‹ Histoire de Fontaine-FrançaiseChapitre 22 sur 74 · TOUS LES GRAINS DU FINAGE · texte numérisé non relu

TOUS LES GRAINS DU FINAGE

Payer aux granges était une gracieuseté, car la dixme devait se lever dans le champ môme et défense était faite d'enlever les récoltes t avant que le décimateqr n'eût passé et perçu la dixme » .

Revenons sur le passé de Jacques Chabot, qui a été l'un des meilleurs capitaines de son temps.

(1) Archives du cbftteau.

264 HUTOIRB DE F0NTAIHK-FIUIfÇAI8B

Il avait épousé,6n 1574, la fille du seigneur d*Ândelot^ en Franche-Comté, Anne de Coligny, de laquelle il eut deux enfants : Charles et Catherine.

En secondes noces il épousa Marie-Antoinette de Loménie» veuve en premières noces de André de Vivonne, duquel mariage est issue Andrée de Vivonne, duchesse de la Rochefoucault qui hérita de tous les biens de sa mère, compris la seigneurie de Fontaine. Marie de Loménie eut en dot HO. 000 livres destinées à Tacquisition d'une terre.

Cette dot fut employée au paiement des dettes qui pesaient sur la terre de Fontaine. C'était un rachat réel.

En 1591, durant la guerre de la Ligue, Jacques Chabot fut fait prisonnier en combattant pour le roi dans le Bassigny, et conduit en Lorraine.

Rendu à la liberté, il revint à la cour; mais, il fut pris de nouveau, en 1592, par les ligueurs, près de Moutier-Saint-Jeau,et renfermé au château d'Epoisses.

La même année lui et Baillet de Yaugrenant escaladèrent les murs de Flavigny et tuèrent le gouverneur qui voulait se défendre. Il fut alors lui-même nommé gouverneur de cette place.

Attaché à la personne de Henri lY, Chabot lui rendit de grands services en février et mars 1595, lorsque la ligue était encore maîtresse d'une grande partie de la province.

Il se distingua à la prise du château de Beaune et aida beaucoup à la conservation de cette ville à la France.

Nous avons vu, sous le nom de Mirebeau, la part quil prit au combat de Fontaine-Française. Toujours brave, intrépide, Henri IV le comptait conmie l'un de

FONTAINE-FRÀNÇAISB SOUS USS SEIGNEURS DE GHABOT-GHARNY 265

ses meilleurs lieutenants. Il le Ht chevalier du Saint- Esprit, dignité qu'il reçut le 5 janvier 1597, à Saint- Oaen, de Rouen.

En 1614, le roi Louis XIII le nomma lieutenant au bailliage de Dijon.

Gouverneur de Bourgogne, il résidait à Dijon dans son Hôtel (1). Cependant, lors de la sédition arrivée dans cette ville le 28 février 1630, Chabot était absent, car Boudot dit a que le marquis de Mirebeau y accourut et fit tirer sur les mutins » .

Cette sédition éclata au sujet d'un nouvel impôt sur les vins. Les vignerons de la Côte, armés de pieux et de hallebardes, se mirent en marche sur Dijon (sous la conduite d'un pauvre diable auquel ils donnèrent le nom de Roi Machos), au son du tambour, qui battait le refrain d'une chanson appelée Lanturlu, d'où vient le nom de journée des lanturlus. Les séditieux commirent beaucoup d'excès dans la banlieue et dans les faubourgs, et ils entrèrent dans la ville sans difficulté.

a Le gouverneur accourut, fit tirer sur les mutins et en tua quatorze sur la place Saint-Michel. Il dissipa le reste en leur promettant de faire révoquer l'établissement des élections en Bourgogne. Il fut fort blâmé parle Roi qui trouva trèsmauvais qu'il eût eu cette faiblesse-là qui diminuait toute fait l'autorité royale (2). »

Jacques Chabot mourut d'apoplexie, le vendredi-saint 29 mars 1630.

Deux mois àprès^ le 29 mai, sa veuve a fonda trois grandes messes et des vigiles à neuf leçons qui se de-

(4) Rae Ghabot-Gbarny, n» 67 et 74.

(2) Boudot, Histoire de Mirebeau.

266 BISTOmE DB PONTAINC-niANÇAiaB

vaient chanter en Téglise de Fontaine, le dernier dimanche de chaque mois, après vêpres, moyennant 90 livres, savoir : 70 au curé, 12 au fabricien, 4 au recteur (maître) d*écoleet4 au marguillier (1). »

La terre de Fontaine, contestée et revendiquée par la dame des Termes, sœur et fille des anciens marquis de Mirabeau, est cependant, par transaction du 20 février 1634, attribuée en toute propriété à Marie- Antoinette de Loménie, dame, marquise de Mirebeau, comme ayant été acquise par elle et payée avec sa dot qui montait à 110.000 livres (2).

