‹ Histoire de FlorenceChapitre 35 sur 102 · ÂH. 1379) POURSUITE DES COUPABLES · texte numérisé non relu

ÂH. 1379) POURSUITE DES COUPABLES

19 décembre, tout le inonde y élait sous les armes. Tommaso Strozzi et Benedetto Âlberli commandaient aux arts majeui^, Benedetto de Carlona et le teinturier Lorenzo de Donato aux arts mineurs. Qui donc, avec ces chefs aimés, aurait refusé de marcher ^? On les suivit dans leur recherche des coupables, qu'ordonnait la consulte, non sans autoriser les artisans à s'ériger, au besoin, en justiciers*.

Plus d'un gros poisson fut pris dans ce coup de ûlet : les deux Barbadori, qui étaient dans la ville ; Piero des Âlbizzi, Filippo Strozzi, Jacopo Sacchetti, qui y revenaient à l'expiration de leur peine; Carlo Mangioni qu'y envoyait le podestat de Barberino. Pour quelques-uns, ce fut une chasse plutôt qu'une poche : on vit Sacchetti poursuivi se sauver en pourpoint sur les toits, y prendre une entorse, et, ne pouvant aller plus loin, disparaître dans la voisine Badia. On l'y découvrit sous un tas de grains*. Quel regret , pour ces libérés, de n'avoir pas écouté ser Piero des Riformagioni, et, après avoir remercié la seigneurie, pris en hâte le chemin de Naples^ où la reine Jeanne leur promettait bon accueil * I

D'autres, qu'on n'avait pas pris, étaient désignés par le peuple à la vindicte publique, Nanni d'Anselmo par exemple, qui passait pour avoir conseillé d'empaler les

' (( Acciocchèse fusse assali la lapiazza,non avessero la scusa che cbbono Taltra voila di non conosccrc i cittadini. » (March. deCoppo,X, 830.) . ' Alexander Benedicti : « Quod Domini provîdeanl ila quod jusle puniantur Ofnnes culpabiles, cujusquc condilionis sint. El quod fiai ila quod omoia senlianluràcaplis. Et quod procurelur habere quoi plurcs culpabiles haberi possint. Et ubi non ficrel pcr reclores, juslicia fiai per cives et artifices quibus hoc committalur. Et quod istud delictum radicilus extirpetur. » (19 déc, Consulte f XX, 54.)

^ March. de Coppo, X, 830; Ammiralo, XIV, 745.

^ Chron.Magliab. dans préf. au Diario (Vaiwn,, p. 205.

334 L'EXÉCUTION DES COUPABLES (Ah. 1579)

artisans, afin qu'ils ne gouvernassent pas comme ils faisaient ^ Justice! justice I criait-on de toutes parts. Mais justice de quoi, puisqu'il n'y avait pas eu commencement d'exécution? Le podestat, le capitaine, l'exécuteur déclaraient ne pouvoir sévir que contre les exilés compromis, s'ils leurs tombaient sous la main. S'avance alors vers la seigneurie Benedetto Alberti, avec quatre de ses hommes des arts majeurs : au nom de tous il lui signifie que si l'on ne fait prompte justice, le peuple la fera par le fer et le feu.

Entendre, c'est obéir, dit le proverbe arabe. Une commission de douze membres* fut aussitôt nommée. Après en avoir délibéré tout le jour et toute la nuit, elle enjoignit aux ofBciers étrangers de donner satisfaction au peuple avant l'heure de none, trois heures après midi (21 décembre). Ce délai expiré, quatre délégués des gens de la place recevaient balie d'agir par eux-mêmes. Accusé de vouloir fuir après l'évasion des prisonniers, l'inflexible Gante fléchit à la fin : il soumit longuement à la torture de la corde Filippo Slrozzi et Nanni d'Ânselmo, qui, dans les aflres de la douleur, avouaient ce qu'on voulait'.

Le lendemain 22, commencèrent les exécutions. Sur l'ordre du podest^it, Francesco de Castel San Giovanni, Garlo Mangioni, un serviteur de celui-ci, ont la tcte

* Innanzi che sia pochi dl sarà messo un zafTo in culo agli artefici d*ac« ciaio pcr modo che* non reggeranno corn* e* fanno. » (March. de Coppo, X, 853.) Cf. Boninsegni, p. 638; Ammiralo, XIV, 745.

* Cette commission se composait de deuicapitudinides arts, deux capitaines de la parte, deux des Neuf de la marchandise, deux des Dix de liberté, deux gonfaloniers, deux des douze buontwmini. (March. de Coppo, X, 835.)

^ March. de Coppo, X, 835, 854«

(Ah. 1379) EXIGÉE PAR LE PEUPLE. 335

coupée^ C'étaient de petites gens, de ceux que le peuple aui'ait voulu épargner*; mais quoi? il avait réclamé si longtemps l'égalité! On la lui donnait à rebours. Réduit à suivre Texemple de son collègue, il faut bien que le capitaine fasse mourir ceux qu'il a torturés. Tandis qu'il fait, selon l'usage, lire leur condamnation sur l'escalier de son palais, une femme < folle » pousse un grand cri, et ce fut une panique. Ceux qui ont des armes serrent leurs rangs et se mettent en défense ; les autres, se croyant attaqués, s'enfuient, s'étouffent, s'écrasent aux issues étroites, sont foulés aux pieds des chevaux. Deux en moururent. Quand tout le reste eut disparu, on ne voyait plus, aux alentours, que bonnets, souliers et sandales. Abandonnés de leurs gardiens, les prisonniers avaient pris la fuite; mais les portes ont été fermées, car le capitaine sent bien qu'on lui demandera des comptes : il ressaisit ses deux victimes, et fait tomber leur tête sur le mur extérieur, donnant sur la place, lieu ordinaire des exécutions'.

Qu'il était loin de compte, s'il se flattait d'avoir apaisé la furie populaire! — Aux autres! aux autres maintenant! — hurle à ses oreilles une populace mise en appétit. A ce cri sauvage, reprennent leur ressort sa compassion refoulée, ses scrupules de légalité. Les c< autres » c'étaient cinq citoyens détenus, mis à la corde pendant la nuit, et qui, nonobstant, n'avaient rien avoué. Or, la loi, qui permettait de condamner sur des

* Diario d^anonimoy p. 407; March. de Coppo, X, 854; Ammirato, XIV, 746.

* < lutendeano che al preseale non fosse moi*to niuno di quelli poveri. • (March.de Coppo, X, 855.)

> March. de Coppo, X, 854; DiarUxTanonimo, p. 407.

336 EXÉCUTION DES CONJURÉS. (âa. 1319)

aveux arrachés par la torture, ne permettait pas, sans aveux préalables, le dernier supplice. — Faites-les donc mourir, vous! répondait le capitaine. Quant à moi, si je ne les trouve coupables, je ne le ferai point 1 — Eh bien ! disaient entre eux les gens du peuple, il sera taille en pièces avec les siens, et Ton mettra le feu à leurs

maisons r

À ce capitaine menacé ne manquait point l'appui des prieurs*, et la lutte allait s'engager, quand les prisonniers la rendirent inutile. Craignant pour leurs proches, craignant surtout de « mourir comme des chiens », c'est à dire d'être pendus, ils aspiraient à la faveur d'être décapités*. Pour l'obtenir, ils confessèrent c d'avoir parlé avec divers, en vue de troubler l'état présent* i>. Vrai ou faux, cet aveu rendait leur condamnation possible, sinon nécessaire, et Gante leur signifia de a recommander leur âme à Dieu ». Par commisération, toutefois, il voulut encore obtenir des ordres. La seigneurie les lui refusa: elle faisait son office, à lui de faire le sien*. Chacun, en ces jours terribles, fuyait la responsabilité.

Mis au pied du mur, Cante fit décapiter, selon leur vœu, Jacopo Sacchetti, Cipriano Mangioni, Barlolo Simi-

> Marcb. de Coppo, X, 854; Âminirato, XIV, 746.

* (( I priori s^erano posti in cuorc chenon si facesse piîi,ederano forniti di génie, ed aveano buono animo, e li buoni uomini li confortavano, e prometteano di aiutarli. » (March. deCoppo, X, 835.)

^ En plusieurs endroits àuDiario tTanonimo^ on trouve que décapiter au lieu de pendre, c'est faire grâce. (( Mandôgli a tagliare il capo, imperochè egli fu fatto di gracia (p. 395). »

* « Confessarono avère parlato chi con uno e chi con un altro pcr turbare lo stato présente. » (Marcb. de Coppo, X, 855.)

■ « I priori rispuosero cb'eglino per loro stavano in palagio, allô reggimento délia città e mantenere lo stato, ed a Tare lo loro uficio, ed il capitano lo suo. » (Ibid,)

(Ah. 1379) SUPPLICES ET GRACES. 337

netti, Piero des Âlbizzi^, ce personnage si insolemment heureux que ses amis, jadis, lui envoyaient, pour ûxer la roue de la fortune, un clou caché sous des friandises, dans une tasse en argent*. L'exécuteur, dans le même temps, faisait périr Donato Barbadori. Tous les cinq, en mourant, rétractèrent leurs aveux, protestèrent de leur innocence et paninrent à jeter dans l'esprit public un doute' dont proGtèrent, en même temps que leur mémoire, quelques-uns des détenus : Bartolommeo Barbadori, frèi'e de Donato, fut remis en liberté*. Si Ton frappe encore (24 décembre), ce sont des tètes obscures, Nencio raveugle,par exemple, qui sut mourir sans faiblesse : — Faites, dit-il, ce que vous voudrez. La toile est ourdie, elle se tissera. Je suis content de mourir pour la parle guelfa. Ce que j'ai fait, si c'était à refaire, je le ferais'!

La conjuration n'était donc pas un fantôme d'esprits effrayés. Elle avait même ceci de particulièrement grave que l'insuccès des précédentes ne l'avait pu décourager', et que les desseins les plus divers, les plus pervers, se cachaient sous les revendications soi-disant réparatrices de la parte. « Ces hommes, écrit Marchionne, qui cherchaient à renverser l'État n'étaient pas plus guelfes

* Ihid, et Diario d'anonimo^ p. 407. Ser Naddo(p. 30) espace entre le 22, le 23 et le 24 les exécutions; mais on ne peut croire à son exactitude absolue, car il omet complètement le supplice de Barbadori.

* March. de Coppo, Ammirato, XIV, 747.

' « E cerlamente di M. Donato, se fu colpevole, gran peccato fu di lui che in tantoerrore venisse,... e se non fu colpevole, gran danno ne fu. » (March. de Coppo, X, 836.)

* Ibid,^ Diario d'anonimo, p. 407; Ser Naddo, p. 31.

* March. de Coppo, X, 839.

^ • Tractulus qui hic erat per dei gratiam taliter est oppressus quod quamvis magnus et periculosus fuerit...» (Lettre de la seigneurie aux l'érugins. post-scriptum. 20 décembre 1379. Sign. cari, mU$.^ XYUf, 91 r.)

558 LÉGITIMITÉ DE LA RÉPRESSION. (Âi. 1579)

que les auti*es. Sous couleur de parte guelfa, ils provoquaient un soulèvement pour faire le mal. Ils abominaient la ville de se laisser conduire par les gibelins; mais ils ne disaient pas vrai, car elle était conduite par des guelfes, sous le nom de la parte ffuelfa. Si quelques noms de gibelins sortaient des bourses, les guelfes y étaient dans la proportion de vingt pour un\ »

Quand il écrivait ces lignes, Marchionne était prieur; mais, quoique intéressé, son témoignage est véritable, puisqu'il se montre partout sévère aux petites gens, puisque les villes voisines, Bologne, Arezzo, Pérousc, Sienne, Pise, mettaient obstacle aux desseins des conjurés, envoyaient aux Florentins des lances pour les combattre*. Trop sommaire peut-être et trop rigoureuse, la répression était donc légitime. Le malheur, c'est qu'elle ne résolvait rien, c'est qu'elle créait de nouveaux dangers. On allait tirer au sort une nouvelle seigneurie (fin décembre) : qu'arriverait-il, si les prieurs entrants étaient parents ou amis des condamnés ? Des représailles étaient à craindre, fruit amer d'institutions fondées sur

' March. de Coppo, X, 859. Sismondi (lY, 471) a fort mal compris tout cela. Il croit <{ue cette conspiration avait été formée uniquement par des hommes obscurs, et il reproche à la seigneurie de • se souiller du sang le plus pur de la nation. • Ce qu'il a bien senti, c'est que cette seigneurie avait la haine de la basse populace autant que des anciens guelfes, ou pour mieux dire de ceux qui aspiraient à Toligarchie.

* March. de Coppo, X, 831, 832. — « Gentes unde nobis parabatur excidium, post concessam licentiam continuistis, concedentes eis tali conditione recessum quod ex ipsis nichil oporteat formidare. Vos huic ordini non contcnti juramenta quod non nos offenderent exegistis, tam instrumenlis solennia quam sigillis. Vos emulos nostros, imo parcnlis patrie proditores, ne possent in Tusciam accedere, vetuistis. Vos conjurationis conscios vel suspectes per magistratus vestros fecistis examinandos cum diligentia delineri. Vos gcntium vestrarum subsidia ad consolationem nostri populi destinatis. > (La seigneurie aux Bolonais. 24 décembre. Sign. cart, miu,, XYIU, 94.) Dans une autre lettre du même jour, la seigneurie écrivait aux Bolonais et

(An. 1380) SEIGNEURIE POPULAIRE. 339

le hasard. De là mille propositions illégales ou violentes. Les uns menacent de mettre en pièces les nouveaux seigneurs, s'ils ne sont pas à leur goût. D'autres, pour prévenir l'effusion du sang, veulent retirer des bourses et déchirer les noms suspects. De cet avis sans pudeur sont les quatre chefs de la force publique sur la place, le teinturier Lorenzo de Donato, le cordonnier Benedetto de Carlona, et, ce qui est plus fâcheux, Benedetto Alberti, Tommaso Strozzi, véritable chef du gouvernement à cette date*. Plus sages, les prieurs sortants, avec un grand conseil de rkhiesU^ décidèrent que rien ne serait changé aux usages (26, 27 décembre), et le sort, celte fois, récompensa la sagesse.

Les deux principaux noms qu'amena le tirage, furent ceux de Giorgio Gucci, fils d'un des Huit Saints, resté populaire dans sa retraite, et de Simone de ser Matteo Biffoli, fils d'un homme de loi. Les autres étaient un fourreur, un cardeur, un artisan de la laine, un tondeur, un marchand d'huile, un fabricant de cuirasses. Le gonfalon de justice passait aux mains d'un boucher*. Le cap des tempêtes venait donc d'être doublé ; mais ne faudrait-il pas le doubler encore en mars, en mai, en juillet, tous les deux mois?

