‹ Histoire de FlorenceChapitre 83 sur 102 · MARCHE DIFFÉRENTE DES LETTRES ET DES ARTS · texte numérisé non relu

MARCHE DIFFÉRENTE DES LETTRES ET DES ARTS

en effet, de demander conseil aux artistes qui procèdent des plus grands, puisque l'effrayante hardiesse ou la désespérante perfection des plus grands ne laisse pas surprendre ses secrets ?

Remarquons, en terminant, la marche différente des belles lettres et des beaux-arts. Dante n*a point fait école comme Giotto. Après Pétrarque et Boccace, qui se sont partagé Thérilagc dantesque en le réduisant à leur taille, pour longtemps il n'y a plus rien. L'érudition prend la place vide : le génie, l'inspiration font place à la patience, à la science. On dirait un de ces grands fleuves qui disparaissent sous la terre pour reparaître plus loin. Bien plus : la splendeur littéraire du seizième siècle n'égalera point celle du quatorzième : qui ne regretterait Dante, même en admirant Machiavel, et Pétrarque ou Boccace, même en lisant l'Arioste ou le Tasse? Si Michel- Ange et Raphaël permettent encore d'admirer Giotto, du moins, ils ne le laissent pas regretter. Supposons, par impossible, Orcagna succédant à Giotto comme Pétrarque à Dante : on aurait vu les artistes, comme on vit les écrivains, hésiter entre deux tendances diverses, s'attarder par conséquent au lieu d'être en progrès. C'est parce qu'une première génération de giottesques avait conduit par la main la seconde, que celle-ci put, sans s'égarer, prendre quelques libertés.

Les arts eurent raison. Faut-il dire que les lettres avaient tort? Nullement. Des deux parts différait la tâche à remplir. Au quatorzième siècle, les lettres, en possession d'une langue que Dante put perfectionner et consacrer, mais qu'il ne créa point, prirent tout leur essor, et l'on ne put suivre les traces du colosse qu'en divisant son lourd héritage. Dans les arts, la langue

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n'existait pas. Giotto l*a créée, et, après lai, il Eint apprendre à la bégayer. Gomment eût-on séparé alors la peinture, la sculpture, Tarchi lecture? Outre que ce n'était pas, nous l'avons vu, dans les idées du temps, quiconque ne fût devenu disciple de Giotto que pour une partie de sa doctrine, le fût resté, pour l'autre, des Byzantins. Se Ggure-t-on unis dans un même ouvrage le dessin de Giotto et la couleur de Ryzance, ou le dessin dcByzanceet la couleur de Giotto?

Au quinzième siècle tout va changer. Les arts, possédant à fond leur langue, s'en serviront pour rendre de nobles conceptions; les lettres, qui ont abusé de la leur, déjà fatiguées et comme épuisées, se remettront à l'école. Ces leçons de Tantiquité qu'elles rechei-cheront de nouveau, Part les a prises jadis ; il ne les prendra plus : nul artiste n'en tirerait plus de profit que le premier d'entre eux, Niccola Pisano. L'antiquité, dans leur domaine, n'est qu'un point de départ ; le progrès est ensuite dans la méthode proclamée et pratiquée par Giotto, suivie de leur mieux par ses disciples, c'est-à-dire dans l'observation de la nature, guide nécessaire de l'inspiration personnelle, et que rien ne saurait remplacer.

FIN DU TOMK Y.

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