DB LA GLOIRE ET DB LA PROSPÉRITÉ
« Les trois visions de Childéric, quatrième roi de France, pronostics des guerres civiles de ce royaume et la prophétie de Bazine, sa femme, sur les victoires et conquêtes de Henri de Bourbon, roi de France et de Navarre et sur la rencontre (sic) fait à Fontaine- Française (pris d'Aimoinus, monachus, lib. I de Rehus gesti Francorum, cap. vm) plus le triomphe de la liberté royale sur la prise des villes de Bourgogne (par Boton), Lyon, 1595, in-8.
« A M. de Biron, maréchal de France, gouverneur de Bourgogne, général des armées françaises.
« Lyon, Thibaud Ancelin, imprimeur du Roy,1595,
« Après a?oir chassé les Vallons jusqu'en Flandre,
Purgé Paris de la Ligue, il s'en ira descendre
A?ec Tost (4) françois dans le champ bourguignon
Pour en chasser cest hydre et le françois félon ;
Où en moins de deux mois ce grand Poliorcète
Forcera les cités de la Ligue déserte.
Les armées d'Espagne estant à la comté,
Viendront pour le chasser d'une grande cité;
Mais au besoin Henri secourra son Achille,
Et tous deux avec un donneront dans deux mille,
L'Espagnol estonné verra ces deux François
Avec si peu de gens faire de beaux exploits ;
Gojnme foudres du ciel à Fontaine -Françoise
Ces deux guerriers donneront sur l'armée ibéroise.
Ainsi qu'on voit tomber les espies en été
Sous la faucille ou bien sous la calamité,
De môme on verra sous ces deux espées
Le corps des Espagnols et les testes coupées.
Comme parmi les prés deux lions violants
Pont courir devant eux mille troupeaux hélants.
Ainsi ces deux guerriers de la large campagne
Font courir devant eux les phalanges d'Espagne
0 Macédoniens, 6 Thébains, ô Grégeois,
(I) Le soldat, l'armée.
256 HUTOIRI DB PONTAINI-nUNÇAISE
Voo8 De vanterez plus les martiaux exploits
D'Arbelle, de Platée et des plaines Attiques,
Où Miltiade fit tant d'actes héroïques,
Ny de Leuctres, ny moins de l'Isle à Télamon :
Car les exploits guerriers d*un Henri de Bourbon
Secondé d'un Biron, ses grands et hauts £iits d'armes
De bien loin passeront ceux-là de vos gens d'armes,
Lui seul suivi de vingt ou trente françois
Mettra toujours en route un escadron ibérois ;
Et les lauriers conquis à Fontaine-Françoise
Esteindront la Thébaine et la gloire grégeoise,
Et feront qu'on lira les gestes des François
Sur les Amathiens, les Thébains, les Grégeois.
Ce combat chassera l'Espagnol de la France,
Ce seul coup fera voir ta françoise puissance
Sur les forts du comté, et les blancs étendards
Sera droit arborer sur les monts savoyards. »
La tranquillité et la paix finirent par régner en France.
Lorsque Henri IV signa le traité de Vervins, avec les Espagnols, le 2 mai 1598, la surséance, qui pesait sur la terre de Fontaine-Française, fut enfin complètement et définitivement levée. Alors, non seulement le Château et une petite rue à côté (on sait déjà que c'est celle qui va de la rue de la Tour-du-Pin au bas du Moulin) firent partie du duché de Bourgogne, mais on i y rattacha aussi le reste du bourg, le fief de Bertbaut, Chaume, la métairie de la Borde et le fourneau.
Le seigneur de Fontaine, François Chabot, pouvait se croire désormais tranquille, mais des réclamations, suivies d'instance, toujours à propos des bois, firent rendre, par le bailliage de Gray, le !•' décembre 1598, une sentence « entre ledit François Chabot el cinq habitants de Fontaine (Prudent Thiebard, la veuve de Jehan Labotte, Perrin Robelet, Claude Meuret et Pierre Devillé) qui régla la portion de bois qui serait
livrée à chaeun de ces particuliers pour leur droit de fauage (affouage) et usage dans les bois dudit seigneur de Fontaine. L'arrêt maintient ce dernier dans la propriété et jouissance desdits bois, avec défense à tous dudit Fontaine de couper dans lesdits bois sans le consentement et permission dudit seigneur (i). »
Henri Chabot, de 1599 à 1628
François Chabot étant mort en 1599, Henri lui succéda de plein droit dans la seigneurie. Cependant, on voit encore sa mère, Catherine de Silly, signer des actes importants, comme a dame de Fontaine-Françoisey relicte de François Chabot », ce qui me fait répéter que son fils, qui était seigneur de cette terre^ en portait seulement le nom, laissant à sa mère tous les soins de l'administration.
Nous entrons dans le xvn® siècle. Les seigneurs et les abbés ne lèvent plus directement les dixmes. Ils prennent la mauvaise habitude de les amodier. De là, des vexations, des abus de tous genres de la part des fermiers, tout le mal retombe sur les seigneurs qui ont commis la faute de céder leurs droits à des gens, souvent sans foi et sans honneur, lesquels tirent tout ce qu'ils peuvent, dû ou non dû, du pauvre peuple.