La seigneurie de janvier 1380 se flatta de conjurer le danger. Son premier soin fut d'assurer l'ordre, en poursuivant, en recherchant les conspirateurs % en rele-

aox Pérugîns que les gens de Charles de DurazKo mstchinaient contreBologne et Pérouse la même chose que contre Florence. (Ibid.y f** 93.)

' Âmmirato (XIV, 747) a très-bien signalé l'importance toute prliculiëre de ces deux hommes.

' March. de Coppo, X, 841 .

^ Feocius Gasini : i Quod pro status consenratione fiât justicia non parendo aliciii. I» (5 janvier 1380. Consulte, XX, 61 .) Cf. Diario (Tanommo, p. 407.

340 [SENTIMENTS HUMAINS (kn. 15^)

nant Gante des Gabbrielii, réputé homme d'énergie, maigre sa faiblesse d'un jour, a Dieu sait, écrivait-elle aux habitants d'Âgobbio qui le réclamaient pour apaiser leurs propres troubles, Dieu sait combien il nous serait préjudiciable et dangereux qu'il s^absentât, même pour le temps le plus court*! x> Cinquante-neuf popotani sont ensuite exclus des emplois, vingt par leur incorporation dans la classe des magnats, trente-neuf par le divieto^ proscription temporaire, qui n'inQigeait aucune note d'infamie*. Ainsi disparaîtront de la scène politique des hommes de nom connu^ Âcciajuoli et Albizzi, Altoviti et Barbadori, Biliotti et Ghcrardini, Guicciardini et Guadagni, Machiavelli et Mancini, Peruzzi et Ridolû, Soderini et Strozzi, Yecchietti et... deux cordonniers. L'aristocratie a des fidèles jusque dans les rangs de ses adversaires naturels.

Par une sorte de compensation , et comme pour prouver qu'on poursuit des coupables, des suspects, non toute une classe sociale, vingt grands sont faits popolaniy recouvrent tous leurs droits, à la condition, déjà imposée en 1361 par la haute bourgeoisie, de prendre un nom nouveau. Dans le nombre se trouvent, avec des citoyens de familles notables, un boucher, un batteur de laine, un peintre, un chaufournier, gens de peu, qu^un châtiment avait relégués au rang des nobles parias*. Essentiellement personnelle, cette faveur obli-

* (( Novit Deus quam prejudiciale, quantum discriminis nobis foret si ctiam pro minimo tempore se absentaret. » (3 janvier 1580. Sign.cart.mist,. XYIII, 99 y\)

^10 janvier 1580. Les noms se trouvent dans Marcb. de Coppo, X, 845, DeL, XV, 152.

' 21 , 22 janvier. March. de Gopi)0,X, 843. Cf. Diario (Tanonimo, p. 408 avec quelques variantes. Ammii^tu le jeune (XIV, 748) indique ces cban-

Av. i380) DANS LES ARTS MINEURS. 341

^eait à renier œmortij parents, enfants nniénie. Le 14 février, fut supprimée cette dure condition^ . C'étaient, k tout prendre, des cœurs humains que ces gens des arts mineurs.

L'équité veut qu'on les juge par leurs actes, et non sur la condamnation sommaire, nullement motivée, dont l'histoire les a frappés. Ces actes sont loin d'être inattaquables. Plusieurs dénotent l'inexpérience; peu ou point, des sentiments pervers, de mauvais desseins, [ci, nous ne distinguerons plus la seigneurie de janvier

céments de noms, qu'il n*cst pas inutile de reproduire, pour se reconnaître lans la suite :

Les Agolanti s'appellent Fiesolani;

— Buondelmonti, Moniebuoni;

— Foraboschiy Pannocchini;

— Franzesi, Della Foresta ;

— Nanetti, Foresli;

— Pulci, Ponzardi;

— Soldanieri, Romaneschi di Porta Rossa;

— Squarcialupi, Fipopoli;

— Tedaldini, DaRainieri;

— Tosinghi, Della Porta;

— Adimari se divisent en Franceschi del Corso, Boccaccini, Ruberti;

— Agli, Liberali, Cari, Filippeschi;

— Bardi, Dalla Collina, Dal Palagio, Dal Piccone, An-

giololti, Sinibaldi daLapeggio,Gualterotti ;

— Cavalcanti, Cavallcschi, Malatcsti, Popolani ;

— Donati, Bellincioni, Araerighi.

— Frescobaldi, Rinien, Da Callerotta, Da Montecastelli ;

— Gherardioi, Piovaneschi, Da Montericordoli ;

— Pazzi, Accorti, Aghinolfi, Dalfini, Ghinozzi;

— Ricasoli, Bindacci, Fibindacci;

— Rossi, Stoldi, Rosolcsi, Lotteringhi da Viviane, Dol-

cini, Acoppi da Montignoso ;

— Tomaquinci, Jacopi, Marabottini,Giachinotti, Tomabuoni,

Cardinali, Pellegrini.

* n Et sic omnibus viderctur filios refutare et ab ipsis separari. § (Note 3 k la p. 409 du Diario d'anonimo,) Le 13 février, une provision (LXIX,238) fait popolari plusieurs grands.

342 ACTES ADMINISTRATIFS (Ai. 1380)

des seigneuries suivantes, car elles se ressemblent, par le fait du hasard ou grâce aux précautions prises. Devant la postérité comme devant leurs contemporains, ctîs petites gens sont solidaires entre eux.

Ils étaient loin d'innover toujours. Ils tombaient souvent dans Tornière, créant des magistratures nouvelles, au lieu d'étendre les attributions des magistratures existantes, déjà trop nombreusesS soumettante un examen toute personne condamnée depuis le 1^' septembre, pour déclarer rebelles les coupables, et reléguer les non coupables durant deux années encore*. Dans ces clnssi-fications arbitraires, souvent iniques, ils laissaient percer le bout de l'oreille, en reléguant les petits exilés moins loin que les gros. Mais pour être juste, il faut reconnaître que ce nouvel examen était une sorte d'appel, un adoucissement aux sentences rendues, puisqu'il ne s'agissait que de les maintenir ou de les réduire, en aucun cas de les augmenter.

On reproche aux arts mineurs d'avoir confisqué les biens de ceux qu'ils déclaraient rebelles'. N'était-ce donc pas un procédé de gouvernement aussi vieux que Florence ? Cet argent, loin d'enrichir les maîtres du jour, passait aux mains des clercs. On leur avait promis, en concluant la paix avec l'Église, une restitution prochaine de leurs biens : mais la chose traînant en longueur, beaucoup de clercs, misérables avec leur rente à cinq pour cent, refusaient l'absolution à tout acquéreur, et les acquéreurs forcés se retournaient vers la seigneurie, pour qu'elle leur procurât le bienfait des

* March. de Coppo, X, 843 ; Ammirato le jeune, XtV, 748.

^ Ammiralo le jeune, XIV, 748.

^ C*esl ce que fait Gino Capponi, I, 365.

(An. 13S0) DES ARTS MINEURS. 345

sacrements. Que faire ? contraindre les prêtres, il n'y fallait point penser; restituer le capital en entier, pas davantage. Sept mille florins furent consacrés, malgré la gêne du trésor, à désintéresser par voie de tirage au sort les détenteurs des biens ecclésiastiques, et ces biens retournaient à leurs anciens propriétaires, les clercs, s'ils cessaient de refuser aux mourants les secours de la religion. L'expédient fut efficace, il n'était point s maladroit (12 juin) \

Certains autres le furent davantage, ou, du moins, lésèrent trop d'intérêts pour ne pas soulever une vive opposition. Marchionne s'en est fait l'écho. C'est à ce moment et à ce sujet qu'il commence à se séparer de ses anciens amis. Il ne lui pouvait plaire de voir réduire la valeur du florin, dans l'intérêt des menus artisans qu'on payait en sous (27 octobre)'; qu'était néanmoins ce remaniement , au prix de ceux qu'opéraient chaque jour les rois? Non moins blâmables lui semblèrent les mesures prises pour alléger le fardeau de la dette publique, et cependant les financiers modernes en adoptent de semblables et les proclament légitimes. Quelques mots d'explication sont nécessaires : ils nous aideront à comprendre le mécanisme des finances florentines.

Une loi ancienne, mais toujours en vigueur, condamnait à avoir la tête tranchée quiconque proposerait de porter à plus de cinq pour cent l'intérêt des sommes qui formaient le capital du monte. Comme le trafic donnait davantage, la République ne trouvait plus à emprunter. Pour faciliter les emprunts, ser Piero des Riformagioni avait eu, en 1362, l'idée de tourner la

' March. de Goppo, XI, 857.

« March. de Coppo, XI, 877 ; Ammirato, XIV, 755.

544 [MESURES FINANCIÈRES. (An. 1380)

loi, d'inscrire sur le livre de la dette, pour trois cents florins, celui qui en prêterait cent, en d'autres termes de lui servir quinze pour cent d'intérêts. C'est ce qu'on avait appelé le monte delt ww tre, ou du trois pour un. La combinaison ayant paru bonne, on y était revenu, en la modifiant, au temps de la guerre contre San-Miniato. On inscrivit alors, pour deux cents florins, le prêteur décent, et on lui servit l'intérêt à dix. Ce fut le monte dell* une due^ ou du deux pour un. De là, des charges très-lourdes, une situation aussi intolérable que diflicile à modifier. Les provisions constitutives des monti interdisaient, en effet, d'y toucher. Le gouvernement des arts mineurs n'en crut pas moins qu'il le pourrait faire, comme l'avait fait par deux fois celui des arts majeurs. Mais sur le baudet, de tout temps et partout, on crie haro, quand il imite le lion. Les prieurs et leurs collèges reçurent le droit de suspendre pour un mois, à la majorité légale des vingtcinq fèves, les pénalités portées contre qui toucherait aux monti. Il fut décidé ensuite que les créanciers de la commune ne recevraient plus que cinq pour cent, et ne seraient par conséquent tenus pour créanciers que de ce qu'ils avaient réellement prêté *. Pour ne pas compromettre le crédit public, les prêteurs étrangers furent sagement exceptés de cette réduction*. Elle n'en devait pas moins produire une économie annuelle de soixante mille florins d'intérêts, résultat considérable, obtenu par des moyens honnêtes, puisqu'on revenait à la vérité. Mais moralement et financièrement bonne, la mesure était légalement discutable, et politiquement funeste, à

< March. de Coppo, XI, 883; Diario d'anonimo^ p. 422. Amrairato, XIV, 753.

(il. ISaO) MÉCONTENTEMENT QU'ELLES PRODUISENT. 345

force d'être inopportune. IjOS gouvernements qui se fondent doivent tenir grand compte des circonstances ; ils ne vont pas sans péril au bout de leur droit. Contre un pouvoir mal assis, tous les intéressés se soulevèrent, créanciers primitifs, qui voyaient modifiées les conditions de leur prêt; spéculateurs qui avaient vendu terres, maisons, boutiques, pour placer à un intérêt alléchant leurs capitaux réalisés ; acheteurs d'anciennes créances à un taux plus élevé que le taux d'émission, parce que retirer moins de quinze ou de dix, mais plus de cinq, pouvait passer encore pour un bon placement. La perturbation fut extrême, tant les sommes étaient importantes, tant était grand le nombre des gens lésés \

Ainsi s'aigrissait, par des griefs tout personnels, une hostilité d'abord politique. De telles atteintes à la propriété, voilà, disait-on, le fruit naturel d'un régime où Ton voyait, dans les bourses, mille noms populaires au lieu de trois cents popotani^ et, dans le palais, des cardeurs, des bouchers, des teinturiers, des tondeurs et autres gens de même farine*. Les riches citoyens qui parlaient ainsi, marquaient mieux encore leur opposition par une émigration volontaire : sous prétexte d'économie, ils se retiraient à la campagne, où l'on ne donnait pas à dîner, où l'on ne payait aucun droit sur les voitures, le bois, le porc, le vin, le seP. Au fond, ce qu'ils se

* fl E non credo che già cento anni niuna cosi gran cosa si faces^e colle fave corne questa, perocchè la somma era grande de* denari e la quantità deglî uomini e femmine grande. • (Marcb. de Coppo, XI, 883.)

* March. de Coppo (XI, 882) et Ammirato (XIV, 753) avouent sans détour que tels étaient les motifs du mécontentement. Ce n*est donc pas une hostilité provoquée par une mauvaise gestion.

' Le sel coûtait 6 livres à Florence et 3 seulement dans le contado; le porc payait 2 livres d'entrée et le vin 50 sous le cogno. (March. de Coppo, XI, 882.)

540 FAUTES DES ARTS MINEURS. (Ah. 1380)

proposaient, c'était d'afTamer la ville par une diminution sensible des recettes de ses gabelles. Pour mettre fin à celte taquinerie misérable, on pouvait exiger d'eux la résidence ou imposer le œntado. On préféra le second moyen, comme moins tyrannique, et même, par esprit de modération, la taxe portée ne le fut que pour les mois d'hiver, du 1" novembre au 1^' mai, alors que des boudeurs seuls pouvaient résider aux champs (12 novembre). Beaucoup rentrèrent*, ce qui prouve qu'on avait frappé juste; mais ils n'en furent que plus irrités.

Ceux que leur pauvreté laissait froids aux questions de finances, c'est-à-dire les humbles artisans, principal support des pouvoii*s populaires, ces pouvoirs les indisposaient par des fautes sans gravité qui paraissaient graves à leurs intelligences bornées. L'usage et la loi obligeaient les prieurs à manger seuls. Par exception. Ton avait toléré qu'ils reçussent à leur table jusqu'à trois ou quatre invités dans une semaine; ils en recevaient maintenant, malin et soir, trente, quarante, davantage même. Leur nourriture, qui coûtait jadis un florin, nécessitait des crédits supplémentaires. Ce fut un tel scandale, qu'une provision de décembre frappa de deux cents livres d'amende quiconque mangerait avec la seigneurie, à moins d'une décision spéciale, prise par elle à la pluralité des six fèves*. Elle restait maîtresse de ses invitations, mais elle dut les restreindre.

Les avait-elle étendues pour le plaisir de la bombance? Si l'on peut le soutenir, il semble plus croyable qu'elle cherchait à se faire 4^9 amis. Ses faiblesses pour

« € Di che molli tornarono in cilla. § (Ibid,) Cf. DiaHo cTanonimo, p. 421.

« March. de Coppo, XI, 885.