Boudot, dans son Histoire du canton de Mireheau, raconte « que la seconde femme de Jacques Chabot, Marie-Catherine de Loménie, s'étant fait tirer du sang à Paris, il sortit de ses veines un petit lézard vif ; les médecins jugeant que cela provenait d'une trop grande corruption du sang, et (quoique cette dame se portât très bien en apparence) qu'elle était en très grand danger et péril de sa vie, cependant elle ne mourut que le 4 juin 16îi8.

€ Ce fait est le résultat d'une substitution adroite, par laquelle on voulait guérir la malade. Il nous fait connaître quel immense progrès la médecine a fait depuis 1638. »

Pour faire mieux comprendre ce que c'était que de rendre foi et hommage, je donne ici la copie d'un titre authentique qui se trouve au château de la reprise du fiefoti acte de foi et hommage.

C'est aussi le dénombrement de la terre de Fontaine-

(4) Archives du chftteau.

(2) Ibid. A cette époque la livre valait environ sept francs de notre monnaie. L'acte d'acquisition porte 115.000 livres.

Française, par Jacques Chabot, en 1629, à la Chambre des Comptes de Bourgogne, en conformité de l'arrêt de cette Chambre du 23 janvier de ladite année.

Mais pour abréger, je ne citerai que les parties les plus intéressantes de cette pièce, qui donne à cette époque la description de la seigneurie, ses droits, ses revenus, etc.

« Jacques CAabof, chevalier des ordres du roy, capitaine de cens hommes d'armes de ses ordonnances, lieutenant général pour sa majesté au gouvernement de Bourgogne, marquis de Mirebeau, comte de Charny, de la Rocheguion, baron de Couchey, Aquiny, soigneur de Thanlay, Fontaine- Françoise, souverain de Chaume^ et dame Marie-Anthoinelle de Loménie, son épouze et de Tauthorité dyceluy, scavoir faisons, que pour nous, nos hoirs et ayant cause, confessons tenir en foy et hommaige du roy, noslre sire a cause de son duché de Bourgogne, les terres et seigneurye de Fontaine- Françoise, en toute justice haulte, moyenne et basse^ et membres en dépendans suivant quelles sont rapportées au dénombrement cy après, qu'ils donnent par devant nosseigneurs de la Cour des Comptes, aydes et finances audit pais de Bourgogne, afin de satisfaire à larrest de ladite cour contenant la reprise de fiez dycelle terre, foy et hommaige faits par lesdits seigneur et dame par M^ Guillaume Viard, leur procureur spécial du vingttroisième janvier mil six cens vingt^neuf.

€ Premièrement. Le Chasteau et maison forte dudit Fontaine, le donjon entourré de fossés et basse-cour, comme le tout se comporte, auquel les habitants dudit lieu sont retrahians et y doivent le guay et garde en temps déminents périls.

268 HISTOniR DE PONTAINR-FRANÇAISB

a Une petite lapinière joignant la dite basse court fermée de murailles.

€ Le grand jardin à herbages joignant y celle dans lequel il y a deux cancaux et le long dy celuy contenant environ (1) (La contenance n*est pas indiquée).

Une place où il y a plusieurs tillots plantés appeUée la terrasse contenant environ un journal,

n Au'dessiis de ladite terrasse^ un petit pré appelé la paille et encore deux aultres petits prés à l'entour dudit grand jardin lesquels s*admodient de douze à quinze livres plus ou moins par an.

a Un autre petit jardin â fleurs au devant dudit chasteau du costé des halles contenant environ m journal fermé de murailles.

^ Au devant de la grande porte de ladite basse-court un verger fermé de murailles contenant environ un journal et demy.

« Le grand verger appelé lé parterre joignant ledit petit verger où sont plantés plusieurs arbres fruitiers et des allées au milieu et à lantour dyceluy le tout fermé de murailles contenant environ trente-six et quarante journeaux (2).

« Une pièce de vigne appelée La Barre de l'autre costé dudit petit verger contenant environ cinq journaux.

« Le Bourg dudit Fontaine^ ainsy qu'il se comporte en toute justice haulte, moyenne et basse, avec pouvoir dy faire dressé un signe patibulair au lieu ou antiennementily en avait un, et avons un bailiy audit Fontaine

{\) C'est TEtang dessus et l'Etang du Château.

(2] C'est le potager, le verger à côté et terres voisines.

et sept sergens et peuvent valloirles amandes et deffauts cens livres par an.

« Item nous sont deubs par chasquun an par plusieurs particuliers des corvées de charue des trois saisons sçavoir, une de caresmage sombre et devain de cbascune tenants sa charrue un jour de chasque saison, m on tans par commune année à dix-huit ou vingt corvées de plus ou moins.