Le seigneur de Fontaine se prétendait, malgré diverses sentences, toujours haut justicier de Fontenelley et il avait soulevé à nouveau cette prétention à la mort de Charles de Saulx ; mais le Parlement de Dôle, par
(4) Archives da chftteaa.
258 HISTOIRE DE PONTAITHE-PRASÇAISB
arrêt de janvier 1601, accorda défini tivement à madame de la Fallu, veuve de Charles de Saulx, le droit et possession de la haute justice de Funtenelle contre ledit Henri Chabot, ensuite de la sentence rendue contre son père, au bailliage de Gray, le 2 août 1583 (i).
De nouvelles difficultés s'élevèrent encore à propos des droits des habitants de Fontaine dans la forêt de Velours. Par une transaction du 19 mars 1603, passée devant Jean Morelet, tabellion à Thil-Châtel, les droits desdiLs habitants leur furent maintenus sur 600 arpents de bois, delà dite forêt de Velours, joignant les grands bois du seigneur de Fontaine-Française (2). C'est la portion de la forêt de Velours acquise et possédée aujourd'hui par M. Perriquet d'Orville en partie.
Les habitants de Fontaine avaient également le droit de pâturage au bois de Saint-Seine et Deld-Feau. Ce droit fut maintenu jusqu'à la fin du xviir siècle. Il en a été de même pour les pàquis communaux de Fontenelle, assujettis dès 1629 à la vive pdture au profit des habitants de Fontaine-Française (3).
En 1605, Henri IV avait adressé au Parlement de Dijon un édit qui augmentait de deux écus le prix du minot de sel. L'abbé de Cîteaux et Henri de Bauflremont, cousin du seigneur de Fontaine, furent envoyés au roi pour faire révoquer cet édit.
Bauflreraont assura à Henri IV que si l'édit était maintenu, la moitié des habitants des villages du duché limitrophes delà Franche-Comté s'y retireraient, pour y trouver le sel presque pour rien.
(1) Archives du chftteau.
(2) Ibid.
(3)Courtépée.
Le roi ému, versant des larmes, s'écria : « Ventre- Saint-Gris, je ne veux pas qu'il soit dit que mes sujets quittent mes Etats pour aller vivre sous un prince meilleur que moi. » Et Tédit fut révoqué.
Le fief de Berthaut était toujours disputé. Cela tenait à ce qu'il avait appartenu à la Franche-Comté et rattaché plus tard au duché de Bourgogne.
Ainsi on voit encore un nommé de Boussu ou de Voussud, seigneur d'une partie de Saint-Seine, qui revendique des droits sur Berthaut, quoique la propriété en ait été définitivement attribuée à la seigneurie de Fontaine.
Cependant une transaction a lieu entre Boussu et le seigneur de Fontaine, moyennant huit hémines par moitié froment et avoine que ce dernier s'engage à donner annuellement audit Boussu (1).
On a déjà vu plusieurs fois que le château et une petite rue (2), étaient d'abord échus à la Bourgogne et que plus tard, après le traité de Vervins, le reste du village et dépendances y avaient été également rattachés. A cet égard furent octroyées des « lettres patentes de S. M. Louis XIII, en forme de déclaration du 3 avril 4612, au parlement de Dôle, par lesquelles la dite M. en départant les terres données par ledit traité de lt)09, enregistré le 4 mai 1611, de la neutralité entre le duché de Bourgogne, le vicomte d'Auxonne et le
(1) Archives du ch&teau.
(2) Par lettres patentes du roi en date du 44 juillet 4612, le château et cette petite rue qui appartiennent au duché sont exempts de gabelles et d'impositions sur leurs denrées; ils peuvent user du sel blanc, de toutes sortes de monnaies, et autres libertés. Archives du départ. Finances, G. 2830.
260 HISTOIRE DE PONTAINE-PRANÇAlSaC
Bassigny lui appartenant, et leurs dépendances avec la Franche-Comté, « Sous sa souveraineté et obéissance S. M. ordonne: a Pour l'avenir et perpétuité, le Chastel de Fontaine- Françoise, le village de Cbaulme et dépendance de la seigneurie ressortiront es baîages et cour du parlement de Dijon.
« Enregistré le 16 janvier 1613 (1). »
Déjà le 15 février 1612, Fontaine-Française rentrait au royaume de France par suite d'un traité conclu, à Auxonne, entre Louis XIII et les archiducs Fernand et Isabelle.
Les habitants de Fontaine eurent ainsi une satisfaction qui leur tenait au cœur, car ils étaient bourguignons de sang et de volonté. Ayant égard à ces sentiments, le roi leur accorda encore la franchise du pont de Lux, sur lequel ils devaient payer un droit de péage (2).
Le chapelain du château, Simon Labotte, étant mort le 16 février 1613, Catherine de Silly, veuve de François Chabot, nomma chapelain de la chapelle Saint- Sébastien du château, messire Charles Labotte de Fontaine, curé, clerc du diocèse de Langres. Il jouit des mêmes immunités et revenus que son prédécesseur (3) et cumula, ainsi que plusieurs de ses successeurs, les
(0 Peincedé, B. 35, reg. 21, v. IV.