(An. 1580) LEUR IMPUISSANCE SUR LE PEUPLE. 347

les petites gens ne sauraient être niées. C'est pour leur complaire qu'elle ne rétablissait point la loi, abolie par les ciompiy qui ordonnait de couper la main à tout condamné pour blessures n'ayant pas payé l'amende dans les dix joursren sorte qu'on tuait pour un rien, pour une injure dite au jeu*. C'est en vue de contenter l'art des teinturiers, cardeurs et tondeui's, que fut relevé, en ce qui les concernait, le maximum, fixé parla loi, des prix de vente et de main d'œuvre, si bien qu'on mécontentait à la fois les autres industries, les patrons et les acheteurs*. Mais de pauvres gens, d'esprit étroit et novice, avaient trop besoin de trouver dans leur situation améliorée un signe sensible de leur victoire, pour comprendre que des satisfactions non partagées détachaient d'eux leur compagnons de misère, et, d'amis, les faisaient ennemis. Giorgio Scali et Tommaso Slrozzi, que Machiavel accuse d'une tyrannique insolence% faisaient de leur mieux, au contraire, pour retenir sur la pente ceux qu'ils étaient censés conduire, mais ils y échouaient complètement.

Dans une ville c malade de tant de nouveautés^ », ce qui retardait la révolte, c'est qu'il fallait solidement nouer les fils du dedans à ceux du dehors. C'est toute une

* Contre ces inlolérables désordres, on essayait vainement de quelques mesures partielles, anodines. March. de Coppo (XI, 804) en cite des exemples.

* Li disccpoli erano consoli e nongli maestri; erano compagni da beffe, e fu tanto la cosa innanzi che le bottcghe pcr paura assentirono a discepoli. » (March. de Coppo, XI, 887.) Le témoignage de Marchionne est doublement précieux, car il sait les choses et il est seul à les dire. Il n'y a presque rien sur tout ce qui précède dans ser Naddo et dans le Diario d'anonimo,

3 Machiavel, UI, 47 Â .

^ c Era inferma la città [per le novità d'intemo. » (March. de Coppo, XI, 887.)

348 LE TERRITOIRE ENVAin (Ah. 1580)

partie de Thisloire florentine qui se développe parallèlement, en quelque sorte, aux troubles intérieurs dont on vient de voir et dont il faut interrompre le récit, pour reprendre les choses un peu plus haut.

En attendant à Bologne que les a traîtres » de Florence fussent prêts*, Giannuzzo de Protogiudice, chef de Tavant-garde hongroise', protestait de ne vouloir point envahir le territoire de la République, à moins de quelque incident imprévu (décembre i379); mais l'incident était dans ses prévisions, car il refusait de s'engager par serment': il préparait même la jonction de ses lances et de ses Hongrois^ avec la compagnie italienne de Saint- Georges et les exilés florentins de Niccolô desBardi*,

Quoique c les chiens qui aboient mordent rarement », ce sont les propres expressions de la seigneurie*, elle se prémunissait contre leurs morsures, promettait cent lances aux Bolonais\ faisait rappeler par Marchionne de Coppo à la compagnie de Saint-Georges, ses engagements

* « D. Jannottus de Prolhojudice capitaneus gentium predictanira tamdiu dissimulando continuitquamdiu fueruni ex parte proditonim Dostrorum omnia preparata. » (Sign. cart, miMs,, XVUI, 95 >•, 97 v*.)

* Voy. plus haut, même chap., p. 323.

' « Prestare sacrnmentum modis omnibus renuenmt, Jannotlo asseveranlc quod nos oflendere nullatenus inlendebal, subjungens verbum pregnantis astulie quod nostrum non erat terrilorium intraturus, nisi forsan aliquid noYum et impremeditatura, ibi dum pergeret, eveniret. • {Sign. cart mm. Ibid.)

* Cron. iîo/.,R. I. S., XVni, 521.

'* « De Ferrariadisccdens Ravennam appulityRomandiohmqueperagrans D. Johannotto Prothojudici ul caput nosirorum rebeUium se conjunxit et alia multa que tacere putamus honestius atlenlavit. )) — En conséquence la seigneurie repousse les instances des Bolonais qui intercédaient pour lui. (il juin 1380. Sign, cart. miss., XIX, 11.)

^ « Latrantium canum est raro mordere. • (La seigneurie aux Bolonais. 29 janvier 1380. Sign. cari, miss., XVIII, 113.)

' Ibid.

(Aw. 1580) PAR LES AVENTURIERS. 549

valables jusqu'au 17 août, et «au moindre prix possible » en sollicitait de nouveaux*. Mais les pourparlers duraient encore (26 mars 1380), que déjà la jonction redoutée était faite sur le territoire d'Arezzo. Après avoir rançonné les principales villes de la Toscane*, aventuriers et Hongrois, cédant aux sollicitations des ciompi et autres bannis', se jetaient sur le domaine florentin. Le 51 mars, ils déployaient dans le val de Slrove, à cinq milles de Florence, vers Colle, la bannière de la parte et l'étendard royal de Hongrie, celui-ci orné des lis de France. Ils pillaient et brûlaient le œntado, persuadés, comme le promettaient les rebelles, que la ville allait se soulever\ Ces rebelles qui prétendaient « être les guelfes' », qui se disaient « chassés non par le peuple entier, mais par une poignée d'hommes* », montraient

* ff Per 1o meno pregio io potessi. • (March. de Coppo, X, 846.) A la rubrique suivaule, cet auteur rap|)orte les conditions qu'il devait proposer et les noms des capitaines de la compagnie. Ils sont tous Italiens, dont un, Giovanni d*Agne]lo, peut-être le fils de Tancien tyran de Pise, et trois Pepoli de Bologne.

* La seigneurie aux Bolonais et aux Siennois. 9, 13, 17 mars 1380. Sign, cart, miu., XVIII, 125-127.

' « QuorumdamqueTheutonicorum cohorte.... —Si tamen cives appellari inerentur qui excidium patrie machinantur spe et umbra nominis D. Karoli de Dyrachio. » (La seigneurie au seigneur de Padoue, 3 avril 1380. Sign, cart, miss,, XVIII, 134.) La date est donnée par celte lettre : t Cepit die ultima mensis martii in nostro territorio debacchari. » Voy. aussi la lettre au roi de Hongrie, \ avril, f* 135 V. March. de Coppo, X, 849; XI, .850, 851.

* March. de Coppo, XI, 851 ; Diario d'anonimo, p. 411 ; Neri deDonato, R. I. s., XY, 266; Cron, Pis., R. l. S., XV, 1077; Pellini,!, 1244. Les chiffres des sommes versées par les villes sont à peu de chose près les mêmes dans ces auteurs.

» € Eranvi tuttî gli usciti di Firen/e. E cosi pianamente se n'andavano dicendo : noi siamo li guelfi di Fir. e vogliamo tornare in casa nostra con amore. • (Neri de Donato, R. I. S., XV, 266.) — Crow. Pis., R. I. S., XV, 1077.

* ¥ Ut arbitraraur, spe vana delusus (Giannuzzo) utpote qui sibiiuet cer-

350 LES AVENTURIERS RE[K)USSÊS. (Ah. i580)

les portes prêtes à s'ouvrir devant qui paraîtrait à deuic milles des murailles, et, si elles ne s'ouvraient pas, s'engageaient à compter huit mille florins \

Florence montra bien la vanité de ces vanteries. Infidèle à la vieille tactique, elle n'assista même pas impassible à la dévastation de ses campagnes. Elle n'attendit même pasqueHav^kwood, son capitaine, arrivât avec ses deux cents lances qui coûtaient mille florins par mois*, ou que Bologne envoyât les secours promis'. Le 2 avril, à l'aube, tandis que par ordre se fermaient les bouliques\ la seigneurie lançait sur la Lastra, où était l'ennemi, Éverard de Landau et trois cents cavaliers. D'un élan tumultueux, ces hommes reprennent le butin, font quelques prisonniers, rejettent le reste vers Empoli et Lucques. Deux cents lances de plus, et ce succès devenait une victoire : le vainqueur ne les eut point*. L'hypocrite Giannuzzo put donc se reformer à loisir, prodiguer, comme par le passé, « paroles melliflues, protestations d'amitié' ». Il tenait toujours pour paroles d'Évangile les fanfaronnades des proscrits.

litôimc persuaderet hune populum illos rebelles et cxules summis desidcriis cxoptare, qui ne credat illos fore potentes in patria quos omnibus odiosos non contraria factio, non, ut asserunt, paucorum manus, sed universus populus expulit et pro quiète sua maiima concordia relegavit. » (La seigneurie au roi de Hongrie, \ avril 1380. Sign, cari, miss., XYIII, 137.) A la même date, lettre à Charles de Durazzo, et le 6 avril au pape sur le même sujet. (Ibid. et (^ i38 v".) La lettre à Ch. de Durazzo a été publiée à la suite du Diario éC anonimo , p. 526.

* March. de Goppo, XI, 851; Diario (TanonimOf p. 411. ' March. de Goppo, XI, 852.

'* La seigneurie aux Bolonais, 2, 5 avril 1580. Sign, cari, nùss., XVIll, 155.

* « Anno fatto saviamente chi Fordinô. » (Diario d'anonimo, p. 410.) » Ihid., p. 410, 411, et March. de Goppo, XI, 851.

^ « llle semper simulataraente verbisque mellifluis respondendo fin" gnndu se longius ire, verboque se amicum ostendens, realiter concordiam

<^. 1580) LEURS œMPLICES GOiNDÂMNËS. 351

Que son maître le rappelât, c'était le salut. Ardente à l'obtenir, la seigneurie écrivait à Charles de Durazzo, au roi de Hongrie. Elle humiliait, il faut bien le dire, la dignité républicaine au pied du trône, répétant ce qu'avaient écrit bien anciennement plusieurs de ses devancières, que Florence était t non florentine, mais royale, ayant été restaurée par l'empereur Charlemagne, réformée par Charles P% conservée par ceux de sa race ^ » . Faisant, du reste, bonne contenance, elle se vantait de vaincre t avec le secours du Seigneur Dieu Sabaoth* », lequel lui apparaissait enfin sous les espèces d'Hawkwood, arrivé de la veille et reparti aussitôt contre l'ennemi*. Trois jours après (6 avril), se sentant protégée contre tout péril immédiat, elle déclarait rebelles, pour avoir envahi le contadOy porté le fer et le feu contre leur patrie, trente-huit bannis dont un « soldat », un batteur de laine, un forgeron, un cardeur, un médecin, hommes de nom obscur, à côlé d'hommes portant des noms connus : Rucellai, Cavicciuli, Velluti, Medici, Peruzzi, Brunelleschi, Marignolli, Beccanugi, Pulci, Ghcrardini,

multis tcrgiversationibus recusavit. » (La seigneurie an roi de Hongrie, loc, cit.)

* « Gum fateri nos oporteat civitatem banc non florentinam sed regiam, ab inclite recordationis imp. Karoli magni clementia reparatam, reformatam a Karolo primo et a Serenitate Vestra ac ceteris ex eodem sacro sanguine descendentibus conservatam. » (La seign. au roi de Hongrie, loc. cit.) Ces protestations ne sont pas nouveHes ; mais il semble que sous la plume des arts mineurs, stimulés par une nécessité présente, elles manquent, plus encore que les précédentes, de dignité.

' « Tanlam foTemus ex parte nostra justitiam tantique roboris fecinius apparatum, quod spem certam reponamus in Domino Deo Sabaolh nos illum cum omnibus copiis suis delere magna cum gloria, felici pugna confundere, et Marte judice viribus nostri quem ordinamus exercitus supe* rare, i» (Ibid.)

^ March. de Coppo, XI, 852, 855 ; Diario d^anonimOf p. 412.

352 Là SEIGNEURIE GAGNE DU TEMPS. (Ah. 1580)

Mangioni, Rossi, Buondelmouti, Bardi, AlbizziS pèleméle édifiant de grands et de petits, de Taristocratie noble et marchande, avec la plus infime partie de la population florentine. D*en haut et d'en bas, d^un commun accord, on donnait Tassant à ce gouvernement intermédiaire des arts mineurs, coupable, aux yeux des uns, d'avoir voulu s'élever, aux yeux des autres de ne les avoir pas élevés avec soi.

Gagner du temps, c'était tout profit pour les pouvoii's établis. Là est leur politique, et ils la suivent avec ténacité. Par leurs négociations, ils obtiennent du pape qu'il invite Giannuzzo à ne plus molester la Toscane'; de Charles une lettre de rappel pour ce capitaine'; du roi de Hongrie que Charles passerait loin de Florence en s'acheminant vers le Royaume^; des Bolonais un secours respectable'. Mais rien ne réussit à qui doit périr. Rappel, promesses, secours arrivent tard. Giannuzzo, rejeté du territoire florentin, y peut revenir en deux jours, car il reste en Toscane', d'où ses accords avec Sienne, Pise et Lucques ne permettaient point de le chasser\ De ces villes avec Bologne et elle-même, Flo-

' March.de Goppo, XI, 851; Diario d'anonimo, p. 411, qui donne quarante et un noms.

' La lettre du pape, en date du 3 avril, est dans les Sign. cari, miss., XVIII, U2.

' « Gravem in perpetuum nostre penam indignalionis. • (Lettre de Charles de Durazzo aux prieurs, en date du 12 avril à Bude, leur annonçant ce rappel. Ibid. f* 155.)

* \A avril. Murch. de Goppo, XI, 861 ; Diario d'anon,, p. 416.

* c Quid fuit videre tôt cura gentibus gloriosa vestra vexilla civitatem nostram intrare! » (La seigneurie aux Bolonais. 6 mai. Ihid., f* 139 V*.)

^ Réponse de la seigneurie à Charles. 16 mai. Ibid,, f* 156. — c Possunt territorium nostrum in biduo facili reversionc contingere. )) (19 mai. Ibid.^ M5l.)Cf. 3mai. /fttd., f>U9v.

7 Le 29 avril, la seigneurie reproche ces accords aux trois cominu-

(Ai. 1380) SUCCESSION DE NAPLES. 553

rence souhaitait de former un faisceau^; mais quelle apparence d'y réussir à l'heure où Charles de Durazzo approchait avec ses effrayants Hongrois, où Urbain VI prêchait la croisade contre la reine de Naples et poussait tous les Italiens à se croiserM

Ce qui, pour le moment, sauva Florence, ce qui amena même les villes toscanes dans sa ligue avec Bologne et Pérouse', c'est que Jeanne, afin d'évincer du trône Charles de Durazzo, venait d'adopter Louis, duc d'Anjou, frère de Charles V de France et tuteur de Charles VI\ Certes, la couronne aux fleurs de lis était alors trop ébranlée pour être d'aucun secours au prétendant nouveau; mais de loin elle paraissait puissante encore, et Charles de Durazzo lui faisait l'honneur de la craindre. Dans ces conditions aggravées, loin de menacer la République, il en sollicitait, par l'organe de l'évéque de Raab (18 juillet)', l'alliance ou tout au moins des

nés. « Si fuisset, ut decuil, tota Tuscia corpus unum, si se conjunctain potentia sicut fieri poterat terri bilem ostendisset, non irruissent profccto gentes iile. • [Ihid., f^ 146 r.)

