‹ Histoire de FlorenceChapitre 8 sur 102 · URBAIN V ET CHARLES IV EN ITALIE LES ALBIZZI ET LES RICCI · texte numérisé non relu

URBAIN V ET CHARLES IV EN ITALIE LES ALBIZZI ET LES RICCI

Urbain V invité par les Florentins i revenir en Italie (3 février 1365, 19 octo* bre 1566). -- Crainte d'un nouveau voyage de Cliarles lY en Italie. — Mesures pour diminuer le pouvoir de la' parte guelfa (3 novembre, 8 décembre). -^ Urbain V en Italie (31 mai 1367). — Ligue formée par le pape en dehors des Florentins (31 juillet). — Charles IV de nouveau en Italie (5 mai 1368), et i Lucques (4 septembre), i Siemie et i Rome (octobre). — Son retour en Toscane (28 février 1369). — Accord avec les Florentins et les Pisans (l*' mar»). — Liberté rendue à Lucques (6 avril}. — Départ de l'empereur (3 juillet). — Attaque des Florentins contre San Miniato (11 août). — Ligue avec le pape (20 novembre). — Défaite des Florentins à Cascina (5 décembre). — Excursioo d'Hawkwood sur le territoire florentin. — Prise de San Miniato al Tedesoo par les Florentins (9 janvier 1370). — Défense de Pise contre Hawkwood. — Campagne de Lombardie. — Retour d'Urbain Y à Avignon (septembre). — Paix entre Bemabô et la ligue (2 novembre). — Agitations intérieures. — Alliance momentanée des Albizzi et des Ricci (octolu'e 1371). — Pétition de Lapo de Castiglionchio et provision en faveur de la parte (27 janvier 1372). — Conjuration aristocratique contre les factions (mars 1372). — Réformes opérées : les dix de liberté, les sept de marcliandise, etc. — Efforts de Migliore Guadagni pour réprimer les Albiazi (janvier 1373). — Revanche de la parte (mars). — - Nouvelles luttes au sujet de V ammoniiione (mars 1374). — Guerre contre lei Ubaldiui (décembre 1372). — Leur soumission (5 mai, 28 septembre 1373).

Dans le repos relatif dont Florence jouit quelques années S sa politique s'efforçait de ramener à Rome le

* Pendant près d'une année, Florence cesse d*avoir une histoire, non parce que les historiens manquent, comme Ta cru Léo (1. VII, ch. m, t. II, p. 155), car Filippo Villani a des successeurs, auxquels Amrairato reproche de tout omeltrc cuire la paix avec Pise et la seconde venue de Charles I? (Xll, 653), mais parce que les faits font défaut : on peut le toit en dé-

(ia. i365) U PAPAUTÉ A AVIGNON. 57

Saint-Siège. Les succès du légat Albornoz profitaient à rÉglise. S'il avait pu réduire les seigneurs sur le Patrimoine, ne pourrait-elle, à la tête des guelfes, chasser, comme écrivait la seigneurie, a les ennemis qui dévo-raient la substance et buvaient le sang des Italiens^? » Son intérêt la rappelait en Italie. Qu'était devenue son indépendance au Comtat, enclave de ce royaume de France qui fournissait les papes et la plupart des cardinaux? Résister au roi très-chrétien, elle ne l'essayait même plus. En attendre des secours contre les compagnies, vaine chimère : dans l'anarchie désastreuse que ne réprimaient pas les lointains et impuissants Valois, le peuple dÂvignon, sous Innocent VI, avait dû par trois fois monter sur ses murailles pour les défendre, ou se racheter du pillage par de grosses contributions.

C'était, d'ailleurs, le sentiment général dans la péninsule qu'en y ramenant la cour pontificale on l'arracherait à la corruption. Tenue pour lieu d'asile comme les églises, confinant aux trois nations française, allemande, italienne, Avignon en recueillait l'écume, s'infectait d'un mal contagieux, méritait le nom deBabylone occidentale. Les mœurs des ecclésiastiques faisaient scandale. Pétrarque incessamment tonne à ce sujet',

pouillant les archÎTes florentines. Les années suivantes sont elles-mêmes pra fécondes, jusqu'à la grande guerre dont il sera question au chapitre nivint

* < Ytalicoruin substantias et sanguinem deglutire demolientur. » 3 fé- ^ier 1565. (Sign. cart. miss., XIII, 53.)

• Voy. notamment FamiL, IX. 6; XII, 2; XX, 9, 14; Senil., VU, \ ; 1XM.2; X, 2; Xllf, 13; EpisL sine iitulo, 8, 9, 12, 15. Le nom d<; BabyloDe est plusieurs fois dans cette dernière épitre. Baluze a répondu en i^toamant Taccusation contre les papes résidant h Rome, et ce passage a ^t mettre sou livre à Tindex. Voy. Vitœ pap. Aven., 1. 1, préf., p. 4, et ^^^ note manuscrite au frontispice de Texemplaire de la Bibliothèque na- Me k Paris.

58 UIIBA1.N Y SOLLICITE (Ah. i56

et ses plus modérés contemporains s'indignent coma lui.