« Environ quatre vingt corvées de bras deubs par ceulx rézidans es maix et maisons taillables dudit Fontaine.

« Item sont encorre deubs par lesdits rézidans ez dits maix et maisons taillables et autres ayans assencessemens particuliers chascun une poule par an^ au jour de caresme prenant qui peuvent monter à cens.

« Les terres labourables dudit Fontaine nous sont iixmables aucunes à raison de vingt-neuf gerbes, quatre; autre de vingt-deux gerbes^ deux, et la plus grande partie vingt-sept gerbes^ deux et peuvent monter lesdites dixmies par commune année à quatre-vingt-dix à i^ens esmines par moitié froment et avoinne plus ou moins.

« Item nous doivent lesdits habitans une tai'IIe abonnée i 60 livres payables chascun an par lesdits eschevins ludit lieu au jour de caresme prenant et Saint-Remy ï peine de trois sols d* amende par chasqu'un deffaut de payement.

^ Une autre taille deubs par aucuns particuliers à cause de la seigneurie appelée de Berthault, acquise du sieur Baron Desery, ladite taille allans à quinze livres par an.

« Item tenons au finage dudit Fontainne cinq eslangs,

270 H1ST0IRB DB FONTAINB-mÀNÇAISC

c Scavoir le grand estang^m bout duquel sont érigés deux moulins (1) et peut porter ledit estang environ dix huit milliers de poissons et lesdits moulins sadmodient par commune année à vingt-cinq esmines plos ou moins,

€ Lestang du Marchay partie en friche et ne sert que pour y plasser quelque douze ou qumze mères carpes pour alviner,

<L Lestang du bois Martin est de môme pour alviner et peut porter un demy cens mères^

« Lestang du bois de Saint-Seyne est pour mesme fait et peut porter aussi un demy cens de mères,

« Et celui du bois du Four est de mesme que les susdits.

« Toutes les censés en argant à nous dueûs audit Fontainne peuvent monter à cens vingt livres, faute de payer icelles il y a amendes de trois sols.

« Les habitans dudit Fontaine sont tenus nous payer parchascun an de chascun porc pour le pannage au jour de la Saint-André un blanc et demy qui peuvent monter par an à sept ou huit livres.

ec Les censés de cire à nous deûbs montent par chascun an à quarante livres.

« Nous est duebs par ceulx qui acheptent héritages, maix et maisons audit Fontaine un sol par chascun livre pour les lods et peuvent valloir lesdits lods par an cens livres, faulte de payer dans lan et jour il y a amende de 30 sols.

f Les mêmes censés de grains à nous dueûs peuvent

(i) Le haut- fourneau n'existait pas encore. II est commencé en 4629 par Jacques Chabot et Gni en 1658 par Arnault.

monter à deux esmines par moitié froment et avoinne par chascun an.

a A cause d'un héritage appelle Rocillon sis proche la Craye nous est deubs par chascun an douze boisseaux de froment de censé.

€ Aotis appartient sur la prairie de Fontaine quatrevingt-seize ou dix-sept faulx de prés qui s'amodyent chasque année à 550 livres plus ou moins (1).

« Ensuite les deux prés de VEstang Chaumont, huit faulx et de lestang dessus 50 à 55 livres chascun par an,

c Nous appartient deuxcourvéeSy une derrière l'église qui s*admodie par semence 24 à 25 esmines par an.

c Les terres de la Tour danthoison, du coing du parterre, du Rubaud, des hantes, entre les riis, le tout pouvans sadmodier 10 à 11 esmines par an, moitié froment et avoinne.

« Lesminage sadmodie à une ou deux esmines par an.

« Environ trois journeaux de vigne seize audit Fontaine appelée la vigne de la Tour d'Ânthoison fermés de murailles (2).

€ Nous est deubs pour la dixme du vin de plusieurs climats du fmage qui peut valoir par chascun an sept à huit muids plus ou moins.

c Les bois nous appartenans audit finage dudit Fontainne sont le clymat du Roy contenans environ 200 arpents, jusqu'au chemin levé qui tire de Lengres à Auxonne qui peuvent être denviron quinze cens arpens plus ou moins.

(I ] Environ 3850 francs de notre époque.

(^ ÂQJourd'hai le ctos de M. Thibaut^ la forteresse d'Ânthoison se troavant où est le bfttiment d*babitation qu'on appelle encore la Ferme.

272 HISTOmS de FONTAIHIMfRANÇAISB

€ Le Bois Vaubert contenans enviroa cinq cens arpents auquel se prend le fouage du four banal dudit Fontainne, appartient au sieur Baron Desery.