* Ibid., î* 147.

' Afin, eccL, 1380, § 1-3, l.XXVl, p. 401. Sur les craintes qu*inspiraitla venue de Charles, on peut voir de nombreuses lettres de la seigneurie, notamment 5 juin, 1*', 11, 28 août, 13 septembre 1580. Sign. carLmiss,, XIX, 8, 28-31, 36, 39 v% 42 v^ Les Hongrois sont appelés • gens barbara, inhumana, inculta et nuUis legibus vel moribus assuela, amicos et inimicos sine diflerenlia traclans. » (28 août, aux alliés toscans. Ibid., h 36.)

* Ligue conclue le 22 juillet, promulguée le 24. CapitoUy XII, 247-255; Diario d'ano/iimo, p. 415. Mardi. dcCoppo (XI, 865) dit le 18, et ajoute que Bologne ne tarda pas à se retirer de la ligue. Cf. Boninsegni, p. 643.

* Par lettres patentes du 29 juin 1380, Jeanne présentait Louis d* Anjou à ses sujets comme son fils et son successeur. (Ann, eccl., 1380, § 11, t. XXVI, p. 409.)

> C'est la date du Diario danonimOy p. 414. M. Gherar.li (préf. p. 265) la croit probable, parce que le 20 on tint « coiisilium magnum. » Mais March. de Coppo (XI, 862) dit le 28.— Raab en Hongrie; en latin Juriuum. Narch. de Coppo (XI, 873) dit Guerino ; Ammirato, Chiavarino, rivière de

HIST. DE FLOREKCE. — V 23

354 CHARLES DE DURÂZZO (Ai. 1380)

renforts, des subsides, un prêt de quarante mille florins*.

D*alliance, de renforts même, il n'en pouvait être question : Ton n*aide pas un ennemi contre un ami'. D'argent, on en pouvait disputer, et Ton en disputa, car au prix d'une forte somme le prince, pensait-on, éloignerait de son entourage les rebelles florentins '.L'avis prévalut cependant de lui tout refuser*. Pour lui rendre la pilule moins amère, on lui envoya quatre chevaux, quatre pièces de drap d'or, quatre d'étoffes de soie, quatre d'écarlate, une table incrustée d'argent, valanl ensemble trois mille florins (18 août). Mais il refusa tout. Il voyait bien, dans ces présents mêmes, que les embarras allégués du trésor n'étaient qu'une défaite. Ce qu'il voulait, c'étaient les moyens de conquérir un trône et de s'y maint6nir\

Gènes; mais lldefonso de San Luigi (DeL^ XVI, 22) a relevé ren*eur de ce dernier. Vuy. notel à la p. 418 du Diario d'anonimo. ' March. de Coppo, XI>862; Diario d'anonimo^ p. 414.

* « Propter devotionem quam habet comune ad illuin sanguinem. » (Tomm. Strozzi, Salv. Medici,CoAi«tt/^ du 25 juillet. Voy. préf. au Diaiio, p. 265.)

' 27 juillet. Benedelto Âlbarti : « Quod D. Karolus repellal a se emulos et suspcctos.... et ad hoc pralicandum mittatur ad ipsum anibasciata. • — Alexander Benedicti : « Quod nichil fiât directe Tel quidem indirecluni contra regiuam. • — Uguccioue des Ricci : « Quod maximum periculum est venire in indignationeui D. Karoli. » — Jacobus Bartlii : « Quandiu tenet nostros conlrarios, non fiât id quod pclit. • — 5 août. Uguccione Ricciardi : • Quod de dono faciendo D. Karolo provideatur magnifiée. » — 9 août. Matleo Bonaccursi : « Fiat excusatio de subsidio dato régi Loysio. >> — 10 août. Benedelto Âlberti : a Quod bonum est concordiam fiori cum l). karolo, sed nuUo modo gentes dentur eidem. De pecunia non subveniatur in forma honesta. Et tune fiât respousio gi*atiosa. Et fiât tamen quod ipse expellat exlitilios et quod non recipiat aliquam terrum conûnati. • — Sdvesler Medici : « Quod fiât coucordia cum D. Karolo per moduin honestum. Et quod nulla gens eidem detur. »(Con«ti//e, XXI, 20-54.)

^ March. de Coppo, XI, 862; Diario d'anonimo, p. 414.

• Diario d'anonimo y p. 410; March. de Coppo, XI, 867. L*émimératioii

(Ah. 1580) REÇU DANS AREZZO. 355

N'ayant plus de ménagements à garder, il marcha droit vers Agobbio. De là, pour aller au sud, son chemin était par ÂrezzoS sur le sol inflammable d'une ville « constant obstacle au bonheur de Tltalie' », où les Boscoli, les Albergotti, l'évéque étaient prêts à recevoir Tenvahisseur, pour régner avec son appui*. Florence menacée^ envoyait sans retaitl un de ses citoyens les plus autorisés, Giovanni de Mone, rallier les Arétins à|la résistance. Elle déclarait Charles ennemi public (14 septembre), recherchait l'alliance de tous ses adversaires, de Jeanne, de Bernabô,du roi de France, et même du c pape Clément y>; c'est Salvestro des Medici qui nomme ainsi ^anti-pape^ Mais déjà a l'ennemi public )> était reçu dans Arezzo avec les honneurs royaux. Derrière lui marchaient Lapo de Castiglionchio, Tommaso Cavalcanti et cent cinquante lances ^ Enhardis par la pré-

de CCS présents contient toute une page du document publié à la suite du DiariOy^. 528, où Ton voit une provision du 50 août ordonnant de payer les sommes dues aux gens qui ont fourni ces présents. Dans les connUte des 27 août et 3 septembre, on délibère sur ce qu'on en fera, si on les remettra k ceux qui les avaient fournis et à qui on ne les avait pas encore payés, si on los vendra pour en verser le prix aux mains des officiers de Tabondaucc, à cause de la disette, si on les gardera pour les envoyer de nouveau à Charles, quand on sera parvenu à conclure la paix avec lui. Voy. préf. au Diario^ p. 266.

« March. de Coppo, XI, 860.

* f Arezxo sempre ha iropedito il buono vivere d'Italia. » (March. de Coppo, XI, 907.)

' B. Pitti, Cronica, p. 26; March. de Coppo, II, 869; Boninsegni, p. 643.

^ « Per la presura d'Àrezzo s'intese assai chiaro che contre aile promesse fatte.... intendeva anche di soltomcltersi Firenze. i (Boninsegni. p. 643.)

'14 sept. DonatoRîcchi : « Procurctur unie cum omnibus inimicis dicti. — Tommaso Strozzi : « Quod I). Karolus est inimicus istius status. » — Reccho Guacxi : • Quod D. K. est lioslis [mblicus. » — Silvesler Medici : • Fiat concordia cum regina, D. Bernabove, papa Clémente, Rege Francie et ommbus aliis. p (Consulte, IXI, 60.)

• March. deCoppo, XI, 800 ; Diario (fanotttmo, p. 4i 6. — « Cura pubretur

356 GIOVANNI DE MONE ASSASSINÉ. (Ah. 1580)

sencede leurs chefs comme par ce déploiement de forces, trois des exilés florenlins, Tommasino de Panzano, Luigi Beccanugi, dit Moscoiic ou la grosse mouche, Bartolommco de Pralo surnommé Boccanera ou la bouche noire*, osèrent porter la main sur Giovanni de Mone, l'ambassadeur de leur patrie, et Tétendre mort à leui*s pieds*. Une telle violalicAi du droit des gens, jamais les Florentins, même en leurs plus grandes colères, ne se Tétaient permise\ Charles en parut indigné; il fit défendre aux meurtriers de se présenter devant lui\ et, en adressant à la République l'expression de son regret, il marqua même le dessein, probablement peu sincère, de les châtier*.

Il eût sagement fait de s'y tenir, s'il voulait calmer Florence. Le courroux, l'agitation y étaient extrêmes. On y parlait, pour éviter des désordres, de ne recevoir

ab omnibus ad urbcm acccdere vel in rcgnuin, ad civitalem Aretii relrocossit. i (La seigneurie à la reine de Naples, là octobre. Sign, cari.miu,, XIX, 58.)

^ Ce dernier était des Gherardacci,nom que ses descendants changèrent en celui de Bocchineri. Ce fut un des plus fameux condottieri de son temps. Rentré à Florence en 1582, il y fut généralissime des années. (Note 3 à la p. â6 de B. Pitli.) — Cf. Calendario prateiBy ann. IV, p. 46-G7, une monographie de ce personnage, avec documents, par M. Cesare Guasti.

* Sur la date, il ne saurait y avoir de doute. Dans une comulle du io septembre, Franscesco Cambi dit : « Quod Domini provideant per omnem modum quod occisio D. Johannis Monis puniatur, ethonoretur sua memoria.»(ConiulU, XXI, 63 r.)

^ « Questa fu tenula la più sconcia cosa che mai fosse fatta, perocchè mai non fu più morlo aml)asciadori per Fiorentini. » (March. de Coppo, XI, 870.)

* B. Pilti, Cronica, p. 26.

* Recepimus Sublimilatis Vestre litteras quibus dcvotioni nostre tam bénigne quam humaniter nuntiatis in leto introilu vestre civitatis Aretii displicibilc vobis scnndalum accidisse.... adhibitam diligentiam in captura et optimam veslram intentioncm iu pena hutc infidelis et nequam hominis (ut vestra repetamus vocabula) subnectendo. i (La seigneurie à Charles. 17 septembre. Sign. carf. misn., XIX. 47.)

fAi. 1380) MESURES PRISES POUR LE VENGER. 557

jue de nuit le cadavre de la victime*. Croyant l'attentai )rémédité pour provoquer la guerre et le retour des •ebelles*, on sommait le prince de chasser bien loin les lommes coupables ou capables d'un tel forfoit : crimine ib uno discite omneSy lui écrivait-on*. Sans attendre a répression princière, la seigneurie réprimait ellenême dans la mesure de son pouvoir : elle ordonnait de létmire les maisons des assassins, de vendre à l'encan out ce qui s'y trouvait. S'ils n'étaient morts ou tués ivant un an, leurs consortiy y compris ceux qui n'avaient ms encore vu le jour, devaient être déclarés rebelles. }ui les tuerait ou amènerait vifs eut promesse de trois m quatre mille livres, et, s'il était banni, de cinq cents lorins, avec levée de sa condamnation*. Ces provocaîons, qui nous révoltent, ne révoltaient alors personne; illes étaient dans les coutumes florentines. Un an ne 'était pas écoulé qu'elles portaient leurs fruits : Tommaino de Panzano fut assassiné, à Sienne, par son cousin liovanni, fils du fameux Luca, jaloux de rentrer en ;râce. Lapo de Castiglionchio, supposé instigateur ou lomplice, pensa mourir empoisonné, à Rome, par un le ses serviteurs, et ce serviteur, tandis qu'on lui arra-

* 17 sept. Simon Blaxii : • Quod corpus Johannis Monis feralur Flor. de octe, ne fiât tiimuUus. » (Consulte, X\l, 65.)

* « Nec putet Vesira Sublimitas hoc imprcmcditato facinore Tel subito ootu repentinaque iracundiaperpetratum....piitanteshac sola via se |)08se edire in patriam, quam suis deincrilis perdiderunt. scicnlcs quod noslrum opulum injiiriarum publicarum semper fuisse gravissimum punitorem.... d bellum nos possent verisimililer commovere. vi (La seign. à Charles, jc, ciL)

' Ibid. C'est ainsi que le rédacteur des lettres de la seigneurie modifie le »te de Virgile.

* Conmlie, XXI, 65 v«; Gherardi, note 2 à la p. 417 du Diario cTanonimo, « 28 septembre, Tut fait à Giov. deMone,dans Santa Reparata, un solennel errice funèbre. (Ibid,^ p. 417.)

558 RESISTANCE OPPOSÉE A CHARLES. (Av. 1580)

chait les chairs avec des tenailles ardentes, déclara qu'il avait commis son crime pour complaire à Tommaso Slrozzi*.

L'indignation, toutefois, ne donnait point le change aux Florentins sur leur intérêt véritable. S'ils se préparaient à la guerre, ils voulaient la paix*. Hawkwood partait en observation pour Montevarchi avec douze cents lances^; les Huit de la guerre étaient rétablis et réunis en un seul ofGce avec les Huit de garde ^; mais en même temps on instituait l'ofGce nouveau des Huit de la paix^, et une ambassade se rendait auprès de Charles (18, 19 septembre) \ Du territoire de Sienne, où il avait pénétré, ce prince lançait ses Hongrois sur celui de Florence; mais partout devant lui il rencontrait Hawkwood'': si bien qu'après avoir usé ses dents sur la lime, le serpent se résignait à négocier de bonne foi*. Comme l'argent

« March. de Coppo, XI, 889, 890.

* « Quamvis de presenti per populiim et comune Flor. ordinetur pro defensione et securitate sui status et sue libertatis, si opus erit, ad guen'am intendere.... taroen ejus voluntas et propositum et pacein querere est, in pace TÎvere et bellando pacificum esse, ac ex guerra pacem continue expectare. » (Prowiiioni, 1380, p. 130, dans Diatio (Tanon,^ p. 417, note 1.) Dans les consulte des 24, 29 sept., 3, 5 oct. (XXI, 68-74) tous ceux qui opinent concluent à la paix, tout en conseillant de se fortifier.

^ Boninsegni, p. 643 ; Âmmirato, XIY, 752.

^ Le nom officiel des deux offices réunis fut : Gli oUo délia balia e délia guardia.

De et super quacumque guerra seu briga que mota fuerit seu moveretur dicto aut per dictum comune, tractare pacem et concordiam et de pace et concordia conferre et colloqui ac audire quoscumque Tolcntes de ipsa dicere,ratiocinari.... » (ProTision citée, Diario, p. 417, n. 1.)

* Diario d'anonimo, p. 416. Le 27 septembre, un sauf conduit est demandé pour ces ambassadeurs. (Consulte, XXI, 68 v*.)

^ Lettre de la seigneurie à la reine Jeanne. 12 octobre. Sign.cart, mité. , XIX, 58. — Le 20, le 22, le 23, le 30 septembre, les prieurs écrÎTaient aux Bolonais, aux Pt'rugins, aux Pisans pour leur signaler l'invasion hongroise et demander des secours. (Ibid., f~ 49 ?•, 50 fybZ.)

^ • Postquam yidenuit se non posse sine cède et sanguine in nostris

(ÂM. 1580) PAU GONaUE ÂTEG LUI. 559

lui faisait défaut S une trêve de cinq jours fut bientôt suivie de la paix*. Le 9 octobre, furent échangées les signatures dans la maison qu'habitait l'ennemi sur le territoire siennois'.