Or, pour la première fois, depuis la a captivité ( Babylone, » un pape jaloux de sa liberté occupait siège de Pierre. On se rappelait, on se plaisait redire qu'Urbain V, n'étant encore qu'ambassadeur Naples, s'était écriée en apprenant la mort d'Inn cent YI, ce que si, par la grâce de Dieu, il voyait nouveau pontife revenir en Italie, sa véritable dcmeur il mourrait avec joie le lendemain*. » Pour réaliser S4 rêve, loin de mourir, il n'avait qu'à vivre, puisque céU lui qu'avait exalté le sacré-collège, à la place d'Inn cent VI, Quoiqu'il fallût compter avec l'opposition de France', et mener l'entreprise comme un complot, i pouvait espérer qu'il n'y renoncerait point : ardent extirper la venimeuse race des Visconti, il manqua pour le faire, de confiance dans ses légats, et il ne ferait bien lui-même que de près*.

Qu'il revint donc en Italie, a comme dans ses pénal propres, où il trouverait liberté, honneur, sécuril repos, grande gloire et continuelle exaltation \ x> voi ce que lui criait Florence. Peut-être y eût-elle mis moii de zèle, si elle avait prévu ce qu'allait imaginer le poi

« Matteo Yillanî, XI, 26.

* Dès le 24 décembre 1563, Nicole Oresme, au nom de Charles adressait à Urbain V et aux cardinaux un discours où il essayait de 1 retenir à Avignon, a ombilic du monde, en terre française, la plus re gieuse de toutes depuis les Druides, )» preuve que le projet de translati était connu. Trois ans après, autre harangue d'un nouvel envoyé de Frani dont voici le début sous forme de dialogue : c Père, où vas-tu? — À Ron — Te faire cruciGer de nouveau! » — (Du Uoulay, Hisi. Univ., IV, 3Î J. V. Le Clerc, Discours sur le XIV* siècle, art. Papauté. Uisl, lUL de France, t. XXIV, p. 25. Cf. Capecelatro, I, 94, Mézières, 501.)

' Ammiralo, XÙ, 658.

♦ 5 févr. 1565. Sign. cart, miss,, XIII, 55,

(is. 1566) DE REVENIR EN ITALIE. 59

tife dans Tembarras. Irrité contre la République, qui, liée par ses accords avec les compagnies, le laissait seul conlre les hobereaux de BomagneS craignant des seigneurs et des peuples gibelins un accueil hostile, il avait coBçu le singulier dessein de se faire précéder par l'empereur Charles IV, sous le vain prétexte d'une croisade dont n'avaient cure ni le père des fidèles, ni son tudesque maréchal des logis V Pour les séparer l'un de Tautre, pour priver d*un chef ceux que proscrivait la terrible ammonizioney Florence offrait au pape cinq navires, ou, s'il venait par terre, cinq cents cavaliers d'escorte, et les forces de toutes les villes toscanes. Ainsi soutenu, quel besoin avait-il de l'empereur? Mais il ne comprenait pas ou ne voulait pas comprendre. S'il acceptait les galères^, il rassurait les prieurs sur le voyage impérial : de Charles n'aurait rien à craindre qui lui marquerait obéissance et fidélité, qui lui payerait le tribut ordinaire. Au besoin, ne pouvait-on compter sur les bons offices, sur les secours du Saint-Siège* ?

Ce que valaient de tels secours, Florence ne l'ignorait point, elle si souvent requise de joindre ses armes redoutées aux impuissantes armes des légats ; mais que faire, puisque le pape s'obstinait, sinon obtenir contre l'empereur des garanties *, sinon désarmer les com-

' Instruction aux ambassadeurs près du Saint-Siège, 9 et 20 août 1565. L ambassadeur auquel est adressée la lettre du 20, c*esl Boccace. Sign. ^^,miu., XHl, 42 sq., publiées dans Arch, stor.y Âppcnd. VU, 413424.

* Aim. eccL, 1365, § 1 . T. XXVI, p. 110 ; Sismondi, IV, 374. ' 8 septembre 1366. Capitoli, XVI, 58.

* 22 septembre 1366. Le 24, Urbain Y assurait que Tempereur, qui se Proposait de Tenir avec lui, n^avait pas de Tues hostiles contre les Tilles tos- <:>nes. (Captto/i, XVI, 59.)

' 19 octobre 1366. Doc. dans VArch, stor., Append. VII, 428. — Cf. Let- ^"^ du 6 octobre précédent à Francesco Bruni, secrétaire de la commune,

60 ALBIZZl ET RICQ. (Ah. 1366)

plices qu'il pouvait trouver à l'intérieur de la ville? Le zèle persécuteur et vainement refréné de la parte ' lui en préparait tous les jours. De plus en plus formidable, elle avait rendu ses règlements sacrosaints : une proyision récente interdisait tout recours au Saint-Siège, pour en obtenir dispense de les observer \

Le chef de la faction, c'était Piero des Âlbizzi. Lapo de Castiglionchio et Carlo Strozzi, ses lieutenants', le représentaient auprès d'Urbain Y, sollicitaient de ce pontife la conclusion d'une ligue séparée. Ces résolus fauteurs de l'Église, leurs adversaires les appelaient |Mikperini^ jouant ainsi sur le mot paterinij ce qui était presque les accuser d'hérésie \ Eux, insolents comme des vainqueurs, ils portaient, en signe de reconnaissance, le béret d'Avignon, et leurs partisans, qui le portaient comme eux, criaient par les rues : Vivano le berrettsi non sans ajouter : muoiano le foggeUel c'est-à-dire meurent les bonnets à la vieille mode, les hommes de basse condition \ Alarmés, les bons citoyens réclamaient le bon ordre dans la cité\ Uguccione des Ricci résolut de leur donner satisfaction. Depuis que Yammonizioney imaginée par sa famille, se retournait

pour' se féliciter de la prochaine arrivée du pape et lui promettre tout secoui's par terre et par mer, et du 24 août au pape. Sign, cari, mi$$,, XIV, 6, 1.