€ Un autre petit bois de haulte futaye proche la grange de la Borde appelé le Parc contenans environ trente arpents.

€ Le buisson des Saules contenans environ douze arpents.

€ De plus sont mouvons du fief du Chasteau dudit Fontaine la terre et seigneury de Borberain en toute justice, haulte, moyenne et basse appartenans a présent au sieur du Chastelet Mareschal de Lorraine.

« La seigneurie dePercey le Chrand appartenans en toute justice au sieur de Trottedin, appelée la seignearye derrière.

« Est aussy mouvans dudit Chasteau de Fontainne celle de Fontenèlle appartenant en toute justice à Monsieur le duc de Bellegarde et le sieur Baron de Bou- Ugneux.

€ Encore la seigneurie dudit Fontenèlle appelée la Craye appartenans au sieur Baron Desery est aussy mouvans en fief dudit chasteau.

€ Toutes lesquelles choses cy devant déclarées nous lesdits Jacques Chabot et Marie de Lomenie comparans ce jourd'hui onzième du mois de mars lan 1629 en npstre dit chasteau de Fontainne Françoise par devant Pierre Hébert, notaire royal et garde nettes héréditaire rézidans audit lieu, avons déclarré etdéclarrons estrele desnombrement que nous entendons estre donné en la Cour des Comptes, aydes et finances de ce pais et Duché de Bourgogne suivans larrest de reprise de fief du 23 janvier dernier... Le tout fait en présence

POîfTAINB-FRANÇAISB SOOS LES SEIGNEURS DE CHABOT-CHARNY 273

de Messire Charles La Botte, procureur d'office audit Fontaine et Florent de Tallencourt, clerc demeurans a Mirebeau, tesmoins qui se sont soubsignés. Signé : Jacques Chabot, Marie de Lomenie, Viard, La Botte, de Tallencourt et Hébert, notaire.

€ Enregistré à la Cour des Comptes, le 24 mars 1629. b

Jusqu'en 1636, deux ans avant la mort de Marie-Antoinette de Loménie, veuve de Jacques Chabot, arrivée comme on lésait déjà le 4 juin 1638, le bourg de Fontaine-Française fut assez tranquille, bien que les Francs- Comtois y fissent de temps en temps quelque incursion et commissent pas mal de déprédations. Pour remédier à ces maux, on pensa à garnir de troupes les places frontières. Le 18 décembre 1633, Condé, alors gouverneur de Bourgogne, ordonna à ceux qui commandaient pour le service du roi, à Fontaine-Française, Saint-Seine-sur-Yingeanne, Mirebeau et Talmay, de recevoir dans ces places le marquis de Tavannes, lieutenant général pour le roi, avec tel nombre de gens qui lui plairait, ce qui fut refusé (1), surtout par Fontaine, qui préféra se défendre seul plutôt que d'avoir à sa charge des soldats qui auraient peut-être commis plus d'exactions que les étrangers.

En 1634, la paroisse (on dit aujourd'hui la commune) de Fontaine-Française n'était pas riche ; ainsi le résumé de la déclaration de ses biens communaux porte : 15 faulx de pré en deux endroits ; 12 arpents de bois et 6 buissons sur le finage de Fontaine et le droit de pâturage aux prés de Saint-Seine, plus la Corne

(4) Boudot.

Viennot sur Chazeuil, mais en usage seulement (1).

Il est à présumer que le seigneur de Fontaine n'était pas plus riche que ses habitants et qu'il devait être fort endetté, car par décret du 16 août 1636 la terre de Fontaine-Française fut de nouveau en saisie réelle; et vraisemblablement elle resta saisie jusqu'à M. de Saint-Jullien qui la racheta ainsi que ses dépendances avec d'autres terres aux environs, pour reformer la seigneurie telle qu'elle était aux xvi* et xvii* siècles.

Fontaine-Française, frontière de la Franche-Comté, était exposé, plus que tout autre bourg, aux exactions et à l'invasion qui sont presque toujours la conséquence de cette position. Le lecteur a déjà vu combien nous avons eu à souffrir, et nous voici arrivés à une époque plus terrible encore : je veux parler de l'invasion de Gallass, de la famine qui la suivit et des désastres qu'entraîna, pour toute la contrée, la guerre de dix ans (1635 à 1646) soutenue par Louis XIII contre les Impériaux.

a Gallass (2), général à la solde des Comtois, partit de Champlitte le 22 septembre 1636, pour commencer ses incursions dans le duché de Bourgogne.

« Il était surveillé par l'armée française qui occupait Langres et le MontsaugeonnaiSy ce qui l'obligea à suivre le Vallon qu'arrose la Vingeanne (3). »

L'armée de Gallass^ suivant une relation manuscrite du siège de Mirebeau, était composée de plus de 50,000 hommes. Mais il faut ajouter que d'autres mémoires

(1) Archives départementales, finances, G. 2799.

