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CHAPITRE XXII

Le château, bâti de 4754 à 1758, sur une partie de Fancienne fortere?se, faisant face à l'étang Pagosse, avec ses deux ailes en retour, quoique d'une architecture assez lourde, produit cependant une impression grandiose (1).

Evidemment M. de Saint-Jullien, en l'édifiant, s'est inspiré du château de Versailles pour la forme, la disposition et l'aménagement des parterres et des plantations qui l'entourent.

Les routes des environs furent redressées et changées de place de manière à se diriger toutes sur la vaste coupole qui surmonte l'édifice ; de larges avenues, plantées d'arbres, furent tracées ; le parc fut dessiné dans le style de Lenôtre et rappelle les dispositions de celui de Dijon.

En raison de la longueur de l'édifice, la façade du château, sur la cour d'honneur, paraît écrasée ; cepen-

(4) On a vu dans ud chapitre précédent qiie la construction du grand château a coûté 338,938 livrôs 5 sols 4 4 deniers et celle du petit château 39,667 livres.

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dant l'architecture, style Louis XIY, en est nette et sévère. Les ouvertures du rez-de-chaussée, d'une hauteur dé 4 mètres i/2, sont ornées aux clés de têtes ou inascarons, sculptés avec grand soin, représentant toutes des figures allégoriques.

La corniche est superbe, à gros modillons, et produit le plus bel effet. Le fronton du milieu était autrefois orné des armes de M. de Saint- Jullien. Ces armes ont disparu. Un dôme de vastes proportions, terminé par une plate-forme à 25 mètres de hauteur au-dessus du sol, donne au toit un caractère particu- Uer ; il renferme l'horloge et si on veut y monter, on est récompensé de ses peines par la vue d'un vaste et riant panorama.

La façade du côté de l'étang est toute en pierre de taille. C'est un placage fait contre l'ancienne courtine, sur 72'"50 de longueur et 45 mètres de hauteur. L'aspect de cette façade, en raison de l'abaissement du sol et du bel escalier, tout en pierre de taille à double rampe qui l'ornemente, est grandiose et du plus bel effet.

Du côté de la cour d'honneur^ un perron de quatre à cinq marches donne accès au château et on se trouve dans le vestibule servant aussi de cage au grand et vaste escalier qui conduit au premier étage.

Ce vestibule est orné de deux écussons, objets d'art, en pierre de Tonnerre.

Celui de Philibert ou Philippe Chabot, seigneur de Fontaine, de 1526 à 1543, est au haut de la porte de la salle des gardes, et celui du cardinal de Givry, Claude de Longvy, coseigneur de Fontaine, de 1505 à 1561, est au-dessus de la porte du corridor à droite qui conduisait à la chapelle qu'il avait édifiée en 1536.

A gauche do vestibule est la grande salle des gardes, longue de 13 mètres, large de 9 et haute de près de 5. Le pavage est en marbre de Fouvent, losange gris et jaune. Eclairée par quatre hautes portes vitrées, dont celles du couchant sont percées dans des murs de deux mètres d'épaisseur, cette salle est sans contredit la plus belle du château.

Une cheminée en pierre noire, Henri II, d'une remarquable sculpture, ornée de bas-reliefs représentant les quatre saisons, occupe le fond de la salle. Sur cette cheminée est le buste de Henri IV, de grandeur naturelle et son chiffre est gravé sur le milieu de la bande supportée par deux cariatides (1).

Le plafond, entouré d'un large encadrement, est à panneaux sculptés, ornés de caissons et de rosaces, le tout d'un beau fini et de très bon goût.

La colonnade du pourtour de cette salle et la corniche sont de Tordre toscan.

Cinq tapisseries à grands personnages, de haute lisse et de production italienne, apportées au château par le cardinal de Givry, à ce qu'on assure, dans le XVI* siècle, couvrent les quatre murs. Elles représentent la vie d'Alexandre le Grand.

Celle au couchant montre Alexandre, jeune encore, domptant Encéphale (tête de bœuf): « Quel cheval, dit-il, vont perdre ces gens-là pour ne pas savoir s'en servir... »

Au nord, on trouve le couronnement d'Alexandre,

(4) En 1882, Paul Gasc, élève de Dameron, premier grand prix de Rome, en 4890, a retenu et réparé toutes les sculptures des bas-reliefs. C'est lui qui a aussi sculpté sur le milieu de la frise le monogramme d'Henri IV. 11 avait commencé ses études de sculpture chez M. Schanoski, de Dijon.

roi de Macédoine, 336 avant J.-C; à gauche de la cheminée, son mariage ; à droite, on voit Alexandre recevant les envoyés de Darius Codoman, roi de Perse, qu'il vient de vaincre, 333.