* Voy. G. Capponi, I, 277, note 1.

* 11 décembre 1364. Voy. le texte de cette provision dans G. Capponi, I, 589, append. n* 6.

' Machiavel (III, 37 B) les désigne comme chefs de la faction.

* March. de Coppo, H, 711 ; G. Capponi, I, 278-279.

* Foggeila ou foggia^ partie du capuchon, vieille coiffure. — Narchionne dit que la barrette se mettait sur le capuchon, était facile à ôler, et remplaçait avantageusement les cheveux longs à la bavaroise, pour tenir chaud.

* Donato Velluti, p. 107.

(As. 1566) RÉFORMES DES RICQ. 61

contre lui el les siens, il en jugeait le scandale intolérable; il ne comprenait plus qu'on permit à quatre capitaines de la parte, sur six, de priver à perpétuité des offices un quelconque des citoyens, ses descendants et ses œnsorti. Prieur eiproposto en novembre 1366, il fit décider : l"" de porter à neuf le nombre des capitaines de la parte, deux grands, cinq popolani grassiy deux membres des arts mineurs * ; 2** d'exiger que toule accusation de gibelinisme réunît six fèves noires sur neuf; Z*" qu'à ce vote participât un au moins des deux capitaines pris dons les arts mineurs*; A"" qu'après l'accusation portée on tirât de bourses ad hoc les noms de vingt-quatre citoyens, devant qui l'accusé pourrait se défendre, et qui voteraient ensuite avec les capitaines, la condamnation ne devant être valable que si elle réunissait vingt-deux fèves noires sur trente-trois votants ' ; 3" que tout accusé aurait droit de prouver par témoins qu'il était bon guelfe, même devant d'autres capitaines que ses accusateurs, sous cette réserve qu'en pareil cas il ne serait prononcé en sa faveur qu'à la pluralité de sept voix sur neuf*.

Voilà, certes, des mesures protectrices, et qui pouvaient être efficaces : un moment Vammonizione en fut

* D'abord à huit, le 3 novembre 1366. (Provvisioni, LV, 67.)

' f Ita quod saltem unus ex duobus capitaneis de aliquibus 14 minorumartium sit tali délibération! presens,vel saltem requisitus ex parte proposili ofBcii capitaneonim dicte partis. » (8 décembre 1366. Provvisioniy LV,8I.)

' MachiaTel, 111, 37 B. Donato Velluti (p. 111) écrit en mécontent : c E in questo modo si acconciè parte guclfa, e contentaronsi i ghibellini et non ^eri guelfi. »

* c Quod si postulatio que fieret de approbandis ad defensam fieret coram aliis seu ab aliis capitaneis dicte partis quam ab illis qui approbassent testes ad ofTeosam, tainen talis approbatio possit fieri per septem ex dictis capitaneis elnon per pauciores. » (8 décembre 1366. Prowis,, LV, 81.)

62 VOYAGE D'URBAIN Y (Ah. lôC?)

entravée *, et les Âlbizzi en parurent dc5concertés. Mais ils trouvèrent un biais pour tourner la loi nouvelle : ils n'avaient qu'à bien composer les bourses des vingtquatre*. Ils le purent faire sans obstacles : ceux-là mêmes qui tentaient de restreindre la parte la ménageaient, Tassociaient à TÉtat dans les actes publics % faisaient dans son palais même les réunions et les scrutins pour les plus gi'andes charges de l'État*. C'est en vain, d'ordinaire, qu'on s'épuise à remonter le courant.

Même insuccès au dehors. Si Urbain Y s'acheminait vers l'Italie, il persistait, malgré les objurgations de la seigneurie, à y appeler Charles IV *, et il n'y venait qu'en voyageur : il n'osait rompre en visière au parti puissant qui tenait pour Avignon *. Hav?kv?ood, sollicité deux fois' de s'engager à la solde de Florence, refusait obstinément, sans s'arrêter dans sa marche vers le sud '. Que ne pou-

< March. de Coppo, IX, 695 ; D. Yelluti, p. 106-111 ; Ammiralo, IU,656; G. Gapponi, I, 277, 278.

* March. de Coppo, IX, 695; Ammiralo, XU, 656.

s « Ob bonum publicum et in favorem partis guelfe. » (3 novembre 1366. Provvisioniy LY, 67.) Ces provisions furent confirmées par une autre da 26 mnrs 1367. (LY, 133 v*.) On annule certains actes des capitaines contre cette réforme.

^ Dans un doc. de la parte, du 12 décembre 1366, on tient compte des dépenses faites c occasione scruptinei fiendi de prioribus artium et vexillifcri justitie, gonfalonieriorum societalum et XY bonorum virorum in palatio dicte partis de presenti anno. » (Citation de G. Gapponi, I, 27 7 , note 2.)

* Le 15 janvier 1367, la seigneurie en donnait avis aux Pérugins. (Doc. dans Arch, stor,, Append. YU, 428.)

« Ammirato, XIII, 665.

T Le 16 juillet 1365, des ambassadeurs avaient été envoyés à Ilawkwood pour savoir à quelles conditions il entrerait au service de la commune» (Sign. cari, mm., XII, 50.) Ayant échoué, le 13 août suivant on négociait avec le légat pontiûcal pour former une ligue contre ce condottiere» (!bid., 54.) 9 mars 1367. Sign. cari, miss., XIII, 38 V. Arch, stor.3 Append. YII, 429.