(2) Gallass, Mathiea (Matheo-Gallasso], Feld>Maréchal des armées impériales d'Autriche, était né en 4589 dans le Comté de Trente. Il est mort à Vienne en 1 647. ~ J'écris Gallass, parce qa'il signait ainsi.

(3) Boudot, page 219.

du temps et la pierre commémorative que les Losnais (habitants de Saint-Jean-de-Losne) érigèrent en souvenir du siège de leur ville portent à 80,000 le nombre des Allemands, Croates, Espagnols et Francs- Ck)mtoisqui envahirent la Bourgogne, 8,000 femmes instruites au maniement des armes et soumises à la discipline militaire les accompagnaient, ainsi qu'un train considérable d'artillerie pour l'époque, 50 pièces de canon, 4,000 chars, des vivres en abondance et un nombre incalculable de varlets, de goujats et de bandits.

Le Fayl-Billot était à cette époque une forte place assiégée par les Français. A rapproche de Gallass, ils levèrent le siège, 16 septembre 1636.

Gallass avait une belle position, avancée déjà dans le Bassigny, tandis que les généraux français, acculés entre Langres et Dijon, étaient réduits à la défensive, sans pouvoir empêcher le territoire français de souffrir tous les malheurs de la guerre. Par la faute des princes de Condé, la France était ainsi ouverte à Tinvasion la plus formidable. Le duc Bernard de SaxeWeymar et le cardinal de Richelieu avaient attendu Condé deux jours à Langres (7 et 9 septembre 1636). Aussi le duc de Weymar disait-il dans son impatience : « le temps que nous perdons a coûté au roi plus de 100,0(X) écus par jour. » En effet, ces retards, donnant de l'avance àGallass, lui avaient permis de saisir le terrain que l'on se proposait d'occuper, et par suite les forces françaises étaient rejetées sur la ligne de Fontaine-Française, Montsaugeon, Goiffy, la Ferté et Bourbonne.

Le 17 octobre, Gallass était à Morey (Haute-Saône). Du haut de la Montagne son conseil de guerre lui montrait Langres, le Bassigny et les riches pays des alentours, comme placés sous sa main.

276 HISTOIRE DE PONTAIXB-ntANÇAISB

. Gallass n'écouta pas son conseil : il prit sa lunette, examina les créneaux élevés et la formidable position de Langres ; Tinstrument lui tomba des mains, t Laissons Langres, » dit-il, « et marchons contre Dijon. »

Tous ses officiers l'appuyèrent, et le lendemain, 18 octobre, il commença sa marche.

Toujours surveillé par les Français, en quittant Mprey il avança et arriva en Bourgogne le 19 octobre. Le village de Pouilly-sur-Vingeanne fut le premier exposé aux fureurs des ennemis : tout y fut tué, les maisons brûlées et le pays resta désert (1).

Il dévasta Momay, Montigny, Saint-Maurice et prit le château-fort de la Romagne, le 19, et y laissa garnison (2).

Gallass fit alors marcher son armée jusqu'à Fontaine- Française, le 20 octobre, où il porta la terreur, la désolation et la mort (3). Il se rabattit ensuite sur Mirebeau alors entouré de remparts. En trois jours il prit cette ville après une défense héroïque, du 21 au 24 octobre 1636 (4).

Après ce fait d'armes, Gallass traversa, avec quelques cavaliers seulement, la ville de Dijon, dont il trouva les portes ouvertes. On fut si surpris de cette audace qu'on ne pensa pas même à lui barrer le passage.

Saint-Jean-de-Losne, par sa position sur la rive droite de la Saône et son pont qui reliait le duché au

(<) Histoire de Jouvdle,

(2) La Romagoe a été reprise par les Français le 46 juin 1637.

(3) Je donoe plus loin et textuellement le procès-verbal ofGciel des dégftts constatés à Fontaine, après le passage de Gallass. La visite et le procès- verbal n*ont été faits qu'en 4645, neuf ans après la dévastation de 1636. Il n*était vraiment pas trop tôt....

(4) Boudot, Histoire de Mirebeau,

comté de Bourgogne, était considéré comme une des clefs de la Bourgogne.

Gallass pensa à s*en rendre maître pour établir une correspondance facile, de ce côté, avec la Franche- Comté ; il mit en conséquence le siège devant cette ville le 30 octobre 1636.

Les habitants se défendirent vaillamment. Mais ayant été secourus au moment où le dernier assaut allait être donné, Gallass leva le siège dans la nuit du 2 au 3 novembre et reprit la route de la Franche-Comté dans la direction du nord.