Florence s'engageait à ne donner aide ni faveur à la reine Jeanne, à Otton de Brunswick, son mari, à ses sujets et alliés, ainsi qu'à ne faire ni guerre ni complot contre les terres de Charles, notamment contre Àrezzo et Âgobbio. En retour, Charles s'obligeait à interdire aux troupes royales toute attaque contre la République, à en être le protecteur, comme jadis ses ancêtres; à en attendre la permission pour pénétrer sur les territoires de la ligue toscane ; à n'occuper de châteaux dans la province que ceux qui lui seraient librement remis par les rebelles d'Arezzo, et à ne point recevoir près de lui ou sur ses terres les rebelles florentins nommément désignés dans l'acte, à les punir même, s'ils ne fournissaient caution de ne rien tenter contre leur patrie*.

Par un autre acte du même jour, Florence avançait à Charles de Durazzo quarante mille florins; mais avec quelles outrageantes précautions ! C'est le capitaine hon-

finibus debncchari, tune demum cepta sunt concordie Terà collo<iuia que ante id tempus multa fuerant tergiversatione dislracta. » (Ibid.)

« B. Pitti. Cromca, p. 27.

• March. de Coppo, XI, 872 ; Diario cTanonimo, p. 418.

' Gherardiy note 1 à la p. 419 du Diario (Vanonimo; March. deCoppo, XI, 874. Des obscurités de rédaction avaient fait perdre quelques jours. — 5 octobre. Joannes Dini : • Quod capitula sint i(a clara qnod cotnune non possit decipi. » — Tomas Strozzi : « Quod eis displicet (aux Huit de Balie) quod non fiât clare pactum de terris que olim fuerunt Âretinorum et nune tenentur per com. Flor., ne detur Âretinis materia novitatum inferendanun. » (Consulte, XXI, 75 r.)

^ Voy. Gherardi, note i à la p. 419 du Diario (Tanonimo, — Lettre de la seigneurie au roi de Hongrie, 29 octobre. Sign, cart. mûts., IIX, 69. — Diario d'anonimo, p. 418; March. de Coppo, II, 873; Âmmirato, XIV, 752.

560 MÉCONTExMEMELNT DES EXILÉS. (An. 1580)

grois de ses troupes qui recevra les payements échelonnés dans un délai de deux mois. C'est le roi de Hongrie qui est l'emprunteur. C'est lui qui restituera, dans les cinq ans. Les Hongrois, de leur côté, s'engageront, par un acte public, à ne pas molester la commune, et à en évacuer sans retard le territoire, par les voies qu'elle leur indiquei*a ^

C'était la défiance poussée jusqu'à l'injure. Le prince de sang royal qui la subissait pour remplir sa caisse, ne rentrait donc qu'assez peu fier dans Ârezzo*. <c Nous étions là, écrit Buonaccorso Pitti, nous tous exilés de Florence, à qui il avait promis de chevaucher jusque sous les murs de cette ville. Nous nous plaignîmes énergiqiiement à lui, Lapo de Castiglionchio portant la parole. Il répondit, la tête basse et en pleurant, qu'il avait agi par nécessité. Il s'engagea, s'il conquérait le Royaume, à nous remettre dans notre maison. Peu de jours après, il partit pour Rome' ». Quelques uns des bannis le suivirent, s'attachant en désespérés à sa fortune; la plupart se séparèrent de lui, prétextant leur bourse vide, l'impossibilité

< Gherardi, note 1 à la p. 419 du Diario (Tanonimo. — Lettres de la seigneurie à la reine Jeanne, i!2 octobre, et au roi de Hongrie, 29 oct.St^n. cari, miu., XIX, 58, 69. 11 y a d'autres actes relatifs à cet accord. Canestrini en a publié un dans VArch, stor,, 1* série, XV, 7â.Cf. Diario d'aruhnimo, p. 418.

* « Revertitur Âretium cum 1400 lancearum ye\ circa satis invalido comitatu. )> (La seign. à la reine de Naples, 12 octobre. Sign. cari, miu.^ XIX, 58.)

' Buonaccorso Pitti, Cronica, p. 27. — • Cunctorum rebelles semper auribus ei instmt, contra gloriosum iliud suum agnomen pacis.... Non obsUmtibus promissionibus per eum factis atque prestitis juraroentis, tantum valent apud ipsum impura consilin sicut tenetur et débet, nedum nostros rebelles et exules non expellit, sed ipsos confovet et acceptât. » (La seign. au roi de Hongrie, 29 oct. Sign, cari, mu»,, XIX, 69 v*.) Charles entra à Rome le 14 septembre. Yoj. Diario tfanonimo, p. 421.

(Ai. i38i) LAPO DE CASTIGLIONCniO À ROME. 561

de subvenir à leurs dépenses. C'était dégoût plutôt que pénurie: Buonaccorso Pitti, un de ceux qui lâchent pied, trouvait de l'argent pour voyager en France, en Belgique, en Angleterre, pour jouer gros jeu dans ces pays^ L'exemple de la désertion donné, les Hongrois s'en autorisèrent : on les vit se retirer dans la direction dcPiseet de Gênes*. Panurge connaissait bien les mœurs des moutons.

Quand, après un long séjour dans la ville éternelle, Charles de la Paix, comme on l'appelle dès lors, en partit pour conquérir Naples', il laissa aux Romains, en qualité de lieutenant, Lapo de Castiglionchio. Dans Florence indignée courut le bruit qu'en apprenant ce choix, les bannerets avaient envahi le palais des sénateurs, criant aux oreilles de Lapo : — Nous ne voulons pas que tu gâtes Rome, comme tu as gâté ta patrie. Sors à l'instant de la ville, ou nous te mettons en pièces! — On ajoutait même que Lapo avait eu hâte d'obéir*. Mais c'était pure légende: Lapo mourut à Rome, et rien n'indique qu'il Teût quittée ou qu'il y fût revenu*. L'imagination vive des Florentins faisait de leur désir un rêve, de leur rêve une réalité.

Avec Charles de Durazzo, bientôt vainqueur d'Otton de

> A vrai dire» Pitli avait l'humeur voyageuse, car revenu à Florence en mai 1382, quand il eut appris le retour des exilés, il reparlait en septembre de la même année, et assistait le 27 novembre à la bataille de Roosebeke. [Cronica, p. 27-29.) Yoy., à la p. 55 de sa chron., de nouveaux voyages.

• Les Huit à Bernabè, 9 octobre. Sign. cart, miM., XIX, 57.

' Il avait été couronné le 2 juin 1381 par Urbain Yl comme i*oi de Sicile et dn Jénisalem. Il partit le 21 du même mois. March. de Coppo, XI, 896; Diario (Tanonimo, p. 425. Yoy. la bulle dans Ann. eccL, 1581, § 2-23, t. XXVI. p. 420, et Lûnip, 1147 sq.

* Diariod^anommo^ p. 426.

' Il mourut le 27 juin 1381 d'après Nehas. Yoy. Gberardi, notes 1 et 2 k la p. 426 du Diario (Vanonimo.

363 AREZZO AUX MAINS DE LA COMPAGNIE. (An. 1581)

Brunswick (20 août 1381) et meurtrier de l'impudique Jeanne (12 mai 1582) S ils n'avaient plus de motifs pour éviter de se prononcer. Ils prodiguent à Charles 111 les protestations de dévouement*; ils disent, comme en parlant au roi de France, leur ville « plus royale que florentine' d. Et cependant, Arezzo continuait d'appartenir au nouveau maître de Naples* : en son nom y commandait, avec sa compagnie de Saint-Georges, le comte de Barbiano, qui avait fait c de cette cité royale, écrivait la seigneurie, une caverne, le domicile des violents' ». Mais une politique prudente ne permettait pas de rendre le maître responsable des méfaits de son délégué.

Bien avant que ces affaires de l'extérieur, désormais peu intéressantes, contraignissent ainsi Florence à faire de nécessité vertu, tout s'y hâtait vers le dénouement de la crise intérieure*. A chaque conjuration étouffée en

« Giannone, 1. XXïII, c. v, t. III, p. 251 ; Siamondi, IV, p. 475-475 ; Boninsegni, p. 646.

* « Quid enim devotioni nostre jocundius, quid Tel letius potuissel occurrere quam videre prefatum serenissimum principem gloiiosam memoriam Karoli primi progcnitoris vestri codem Dei favore paribusque victoriis ne dicamus majoribus renovare. » (La seign. au roi de Hongrie, 23 sept. 1581 . Sign,carL mis., XIX, 175 ?•.;

' « Populus iste non tam florentinus quam regius. » (La seigneurie à Charles III, 16 novembre 1381. (Ibid., fo 189 v».)

* € Non sine maxima turbatione percepimus novitates que in testra civitate Aretii pridie sunt exorte. » (La seign. à Charles III, 25 novembre 1381. Ibid., 192 V.)

^ « Ex urbe regia factam esse speluncam et domicilium violentorum. • (La seign. à Bemabô, 1" décembre 1381. Ibid,, f» 196 ▼•.jCette lettre et les suivantes donnent des détails sur les commotions d'Ârezzo et de son territoire qui inquiétaient Florence. Yoy. Lettres du 10 décembre 1581, du 4 janvier 1582, etc. Ibid., f^ 201, 207, etc.

^ Les lettres de la seigneurie nous la montrent pourtant très occupée non seulement des désordres d'Ârezzo, mais encore de la guerre qu'Hawkwood fait pour son compte à Astorgio des Manfredi. Yoy. lettres des 23 décembre

(As. i58i) SITUATION INTÉRIEURE. 563

succédaient incessamment d'autres, redoutables parce qu'elles ne connaissaient pas le découragement. En 1 381 , < cette race maudite des ciompi^ dans son dépit d'être privée des offices, s'entendit à Bologne, où ils s'étaient réfugiés en grand nombre, tant pour vivre grassement que parce l'art de la laine y était fort répandu. Leurs chefs parurent être Matteo Tinghi et Adoardo des Pulci^ ». U)i Pulci chef des ciompif voilà qui atteste une fois de plus l'union monstreuse des plus petits avec les plus grands, destinée à durer tant que les grands auront besoin des petits, à être rompue le jour où de perfides meneurs pourront briser leur vil instrument. Et ce gouvernement des arts mineurs, où les magnats, où les popolani instigateurs des ciompi affectent de voir le règne de la populace, de la canaille, et qu'ils accusent avec véhémence de conduire tout droit au règne des ciompi, ce gouvernement, que fait-il? Ayant découvert la conjuration, il ménage les hommes de familles considérables, il ne fait tomber la tête que de deux citoyens obscurs (6 février)'. On le voit (23 juin) célébrer avec des joutes, en faisant courir le joa/to, les noces de Luchino Visconti' avec la fille de Carlo Strozzi, un des plus haïs parmi les exilés\ Jadis, les noirs se bornaient à tolérer parmi eux Gemma Donati, la femme de Dante proscrit; ils n'avaient garde de la fêter.

1380. 15, 26 janvier, 2^, 27 février, 24 mars, 27, 30 avril, 3, 16,49 mai, 1" août 1381. /tt(/.,f' 87-170.

« March. de Goppo, XI, 888.

* Ibid, Le Diario (Tanonimo (p. 423) dit le 7 ; Boninsegni (p. 646) passe ce complot sous silence, et on n'en voit pas trace dans les Conîndte.

' Banni de Lotnbardie, réfugié à Florence, fils douteux de cet autre Luchino jadis seigneur de Milan.

* Diario del Monaldi, p. 354; Gino Gappooi, I, 373.

564 BRUIT DE COMPLOTS. (An. 1581)

Ménagements inutiles, condescendance dangereuse qui menaient en soupçon les amis et ne ralliaient pas les ennemis! Contre des gens si conciliants, que n'oseraton pas? De toutes parts leur territoire est envahi. Chaque jour arrive la nouvelle de quelque complot dans les places voisines*. Faut-il y croire? Rien de plus douteux. Mariano des Âlbizzi a écrit secrètement qu'il en révélera un, si sa condamnation est rapportée. Mais n'est-ce pas une invention de sa part pour la faire rapporter? Il n'a dénoncé personne; des placards sur les murailles dénoncent pour lui, demandent la mort de cinquante citoyens, incriminent pour leur inertie ou leur ineptie les prieurs et la Huit de balie, de guerre et de garde*. La mèche éventée, le révélateur nie audacieusemcnt d'avoir rien voulu révéler, et la seigneurie qui détient ses lettres probantes, les brûle par amour de h paix\

Cette paix, suivant Ammirato, de mai à octobre elle ne fut point troublée*. Il aurait dû ajouter qu'à tout instant on craignait l'explosion. Nous voyons, durant

* 10 décembre 1581 , 4 janYier 1582. Sign. cartmm.^Wi, 201-209.— « Licet YJdeatis nos in tantis fluctuare periculis Umtamque stragem nobis et nostro lerritorio preparalam. » (9 déc. 1581. La seign. aux Bolonais. Ibid., fo200.) Cf. March.deCoppo, XK 891.

• March. de Coppo, XI, 89!2 ; Diario d'anonimOy p. 425. M. Gherardi (note 1 à la p. 424) dit que les Conmlie confirment ces faits. On y voit le 6 avril Michèle de Lando, portant la parole au nom des Neuf de la marchandise et des Capitudinif dire : » Ue oblocutionibus dolent, et puniantur oblocutores. Et teneatur uuum Consilium pro excusalione Dominorum et Octo. j»

5 March. de Coppo, XI, 892.

^ • Ventura Brunetti non hebbe nel suo gonfalonierato (mai-juin) a travagliarsi in cosa alcuna, se non a fare infami quelli due mesi, che un oliandolo fosse per quel tempo risieduto nel più somrao luogo délia Rep. (XIY, 758.) — Si viveva quietamente » (p. 759).

(àfl. 1381) CALME RELATIF. 565

cette courte période, murer la porte San Giorgio, au bruit d*un complot a de ceux qui avaient volé au temps des ciompi et qui voulaient voler encore » (10 mai) S multiplier les diligences, nailre et grandir le soupçon contre de nouveaux dénonciateurs'; nous voyons la discorde entre les prieurs et les Huit paralyser leur aclion'. Octobre venu, que verrons nous de plus? Une pétition des mécontents enhardis, qui demandent que les anciens ammoniti^ naguère rétablis dans leurs droits, soient de nouveau pour un temps écartés des offices. ÂfQcher le dessein de remonter ainsi le courant, c'était déjà grave; ce qui Test plus encore, c'est la menace, si les pouvoirs publics ne cèdent, « d'employer la force, comme faisaient les ciompi^ » ; c'est surtout le fondement Irop réel de la prétention élevée.