* Un moment il avait hésilé. «Ad quasrespondemus quod quanquamgeif tibus de quibus vobiscum contulit D. t'offusamb. nosler, egeremus instante^

(Ah. 1567) VERS L'ITALIE. 63

vail-on craindre de ses desseins inconnus, de l'insubordination de ses gens ^? Et avec quelles forces tiendrait* on tête à Tempereur?

Il fallait pourtant fournir au pape les galères promises, et, pour se les procurer, frapper à toutes les portes, courir de Provence et de Gênes * jusqu'à Naples. Grâce à la reine Jeanne, les galères nolisées furent promptement à Marseille : Urbain en voulait partir le 15 mai'; il prit la mer le 30 avril. Les cardinaux étaient presque tous du voyage, mais à contre-cœur. Malades par un temps superbe, au moindre mouvement de tangage ou de roulis, ils pleuraient comme des femmes. — 0 le méchant pape, s'écriaient-ils, le père inhumain qui conduit sur de telles terres ses malheureux fils* ! — A Viterbe, où il était un mois plus tard (31 mai)% le pontife recevait les hommages de onze am-

ct potius hodiequam cras yellemus, nichilomiDas sumus dispositi expectare per meosem infra quem placeat operari quod ipsas habeamus. » (5 avril 1567. La Seigneurie à Hawkwood. Sign. cart, miss., XIV, 41.)

1 « .... La molestia che fanno tali genti etiandio contra la Tolontà delca-

pitano. 9 (Si arril 1567. La seigneurie à DofTo des Bardi, Ibid., 44.) Cf.

une lettre du 20 avril au card. Âlbornoz. (Ibid,^ 42 v^.) À la même date»

autorisation est donnée à Hawkwood « veniendi et transeundi ad territoria

et per territoria nostra, pacifiée tamen et absque inferenda molestia subdi-

tis com. Flor., » et lettre aux amb. de la Rép. à Pérouse pour qu'ils sunreil-

lent Texécution de ces conditions : « Ingagnatevi di fare che non passino

per Dostro terreno corne M. Gianni a più volte promesse.... mostrando il

grande amore che dice portarci.... pur se non poteste questo fare, vadino

per quello luogo che meno dampno faccino, sempre d'ogni luogo dove pon-

gano campo mandandoci uno faute, si che sappiamo i loro andamenti. »

* Ammirato, XUI, 658, 659.

* Lettre de la seigneurie à la reine Jeanne. Sign, cart, miss., XIV, 50. Cf. Âmmirato, Xlil, 659.

* Pétrarque, Senr/ûi, ÏX, 2.

* Sign. cari, miss., XIII, 51. Arch. sior., Append. VII, 429. Cette date semble donc certaine, malgré les auteura qui montrent le pape à Porto Piano le 1*' juin, sur la plage de Corneto le 4, et le 15 seulement à Viterbe. Le

fii DËSACCORD DU PAPE ET DE FLORENCE. (Ah. 1367)

bnssadeurs florentins, et Toffre de deux cents chevaux*. Mais déjà éclatait entre lui et la République le désaccord des vues, l'inévitable malentendu. Elle avait cru au projet de croisade, qui s'envolait en fumée; il s'était flatté de faire entendre, sans le dire, qu'il voulait une ligue contre les Visconti. Or, le traité de Sarzane liait Florence envers Bemabô : en y restant fidèle, elle parut au pape manquer de foi. L'indignation pontificale eut pour témoin le chroniqueur Marchionne, qui en rapporta l'écho à ses compatriotes * ; mais ils n'en restèrent pas moins sur la réserve. C'est sans eux et même sans les autres Toscans, leurs satellites % que la ligue fut conclue entre le souverain pontife, l'empereur, le roi de Hongrie, la reine de Naplcs *, les seigneurs de Padoue, de Mantoue, de Ferrare (51 juillet), dernier service rendu à l'Église par ce cardinal Albornoz, qui, en quatorze ans, lui avait reconquis tous ses domaines'.

12 juin, il donnait avis de son arrivée à Yiterbe et remerciait pour lei galères. (Capitoli, XVr, 60.)

* A juin 1567. Sign, cart, mtM.,XIIIy53. Une commotion à San Miniato forçait la seigneurie à réduire son offre de cinquante cheTaux. (25 septembre, 9 octobre 1367. Ibid., 78, 81.)

« March. de Coppo, IX, 701.

' Nous trouvons Florence et Sienne entretenant un bargello commun à leur commune frontière : « Nerio Soncini in fortia vestra per comunem barigcUum pridie consegnato.... quia si in punitione sua et similium cessaretis, videmus non esse opus comunem barigellum tcnere, quia frustra fatigamur oneribus expensarum. » (17 octobre 1567. Lettre de la seigneurie à la commune de Sienne. Sign. cari, miss., XIV, 85.)

* Veuve de Louis de Tarente le 26 mai 1562, la reine deNaples épousait en troisièmes noces le fils du roi de Majorque, Jayme d* Aragon, mais sans lui accorder le litre de roi (Sismondi, IV, 577). Pour marier Louis de Navarre et Jeanne de Durazzo qui étaient cousins, elle avait besoin de dispenses pontificales ; elle s'adresse à Florence pour les obtenir. (20 juillet 1567. Lettre aux ambassadeurs de Florence à Viterbe. Sign. cari, miss., XIV, 64 vo.)