Un gros de six mille hommes de son armée assiégea et brûla la forteresse de Beaumont (l'une des. clefs de la Bourgogne de ce côté) mettant à feu et à sang, Licey» tous les villages voisins et brûlant dans Téglise de Dampierre plus de deux cents personnes qui s'y étaient réfugiées, 9 novembre 1638.

Un acte authentique, dressé par ordre du gouverneur de Bourgogne, le 16 mars 1637, par Claude Daliet, tabeUion royal à Beaumont-sur-Vingeanne, donne des détails curieux sur les atrocités commises à Dampierre par « les ennemys de Testât et trouppes de Gallass », après le siège et la ruine du château de Beaumont.

Cet acte, dont Toriginal a été conservé et trouvé dans les papiers de la maison Juillet de Saint-Pierre, est aujourd'hui déposé à la sacristie de Téglise de Dampierre.

En présence de la division qui survint à propos des garnisons à laisser dans les villes reprises, Gallass donna quelque temps après sa démission de commandant en chef de l'armée impériale et prit, avec une simple escorte, le chemin de l'Allemagne (îil janvier

278 HISTOIfUB DE POKTAINE-FRANÇAJSB

1637). « Ainsi, dit Thistorien de Jouvelle, quitta-t-il notre province comme un fugitif et un vaincu. » Il y avait quatre mois et trois semaines qu'il en avait franchi la frontière pour la première fois.

Peu d'hommes de guerre ont laissé dans nos contrées un souvenir aussi funèbre et aussi profond.

Longtemps encore le Bassigny et la Haute Bourgogne continueront de trembler au souvenir de celui qui les avait si adreusement ravagés pendant six à sept semaines, et dont les troupes, après son départ, les ravagèrent de nouveau pendant cinq ans.

Dans leur juste effroi, les habitants du Bassigny et du Montsaugeonnais ajoutaient aux litanies des saints cette naïve supplication :

« A Gala et a Força, libéra nos Domine. »

De Gallass et de Forkatz ou Forgach, délivrez-nous, Seigneur (1).

L'année 1637 fut peut-être plus calamiteuse que la précédente dans nos pays .

Faute de bras et de bétail, les champs ne furent point cultivés ; ceux qui voulaient semer quelque chose furent obligés de s'atteler eux-mêmes à la charrue. On cite, dans un village voisin, un homme et son fils qui gagnaient ainsi trente sous par jour (2).

Girardot, écrivain franc-comtois, qui vivait à celte époque, nous a laissé le tableau navrant qu'on va lire.

a On vivait de l'herbe des jardins et des champs. Les charognes des bestes mortes estoient recherchées

(4 ) Forkatz, lieateDant générai des Croates. Ce nom est synonyme d'Intraitable et de brigand. Histoire de Jouvelle. {î) Macheret.

aux voiries; mais ceste table ne demeura pas longtemps mise. On tenoit les portes des villes fermées, pour ne se veoir accablés du nombre des gens affamez qui s'y venoient rendre ; et hors des portes, les chemins, demie lieue loing, estoient pavez de gens hâves et deffaicts, la plupart estendus de faiblesse et se mourant. Dans les villes les chiens et les chats estoient morceaux délicats ; puis les rats estant en règne furent de requise. J'ay vue, moy-méme, des gens bien vestus, relever par les rues des rats morts jettez par les fenestres et les cacher pour les manger. Enfin on en vint à la chair humaine, premièrement dans l'armée où les soldats occis servoient de pasture aux autres qui coupoient les parties les plus charnues des cadavres, pour bouillir ou rostir, et hors du camp foisoient picorée de chair humaine pour vivre.

d On descouvrit en certains villages des meurtres d'enffants tuez par leurs parents, et des frères par leurs frères, pour se garder de mourir de faim. C*estoit partout la fasce de la mort! »

Malgré tout cela, en 1638, les Comtois ouvrirent de nouveau la campagne par la reprise de ChampUtte, le sac de Selongey (1) et la dévastation de Fontaine déjà si désolé.

Rien ne peut donner l'idée des dégâts commis sur le territoire français par les Lorrains, les Comtois et les

(1) Gallass étant parti pour rÂllemagne le 21 janvier 1637, c'est doDC à tort qu'on dit qu'il a saccagé Selongey et, ce qu'il y a de plus singulier, qu'il y a été fait prisonnier. En 1 636, Gallass n'avait môme pas dépassé Fontaine du côté de l'Occident, Gbazeuil avait à peine vu quelques détachements. Ce sont les Comtois de Ghamplitte qui envahirent Selongey d'où ils furent chassés par les habitants avec de grandes pertes.

280 iflSTOIJUE DB PONTAIlfB-niAKÇAlSK

Croates qui tenaient garnison dans la place de la Mothe.