(2) La route actuelle de Dijon, par Bèze et Viévigne, n'existait pas. Pour aller à Dijon les habitants de Fontaine prenaient Tancien chemia de Fontaine à Véronnes, traversaient le nord de la forôt de Velours et de là allaient à Lux. puis à Dijon, soit par Thil-Chfttel soit par Beire et Arcelot.
fonctions de curé de la paroisse et de chapelain du château.
La même année Louis XIII, toujours bienveillant pour les habitants de Fontaine» par lettres patentes et arrêt du conseil d*Etat du 12 mars 1613, leur accorda (( permission de se fournir de sel de la Saulnerie de Salins ou de telle autre que bon leur semblerait pour leur usage, à charge de payer à recette ordinaire du Baiage de Dijon la somme de 50 livres par an.
n Enregistré le 20 mai 1613 (1). j>
Le dernier acte que je trouve consenti sous Henri Chabot est un bail du 5 juillet 1622, par lequel le seigneur de Fontaine amodie lesdixmes de cette seigneurie moyennant cent hémines, moitié froment et avoine par chacun an (2).
Henri Chabot mourut en 1628, au commencement de l'année, et son frère, Jacques Chabot, marquis de Mirebeau, devient seigneur de Fontaine.
Jacqaes Chabot, de 1628 à 4630 e( Marie- Antoinette de Loménie de 1630 à 1638 (3).
Jacques Chabot, fils aîné de François Chabot et de Catherine de Silly, fut d'abord marquis de Mirabeau,
(4) Peincedé. t. XXII, fol. 30.
{%) Ârchi?es da chftteao.
(3) Cest au moment où Jacques Chabot prenait possession de ia seigneurie de Fontaine, que sévit, en mai 4629, ia peste qui décima nos populatiouK et qui obligea la cour des comptes de quitter la ville de Dijon.
chevalier des ordres du roi, conseiller en ses conseils d'état et privé, capitaine de 100 hommes d'armes de ses ordonnances, gouverneur des villes de Saint-Jeande-Losne et de Flavigny, lieutenant général pour Sa Majesté au gouvernement de Bourgogne, comte de Gharny et de la Roche-Guion, baron de Couchey et d'Esquigny, seigneur de Tanlay, puis par la mort de son frère Henri, seigneur de Fontaine-Française, souverain de Chaume, seigneur, à cause du fief de Fontaine, des mouvances de Bourberain, Courchamp, Percey-le-Grand, Fontenelle, la Craye, etc.
La terre de Fontaine se trouvait,pour une cause que j'ignore, en nouvelle saisie réelle.
Le 29 août 1628, le seigneur de Tonicourt se rendit adjudicataire, moyennant 115.000 livres, de ladite terre de Fontaine sur les biens de défunt François Chabot, père de Jacques. Le seigneur de Tonicourt agissait au nom de Jacques Chabot, qui, par arrêt du 7 septembre suivant, en est déclaré le véritable adjudicataire, avec sa femme Antoinette de Loménie (1).
Cette affaire fut régularisée en vertu de lettres de souffrances, du 26 septembre 1628^ déjà obtenues par Jacques Chabot, et la reprise de l'adjudication da 29 août, par décret au Parlement de Paris et par subrogation, au sieur Dautrey, le 31 août 1628, la terre de Fontaine a été délivrée à Jacques Chabot et à Marie- Antoinette de Loménie, son épouse, pour le prix de 115.000 livres, qu'elle a payée de ses propres deniers sans désignation de quelle mouvance elle était (2).
(4 ) Archives du chftteau et archives du département, E. 29S. (2) Archives départemenUles, B. 40726. v. VU, page 388. 145.000 livres feraient environ 805.000 francs de notre époque.
Avant de rendre foi et hommage à Tévêque de Langrès et au roi pour sa reprise de fief, Chabot s'entendit avec les habitants de Fontaine sur les dixmes qu'ils devaient lui payer. Par transaction du i^^ août 1628, la dixme est fixée de vingt-quatre gerbes deux sur les grains du finage, cela veut dire deux gerbes sur vingtquatre ou une sur douze. Les lods et ventes sont taxés à un sol par livre, ainsi que le cens sur les héritages.
Cette transaction est confirmée le 11 avril 1629, par un second acte entre:
<c l*' Haut et puissant seigneur messire Jacques Chabot, marquis de Mirebeau (suivent tous les titres...) seigneur de Fontaine-Française, souverain de Chaume et M°*® Marie-Antoinette de Loménie, sa compagne et épouse ;
« 2<* Et les habitants de Fontaine, au sujet des dixmes qui se payaient jusqu'alors en gerbes de vingtsept, deux, sur une partie du finage, de vingt-neuf y quatrCy sur une autre et de vingt-deux, deux encore sur d' autres parties. Ladite seigneur et dame voulanspourveoir au bien publique et soulagement de leurs subjets et à la facilité de la récolte ont accordé auxdils habi^ tants de leur paîer aux granges de chacun desdits habitants les dixmes de vingt-quatre gerbes deux^ sur