se nomme alors et se déclare ami, dans Tespoir, s'il marche afec eux de compagnie, de saisir au yo\ Toccasion pour leur échapper. Mais il ne peut, car la route est étroite et mauvaise; il arrive bientôt devant le chef. Celui-ci, le voyant revêtu de sa cuirasse et un épieu à la main, lui demande où il va. — J*ai une inimitié privée, répond Pitti ; je suis sorti de Florence k la fermeture des portes, je vais à San Casciano. — Soit ; mais pour plus de sûreté je t*emmène. — J*en suis charmé, — dit le prisonnier, et, sans sourciller, il chevauche à côté de son interlocuteur. Pas Tombre d'inquiétude sur son visage, d*hésitation dans son attitude. — Ëh bien ! va-t-en au diable 1 — lui dit bientôt le Défenseur pei*suadé. Pitti profite de la permission, mais sans se presser tant qu*îl est en vue. Plus loin, il pique des deux, rejoint ses compagnons et les ramène vers Pise, à travers mille dangers. Arrivé à Pontedera,où il n'en courait plus aucun, il se prit à trembler rétrospectivement. Depuis trois jours il n'avait fermé Toeil. (Ibid,, p. 23.) Yoy. plus haut, p. 290, un mention de ce personnage hardi et résolu.
' Ser Naddo, p. 27; March.de Coppo,X,8iO; Z)tano (fanontino, p. 389.
' Les Rossi en comptaient trois, les Albizzi trois, les Ridolfi deux. Yoy. March. deCoppo, X, 810, Del., XV, 66-69.
314 LA SEIGNEURIE DE L^UMON. (Ab. 1579)
se flattant encore, avec une naïveté incurable, de croquer les marrons qu'ils auront tirés du feu.
Il n'y eut point d'autres poursuites pour cette afiaire : trop nombreux étaient les coupables ou ceux qu'on supposait tels\ Ces rigueurs suffisaient, du reste : elles rouvrirent les boutiques, elles inspirèrent « la terreur aux méchants et le courage aux bons* ». Si Filippo des Rossi eut encore la tête coupée (10 janvier 1379)', ce fut sur Tordre de la nouvelle seigneurie, que l'histoire appelle seigneurie de l'union. Tous ses actes ofliciels commencent par ces mots: Pro unione civitati$\ Giovanni de Mone y tenait le gonfalon de justice. C'était ce marchand de blé que les revenus du Mercato vecchio avaient récompensé de ses services, que le « peuple de Dieu » avait honoré de la chevalerie, et la réaction triomphante confirmé dans cette dignité. Lui et ses collègues, « tous hommes de bonne condition et pacifiques, dit Marchionne, firent bonne et vigilante garde, attentifs à connaître les intentions des habitants '^ i. Aux deux tiers des magnats, affranchis des ordonnances de justice, ils accordent une place dans chaque office au dedans et le quart de tous les offices au dehors*. Aux arts majeurs, qui n'y avaient que quatre places sur neuf, ils concèdent part égale. Si Ton trouve encore trop d'artisans dans les emplois^, on
« March. de Coppo, X, 810; Boninsegni, p. 655; Ammirato, XIV, 739.
* Pierus Strada : « Quod aperiantur apothecc et quod delur terror malis et audacia bonis. » (23 décembre. Consulie, XVIU, 62.)
' Ser Naddo, p. 27 ; Harch. de Coppo, X, 8ii.
^ (( Pro unione cÎTitatis. Unionem, pacem et tranquillum statum liberi et guelfi })opuii flordntini indefessis animis prosequentes. » (Profision du 24 janvier 1379, LXVIII, 117. Voy. Diariodranon., p. 391, n. 4.)
» March. de Coppo, X, 811, 812.
^ March. de Coppo, X, 811.
^ « Questo agguagliare vi misse molli minuti che non lo meritayano
(Ah. 1379) ACCORD TEMPORAIRE DES COAUSÉS. 315
s'en console en pensant que c'est pour « le mal et la mort des oornpt^ x>. Donnera tous des satisfactions pour les réunir contre les ennemis de tous, tel est le dessein manifeste de cette politique dite de Tunion, qui fut aussi celle de la seigneurie suivante, et qui obtint une générale approbation*. Ce n'est pas sans plaisir qu'on vit, le l''' mars, siéger dans la suprême magistrature un Gorsini, un Strozzi, un Ârdinghelli, à côté d'un faiseur de pourpoints, d'un corroyeur, d'un banquier, d'un artisan de la laine, d'un marchand de blé, d'un marchand ou fabricant de savon'. Le tirage au sort avait donné, par hasard, un vivant et fidèle emblème de la coalition des classes et des partis.