« Vita Urbani V ex Bosquelo, II. I. S., III, part. 2, p. 618. Albomoi mourait à Viterbe le 24 août 1567.

!i. 1568) CHARLES IV EN ITALIE. 65

Combien difTérent de ce prélat guerrier était Char-

is lY I Ignorant sans doute qu'il faut battre le fer quand

1 est chaud, un an entier il se fit attendre en Italie \

)uand il y parut, le 5 mai 1368, son vicaire le cardinal

iuy de Montfort lui avait à loisir préparé les voies, en

prodiguant les promesses*, et il était suivi d'une armée

considérable. Il ne sut profiter, faire usage de rien : en

trois mois, il ne conquit pas le moindre château^.

Hawkv?ood l'arrêta dans les plaines de Mantoue, en

rompant les digues de l'Âdige, et Bernabô par de riches

présents lui acheta une paix si facilement consentie, que

les contemporains crurent l'accord antérieur à la guerre,

et ne virent qu'un simulacre dans les hostilités\

Insensible à la honte et ne gardant de toule son armée que douze cents hommes, Charles IV alors s'avança vers Lucques, qui l'appelait comme le Messie et attendait de lui sa délivrance, dût-elle la payer à prix d'or. Mais, s'il s'agissait d'un encan, pourrait-elle tenir tête à Pise? Impopulaire dans cette ville où il était devenu doge à vie, puis doge héréditaire, Giovanni d'AgncUo souhaitait

' Le 10 octobre 1367, Florence priait le seigneur de Pa<1oue de Ta viser à ce sujet : « Digna relatu senscritis.... de quo tenentes magnificenliam vestram plcniorem quolibet alio habere notitiain. » (Sign, cart, miss., IIV,81.)

* Du 27 février 1368, Instiniment de concorde avec Florence. Promesse faite par le card. Guy de Montfort de n'aliéner jamais Pise, Lucques, Sienne, SanMiniato, Montepulciano, etc. (Riformagioni, Atli pubblici,) Ce prélat, éiéque de Porto, était de la famille des comtes de Boulogne et d'Auvergne.

» Chron. Est,, R.I.S.,XV,491; Cor io, Storia rfi rfi/ano, P. lll,p.241; Sismondi, IV, 379. Son premier acte, daté de Concgiiano, est postérieur au 6 mai. Voy. Huber, Die Regesten des Kaiseneichs unter Kaiser Karl IV.

* «Molti voglionodire che innanzi che si muovesse dalla Magna, segrctunente cun lui fu in concordia per denari, e pure venne di concordia,perù ^ poco danno a M. Bemabè, ma venne per osservare quello avea proïïïesso a papa Urbano. » (March. de Coppo, I\, 706.)

■Iff. DB FLORBKCE. — V 5

66 CHARLES IV EN TOSCANE (An. 1508)

le titre de vicaire impérial, pour affermir son pouvoir. 11 achète celle dignité en livrant à Markwald, évêque d'Augsbourg, Lucques, la précieuse conquête que les Pisans détenaient depuis le 6 juillet 1542*. Ce vil tyran peut bien, en se cassant la jambe', laisser ses ennemis libres de le renverser (16 septembre); mais la liberté de Pise ne profite pas à Lucques : Charles, son nouveau maître, y réside, tout entier à ses intrigues, à ses efforts pour extorquer partout de l'argent, pour ravoir les terres d'empire qu'occupaient les Florentins : il réclame Volterre, San-Miniato, Prato même', qu'il réclamait déjà du fond de son Allemagne, en disant avec l'Évangile : Qui non est mecum contra me est^. N'obtenant rien de la République, il conjure avec les mécontents jusque dans Florence; il les pousse à « courir » leur patrie sous les plis de la bannière impériale, mais il ne parvient qu'à les compromettre. La conjuration éventée, Antonio de Castel San Giovanni, qui en était l'âme, porte sa tête sur le billot*.

On vient de voir en sa dernière explosion la misérable fin de ridée gibeline. Désormais, les agitateui-s s'inquiè-

* Cron, Pis,, R. I. S., XV, 1048 ; Ranieri Sardo. c. 138, 159, p. i58, 160; Roncioni, 1. XV, p. 887; Tronci, p. 417; Beverini, p. 459 dans Sismondi, IV, 580. Selon Gianelli (I, 597], Markwald aurait chassé les Pisans de TÂgosta le 25 aoùl.

* Sur la cause de celte chute, Âmmirato (XIII, 665) ne s'accorde pas avec les Pisans, qui semblent devoir être crus de préférence.

* Le 21 février et le 27 avril 1568, Urbain V exhortait les prieurs à renoncer aux nouveautés qu'ils tentaient contre SanMiniato, comme propres à faire renaitre la guerre avec Pise, et, \)Oiir les empêcher, il envoyait l'évèque de Pesaro. (Ca/>i7o/t, XVI, 62, 65.)

* March. de Coppo, IX, 708.

^ Spoglio di condanne criminali delpoteslà e del capiiano, 1540-U'78- Codice sirozziano, cl. 5. Le texte est rappoilé par M. Fossali, p. 1^ noie 2.

Ah. 1568) ET A ROME. 67

teront peu de savoir si le sauveur qu'ils appellent est gibelin ou guelfe : établir, quel quMl soit, un gouvernement sans contrôle, qui les opprime, s'il le faut, mais qui les venge, tel sera l'unique but de leurs menées : c'est la décadence qui commence et qui, de plus en plus, affaiblit, avilit ces hommes, autrefois fiers et vigoureux.