Par crainte de cette persécution et par désir d'assurer leurs droits, peut-être aussi par esprit de vengeance, les anciens ammoniti en étaient venus à former, comme la parle giielfa^ une sorte de secte dans l'État*. A leur tête marchaient Tommaso Strozzi ulcéré des calomnies dont on l'avait abreuvé quand il était des Huit Saints, et

* « Cierti mal uomini che ruborono al tempo de' ciompi. Ora vorrebbono nibare. » (Diario d'anonimo, p. 424.)

* Ad coQspirationem status yiriliter attendatur, et caute ctdiiigcntissime super relatis veritas investigetur. • (Consulte du 10 mai 1381, XXI, 138.) — <v Domini miltaul hodie pro potestatc et coilaterali, et rogent et sollicitent eum quod diligenter inquirat veritatem ; et quod ille qui informavit Octocustodic examinelur, et si malitiose informavit puniatur, alias misereatur sibi. » [Consulte du il mai. Ibid,, note 8 à la p. 424 du Diario d*anonimo.)

5 Anmiirato, XiV, 754.

* Marcb. de Coppo, XL 897. Cf. Ammirato, XIV, 755.

^ c Per paura di loro medesimi, per le offesc faite ne' tre anni passati degli sbanditi e dei morti, per gli trattati prcdctti, \ivcndo in gelosia o bugia. » (Marrh. de Coppo, XI, 9«)1.)

366 MESURES IMPUISSANTES (Ai. i38i)

Giorgio Scali encore frémissant de Tinjure subie quand on l'avait frappé d'ammonizione^. Issus tous deux de puissantes familles, ils groupaient autour de leurs rancunes et de leurs haines des clients de toute condition, mais surtout des deux arts nouveaux, race criarde, pourvue, grâce à eux, du privilège de porter des armes, et qui en abusait pour réclamer des victimes à Tavènement de chaque seigneurie. Leur citadelle c'était rofûcc des Huit de balie, qui tenait les prieurs en échec. Mais le trouble moral qu'ils semaient dans la ville éloignait d'eux les gens sages, entre autres Marchionne de Goppo, qui les condamne dans sa chronique, el Benedetto Âlberti, jadis leur ami'.

Puissants encore, la seigneurie n^en devait pas moins les défendre contre des menaces au grand jour'. Ses conseils l'exigeaient, « pour donner satisfaction au peuple^ ». Un tisseur, un cordonnier, furent donc mis à

< Sozomèae, R. I. S., XVI, 1121; Âmmirato, XIV, 756; Boninsegni, p. 618. Dans les consulte de ce temps là, notaroroent du 18 octobre 1381 au 9 jaavicr 1382, Giorgio Scali prend très souvent la parole sur les sujets les plus divers. (ConnUte, XXII, 63 y»-109 v*.) S*il est tyran, du moins il n'est pas sanguinaire: le 18 octobre, il dit: <t Quoddiligentcret peromneni rigiditatem reperiantur culpabiles et conscii. Et postea puniantur etiam miseiicorditer. » (f* 65 v^Sl.)

* Mardi, de Goppo, Xï, 897. Cf. Ammiralo, XIV, 755.

^ a Si sco|>erse un traltato in Firenie, il quale si disse che faceva.... » (Scr iNaddo, p. 3i.) Ce qui est douteux, ce sont les meneurs du complot. M. Gherardi (préf. au Diariod'anon,, p. 269) dit |»ourtant : « Ghecchè si fosse deila verilà del tratlato i, mais il parle d*un grand conseil de Hchitêti tenu pour celte afiaire, « tanto grande che per molto tempo non si trova TugU'ile noi Itbri délie consulte. • La chose était donc sérieuse.

^ Giovanni Cainhi, au nom des gonfaloniers : « Ht quod redores solicitentur scrutari pro armis, et quod prima nocte fiât siniiliter ita quod nullus lumullus oriatur, et quod Domini moneant illos qui videntur Telle ad arma ▼enireet corripiant ita quod stent pacilici. » {Comullê du 8 oct.,XXII,58.) Andréa Belti, au nom des gonfaloniers : • Et quod culpabiles puniantur ita quod sil s;itisfactio populi. » (Conêulte du 10 ocl., (^ 59.) — Giovanni

(il. i38i) CONTRE LE TROUBLE PERSISTANT. 367

mort (14 octobre), bientôt suivis de deux autres hommes sans nom. Des contemporains les crurent innocents^; mais on se prend à douter qu'ils le fussent, quand on voit les consulte y regarder de très près, exiger même la mise en liberté de Piero de Giovanni, gonfalonier du lion d'or\ Collèges et seigneurie ne se départent point de leur modération trop méconnue. Leur donne-t-on, pour huit jours, balie de priver des offices, de faire passer parmi les grands qui ils voudraient? Lapo Rucellai en subit seul le déshonneur. La montagne enfante une souris. S'ils frappent du dimeto^ pour dix ans, les fils, pères, frères de tout citoyen condamné comme rebelle, pour avoir troublé l'État durant les trois dernières années; s'ils ne font exception que pour Franco Saochetti, le nat;e///^re, ainsi récompensé d'avoir pris parti, dans les consulte^ contre son frère le conspirateur', ce sont de ces mesures qui étaient le programme obligé des luttes civiles, et qu'on laissait évidemment à l'état de lettre morte sur le parchemin, puisqu'on avait besoin de les y remettre toujours. Au fond, la pensée unique qui revient sans cesse, c'est a de rétablir l'union entre les

Carabi.au nom desgonCaloniers : (( Àd punilionem culpabilium procedatur. » (ContulU du il oct., f» 59 v».)

> a Credo che di qucllo che furuno morti i sopradcUi morli siono istati innocienti e sanza colpa.... Credo che il sopradetto (Antonio Barducci) mûrisse innocienle e saoza colpa. » (Diario d^a^tonimo, p. 451.) Cet auteur ne s'indigne point : • Iddio gli abbi l'anima sua c di tutti coloro che sono morti martiri sanza colpa. » (Ibid,)

s Voy. Consulte des 15,20,21, 29 octobre (XXII, 61-72), car non seoleraenl le 29 tous ceux qui prennent la parole demandent que Piero, reconnu innocent, soit remis en liberté, mais encore on le voit parler lui-niôme dans une consulte du 14 novembre suivant. (Ibid., 1^81 v*.) Cf. Boninsegni, p. 646; Ammirato, XIV, 755.

' Voy. mémechap., p. 326; March. de Coppo, XI, 900; Ammirato, XIV, 755.

36 DÉNONCIATIONS DES SGORRIDORI. (Ah. i58S)

citoyens, de manière que la ville puisse être appelée une cité* ».

Décevante chimère des temps de révolution ! Les hommes mêmes du gouvernement, Strozzi et Scali, avaient à leurs ordres des espions, des agents provocateurs, des batteurs d'estrade, qui, sous le nom de sœrridorij faisaient métier de dénoncer. On en met deux dans la classe des grands? un troisième, pour les venger, accuse Coluccio Salutati, le docte chancelier de la République, dont la vie se passait au grand jour, dans le palais, sous les yeui des prieui*s, et Giovanni Cambi, gonfalonier du vair, c cher, bon, honoré citoyen de Florence" », dont le crime était d'avoir chez lui quelques uns de ses serviteurs', arrivés de la campagne pour mener ses porcs à la boucherie*.

Une seigneurie nouvelle venait d'entrer en charge (!*' janvier 1582). Composée comme les précédentes d'hommes des métiers, un artisan de la laine, un marchand de vin, un boucher, un changeur, un chapelier, un cordonnier, un teinturier, et deux marchands de calimala^j elle cédera bientôt à l'influence de ces deux derniei's, qui représentent dans son sein l'élite des tra-

^ (( Quod Domini dent operam ad unionem civium sicut ipsis Tidebitur ita quod hec civitas vere possil ab unilate civium civitas appellari. » (Con" Multe du 28 novembre 1381. XXII, 91.)

« Ser Naddo, p. 56.

^ (( Che en casa Johanni Cambi erano readunati certi fanti e chc perciô sopra di queslo lidecti signori rimediasscro. » (Fragment du procès original dans la préf. au Diario (TanonimOy p. 270.)

^ « Âveva in casa sua cierti foresi ch*avieno menali morti suoi pord. (Diario d'anonimo^^.^lb^,) — Nullosenim ilie domi habuerat prseter familiam propriam et villicum qui, ut fit, rure porcum adduxerat. t (Léon. Bruni, IX, 197.)

^ Voy . Narch. de Goppo, XI, 898, et Diario d'anon, , p. 455, avec quelques variantes de noms et moins de proPessions.

(Ai. i383) FAIBLESSE DE U SEIGNEURIE. 369

fiquants; elle se laissera entraîner à la réaction violente, qui sera, comme on dit, le commencement de la fin. Pour rheure, et pour son début, elle est tout affolée : elle prend au sérieux Taccusation \ et trois jours plus tard (7 janvier), elle incarcère l'accusateur, sur la demande de l'accusé*. Voilà aussitôt Scali et Strozzi qui, à la tête de menus artisans mal édifiés % viennent réclamer leur créature, un vil tondeur, connu sous le surnom de Scatizza. La faible seigneurie, pour éluder la sommation, Tenvoie au capitaine du peuple par M.archionne de Goppo, alors gonfalonier de la vipère \ Plus ferme, le capitaine résiste, jusqu'à ce qu'enûn voyant la multitude en armes marcber sur sa maison, il jette à teri*e sa baguette de commandement, et renonce à sa charge*. S'il la reprit, ce fut à la sollicitation des

* Andréa Nicholai pro gonf. : Quod alicui oiBciali civi vel forensi committatur quod de inramia dala Johanni Cambii inquiral, et si ipse diclus culpabilis, acriter puniatur. Si vero innocens.iafamatorpuDiatur bénigne, ita tamen quod sit exemplura. » (Consulte du 4 janvier 1582, XXtl, 107 ▼•.)

* Diario d^anonimo, p. 454, et préf. p. 271 ; Marcb. do Goppo, XI, 901 ; Bouinsegni, p. 650 ; Ammirato, XIV, 757.

' c E moite cose inlorno a ci6, le quali si dissero essere cosi fatlizie, e cbi dice proprto yere. » (Marcb. de Goppo, XI, 901.)

^ Chose singulière, Marchionne qui parle de cette démarche (XI, 901) ne dit nullement qu'il y ait pris part. Mais le texte du livre des Consulte est formel : • Marchion Coppi Stefaui pro Doininis et collegiis dixit D. Gapitaneo populi quod ipse dignetur pro pace et quiète civitatis libère dimittere Jacobum Bartholomaei cimatorem, cum de hoc Domini et collegia fuerint rogati per capitaneos, per Decem, per prepositos et consiliarios artium, et roultos alios cives qui optime novcrunt quid expédiai statui civitatis. (Texte rapporté dans la préf. au Diario (Tanon., p. 271.) Probablement le chroniqueur, après coup, avait honte de sa participation à cet acte de faiblesse.

» Ser Naddo, p. 57 ; Marcb. de Goppo, XI, 901 ; Diario (Tanonimo, p. 454 ; Sozomène, R. I. S., XVI, 1121 ; Ammirato, XIV, 757. Le 21 janvier, dans une lettre à Gharleft de Durazzo, la seigneurie reconuaissait qu'il y avait eu tumulte, mais elle ajoutait, sans trop de respect pour la vérité, que Scatizza

Ii:ST. DB FLORENCE. — V 24

370 L'ORDRE RÉTÀBU. (Am. 158Î)

prieurs S qu'effrayaient les menaces d'incendie proférées contre Giovanni Cambi (15 janvier) *. Le lendemain, Hav^kv^ood accourait à la rescousse, rétablissait Tordre, réinstallait dans son palais le capitaine, et tous les arls y allaient solennellement conjurer cet officier courageux de faire son office énergiquement'.

C'était la première victoire signalée de l'esprit d'ordre sur Tesprit de désordre, et on la devait au hasard, à l'opportune arrivée d'Hawkwood. Il eût fallu assurer ce premier pas, et non en faire d'autres; mais c'est, on ne l'ignore point, le seul qui coûte. Dans les luttes civiles, d'ailleurs, rien n'est malaisé comme de se retenir sur la pente. On y glisse sans le vouloir, et tant d'hommes se plaisent à y glisser* !

Le jour même, d'accord avec les prieurs, qui avaient enfin trouvé leur boussole, et pour battre le fer tandis qu'il était chaud, le capitaine manda devant lui les deux principaux coupables de la dernière échauffourée,

avait été restitué librement. • Quemdam detentum qui tune ad tumultus sedationem libère fuit dimissus. » (Sign. cart. miss,, XIX, 212 v*. Ce doc. a été publié à la suite du Diario (Tanon.^ p. 530.)

^ a Et si non vellet, scribatur fratri quod cogat ipsum et horletur ad remanendum. Et fiât cito. » (15 janvier. Consultej XXII, 112.) — Le capitaine s'appelait Obizo des Âlidosi, d'Imola. On verra, au volume suivant, que c'était un personnage peu estimable.

* Diario (TanonimOy p. 434.

> Diario éCanonimo, p. 434 ; March. de Goppo, XI, 901 ; Ser Naddo, p. 57 ; Lettre de la seigneurie à Charles de Durazzo, doc. après le Diario d^anon,, p. 530.

* C'est à ce moment que Machiavel (III, 47 B) place le commencement du complot qui devait ramener Toligarchie. Seulement il met cet évènemeul ainsi que les suivants à Tannée 1381, faute de distinguer l'ancien style du nouveau. — La seigneurie écrit : < Quod noster capitaneus contra quemdam detentum qui tum ad tiimultus sedationem libère fuit dimissus, inquirendi ritum juridice persequi non valeret, cuncti boni cives in maiimo spiritu con« cordie surrexerunt. • (Lettre à Charles de Dorazzo, loc. cit.)

hM. iSSS) EXÉCUTION DE GIORGIO SGALI. 371

rommaso Strozzi \ qui se déroba par la fuite, Giorgio $cali, qui répondit âèrement à Tappel. Ce fut sa perte. >ur la place, quand il la traversa, retentit ce mot nenaçant de justice que les plus injustes avaient sans :esse à la bouche. Son procès fut rapidement instruit. )n lui reprochait non seulement la machination positive lont Scatizza venait d'être l'instrument, mais encore, ^ qui était plus vague et moins certain, son ambition pe^sonnelle^ N'avait-il pas consenti, Pérouse l'ayant élu podestat, à quitter pour six mois Florence, au plus fort le la crise'? ce n'était certes pas d'un ambitieux. N'importe: le lendemain, il eut la tête coupée. Cette tête resta tout le jour dans la cour du capitaine, c sans tapis et sans linge », ainsi que le corps \ Le dernier supplice, en ces temps implacables, n'apaisait pas les ressentiments.