Tout eût été pour le mieux, si les coalitions n'avaient l'existence fragile. Sous l'apparent accord persistait la rivalité des arts. Les sept arts majeurs ne se pouvaient
ma i buoni uomini pureT^intrarono, comecchè questo agguagliare non fosse buono.... Di ogni arte Y*erano i fattori più che maestri, e cosi era la città c cittadini in maie stato e maie contenti.» (March. de Coppo, X, 811.) Dans loffice des Neuf de la marchandise, cinq places, comme il était naturel, appartenaient et continuèrent d'appartenir aux arts majeurs.
' (( Oggi a di 23 di febbraio si compiè di fare lo squittino a maie e a morte de* ciompi. » (Diario dCanonimo, p. 392.)
' (( Questi priori trovarono in pace la città, e corne intrarono nello uficio, molto si confortarono il comune degli cittadini, peroccbè mostrarono essere d*ogni gencrazione di gente, cioè di famiglia, e d'ogni generazione di buoni mercatanti e artefici, ad ogni persona si conforto délia loro estrazione. (March. de Coppo, X, 814.) Feciono buono uficio a onore di Dio. » (Diario d'anonimOy p. 392.) On a peine à comprendre comment Tesprit de parti entraine Gino Capponi à ne pas tenir compte de ces témoignages et à condanmer ces seigneuries auxquelles prenaient part les arts mineurs. Si elles furent troublées, elles le furent moins que celles de l'oligarchie précédente, puisque les contemporains voient dans cette période un temps de paix.
' Diario (Tanonimo, p. 392. La liste de March. de Coppo (X, 813) manque d'exactitude. M. Gherardi y rclèTe une erreur de nom et on y voit Partisan de la laine qualifié notaire, quoique les notaires et les juges ne fussent pas admis dans les bourses pour la seigneurie.
516 CONJURATION DE PAGNO DES STROZZI. (Ai. 1579)
consoler de n'avoir pas plus de places dans les offices que les seize arls mineurs. Ils ne voulaient pas voir que, dans une démocralie, Tégalité sur ce point était encore pour eux un privilège. N'osant déclarer au grand jour le motif vrai de leur mécontentement, ils en alléguaient de supposés : ils accusaient les anciens ammoniti de faire cause commune avec les gibelins, de conseiller, de conduire comme par la main les gens des arts mineurs que le sort avait poussés aux empIois\ De là une conjuration nouvelle*, ourdie par les mêmes hommes qu^en décembre précédent*, dirigée par le prieur de San Lorenzo, Pagno des Strozzi, moins compromis qu'eux. De détestables promesses et leur imagination surexcitée avaient persuadé aux exilés ciompi qu'ils pourraient entrer dans la ville par le lit de TArno, s'en emparer en soulevant leurs anciens compagnons, mettre en pièces et dépouiller tous ces grassi qui les avaient bannis, se rendre maîtres du pouvoir, mener la vie à leur guise^ en un mot, être tous riches*. Un jeune prêtre d'Ognissanti, frate Andréa,
* fl Si dicea che gli ammoniti erano ristreUi insieme con gli ghibellini e con certi che li favoreggiaYano, li quali si dicefa che consigliayano quelh gente la quale afca gli ufici, cioè li minori délie sedici arli, e a costoro facieno Tare ci6 ch*essi Tolieno, cd eglino sanza loro consiglio nulla facieno. i» (March. de Goppo, X, 814.)
' (( Del quale trattato parve a buoni uomini ed alli mercatanti ed artcfici che avessero torlo di muoversi, pcrocchè nel yero gli uficii assai bene erano raccomunati seconde l(r slare ch'erano, e non era stato possibile allora fare più. » (Ibid.)
' (( Uno trattato lo quale era conseguente a quelle cb*era di dicembre prossimo passato e quasi que lia medesima brigata. » (Ihid.)
* (( Inlraremo per TÂrno dentro da Firenza, e traremo al remore cum gli altri, et pcr certo abi che toremo la terra e tagliaremo a pezzi e rubaremo tutti quegli grassi che z*anno tenudo fora de casa, et seremo segnori di quella terra, e menaremola a nostro modo e seremo tutti riccbi. » (Propos tenus aux portes de Bologne par des exilés à Andréa de Sale. Condamnation de celui-rci. Quaderno délie sentenze del capitano del popolo, dans Diario
(An. 1379) GUATIMËNT DES BIOINDRES CONJURÉS. 317
devait donner, en allumant une torche au campanile de San Lorenzo, le signal, aussitôt répété sur les divers clochers*, de se répandre à travers la ville en criant: Vive le peuple ! vive la parte guelfai de piller et de voler, seul moyen connu pour que tous devinssent riches. Ses bavardages éventèrent la mine. Avertis à temps, les seigneurs purent fermer les portes sur les exilés qui arrivaient de Sienne, de Pise, de Bologne*, et prévenir ainsi l'explosion (Jeudi-saint, 7 avril).