Qu'est devenue l'énergie des anciens jours? Le vulgaire et inconsistant César vient d'offenser grièvement Florence; il l'offense de nouveau, en faisant dévaster par le patriarche d'Àquilée, son frère, les domaines de la République; celle-ci pourtant lui prête seize cent vingt florins, contre sa couronne qu'il laisse en gage ^ Juste mépris, si l'on veut, d'un si pitoyable adversaire; mais le mépris, chez les âmes nobles, a ses formes généreuses, qui ne se prêtent point aux mesquins calculs des banquiers préteurs, des égoïstes marchands.

L'éloignement momentané de Charles IV n'était, pour Florence, qu'un court répit et peut-être un danger de plus. Il allait, laissant à Sienne un vicaire ', s'aboucher avec Urbain V (14 octobre), solliciter de lui son pardon pour cette paix avec les Yisconti qui avait ruiné les espérances de l'Église, s'assurer son concours contre la Toscane*. Il y parvint a force de platitude. On le vit s'avancer à pied au-devant du pape, prendre la haquenée par

* Plus tard, pour retirer sa couronne, Charles dut emprunter aux Siennois la somme qu'il devait aux Florentins. — 18 octobre 1369. Neri deDo- Mlo, R. I. s., XV, 200.

* Yoy. Malavolti, Part. U, 1. Vil, C 130 sq.; Sismondi, IV, 383. Malatesta Cnghero de Rimini, ce vicaire, s'intitulait « referendarius in Italiae pirtibus et locum tenons imperatoris in Siena. » (Doc. dans Arch, stor. Append. vu, 430.)

' Boninsegni (p. 555) dit que Charles allait à Rome pour conférer avec le P^pe sur les afjiures de Toscane, et que des ambassadeurs furent envoyés <le Florence pour contrecarrer ses desseins.

68 CHARLES IV DE RETOUR (An. 1568)

la bride et la conduire jusqu'au Vatican, servir la messe pontiGcale comme diacre, avec le livre et le corporaP. Tant d'abjection n'inspirant que dégoût a la hautaine Rome*, il dut s'en éloigner sans retard, et c'est vers la Toscane que le ramenaient ses engagements, comme ses intérêts.

Il s'était engagé, en eflet, à vendre au Saint-Siège plusieurs villes de cette province; mais trafiquer de la peau de l'ours est aussi ancien que le monde. Sienne était sur son passage ; il voulut commencer par Sienne (22 décembre). Les discordes qui la déchiraient semblaient la lui livrer : elles s'imposèrent silence pour le battre, pour l'expulser, pour défendre, à son de trompe, de lui fournir des vivres. Gardé à vue jusqu'à son départ, il pleurait, s'excusait, embrassait et baisait tout venant. J'ai été trahi, disait-il. S*en aller, il le voulait bien: mais comment faire, sans cheval, sans escorte, sans argent^? L'argent ne coûtait guère alors pour chasser

* Les auteurs (voy. la note suivante) disent que Charles ne put apaiser le ressentiment du pape; mais ils se trompent, car, le 13 octobre, Urbain V écrivait aux prieurs qu'ayant appris par lettres de Tempereur qu'ils avaient manque envers lui à divers pactes et conventions, mais que par déférence envers rÉglise, afin de rendre le bien pour le mal et de justifier sa cause devant le Saint-Siège, il était prêta traiter cette affaire par amical accord et par vo e de justice sommaire, lui, le pape, il louait Tattitude de S. M. l.el les exhortait, en hommes de sens, s*ils voulaient prévenir les pertes et périls qui les menaçaient, à seconder ces bonnes intentions et à envoyer des ambassadeurs munis de pouvoirs suffisants pour conclure. (CapUoU, XVI, 6i.) Un mois auparavant (7 septembre) le pape invitait les Florentins à remettre à Tévéque de Lucques Santa Maria a Monte, Montopoli, Monlecatini, Monsummano, indûment occupés par eux et qui appartenaient à Téglise de cette ville (ibid., 63). C'était encore servir indirectement l'empereur.

* Vita Urbani V ex Bosqueto, R. 1. S., III, part. 2, p. 022 ; Cron, dur" vielOfR, I. s., XY, 694. « Ëpercerlo, seio non ti avessi promesso da principio di scrivere de la sua venula, non avrei intinto questa carta, perche me ne vergogne, a suc servizio. » (Cron, /{tmtn.,R. 1. S., XV, 912.)

" Neri de Donalo, U. l. S., XV, 200.

(An. 1569) k SIEiNNJ:: £T A LUCQUES. 00

un ennemi : à ce vaincu Sienne compte cinq mille florins et en promet quinze mille ^ Le voilà donc poursuivant sa route ignominieuse, n'osant s'arrêter à Pise debout sous les armes et ardente à revoir ses regrettés Gambacorli*. Use fait payer douze mille florins leur rappel, puis il rentre à Lucques (fin février 1369) ', et donne une impulsion nouvelle aux déprédations incessantes de son frère, le prélat.