Vingt quatre heures de procès, pour juger et tuer un homme considérable, devenu chef populaire, avaient épuisé la patience des forcenés de l'ordre. Sans attendre l'exécution de Scali et le jugement de ses complices, ils avaient entrepris de se faire justice à eux mêmes. Donnant la chasse à Simone deBlasio, un de ces « diaboliques et séditieux » scorridori^ ainsi qu'à son fils c presque plus dangereux que lui* », ils les atteignaient dans une vigne, les tuaient à coup de hache, leur fendaient la tète

^ C'est de Tommaso Strozzi fugitif que sortit la branche des Strozzi de Mantoue. Voy. Âmmiralo, XIV, 758.

< Boniasegni, p. 651 ; Àmmirato, XIY, 757.

* Une provision du 9 décembre 1378 (ProwUionit LXYIII, 103) donne à Giorgio Scali l'autorisation d'aller pour cet objet à Pérouse.

^ Ser Naddo, p. 38 ; March. de Coppo, XI, 901. Lettre à Ch.deDurauo,

loc. cU.

* f Yir diabolicus et seditiosiu una cum filio qui ferme pestilentior erat pâtre.» (Lettre à Ch. de Durano,^. cit.)

372 TRIOMPHE DES POPOLANI. (Ah. 1582)

jusqu'à la bouche, les traînaient la corde au cou jusque sur la place, et aux deux cadavres coupaient la main. Un seul cercueil recevait ces misérables restes, et demeurait à la merci des enfants, qui, par manière de jeu, brisaient le couvercle à coups de pierres. La puanteur cadavérique, devenue intolérable, décida seule, après plusieurs jours, à jeter le tout dans TArno*. El loin de blâmer cette répression cruelle autant qu'illégale, la seigneurie, écrivant sur ces faits à Charles de Durazzo, la disait accomplie « par la très-juste colère du peuple, à la grande joie de toute la ville, heureuse de retrouver la gloire de l'ancien état, où les premières familles, avec d'autres discrets et vertueux citoyens, avaient coutume de gouverner* ». L'aveu du but poursuivi était vraiment dénué d'artifice : les gens qui chantent la palinodie sont souvent cyniques avec naïveté. Un tel revirement aurait dû choquer, venant d'une seigneurie non moins populaire que les précédentes ; mais il ne choqua point un peuple mobile qui s'y associait au moins en partie, et l'on put, sans péril immédiat, le punir de ses excès en les imitant.

Qu'il y eût parmi les vainqueurs des sages, des hommes de bien qui ne voulaient pas qu'on abusât de la victoire, le fait n'est pas douteux. Les documents nous les montrent recommandant la clémence, proposant d'accorder trois jours à la fuite des condamnés, d'intro-

* Diario d'anonimo, p. 434; ser Naddo,p. 38 ; March. deCoppo.XI, 902; Amrnirato, XIV, 758.

* a Fer justissiinum furorem populi sunl occisi. • (Lettre à Ch. d« Durazzo, loc, cii.) « Ejectaque pestisilla quasi morlificus humor hune populum ad salutem reduxil et in prisci status gloriam qua optimales cum aliis discrclis et virtuosis viris solili sont regere collocaYit. » (Lettre aux Bolonais, 18 janvier. Sign. cari, mm,, XIX, 212.)

(Ah. 4382) IMPUISSANCE DES MODÉRÉS. 573

(luire des réformes dans les statuts sans donner balie à personne, ou mieux encore, de les respecter tous sans y rien changer, pas même à ceux qui consacraient les droits des petites gens, enGn, de préposer à la tranquillité publique des hommes « non passionnés », pris aux deux extrémités de l'échelle, parmi les artisans et les scioperati\ Mais c'eût été s'arrêter à moitié du chemin, et les résolus devaient aller jusqu'au bout. L'énergie, en ces heures décisives, a raison de la prudence. Il s'agit bien de réprimer quelques «tyrans» soutenus du menu peuple! Ce qu'il faut, c'est remonter le courant, revenir à cet âge d'or du règne àespopolanij qui n'avait été, pour ceux qui le subirent, qu'un âge de fer.

Le mensonge de quelques-uns devient alors vérité pour le grand nombre. Les malins disent, la seigneurie écrit, les naïfs croient que le triomphe des guelfes est assuré, comme s'il eût jamais fait question V Giovanni de Gambie promène par toute la ville une bannière de la parte gitelfay aux armes delà maison d'Anjou, et il est escorté

^18 janvier 1382. Vannes de Quarata : o Quod inquisitis et condemnalis detur terminus trium dierum ad exeundum civitatem et comitatum, sed non fîat de hoc scriptura. Imo occulte ponantur ex civitate ita quod recédant. » — Filippus Cionetti : « Quod fiât justicia cum cleroentia. Et quod eligantur aliqui ad providenduin super statu civitatis sine balia,8tantesemper firmo statu et honore artificum et aliorum. » — Andréas Jacobi Collini : t Quod Domini eligant illos et quot cives volent artifices et scioperatot qui non sint passionali quod sine intenrallo provideant circa Iranquillitatem civitatis. » — Francesco Bruni : < Quod slatus non tangatur. • (Coiuii/te, XXn,i13v.)

* « Multa que sunt ad honorem et statum guelforum civium non optîroorum per Dei gratiam in nostre auctoritatis manibus féliciter secutara, ut cognoscat Vestra Serenitas, tota Ytalia possit advcrtere inextinguibiles esse guelfos in civ. Flor. nec forent, ut multi forsitan cogitabant, guelfe partes nomen in bac urbe mortuum vel sepultuni. • (Lettre à Ch. de Durazzo, loc. cil,)

574 RÉACTION MODÉRÉE (An. 1382)

du quart de la population en armes ^, criant c jusqu'à se dessécher le gosier » : — Vivent le peuple, la parte gmlfa, les artsM — Le capitaine multiplie le» procès, les sentences de bannissement et de mort. Il fait couper la tête au scorridore Feo de Piero, fabricant de cuirasses, et à un juge même, Donato des Aldighieri (18-20 janvier), ce qui n'empêche point la seigneurie d'écrire que cette révolution s'est accomplie sans effusion de sang^ Il donne le ceinturon de chevalier à ceux qui l'avaient refusé de la main des ciompi\ De la sienne vingt personnes le reçoivent, ou plutôt dix-huit, car deux, qu'il a désignés, se dérobent à cet honneur : Michèle de Yanni et Giovanni de Gambie, le t probe, sage, cher et honoré citoyen* » qui venait pourtant de promener le gonfalon de la parte. Un troisième, de nom obscur comme eux, accepta par vanité. Tous les autres appartenaient à d'illustres familles : les popolani rentraient en faveur, reprenaient le haut du pavé.

Ge n'est pas qu'on osât encore systématiquement exclure les petites gens. Beaucoup d'entre eux, artisans de la laine, ciompi même, quoique le gros de ceux-ci

* Ser Naddo, p. 39. 12000 hommes, dit la seigneurie. (Lettre à Ch. de Durazzo, loc, cii,) Cf. Âmmirato, XIV, 758.

* < Quid fuit videre universum populum, luque ad mulieres et parrulos, gloriosissimum partis guelfe nomen usque adgutturis rancedinem iterare!ff (Lettre à Gh. de Durazzo, loc'cit.) t Âcclamalo per omnes urbis yicos eum ingenti gaudio felicissimo nomine partis guelfe.... subvexUlo guelforum. » (!•' et 2* postscriptum à la lettre aux Bolonais, loc, cit,) Cf. Sozomène,R. i. S., XVI, 1121.

' Hodie, 20 jan. faclajustitia duorum sine cède et sanguine et sine quacunque noxia novitate. » (!*' postscriptum à la lettre aux Bolonais, loc. cil.) Cf. Lettre à Charles de Durazzo, loc. cil,, p. 531 ; March. de Goppo, XI, 901, 902; Diario (Tanonimo, p. 435 ; Ser Naddo, p. 39.

* Ammirato, XIV, 758.

» Ser Naddo, p. 39. March. de Coppo (XI, 902) dit ; Vanni de Michèle.

(An. 158S) DANS LES PREMIERS JOURS. 375

continuât de bouder \ se joignaient aux popolani et aux grands, arrêtant, avec eux, sur le Mercato nuovOj les termes d'une pétition pour la réforme de l'État et le rappel des bannis*. On trouve de ces petites gens parmi les richiesti que convoque la seigneurie', et jusque dans la commission de quatre-vingt-quatorze membres qui recevait balie de procéder aux réformes*. Il faut temps à tout.

L*œuvre de réaction, d'ailleurs, ou, si Ton veut, de réparation, n'en était pas moins hautement avouée. Les seigneurs se plaisaient, dans leur correspondance, à montrer la balie restituant leurs droits aux gens des arts fait magnats, frappés du divieto^ mis à terre ou, comme nous dirions, à pied*, durant cette sinistre période de quarante-trois mois; ils la représentaient ouvrant les portes de la ville à tous les exilés récents*.

* i Ve n'ayea assai in Signa scardassieri, pettinatori e altri laYoranti di lana che non ayeano bando e per isdegno che non erano signori di Firense corne furono,staYano a Siena a lavorare. • (March. de Goppo, XI, 851.)

* Boninsegni, p. 652 ; Ammirato, XiV, 758.

' Sur cinquante-deux richiesU^ on en compte douze des petits métiers, et plusieurs dont le métier n'est pas indiqué, mais dont le nom est obscur. Voy. March. de Goppo, XI, 903.

^ Cette commission se composait des prieurs, des collèges et de cinquantedeux autres membres. — La seigneurie aux Bolonais, 20 janvier, et à Charles de Durazzo, 21 janvier, à la suite du Diario d'anon., p. 530,531. Ser Naddo, p. 39, 40; March. de Goppo, XI, 902. Ge dernier donne quatrevingt dix-huit membres, mais il se contredit, et le chiffre donné par la seigneurie fait foi .

■ f Frivali et devetati ab officiis vulgariter dicebantur posti a sedere. • • (Provision du 21 janv. 1382 dans G. Capponi, 1. 609.)Cf. Ser Naddo, p. 45.

^ c Sciiicitalis de more nostro in secreto scrutinio votis, nemine discrepante, cunctos quos civica peslis que jam mensibus 43 effervuit ab honoribus prohibuerat vel gravissimis magnatum subjecerat legibus, prima deliberatio nostra in pristinum statum leposuit, etc. • (Lettre & Charles de Durazio, loc. cit,) Les actes de cette balie ont été publiés par Gino Gapponi, t. I, append. 9. Yoy. p. 609.)

376 POLITIQUE NOUVELLE. (ks. mî)

celles des prisons à quiconque y était détenu pour aulrc cause que pour dettes \ Ce qu*ils laissaient dans Tombre et que nous devons remettre en lumière, c'est ce qui caractérise la politique nouvelle. En supprimant les condamnations, Ton n'exceptait pas, comme jadis, les bannis qui avaient pactisé avec les ennemis de la République, envahi son territoire, occupé ses forteresses : c'est que les popolani grossi venaient de commettre, dans leur exil, tous ces actes qu'ils avaient tant reprochés aux magnats. En rappelant les bannis, on ajournait à la fin de février leur rentrée*; on envoyait même dans le contadOj sons peine de perdre à jamais le bénéfice de leur rappel, ceux qui avaient déjà reparu' : c'est qu'on voulait, d'une part, imposer des trêves ou des accords définitifs aux citoyens que séparaient des inimitiés privées*, et indemniser les acquéreurs des biens de rebelles, pour rétablir les rebelles en jouissance dès leur retour*; d'autre part, faire en sorte qu'on ne pût attribuer aux exilés les mesures infiniment plus graves qu'on allait prendre, et dont tant de Florentins devaient souffrir*.

* (( Pro quocumque Yel occasione cujuscumque delicti,malefitii,criininis Tel excessus aut injurie vel offense et seu quacumque alia causa.... exceptis dumtaxal iilis qui ibidem detenti seu reconamendati essent pro debito vel obligatione ad quod vel quam tenerentur alicui singulari persone. • (Actes de la Balle, dans G. Capponi, I, 612.)

* Ibid., p. 611. Cf. Marcb. de Coppo, XI, 904; Diariod'anon., p. 435. ' Ser Naddo, p. 43.

* (( Feciono che tutti gli sbanditi per privata ofTesa fussero ribanditi e fussero costretti a triegue e paci secondo la convenenza. » (Marcb. de Coppo, XI, 905.)

'^ Nous voyons en effet dansscr Naddo (p. 43) qu'ils devaient être rétablis dans leurs biens, « senza danno del compratore. »

* Parmi les personnages compris dans les mesures réparatrices, il faut compter Ridolfo de Gamerino, qui ne le méritait guère par sa conduite durant la guerre contre le Saint-Siège. Mais sans doute il avait aidé les

(An. 4582) EXIGENCES DE LA LAINE. 377

La cheville ouvrière, selon le conlemporaiii ser Naddo, ce fut l'art de la laine^ Trois jours durant, pour protéger, disons mieux, pour surveiller les délibérations de la balie, il se tint en armes au Mercato nuovo^ où il était chez lui. Ses vieilles haines ravivées exigeaient la suppression des deux arts formés de ses plus humbles artisans, et qu'on avait épargnés naguères, en supprimant le troisième. Dans la soirée du 20 janvier, sans attendre qu'une décision intervînt sur sa requête, il courait aux boutiques maudites, y brisait tables et bancs, jetait écritures et livres de comptes dans la rue, dans le ruisseau\ Il faisait de Tordre avec du désordre, procédé de tous les temps.

Prenez garde ! disaient aux autres arts mineurs les deux arts menacés, prenez garde! on ne s'arrêtera pas en si beau chemin: ce sera bientôt voire tour! — Pour sage que fût l'avis, peu le comprirent. Des artisans en armes vinrent crier sur la place : — Vivent les vingt-trois arts! — mais ils criaient sans confiance, s'avançaient pêle-mêle, courant au hasard, « d'une manière bestiale » , dit Marchionne*. Ils s'étaient trompés d'heure; le vent ne soufflait plus de leur côté : les bouchers, hommes

popolani gratti dans leur lutte contre le menu peuple. Naturellement on n'avoue pas le vrai motif : « Quam plurimos.... anno 1377 contra ipsum D. Rodulfum.... prêter yeritatem multa et varia sinmlate et nequiter suggexerunt.. . DD. Priores.... fide dignis relatibus informati dictum.... Rod. semper honores dicti populi et com. fuisse omni fide et studio prosecutum, nec dicto vel facto amicitia, fide et devotione aliqualiter divertisse. • (Provision du 15 mars 1582, à la suite du Diario d'anon.t p. 254.) — C*est un véritable acte d'accusation contre les seigneuries de ce temps là, dressé par des adversaires victorieux.

* « L*arte délia lana fu cagione d*ogni bene che ne seguiô e ne seguirà. • (Ser Naddo, p. 40.)

* Diario d'anonimo, p. 455 ; ser Naddo, p. 45. ' March. de Goppo, XI, 905.