Gaucher du Magny, sorti de prison, décrié dans son pays, passa au service de Tennemi et apporta dans nos contrées ses rancunes passionnées. Aussi en 1643, affamé de vengeance, il fondit sur trente-deux villages, compris Selongey et Fontaine-Française, qu'il mit à rançon et ruina de nouveau.

Un épisode de ces temps néfastes nous ofiGre un singulier mélange de mœurs violentes etde foi religieuse.

En 1644, le sieur de la Roche, commandant de Mirebeau, rencontra près d'Orain le capitaine la Pierre, de la garnison de Gray. Après un choc violent des Bourguignons et des Comtois, la Pierre resta sur le terrain, blessé à mort. « De grâce, vite un prêtre », s'écrie-t-il. Il n'y en avait point sous la main ; le curé d'Orain, comme ses paroissiens, avait fui dans les bois à l'arrivée des partisans. Mais la Roche, descendant de cheval, s'approcha en pleurant du moribond, lui rappela Bayard se confessant, en pareille détresse, devant le pommeau de son épée, lui suggéra l'acte de contrition et Texhorta à faire à Dieu le sacrifice de sa vie en expiation de ses fautes (1).

Les désastres causés par Gallass en 1636 et par les Comtois les années suivantes émurent les Elus de Bourgogne. Sur les plaintes qui leur arrivaient de Fontaine- Française, Pouilly, Saint-Seine, Beaumont, Dampîerre et tant d'autres villages, ils firent enfin, le 23 juin 1643, leurs doléances au prince de Condé, pour qu'une enquête fût faite sur l'état de la province de Bourgogne; tout, disaient-ils, ayant été brûlé, ravagé, saccagé, les habitants disparus, les villages déserts.

(4) Histoire de Jauvelle.

Le roi Louis XIV autorisa cette enquête et le 10 septembre 164S, les représentants du pays se le partagèrent pour le visiter, le Maïeur (Maire) de Dijon fut chargé de parcourir le bailliage dont cette ville était le centre.

Jacques Comeau, lieutenant-général criminel aux bailliage et chancellerie de Dijon, élu des Etats de Bourgogne pour le Tiers-Etat, commença sa tournée le 16 septembre 1644, elle finit le 7 avril 1645. a Cette chevauchée^ de plus de six mois, ne suffit pas pour terminer la visite du bailliage de Dijon, qui avait dix lieues d'étendue du nord au sud et neuf de Test à Touest. j> Les délégués furent souvent obligés de reculer devant le danger qu'il y avait à s'approcher de ceruins villages infectés par les cadavres, et c'était sept ans après.

Antoine Loppin de Gémeaux, maître en la Chambre des Comptes et député en celle des Elus, fut chargé d'une nouvelle mission destinée à compléter le travail de la première. Elle partit le 22 octobre 1645 et ne termina cette tournée supplémentaire qu'au mois de juin de Tannée suivante.

Ces inspecteurs se faisaient annoncer la veille, ils faisaient comparoir les échevins, procureurs et receveurs, qui juraient de dire la vérité. Ils demandaient les rôles des dernières impositions, le nom du seigneur, des propriétaires^ des fermiers, etc., comptaient les charrues, s'informaient de tout. Puis ils parcouraient le village de pot en pot, c'est-à-dire de maison en maison, ils les comptaient, constataient leur état, le nombre des résidants et faisaient ensuite une visite au curé pour contrôler le tout. Enfin ils rédigeaient sur place le procès-verbal de ce qu'ils avaient vu.

282 HISTOIRE DE PONTAINE-PRANÇAISB

Voici la copie textuelle de celui qui nous concerne:

Fontaine-Françoise.

« En 1645: imposés 180(1).

« De Rozières, appartenant au conseiller Maillard, et dont les granges sont bruslées, nous avons esté coucher à Fontaine-Françoise qui appartient à M. le Prince de Marsillac (François de la Rochefoucault) où le lendemain 24 (octobre 1645), nous avons faict comparoir par devant nous, Jean-Claude Janvier, lieutenant de la justice dudict Fontaine et notaire royal audict li^, Teschevin Le Gras et Baudin, collecteur des tailles. Le roolle de la présente année, pour le paiement des deniers imposés et à imposer par MM. les Eslues, et, pour les affaires de la communaulté, et pour le paiment des ustencilz de guerre, les soldats estant en garnison dans le chasteau dudict lieu, monte à 1561 livres 18 solz (10,900 francs de notre époque).

« Depuis ledict roolle et la suspension d'armes asseurée entre le duché et le comté, plus du quart de ceux qui y sont desnommés se sont retirés aux villages voisins qui dépendent du comté de Bourgogne, qu'ilz avoient abandonné pour se retirer en plus grande asseurance à Fontaine-Françoise. Ornons avons trouvé que 180 imposés, quelques soldatz mariés compris, 55 vefves et filles, et 20 personnes qui se sont retirées.