Mais de ces hostilités surannées on ne s'inquiétait guère; on savait, Charles présent, comment y mettre fin. Le 1*' mars 1569, Pise lui comptait, pour sa part, cinquante mille florins d'or. Â peine les a-t-il empochés, ce marchand couronné, ce fourbe impérial pousse les hauts cris, jure qu'il n'en a reçu que quarante, accuse les négociateurs d'avoir retenu les dix autres pour leur commission \ Qu'il mentît ou dît vrai, Florence doit, si elle lui veut fermer la bouche, donner sa garantie pour

« Neri deDonato, R. I. S., XV, 207. Cf. MalavoUi, pari. II, I. 7, f 134; Leo,l.Vn.c. 3, t. II,*p. 138; Gapecclalro, Storia di S, Caterina diSienOt l, 56-66 ; Sismondi, IV, 386-388. — Sismondi fait remarquer que le panégjriste Pelzel passe ces faits sous silence; mais c'est moins par esprit d*adulation que par ignorance. Cet auteur ne sait rien des actes de son héros en Italie; il parle à peine de la liberté rendue à Lucques, qui pourtant est à l'honneur de Charles IV.

« Pour intéresser Florence et Uguccionc des Ricci h ce retour, Fisc donna à ce dernier deux flacons d'un Malvoisie « très noble et propre à fortifier le pouls des malades, » lesquels flacons, au lieu de vin, contenaient des ducats, qu'il fit remettre à la seigneurie. {Ricordanze di alcuni insigni pertonaggi di cata Ricci ^ dans Del, degli erud, tosc, XIV, 221-223.)

» Cron, Pis., R. I. S., XV, 1052; Ranieri Sardo, c. 145-152, p. 104- 169; Roncioni, I. XV, p. 891-895; March. de Coppo, IX, 706; Ammiralo, Xin, 665; Marangoni, I, 749, 753; Tronci, p. 421-427; Cianelli, II, 1. Le 28 fé\ricr 1369, un diplôme de Charles IV ratifiait la promesse du card. Guy de Montfort à Florence de ne pas aliéner Pise, Sienne, Lucques, de ne pas recevoir de gens suspects k San Miniato. (Rifonnagioni, AlU pubblici, XI, t. XUV.)

* March. de Coppo, IX, 708 ; Neri de Donalo, R. I. S., XV, 208 ; Ammiralo, XIU, 666; Poggio Bi-acciolini, 1. 1, R. I. S., XX, 216.

70 LUGQUES AFFRANCHIE (Ai. 1369)

cinquante mille nouveaux florins , payables en trois mois ^ Â ce prix, non seulement le patriarche d^Aquilée remet son épée au fourreau, mais encore Pise reconquiert le régime populaire, et reçoit la promesse qu'il ne lui sera plus imposé de seigneur. Bien plus, contre Pise aux mains des Gambacorti , Florence n'a plus sujet de poursuivre la guerre commerciale, de traûquer à Telamone, où Ton ne parvenait que par des routes peu sûres. Ses marchands revinrent à Porto-Pisano ; ils tracèrent même, le long de TÂrno, une voie carrossable qui abrégea le trajet*.

Toutefois, comme les peuples sont changeants, à l'égal des vents et des flots, comme l'amitié du jour n'implique pas l'amitié du lendemain, il fallait prendre contre Pise de sages précautions. La première, la principale, ce fut de lui susciter des ennemis à ses portes, en arrachant à l'empereur la liberté des Lucquois. Pour cent mille florins on obtint de ce prince besogneux une charte de délivrance, qui provoqua dans Lucques des transports de joie*. Florence ne dépensait rien; elle

* Le doc., en date du 9 mai, est aux Prowiiionit LVII, 211.

* Ce traité fut conclu le 16 juin 1369. Chacune des deux républiques put entretenir au sein de l'autre un conseil pour rendre la justice. Les lettres ne devaient être ni retenues ni ouvertes. Pise s'engageait à payer 200 m. il., si elle retenait les marchandises florentines. Voy. Ammirato, XUI, 667, 668. « Per il pagamento de' quali (denari) entrarono maUevadori i medesimi Fiorentini, includendo nell' accordo ancora la ciViï di Lucca. » (Âmmirato le jeune, XUI, 667.)

' L'acte est du 8 avril. On peut le lire dans Cianelli, H, 3 sq. Les chiffres varient dans les auteurs. La dépense totale de Lucques, en comptant les sommes antérieurement versées, les fêtes et réjouissances, parait avoir été de 300 m. fl. Ibid, et plus haut dans le même Cianelli, I, 397. — De la même date, décret par lequel, pour punir Pise de ses graves attentats contre la majesté de l'empire, Charles révoqua tous les privilèges qu'il hii avait concédés (Riformagionij Atti pubblici).

An. 1569) DE L'EMPEREUR. 71

avait seulement négocié TafTaire, et elle recueillait la reconnaissance des Lucquois. C'est le pape qui comptait à l'empereur une moitié de la somme convenue. Pour l'autre, non versée encore, Charles conservait le droit d'entretenir un lieutenant et un vicaire € dans ce patrimoine particulier, comme il disait, dans ce verdoyant et délicieux jardin de rempire\ »

Ce droit précieux, qui le rendait presque tiède pour le payement intégral, il le devait perdre l'année suivante, au mois de mars*. Mis en appétit de liberté, les Lucquois empruntèrent de toutes mains, et, enfin maîtres chez eux, ils démolirent cette funeste forteresse de l'Agosta qui ne servait qu'aux tyrans'. Recouvreraientils au dehors leurs anciennes possessions? Tel était désormais leur vœu le plus cher; mais ils devaient faire leur deuil de ce val de Nievole que, depuis 1358, détenaient les Florentins. Le moment eût été mal choisi pour invoquer la bulle impériale qui l'avait concédé à Lucques. Les forces manquaient, d'ailleurs, pour soutenir la revendication par les armes, et à un bout de terrain il était sage de préférer Tamitié de Florence. Dans un délicat dessein de flatterie, les Lucquois s'en approprièrent même les institutions communales, n'innovant que par l'interdiction bien inspirée des mots de guelfes et de gibelins. L'empereur parti*, les monnaies seules, toujours frappées à son effigie, perpétuaient le souvenir de

* Voy. le doc. dans Cianelli, U, 21.

