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et Tanonyme du précieux Diario s'abstiennent déjuger; Marchionne accuse les vaincus, ses anciens amis, de n'avoir pas su commander le respect des lois et faire vendre la livre de mouton au prix maximum de deux sous, d'avoir laissé les gens se rendre justice à eux-mêmes et tiré de leur mieux chacun Teau à son moulin*, Ammirato subit les préjugés d'un temps épris de la servitude, ne craint pas d'appeler ciompi des hommes qui avaient proscrit les ciompi et contre qui les ciompi conspiraient'. Les plus récents historiens ont peint sous les plus noires couleurs le règne des petites gens, moins pour les actes qu'ils relèvent que pour les tendances qu'ils supposent*.
On comprend, de trop près, les illusions d'optique; à distance, elles semblent moins explicables. Si plus d'un s'y trompent encore, c'est qu'ils apprécient, avec l'esprit de parti, en plein dix-neuvième siècle, les événements du quatorzième. Violer les lois, amener l'eau à son moulin sont des travers assez communs, je pense : Yillani et Dante les reprochaient à leur temps, devenu l'âge d'or pour le temps de Pétrarque, et ils étaient loin d'être étrangers à la secte des Âlbizzi. Les arts mineurs avaient assurément moins fait contre le3 arts majeurs, que les arts majeurs contre les magnats, et il n'était pas plus périlleux, pour l'ordre social, de transformer en deux arts les plus humbles métiers, comme venaient de le faire les artisans, que d'élever de sept à douze le
* March.deCoppo, XI, 877.
' f lonoa porrei manoa scrivcrlo corne cosa indcgna, se io non mi ricordassi che io scrivo hora i fatli de* ciompi. » (Ammirato, XIY, 753.)
» Voy. Gino Capponi, I, 364-367, qui exprime le regret que ce régime ne puisse être mieux connu, parce qu'on y verrait, dit-il.... C'est donc un pur procès de tendance.
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nombre des arts majeurs, comme l'avaient fait jadis les patrons. Toute la différence, c'est que les artisans eurent à lutter contre plus d'ennemis, grands et popolani en haut, dompi en bas, et aussi contre des hasards climatériques désastreux, pluies diluviennes après quatre mois de sécheresse, récoltes par suite insufGsantes, qui aigrirent les souffrances et lassèrent le dévouement de leurs appuis naturels.
Déclarerons-nous inopportune la tentative des arts mineurs, c'est-à-dire de ce qu'il y avait de plus modeste dans la bourgeoisie marchande, et de plus considérable dans ceux qui travaillaient de leurs mains? Non. Une semblable tentative pouvait être prématurée à Naples, à Gènes, en France, partout où de vagues tendances démocratiques se faisaient à peine jour entre la féodalité au déclin et la monarchie en progrès; elle ne l'était pas dans la démocratique Florence. Entre les deux classes de marchands, où était la différence? Dans la richesse acquise ? Sans doute ; mais on a beau dire, la richesse ne fait pas la vraie capacité politique, et quelquefois elle y nuit, en substituant des vues d'intérêt 5' des vues d'équité. Dans l'instruction? Peut-être, quoiqu'il soit permis de soutenir qu'il n'y avait pas beaucoup plus de culture chez les uns que chez les autres, puisque jusqu'au bas de l'échelle on s'intéressait, cela est certain, aux choses de la littérature et de l'art. En tout cas, les esprits cultivés ne perdent jamais leurs droits : du fond ils remontent immanquablement à la surface, et c'est eux, sauf en de rares moments de crise, que les partis victorieux mettent ou maintiennent à leur tête, car il s'en trouve dans tous, par conviction ou par calcul.
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La campagne eût donc réussi sans l'impatience des dompiy qui ne surent pa$ se contenter, pour Theure, du^ bénéGce indirect qu'ils devaient retirer de la victoire; des moindres arts. Ils avaient eu pourtant sous les yeuxc d'instructifs exemples : ils avaient vu le gros des arts mineurs se résigner à Tattente, le jour où les cinq premiers d'entre eux étaient seuls adjoints aux sept arts, majeurs primitifs. Alors, l'aristocratie marchande; plutôt que de se rapprocher des grands, avait pris l'initiative de son sacrifice. Elle en avait, depuis, consenti un second, en faisant une part aux autres arts mineurs dans la vie publique. Qui peut dire qu'elle ne s'en fût pas laissé arracher un troisième, si l'on y avait mis moins de brutalité; si de grossières convoitises, cyniquement avouées, ne lui avaient fourni un prétexte spécieux pour rompre avec ses traditions?
