CHAIRE DE LA DIVINE COMÉDIE
les matières qui doivent, aux termes de leur engagement, faire l'objet de leur cours. De ces allures trop libres on accuse la négligence du Recteur ou ses connivences, et, recourant à la panacée universelle, on n'aura plus désormais que des recteurs étrangers ^ Mais la panacée ne guérit rien : le temps n'est plus où les citoyens des villes voisines, appelés à Florence pour y tenir un ofGce, s'y trouvaient assez dépaysés pour rester en dehors des coteries, comme des passions.
Dans ce désordre, pourtant, dans ce Studio si menacé, une chaire fut durable, celle où Boccace était chargé, le 12 août 1373, à titre d'essai et pour une année seulement, de lire la Divine Comédie. Ce qui sauva peut-être cet enseignement nouveau, c'est que, soit faute de place dans la maison Tedaldini, soit qu'il parût messéant de lire en un lieu profane un texte tenu pour sacré, Boccace prit l'église de San-Stefano a ponte pour théâtre de ses leçons*. Le succès en eut tant d'éclat que la chaire fut maintenue. Boccace n'en descendit que par la mort. Il est vrai que sa mort était prochaine'. Son cours ne dura que deux années : il n'avait expliqué encore que les seize premiers chants de Y Enfer. D'autres lui succédèrent, sans le remplacer, notamment Filippo Villani et Francesco Filelfo*. Son vrai successeur fut son élève, Benvenuto Rambaldi, d'Imola, qui alla continuer à Bologne le commentaire de « la bouche d'or de Certal-
* 28 septembre 1366. Prezziner, I, 36.
' Boccace inaugura ses leçons le 23 octobre 1373, avec un salaire de 100 florins (Monaldi, p. 332).
' Boccace mourut le 21 décembre 1375.
^ Voy. sur les lecteurs de la Divine Comédie^ Reumont, Tav, cron,, ann. 1381, 1385, etc., et Prezziner,!, 36, 37.
i28 RÈGLEMENTS DE L'UNIVERSITÉ.
do* f, car rexemplc donne par Florence fut bienlol suivi partout. La ville qui avait exilé Dante venait de consacrer sa gloire à jamais.
Quand éclata la guerre des Huit Saints, le Stmlio fut fermé, et ce n'est pas pendant le tumulte des ciompi ou la période agitée qui suivit, qu'on aurait pu le rouvrir. On n'y pensa qu'en 1385*, alors, que partait en foule, pour les universités du dehors, la jeunesse florentine. Deux années s'écoulent toutefois avant qu'aucune décision soit prise à cet égard', puis deux autres encore avant qu'on ait coordonné les statuts de cette intermittente institution. Le 14 février 1387, maîtres et disciples sont convoqués pour cet objet dans la Badia^BV le Recteur Napoleone Parisani. Trois docteurs et six écoliers de chacun des collèges canonique, juridique, médical, reçoivent mission de limiter l'autorité du Recteur, de fixer les attributions des officiers, les devoirs des maîtres, ceux des étudiants, leur costume uniforme, la procédure des examens et promotions^. On compte désormais cinq collèges, ou, comme nous dirions, cinq facultés : la théologie, le droit canon, le droit civil, la médecine, les arts, dans le sens universitaire de ce mot au moyen
' Muratori a publié, on le sait, le commentaire si heureusement conserté de Benvenuto d'Imola, comme il l'appelle.
* <( Decrevimus sacrarum legum atque libemlium artium stodium in civitate nostra reducere, quod quidem putamus ad totius Thusciac.... roagnificentiam redundare. Quid enim est videre Thuscos.... extra Thusciam scientiam quxrere et alienae nalionis vinshanc studiorum gloriam per ignaviam condonare? » (Doc. dans Prezziner, I, 58.)
' « Atiendcnles circa baliam dandam officialibus Studii noviter creandi et ordinandi in civ. Flor. vigore reformationis. » 14 juillet 1385 (Doc. Y dans Prezziner, I, 235.)
^ Voy. Staluti dello Studio fior, di 1387. Le doc. est dans Prexziner, I, 237. Voy. en outre cet auteur aux pages 44-46.
ESPRIT DE LÀ RENAISSANCE. 42t)
âge*. C'est la constitution déGnitive du Studio^ mais nullement une garantie contre le retour de ses précédentes vicissitudes : pour ne pas étendre nos regards au delà des premières années du quinzième siècle, nous voyons les portes de l'Université florentine fermées de nouveau en 1404, rouvertes en 1412*. Florence aura beau faire, si elle brille dans les lettres d'un éclat sans pareil, jamais elle ne deviendra, en Italie, le principal foyer du haut enseignement.
L'esprit mercantile, qui dédaigne les études ou lésine sur la dépense, explique en partie, mais n'explique pas seul cette contradiction singulière. Déjà s'éclairaient les horizons séduisants de la Renaissance, tandis que le Saint-Siège cherchait à établir dans Florence une de ses citadelles théologiques. La prépondérance que la théologie avait prise dans le Studio^ témoignait trop de. ce dessein pour ne pas détourner les intelligences cultivées ou cultivables d'un établissement où soufflait l'esprit du passé, où se retranchait un ennemi que l'on combattait par les armes. En un sens seulement, et bien malgré elle, l'Église servait la cause réservée au triomphe : l'étude du latin , qu'elle imposait pour méditer les textes saints, donna plus de prix à la découverte des manuscrits de Tantiquité, à la lecture des profanes auteurs de Rome païenne, que le hasard ou une recherche curieuse ramenait au grand jour.
Pétrarque et Boccace ne furent point, comme on l'a souvent dit, les promoteurs de cette immortelle cam-
* Statuli, etc., rub. 74, sous ce litre : Quotuplex esl coUegium. Yoy. Preiziner, I, 35.
' G. Gapponi, I, 554.
5 Voy. Osser, fior., I, 80; iVozziiicr, i, 55.