TENDANCES CRITIQUES DES ESPRITS
pour qu'on s'y attardât aux baroques subtilités de la science du baralipton. Tandis qu'à Paris on dispute sur Aristote, dont nul n'a vu le texte original, à Bologne et à Rome on commente les monuments authentiques du droit écrit. C'est la naissance de l'esprit critique, et, dès le berceau, il a des ailes, il ne ménage rien. Nulle part on ne s'attaque avec tant de vigueur aux chefs ecclésiastiques. Dante met déjà aux enfers des papes, Anaslase, Boniface VIII, Nicolas IIP. Boccace et Pétrarque le dépassent, l'un par la raillerie sur les choses, l'autre par l'invective contre les personnes. Pétrarque n'a que sarcasmes pour les vaines et bruyantes argumentations de l'Université parisienne : « Soyez, écrit-il à un jeune homme, un réel artisan et non un vide disputeur*. d La tyrannie en ses progrès n'aura garde de gêner cette tendance vraiment nationale. Plus habile qu'en d'autres pays, elle laissera libi*e une sphère d'action bien étroite, mais suffisante désormais à des âmes asservies, à des esprits sans larges horizons.
Un reste de tradition classique, il faut le reconnaître, favorisait, en Italie mieux qu'ailleurs, cet heureux mouvement vers des réalités saisissables. Sur le sol y abondaient les monuments ou leurs ruines. Ces contrées du sud, longtemps connues sous le nom de Grande-Grèce, maintenaient vivant le souvenir de la Grèce véritable*. Quand donc on voit une commune italienne se montrer curieuse des éludes, on peut être assuré que, sans négliger le droit canon et le droit romain, elle portera
* InfemOy XIX.
* « Contentiosa Parisios (FamiL, 1,5). — Cura ul lias non ventosusdisputator, sed realis artifex (SeniL, XIII, 5). » Voy. sur loul cela le récent et excellent ouvrage de M. Gebhart, Les Origines de la Renaissance en Italie.
' Voy. les déTeloppcincnls dans Gebhart,ch. it, p. 118 sq.
AW CRÉATION PROJETÉE
au delà ses regards, vers l'antiquité littéraire et les chefs d'œuvre qu'elle a laissés.
Ainsi fit Florence. Il faut dire un mot de ses efTorts pour relever le niveau de Tinstruction, pour en propager les bienfaits. Bologne donnait Texemple et comptait déjà plus de dix mille écoliers. Qu'elle accordât plus de place à l'enseignement des belles-lettres, de Tantiquité classique, et elle se mettait hors de pair. C'était un besoin nouveau, de jour en jour mieux senti. Dans les cours lombardes, aux érudits les honneurs : ils y trouvaient un asile sûr, un théâtre ouvert à leurs talents. Dans son royaume de Naples, le roi Robert passait de son bréviaii^e aux lettres, et du goût des lettres à la bienveillance envers les lettrés*. Pour maintenir son rang, Florence, dès les premiers jours de 1321, décrétait, sous le nom de Studio générale^ la fondation d'un établissement qui manquait encore à sa gloire, d'une Universilé'. La seigneurie s'y réservait la nomination des maîtres, des officiers et des bedeaux. Elle interdisait aux Florentins d'aller au dehors pour leurs études, mais du dehors elle appelait les étrangers : elle les alléchait par l'appât de tous les privilèges dont jouissaient les étudiants à Bologne, et dont elle arrachait au Saint- Siège la concession. Elle promettait à la gent écolière des vivres en abondance, les mêmes droits qu'aux popo-
* friudici (I, 279) lui conteste son rôle de Mécène; mais un homme versé dans les lettres comme il Tétait au témoignage deBoccace(Dtf (/enea/. Deor.^ XIV, 9) et de Pétrarque (JEp. ad post., Fracass., I, 8; Rerum memoran-^ dm-um, 1. I, en, p. ^05) pouvail-il traiter malles lettrés! Aurait-il obtenu leurs éloges? On ne saurait oublier la part qu'il prit au couronnement de Péti-arque et les honneurs qu'il lui rendit.
« Provisions du 6 février 1521, du 15 mars suivant. Le doc. est dans Prezziiier, Sloria del pubblico Sludioe délie socielà scientifiche e leUerarie di Firenze, 1. 1, p. 217, Flor., 1810.
D'UNE UNIVERSITÉ A FLORENCE. \î\
et, en outre, celui crélire leur Recteur, celui sur- (le n'être, le cas échéant, mis à la question, à la re, qu'en sa présence et devant plusieurs de leurs irades. Bon nombre d'entre eux se destinant à la salure, si même ils n'en faisaient déjà partie, la sion qui instituait le Studio promettait de les er, pour leurs méfaits, uniquement au tribunal de ^ue, et d'obtenir du pape, s'ils venaient d'autres ;, qu'ils n'y perdissent point leurs privilèges*, étaient là bien des avantages ; et néanmoins l'Univers lorentinene devait pas s'ouvrir de si tôt. L'ignorance ms, la jalousie des autres, les étroits calculs de ins marchands, les dissensions et les guerres de nage firent longtemps obstacle à l'accomplissement
si utile dessein V En 1334, on en était encore aux minaires, à engager timidement deux docteurs, pero de San Miniato et Cino de Pistoia, pour lire -ci les lois, celui-là les canons'. Pise allait plus m besogne : dès 1338 son Université était consti- \ Ce fut un coup d'éperon au flanc de Florence, itravaient pourtant la tyrannie du duc d'Athènes, londations, les disettes, la peste.
peste n'avait pas disparu encore que, le 29 août , la seigneurie chargeait pour deux ans huit de ses
\ mai 1321. Prowmoni, XVH, 108-110. Celle dernière faveur éUil demandée le 11 8eplembre1349. Voy.Carte$f(/]0 délia iign, fU%a X, . Brunelli, I, f» 65.
ly. L. de! Migliore, p. 381 ; Prezziner, I, 3. I mars 1334. Ammirato, VIII, 392.
ibbrucci opus 21 elFabroni, Hut, acad, Pis.^ 1, 46, cités par Prei- I, 3. En 1348 se fonde FUniversilé de Prague, la première d'iUe- ; en 1361, celle de Pavie; en 1365, celle de Vienne en Autriche, enmonl, Tav, Cron., à ces dates.