Les documenls se trouvent encore dans Cianelli, II, 40-45.

^ A.mniiralo, XIII, G75, et Gianelli, 11, 45, qui donne les textes.

^ A la date du 12 juillet il est encore à Lucques, et le 14 il est à Bologne. Voy. Uuber, Die Regesten des Kaiser reichs unter Kaiser Karl IV, La Cron. Pis, (R. I. S., XV, 1055), donne donc à tort le 3 comme date du départ, et nanieri Sardo (ch. cLxi, p. 174) le 20.

72 ÂLBIZZl LIGUÉS AVEC LE PAPE (An. 1569)

l'ancienne sujétion'. Remplacer un maître par des protecteurs, c'était l'illusion flatteuse de la liberté.

Pour seconde précaution contre Pise, il fallait ramener dans la ligue guelfe l'important boulevard de San- Miniato. Un soulèvement des Mangiadori l'avait naguère livré à Charles IV*; mais Charles IV était loin, Pise n'élevait aucune prétention sur cette place, et le pape, accusé de la convoiter, s'en défendait'^. Déjà, depuis le 11 août, une armée florentine campait sous les murs de San-Miniato *. La chute en semblait donc prochaine, quand Bernabô Yisconti, agissant, disait-il, par ordre en sa qualité de vicaire im|x^rial, se posa en médiateur.

Grande fut l'indignation à Florence. Le traité conclu avec le Lombard lui interdisait toute immixtion dans les affaires de Toscane, comme aux Florentins dans celles de Lombardie. Par égard pour lui, la République avail refusé d'entrer dans la ligue du pape et de l'empereur; elles s'était exposée aux plus graves périls, et sa récompense, c'était une hypocrite inimitié! Du coup, les Ricci, amis de Bernabô, perdaient la prépondérance, et les Âlbizzi, qui la recouvraient, justifièrent tout d'abord leur surnom de paperini^ en concluant avec le pape (20 novembre) , c pour la commune défense de l'Italie > »

t Cianelli, U, 45 ; Âmmirato, Xm, 674 ; Malavolti, part. U, 1. Vm, p. 135.

* Le 22 septembre 1367. Voy. plus haut, p. 66, et Âmmirato le jeune^ XII, 662. Les autres auteurs ne parlent pas de ce fait. Ammirato donne ^ d'après les documents, les principales clauses du traité conclu alors (27 oc^ tobre 1367); mais il ajoute que ce traité ne fut pas longtemps observé. OrP en peut voir le texte dans Inventario e regesto dei capitoli del corn, d0 Ftr.,V, 1.

* 25 juillet 1369. Capiioli, XVI, 67.

* March. de Coppo, IX, 711; Poggio Bracc., R. I. S., XX, 213; Anuni-^ rato, XUI, 669. A la date du 7 juin 1369, il y a une provision sur San-Mi^ niatq, où il est question de condanmations rapportées, suspendues, etc» Prowiêioni, LVIU, 31.)

(Ah: 1569) CONTRE BERNABÔ VISCONTI. 75

une ligue de cinq ans et même davantage. Les contractants s'interdisaient toute attaque contre l'empereur, la reine Jeanne, le roi de Hongrie et divers seigneurs. Ils partageaient la dépense pour la solde de six mille hommes, dont trois mille barbues. Ils réservaient le commandement à celui d'entre eux qui serait attaqué. Ils attiraient à eux Bologne, Pise, Lucques, les seigneurs de Padoue, les marquis de Mantoue et de Ferrare, le cardinal Guy de Montfort lui-même, quoiqu'ils fussent prêts, au besoin, à traiter en ennemi ce représentant suspect de l'empire en Toscane*.

Sans hésitation et sans retard, Bernabo releva le gant. Sur son ordre, Hawkwood, qui défondait Pérouse contre l'Église, vint camper près du fossé Rinonico (fin novembre), et enlever Cascina aux Florentins. Le laisser faire, ne pas lâcher la proie pour l'ombre, attendre, dans des positions devenues inexpugnables par les eaux gonflées de l'Ârno, que San-Miniato, épuisé par deux mois de siège, se rendit à merci, telle était la tactique qui s'imposait au capitaine de la République*, et il en avait le sentiment; mais la seigneurie, qui prétendait diriger de loin les opérations militaires, lui rappela qu'il était à sa solde, l'accusa de lâcheté, le contraignit à perdre une bataille'. Ce fut du moins un avertisse-

* Aminirato le jeune, XIII, 671, qui donne d'autres conditions encore du traité; Poggio Bracc., R. I. S., XX, 217. Une provision du 24 novembre parle de conventions conclues le 20 octobre précédent avec diverses comingnies allemandes (Provvisioni, LVIU, 112).

* On ne voit pas bien si c'est encore Malalacca, de Reggio en Calabrc, qui fut fait prisonnier, ou Bartolino de Losco (ou de Bosco), son compatriote. Les auteurs ne sont pas d'accord.

» March. de Coppo, IX, 713; Cron. Pis., R. I. S., JLV, 1055. La date précise n^est nulle part, mais le 6 décembre le vainqueur fait un mouvement en avant pour profiter de la victoire, et, le 7, Urbain V écrit aux

Page 1