Les partis payent cher leurs fautes. Il n'en faut pas commettre devant l'ennemi. Aux heures de crise, elles détournent le fleuve de son lit, elles le forcent à s'en creuser un autre dans un terrain moins propice, où ses eaux s'épuisent et finissent par disparaître. Les déshérités du sort, les ciompiy auraient dû acquérir plus de/ lumières, de plus grands intérêts, avant de prétendre à/ la domination. Celle des arts mineurs, au quatorzième siècle, était seule possible. Elle cessa de l'être par le fait de si compromettants alliés. S'en séparer plus tard avec éclat, les réprimer avec vigueur ne sauva point une cause juste : des adversaires exaspérés qui, pour recouvrer leurs privilèges, contractaient eux-mêmes cette alliance, monstrueuse de leur part, ne cessèrent de la reprocher aux arts mineurs, qui la repoussaient. Avec une iniquité trop commune, on s'en prend aux arts
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mineurs des troubles provoqués pour les renverser. Temps pleins d'exils et de morts, dit Hachiaver. Pas plus, on peut le dire, qu'aux jours antérieurs de Yatnmonizionej ou postérieurs de l'oligarchie. Mais suifant qu'un pouvoir est bien ou mal assis, ses rigueurs s'ap< pellent justes châtiments ou injustes violences. Le succès, aux yeux des hommes, a toujours raison.
L'aristocratie marchande a donc ressaisi le pouvoir, et elle le conservera un temps assez long. Hais coterie étroite, exclusive, jalouse de ses privilèges, furieuse de les avoir un moment perdus, aloi's même qu'elle les a recouvrés, elle tourne le dos au progrès démocralique, elle refuse d'ouvrir peu à peu son sein, comme elle faisait jadis, pour y recevoir les humbles à mesure qu'ils s'élèvent et s'en montrent dignes. C'est ainsi qu'elle les verra porter ailleurs leurs regards et leurs espérances. Dans toutes ces villes d'Italie où des tyrans s'établissent et se maintiennent, le joug pèse moins lourd sur les pauvres que sur les riches, sur les petits que sur les grands. La tyrannie, c'était donc la vengeance? Voir étouffer ses ennemis et respirer soi-même plus librement, quelle volupté! L'idée d'en jouir devait bientôt naître et fain3 son chemin. Pour lui aplanir les voies elle trouvera les Medici.
L'astucieuse iinessc de ces banquiers enrichis sut ourdir patiemment et ténébreusement sa trame. Leurs perfides et ambitieux desseins ne prendront corps que plus lard, quand le vent do la faveur populaire aura enflé leur voile, trop habile à louvoyer; mais, sans perdre un instant, ils spéculent, pour grandir, sur le
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mérite grossi, sur la popularité exagérée du médiocre SalvestrOy le plus ancien d'entre eux qui ait paru au premier rang. C'est parce qu'ils ont conquis un pouvoir pei^sonncl et durable, que l'histoire accuse ce redresseur de torts de l'avoir recherché. Mais c'est grâce à lui que ses descendants et collatéraux devinrent chers au menu peuple, eu prirent la conduite, s^en Grent un point d'appui, un marchepied pour leur élévation, et, en attendant mieux, se substituèrent aux Ricci éclipsés, pour tenir tête aux Albizzi triomphants.
Sans doute, sous leur influence grandissante comme sous leur règne, il y aura encore de la gloire pour Florence; mais l'arbre est attaqué à sa racine. La suite de cette histoire n'est plus, à travers de brillants épisodes, que celle des progrès du mal auquel succombera un jour la République. Sa chute ne viendra donc point des excès de la démocratie ou de l'exagération de son principe, qu'on peut, dès le début, constater dans les actes et les institutions; elle viendra au contraire des obstacles opposés aux légitimes progrès des gens de peu, qu'un État démocratique ne saurait impunément compter pour rien. Encore y avait-il tant de vitalité dans cette population laborieuse et subtile, qu'elle eût, sans l'intervention armée de Charles-Quint, échappé pour longtemps peutêtre à ses douloureuses destinées. 11 ne fallut rien moins que le plus puissant bras de l'Europe pour imposer définitivement aux Florentins le joug de cette famille de marchands, qu'ils n'avaient pas vu confisquer une à une les libertés publiques, sans la vouloir ramener dans les rangs. Mais ce fut, on peut le dire, le mérité châtiment d'une abdication sans excuses, inspi- , rée d'abord par l'irrésistible soif de représailles tar-
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dives, maintenue ensuite par le goût des petites gens pour le nivellement sous un maître, comme par les satisfactions données à quelques uns de leurs intérêts matériels.