578 SUPPRESSION DE DEUX ARTS MINEURS. (Am. i38S)

d'action par excellence, n'étaient pas avec eux. Il suffit à divere membres de la balie de parcourir la place, gonfalons de justice et de la parte en têle, pour la balayer, rallier les hésitants, poursuivre les mutins maltraités jusqu'à Or san Michèle. Tout le jour ils occupèrent le théâtre de leur facile triomphe, tandis que les prieurs, arborant au palais les bannières des arts conservés, ordonnaient de fermer les « boutiques » ou lieux de réunion des deux autres, a si bien qu'ils ne purent plus

se réunir* ».

Quoi de plus facile, dès lors, que de les supprimer, et de ramener ces humbles artisans sous le joug de leurs anciens maîtres'? S'il fallait en croire notre chroniqueur anonyme, ceux là même qu'atteignait cette suppression brutale seraient rentrés avec joie dans l'obéissance*. La joie est de trop : c'est plutôt résignation qu'il faut dire. Après un long chômage, inévitable effet de tant de troubles, les pauvres gens devaient accepter toute situation régulière, qui leur permit de vivre en travaillant.

Mais comme on redoutait d'eux quelque retour d'ambition, les précautions nécessaires furent prises pour leur fermer l'entrée de la vie civique. Il fut résolu qu'à partir du 1*' mars, le gonfalonier de justice serait toujours tiré des arts majeurs; que ces mêmes arts fourniraient, à eux seuls, quatre des huit autres membres de la seigneurie, neuf des seize gonfaloniers, sept des douze huonuoinini; que ces proportions seraient observées pour les neuf capitaines de la parte, leurs douze prieurs

' Di che gli artefici non si poterono più ragunare. • (Ibid,) * Actes de la Balie, dans G. Capponi, I, 612, 613. ' i E sono ciascheduno contenti d'essere sottoposti a quel!* arte e consoli com' erano in prima. » (Diario (Tanonimo^ p. 455.)

(An. 13SS) PRËPONDÉRANCE ASSURÉE AUX ARTS MAJEURS. 579

et leurs seize conseillers de crédence, « puisque cet office était modelé sur la seigneurie » ; que dans tout office comprenant huit popolani, cinq d'entre eux seraient des arts majeurs S et dans tout office de dii, quatre seulement des arts mineui^s; que ceux-ci, dans tout office de quatre, auraient tour à tour un et deux représentants, et dans la répartition des charges de podestat ou de châtelain, trois sur huit. Les autres charges du dehors, — elles sont énumérées dans le document, — ne devaient plus appartenir qu'aux arts majeurs*. Une seule exception était faite pour les ambassades. Comme la seigneurie les conférait, et non le sort ; comme des vainqueurs sont toujours libres de ne les point confier aux vaincus, ceux-ci continuaient, en droit, d'y être éligibles, sauf, en fait, à n'y pas être élus.

Restaient, dans cette restauration de l'inégalité, les conseils du peuple et de la commune, dont le vote pouvait seul donner force de loi aux décisions de la seigneurie et des collèges. Le conseil du peuple se composait, on Va vu, des capitvdini et autres officiers, plus quarante citoyens par quartier, dix par gonfalon'. Six

* In quolibet offitio in quo populares enint octo numéro, sint de tali numéro quinque de et pro membro seplem majorum artium et scioperatorum et tre de et pro membro quatuordecim minorum artium. • (Actes de la Balie, dans Capponi, I, 614.) Il est clair que malgré la disposition qui établissait une majorité légale des deux tiers, on attachait une importance au moins morale à la majorité numérique.

* 11 n'y a de combinaison différente que pour les officiers de la Marchandise. Ils seront sept au lieu de neuf, i et non ultra. • Cinq d'entre eux appar^ tiendront aux cinq principaux arts majeurs, d«ux aux arts mineurs auxquels est adjoint pour la circonstance l'art majeur des fourreurs et peaussiers.... (Ibid,, p. 615.) Ici il ne peut être question que de six arts majeurs, puisque le septième c'est celui des juges, qui n*a rien à démêler avec la marchandise.

^ Voy. plus haut, mémechap., p. 308.

580 CONDITION FAITE AUX MAGNATS. (An. i58i)

de ce groupe rudimentaire appartiendront désormais aux arts majeurs et quatre aux arts mineurs. Dans le conseil de la commune, composé de même, sauf que, sur quarante membres, chaque quartier doit fournir dix magnats, rien nV^t modifié \ Les magnats avaient pourtant leur part dans la victoire : ils étaient remis dans leur situation moins abaissée de mai 1378; on leur assurait deux places dans tout office de huit popolaniy une dans tout office de moindre nombre, deux parmi les Dix de liberté, cinq parmi les podestats ou châtelains. Mais le vieux et démocratique levain de la défiance, toujours en fermentation au cœur des popolani, mettait aux faveurs accordées cette condition expresse que deux magnats ne se succéderaient point immédiatement dans ces charges, ne les exerceraient point simultanément au même lieu. Il faisait maintenir contre les anciens parias le tambour aux dénonciations S véritable épée de Damoclès, et il arrachait à Marchionne, aussi hostile aux nobles qu'à la populace, cette appréciation de la loi qui leur accordait en rechignant quelques maigres avantages : a Loi dotestable, car l'inscription parmi les grands avait châtié beaucoup decrimes,de meurtres, d'assassinats. Examiner séparément, faire un choix des moins coupables, voilà ce qu'il fallait. Mais non ! Tous furent relevés de leur déchéance, à cette double condition de faire la paix avec les fauteurs de leur condamnation, et de rester trois ans sans offices' t.

* Aclesde la Balie,dan8 G. Gappooi, I, p. 614-617.

* Ibid,, p. 617, 618. Le Diario (Tanonimo (p. 455) dit au contraire que le tambour fut supprimé ; mais le texte officiel fait foi : < Quod tamburum ordioatum contra magnâtes sit et slet 6rmum, • etc. (p. 618). Le Diario ne rapporte peut-être qu'une rumeur. March. de Coppo ne dit rien de ce fait.

» March. de Coppo, XI, 912.

(Ak. 1382) CONCESSIONS AU MENU PEUPLE. 381

Ainsi furent levées toutes les prohibitions et inhabiletés des Ricci et des Albizzi, de leurs innombrables parents et comorti\ Quant au peuple, dont il fallait acheter le silence, à défaut de son approbation, il obtint quelque allégement h sa condition misérable. Les débiteui^ de la commune sont affranchis des condamnations par eux encourues; ils ont jusqu'à la fm de mars pour s'acquitter*. Est supprimée la gabelle qu'on avait mise, deux années auparavant, sur les bœufs de labour; à ceux qui l'avaient payée le trésor restitue même leur argent \

Selon l'usage, au lendemain des victoires de parti, une révision des bourses s'imposait à la seigneurie. Elle avait décidé, le 23, qu'il y serait procédé le plus tôt possible*. Mais ce terme vague ayant mécontenté les impatients, dans la matinée du lendemain 24 toutes les boutiques de la laine se ferment, tous les gens de l'art se réunissent en armes et exigent que l'opération ait lieu sans retard. On n'avait rien à leur refuser. Ayant obtenu satisfactions ils retournèrent sur le soir à leur logis, en concorde et en paix. Pour les contemporains , c'est à partir de ce moment que l'ordre est rétabli, que Flo-

> Actes de la Balie, dans G. Capponi, I, 619.

• Ibid.

' Âmmirato le jeune, XIV, 759.

*■ DD. Priores délibéra verunt quod quam citius fieri poterit, 6eri debeal scniptinium omnium et singulonim offîtionim Comunis. » (Actes de la Balie, dans G. Capponi, 1,617.)

^ Diario (Vanonimo, p. 436 ; ser Naddo, p. 44. « Àudita congregatione populi florentini et ipsis relato quod intendunt et volunt quod cedule eiistentes in hursis ofGtionim priontus et yexilliferatus juslitie et eorum coU legiorum comburantur et siiniliter registra ipsorum offitionim, quod statim capse iu quibus sunt dicte burse et registra apporteotur in palatio et subito comburantur cedule et registra....! (Actes de la Balie, dans Capponi, 1,617.)

382 RELÊGàTIONS PRONONCÉES. (Av. i38S)

rcncc reprend son assiette, que tous les artisans sont, comme par le passé, docilement soumis à leurs consuls ^

L'œuvre violente de pacification n^était pourtant pas terminée encore, tant qu'on n'aurait pas terriGé, écarté, supprimé au besoin ceux des principaux adversaires que la balie n'avait pas déjà confinés ou déclarés rebelles*. Avec Obizo des Alidosi, d'Imola, l'énergique capitaine du peuple, maintenu pour six mois dans sa charge; avec Gante des Gabbrielli d'Agobbio, désigné dès lors pour lui succéder parce que, lui aussi, il avait fait ses preuves, et maintenu à son tour pour un second semestre', les vainqueurs s'étaient assuré, jusqu'à la fin de 1383, de dociles et vigoureux instruments. Le 4 fé^ vrier, vingt condamnations sont prononcées; le 5, douze; le 7, vingt encore\ Parmi les relégués du 5, se trouve, malgré ses grands services et sa circonspection prudente, Salvestro des Medici^ avec son fils'. Jacopo Strozzi, fils de Tommaso, Branca Scali, fils de Giorgio, portent la peine du péché originel et surtout du désir qu'on leur suppose de venger leurs pères, l'un mort, l'autre en exil à jamais*. Le 14 mars, vingt-cinq proscriptions : dans le nombre, Michèle de Lando, confiné à

* < E hanno fatto che tutti arlefici si saranno sottoposti a loro consoli, com' erano in prima, ciascuno :i!'a loro volontà. • (Diario (Tanonimo, p. 436.)

» Ammirato, XIV, 760.

' Liste des off. forent. Actes de la Balie, Minutario, dans préf . au Diario (Tanonimo; March. de Coppo, XI, 911; Ammiralo, XIV, 759.

* Ser Naddo, p. 45.

■ Salyestro fut envoyé k Lucques, selon ser Naddo (p. 45); à Modène, selon March. de Coppo, XI, 910.

^ March. de Coppo, XI, 910, 918. Dans ces listes de condamnés, on relève un Pagolino des Gerchi. C'est un nom qui reparait bien rarement depuis le temps des Blancs et des Noirs.

(An.* 1582) CONDAMNATIONS A MORT. 583

Chioggia, aux lagunes de Venise, dans un complet oubli de ses semées. Toujours fougueux, supportant mal sa disgrâce, il devait bientôt rompre son ban, qui le tenait à la distance d'au moins cent milles, venir à Lucques pour marcher sur Florence et y provoquer un soulèvement, stérile tentative qui appela sur sa tête une condamnation par contumace à la potence et à la confiscation (27 novembre 1383)*. Deux mois auparavant (11 septembre), quarante -trois citoyens avaient été pendus; onze jours après, trente-quatre autres le furent. Un document ofOciel permet de relever cent soixanteune condamnations à mort', chiffre énorme, après dixhuit mois de règne, même pour ce temps et ce pays.

Soit esprit de vengeance implacable, soit forte volonté de s'affermir, Toligarchie triomphante ne pensait point à faire grâce. Quiconque avait été des Huit de la guerre, fut poursuivi, chassé ou tué, sans préjudice de la conGs* cation. Longtemps, la malveillance publique s'acharna contre leurs descendants'. En 1587, un miséricordieux oubli ne protégeait pas encore les épaves du grand naufrage. Benedetto Alberti partait alors pour l'exil, lui qui s'était séparé de ses amis avant leur défaite, qui avait signalé leurs fautes, flétri leurs excès. Le crime qu'on

1 Spoglio di œndanne criminali del podettà e capitani. Arcb. di stato, cl. V, n' 86, p. 55 sq., dans Fossali, p. 87. — Michelo finit pourtant par être rappelé et il momrut h Florence en 1401. Voy. le registre mortuaire de Santa-Croce, où il fut enterré.

* Spoglio di œndanne^ elc, dans Fossati, p. 87.

^ c Vennono in malcvolenza di tulla la nostra cittadinanza, e ancora al di d'oggi sono sospetli i loro disccndenti al rej^gimenlo. • (Giov. Morelli, Cronica, p. 289.) Morelli, né en 1571, prieur en 1426,gonfalonier de justice en 1441 et mort dans cette charge, commence sa chronique en 1595. Voy. la préface, p. 10. G*est donc plus tard encore qu'on gardait rancune aui descendants des Uuit Saints.

58 i JUGEMENT DES CONTEMPORAINS. (As. iSSÎ)

lui fit expier, c'était de ne pas approuver les violences des arts majeurs plus que celles des arts mineurs. Parli pour la Terre sainte, il mourut à Rhodes, quelques mois plus tard (1388), avec un de ses nevenx*. C'est une génération tout entière qui disparait. Ceux qui en étaient l'honneur et que les factions laissaient en paix iinir leur vie, ont déjà quitté la scène du monde, Pétrarque en 1374, Boccace en 1375*.

C'en était fait : l'oligarchie des popolani grossi ressaisissait la domination, que les popolani magri avaient voulu d'abord partager avec elle, puis, sur son refus, lui arracher. Était-ce le triomphe de la raison sur la folie, de la justice sur l'injustice? Pas plus que celui de la modération sur la violence. « Ce gouvernement, dit Machiavel, ne fut pas moins injurieux envers les citoyens, moins lourd dans le principe que ne l'eût été celui de la plèbe' ». C'est parler d'or,'comme il convient à l'impartiale postérité. Mais ni les modernes n'ont toujours eu celle haute sagesse, ni à plus forte raison les contemporains ces vives lumières. Ser Naddo

« Ser Naddo, p. 99.

* Nous croyons devoir passer sous silence (out ce qu*on LrouYe dans les auteurji, pour ce temps où toute la vie de Florence est ï rinlérieur, sur les aUces et venues des compagnies, sur les négociations avec elles, sur Tattitude d'Hawkwood. Beaucoup d'inquiétudes, aucun fait importmt, en voilà le résumé. On peut voir March. de Coppo, XI, 907 ; ser Naddo, p. Ah ; Diario (TanonimOf p. 456, et Amiiârato, XIV, 758, 759. — Une lettre de la seigneurie (10 juillet 1381) voulant retenir Everurd, comte de Landau, au service de la Kép. décrit ainsi les ravages des compagnies : < Predandi studio hinc inde discurrunt, rapinas, incendia, capturas et homicidia committendo, civitatesque et miseros populos ad asperas redemptiones impellunt. » (Sign.cart. miu.^ XIX, 150.)

' i Nèfu questo stalo meno ingiurioso verso isuoi cittadini ne meno grave ne' suoi principii, che si fusse stato quelle délia plèbe. • (Machiavel, lit, 48 A.)

Page 1