Les coupables du dehors leur échappaient, mais à leur merci étaient ceux du dedans : ils allaient payer pour tous. Le 16 avril, Cante des Gabbrielli, d'Agobbio, capitaine du peuple, faisait pendre trois obscurs conjurés'. Le 17, était appréhendé au corps Tancien prieur Leoncino de Francino, et le 22, Checco de Piero, natif de Poggibonzi, boute-feu des incendies d'antan. Depuis le 9 mai jusqu'au 14 juin, des prières et des intrigues retinrent la hache susp3ndue sur ces deux têtes; mais il fallut en finir, car le bruit se répandait que la justice, plus expéditive d'ordinaire, favorisait une évasion*. Le fait n'aurait eu rien d'invraisemblable : ne voyait-on pas Marco Strozzi, un des seigneurs, faire disparaître son parent, Pagno, le chef de la conjuration? C'est donc ainsi
d^anon.y p. 395, n. 4.) — Un autre, Antonio de Benello, parcourt le coniado et la Romagne, disant : « Andremo in Fin^nze ed a rubare cd a ardere, e saremo tutti ricchi. » (Diario d'anonimo, p. 396.)
* liarch. de Coppo, X, 814, 821 ; Diario d'anonimo, p. 392.
* March. deCoppo, X, 814; Diario d'anonimo^ p. 594.
' « Antonium Niccolai, populi S. Pétri majoris alias Tocatum Falsia, Palnierium Luchi populi S. Laurenlii, Bernardum Bernardi populi S. Pétri majoris. » (Quaderno délie sentenze del capitano del popolo^ dans Diario dation,,^. 394, n. 4.)
^ Diario danonimo^ p. 595, 398 ; March. de Coppo, X, 814*, Ammirato, XIV, 740.
518 CANTE GRAND JUSTIOER. (Ai. 1579
que les mailles du filet se relâchaieut pour les gros poissons, se resserraient pour les petits*!
Suspect d'y avoir prêté les mains et jaloux de recouvrer sa popularité, Gante des Gabbrielli déploie une rigueur qui ne prouvait rien, mais qui fit illusion : il fait mourir au gibet trois hommes du peuple encore, dont un presque enfant, fils d*une marchande d'herbe, pour avoir voulu c gâter Tétat de Florence* >. Il condamne quinze citoyens par contumace; il appesantit sans miséricorde sa lourde main sur les criminels et délinquants d'ordre commun'. Tel natif de Signa a blessé un revendeur, il a beau crier vive le peuple! sa tête tombe sans retard \ Telle servante a tué son maître en lui administrant un clystère d'argent sublimé, on la conduit au bûcher en la promenant par la ville sur une charrette, en lui déchirant les chairs avec des tenailles ardentes'. La chronique anonyme qui nous révèle tant de détails inconnus est pleine, du l*"" mai au 10 octobre, de ces inexorables condamnations \ Pour la moindre rixe, même
* March. de Goppo, X, 814; Amroirato, XIV, 739. Dans la consulte du 18 juillet, on voit les deux courants, i*un recommandant, surtout envers Pagno, la rigueur, Tautre inclinant à ne pas le tuer comme prêtre : n Quod circa hominem illum qui dicitur sacerdos captus, quod capitaneus ipse et sua curia provideant. — Quod fiât justitia cum roisericordia. — Quod sacerdos pro ? eritate reperienda tencatur et non occidatur. Quod oranes culpabiles puniantur. — Quod quitibet culpabilcs in tractatu rigide puniantur. » (Consulte, XVUl, 125.)
* Quademo délie sentenxe delcapUano del popolo, dans le Diario étano^ nimo, p. 595, n. 4, et 396.
' « Et quia parum esset ferre condempnationes nisi débite executioni mandarentur committimus.... )) (Doc. à la suite duDtarto d'anon,, p. 525.)
* 15 juin 1579. Diario d'anonimo, p. 598, note 1.