(c Nous ont remonstré que la commùnaulté est extresmement ruisnée depuis les guerres, tant par les ennemys que par les gens du roy qui y ont passé en très grand nombre à diverses fois, mesmement par les gar-

(^) Le Bailliage de Ot/on, par Rossignol, 4857.

nisons de pied et les gens de chevaux qui y ont esté depuis ce temps et y sont encore, qu'il leur est impossible de suffire aux empruntz qu'ils ont été contraintz de faire, ce qui oblige une partie des habitants de vouloir tout abandonner ; qu'il leur couste annuellement plus de 500 livres, tant pour le bois que la chandelle, qu'ilz sont obligés de fournir journellement à la garnison du chasteau à laquelle ils donnent tous les jours deux charrîotz de bois.

« Les debz (dettes) de la communaulté montent à plus de 30.000 livres, dont ils n'ont pu payer les arérages depuis 1636. Ce qui a le plus ruisné les habitants, ont été les diverses courses des Comtois, qui plusieurs fois les ont faict prisonniers, et auxquels telz des habitants ont paie trois ou quatre fois rançon. Plusieurs ont été tués par les Comtois pour n'avoir pu la paîer. La dernière prise fut faicte par les habitants de la Motte ; ils emmenèrent 42 chevaux, 60 bestes à cornes et 12 habitants. Ce qui les a entièrement ruisnés; ilz ne s'attendoient plus à cette surprise, se fiant à la suspension d'armes (1). Entre lesquelz prisonniers a esté emmené par trois fois Michel Cornu, qui a payé 750 livres pour ses rançons ; il est entièrement ruisné. Roland Montot, boucher, a esté pris deux fois et a paie pour la première 800 livres en argent, outre la perte de ses chevaux et de son bestail. Jacques Ardouyn, pris par les Comtois, leur a paie près de 800 livres. Noël Labotte donna 500 livres ; François Bryet restoit prisonnier n'ayant encore donné que 200 livres. Hugues Labotte ne put paier la somme qu*on lui demanda, les

(\) Qae foisait donc la garnison du chMeaa, quand on dévastait ÛDsi le bourg ?

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Comtois mirent le feu à sa maison et il fut bruslé dedans.

c Les habitants ont souffert toutes les hostilités, pertes et violences qui se peuvent imaginer en la plus cruelle guerre. Il leur eust esté beaucoup plus avantageux si, dès le commencement de la guerre, ilz eussent esté bruslés et ruisnés, et quMlz eussent abandonné leurs habitations, car leurs debtes se trouvent monter à plus de 30.000 livres, suivant les mémoires par eux présentés (Environ 210.000 francs de notre monnaie).

c De plus ils doibvent à leur seigneur 600 livres de tailles abonnées et autres droicts, sans y comprendre la dixme qui est de 12 gerbes Tune. Hz sont si misérables que quand les eschevins sortent de charge, la communaulté leur demeure redebvable de grandes sommes, avec impossibilité de paîer.

a Et nous ayant faict conduire par tout le village, avons recogneu y avoir environ 120 maisons qui paroissent être en bon estât par le dehors ; néantmoings, estant entré dans la plus grande partie, en avons vue un grand nombre dont les planchers et fenestres sont entièrement bruslés et rompus, le couvert paraissant dès la cave. Elles ne sont plus habitées, mesmement au milieu du village où il y a aussi plusieurs maisons ruisnées comme celle des héritiers de feu Hugues Labotte, etc., etc.

c Et nous estant faict conduire en la rue de France, au-delà de la barrière tirant à Lengres, nous avons recogneu icelles maisons estre toutes ruisnés, bruslées et inhabitées, comme pareillement celles de la rue d'Aval tirant à Mirebeau dans lesquelles pour estre en grande partie abattus personne ne demeure.

a Et estant allé en la rue de la Maladerre, nous

avons veu les bastimens estre en aussi mauvais estât qu'aux deux précédentes, ladicte rue estant le chemin qui conduict à Sainct-Seyne-sur-Vigenne par où les snnemys avoient accoustumé de venir souvent.

« Les maisons de la rue Bertault, hors des retranchemens faicts par les habitants du costéde Dijon pour Bmpescher Tentrée aux ennemys, sont paroillement toutes abattues et ruisnées.

« Hz nous ont affirmé par serment n'avoir aulcuns coramunaulx que leur droict de chauffage en la forest ie Veloux, despendant de la forest de Berain, sans îu'il y ait bois à bâtir.

tf Tout le négoce a cessé depuis la rupture de la neutralité.

er Signé: Anthoine Loppin. »

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