^ « Ponatur in carretta et ducatur per loca publica ciy. Flor. et per dicta loca cum tenaglis ardcntibus carnes ejus adtenaglentm*, et quod sic adtenaglala ducatur ad locum juslitie consuetum et ibidem publiée igné comburatur. » (20 août. Doc. à la suite du Diario d'anon,, p. 525.)
fi Voy. le Diario d'anonimo, de la p. 597 à la p. 401.
(An. 1379) APPRÉUENSIONS CONTINUELLES. 319
sans armes, le châtiment qu'édicté Gante, c'est d'avoir les deux mains coupées ^ Et Florence applaudissait; elle prorogeait pour six mois dans sa charge ce rude capitaine*. — Dieu lui donne longue vie I — écrit notre chroniqueur'. Les sociétés trop éprouvées aiment les grands justiciers.
Là pourtant, quoi qu'on en dise, n'est point le salut. Il sert peu de châtier les mécontents, si Ton ne supprime les sujets de mécontentement. De mai à octobre, les seigneuries ont beau se recruter surtout parmi les petites gens des métiers, être par conséquent agréables au peuple *, elles n*en vivent pas moins sur des charbons ardents. Elles craignent tout : le « scandale », si Ton publie Vestimo terminé*; les popolani groisi^ qui ne peuvent se résigner au partage du pouvoir ; les ciompi^ irrités de leur exil comme de leur défaite. Aux révélateurs de complots elles promettent cinq cents florins, le droit de porter des armes, la permission de rentrer, s'ils sont bannis •. Elles limitent aux voisins d'un incendié le droit de seconder, pour éteindre le feu, les famigli des officiers publics \ Cédant à ceux qui crient haut et souvent, elles donnent force de loi à une pétition insidieuse qui réclamait l'interdiction des offices contre tout habitant non citoyen *. Comment ne virent-elles pas, ce que voyaient bien les péti-
' Diario d'anonimOy p. 399.
* Prowisioni, LXIX, 85.
' Diario d'anonimoj p. 400.
* Voy. les listes dans March. de Coppo, X, 816-819. > Boninsegni, p. G36.
^ Provision du 9 mai, adoptée par les conseils le 23 et le 24. Voy. Diario (fanonimoj p. 397 et note 4.
^ Diario d'anonimOt p. 398.
* Juillet 1379. March. de Coppo, X, 818; Boninsegni, p. 036.
520 ADOiaSSEME.NTS A LA LÊGISUTION. (Ai. i379|
tionnaires, que c'était, pour flatter une vieille manie, frapper les principaux appuis du gouvernement populaire, et tout ensemble de Tindustrie, du trafic, ces artisans qu'attirait du dehors la certitude d'un travail actif et continu, d'un salaire médiocre, il est vrai, mais assuré? Elles le virent à la fin, par la faute des perturbateurs de haut rang qui essayaient de monter les tèles : — 11 en ira de ce fait, disaient-ils aux pauvres gens, comme de V ammonizione : chacun dénoncera comme étrangers ses ennemis *. — L'imprudence reconnue, la réparer était facile à une seigneurie non engagée. Le remède, par exception, était dans la mobilité des pouvoirs. En toute hâte% septembre corrige juillet : la preuve par témoins, admise pour constater qu'une personne est étrangère, le sera également pour établir qu'elle ne l'est pas; et, si l'accusation est fausse, l'accusateur sera condamné *, sages correctifs qui, s'ils € déplurent à plus d'un * », réjouirent les artisans et ramenèrent la paix *.... pour quelques jours,
La paix, en effet, dans cette période troublée, durait juste le temps de refaire au dehors la trame des complots. Les exilés étaient perpétuellement induits en tentation par les compagnies d'aventuriers qui rô-
' (( Grande mormorio.... cra per più generato che per gli arteGci alcuni mali conlenti deilo rcggiinento davano a Tedere agli artefid, per generare scandalo. Qucsto fatto andrù corne dello ammonire in maie uscire. E molle altre cose inetleano loro a vtdere, perché si guastasse ogni hcna e venissesi a roinore. » (Mardi, de Coppo, X, 818.)
" « Corne iiitrarono.. » (Mardi, de Coppo, \, 820.)
* « Chc dovc si potca provare per lestimoni di fama, egli non si poteano poi riprovarc.... feciono che si riprovassero; e se erano riprovati perquella medesima prova, rimanea condennato Taccusatore. » (Ibid.)
* « E ciô tu a molli dispiacere. » (Ihid»)
* « Corressono per modo detla petizione che usci il sospetto agli arteficit e riniase la città in buona pace. )) (Boninsegni, p. 637.)