Enfin, la tapisserie qui se trouve au levant représente Alexandre allant visiter la reine de Perse, captive, mère de Darius.

Ces tapisseries sont encore enparfaitétatde conservation et elles font un magnifique effet dans cette grande salle, surtout avec les beaux fauteuils Louis XIV en tapisserie d'Aubusson, les consoles Louis XV, la commode italienne, la table genre Louis XVI de Mazaros et les autres objets des xvr et xvii® siècles qui la meublent (4).

De la salle des gardes, on entre dans un premier salon, autrefois le billard, dans lequel se trouvent cinq grandes peintures sur toile, représentant en pied d'abord: Henri IV, tout costumé de noir, ayant derrière lui, en fond une image de la bataille du 5 juin 1595. C'est une copie du portrait si connu de Porbus. A gauche, en entrant, Charles, sire de Matignon (2), comte de Thorigny, né en 4564, mort en 1648. Du même côté, Jacques, sire de Matignon, maréchal de France,

(1) A Fontaine-Française, peut-ôtre comme dans bien d'antres endroits,de temps immémorial, il était d*usage,le jour de chaque mariage, d*aller danser dans la grande salle du château. On rendait ainsi Tisite au seigneur qui honorait souvent le bal de sa présence.

Cet usage 8*est perdu, mais celui d'envoyer un gâteau au seigneur la veille du mariage, s'est conservé pendant longtemps, et le jour de la noce les jeunes époux allaient faire une visite au château.

(2) Sous Louis XIV la fille unique du prince do Monaco, Louise- Hippolyte Grimaldi, porta par son manage la principauté de Monaco à une branche de la maison de Goyon de Matignon. C'est ce qui explique la présence au château de Fontaine- Française de ces divers portraits.

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gouverneur de Guyenne, maire de Bordeaux, né en 1526, mort en 4597, compagnon de Henri IV à la bataille de Fontaine-Française, dont j'ai eu Toccasion de parler déjà. De l'autre côté, à droite, en entrant: « Joachim de Matignon, lieutenant général en Normandie, mort en 1549. Et Aloin Goyon de Matignon, seigneur de Villiers, fils de Jean de Matignon et de Marguerite de Mauny. Il se retira en Flandre, auprès de Louis XI encore dauphin, revint avec lui et commanda une des deux compagnies de gentilshommes entretenues pour sa garde. Bailly de Caen en 1465, il fut fait grand écuyer de France en 1467 et mourut à Caen où il fut enterré en 1490. »

Le panneau en face de la cheminée est orné d'une grande tapisserie de 5 mètres de longueur et 3 de hauteur, représentant, d'après TAlbane, et de grandeur naturelle, Diane chasseresse, frappant d'un trait un sanglier furieux, au milieu d'une mêlée d'hommes et de chiens blessés.

Cette tapisserie est d'une très grande valeur.

Ce salon a environ neuf mètres au carré. Les murs en sont boisés de haut en bas avec sculpture rapportée. Il est meublé de canapés, fauteuils et chaises Louis XV, en tapisserie à petits points du commencement de Beauvais, représentant des sujets tirés des fables de Lafontaine. Les consoles sont Louis XVI ainsi que les autres meubles.

 la suite se trouve le grand salon, éclairé par quatre hautes fenêtres. Les murs sont boisés sur toute leur hauteur avec appliques de sculptures en basrelief.

Les meubles sont blancs et or et recouverts d'une étoffe en reps de soie brochée rouge, style Louis XV.

470 BlffronUS DB rONTXINE-FiULNÇAlSB

Dans ce grand salon, les panneaux sont Louis XIV, les torchères et la pendule Louis XV et les consoles Louis XVI.

On y voit deux tableaux. L'un représente une mère tenant son enfant qui appuie sa tête sur son sein.

C'est une belle peinture, mais elle n*est pas signée.

On croit que c'est le portrait de Cl. de Braubach, comtesse de Choiseul, et on l'attribue à Simon Vouet.

L'autre est Philis de la Tour-du-Pin, tenant un cor de la main gauche et de Tautre la laisse de son chien. Au haut de ce tableau, on lit cette inscription écrite en lettres noires sur un champ d'or:

« Philis de la Tour-du-Pin, de la Charce, peint par Mignard l'an 1692. »

« Le duc de Savoie ayant fait une irruption en Dauphiné, Philis se mit à la tête des vassaux du marquis de la Charce, son père, fit couper les ponts et garder les passages, battit Tennemi en plusieurs rencontres et prêta un tel appui au maréchal de Cattinat, que non seulement, par ordre de Louis XIV, son portrait, son écusson et ses armes furent déposés au trésor de Saint-Denis, mais encore une pension de 2.000 livres lui fut accordée comme à un brave officier. L'ordre de Saint-Louis, dit Voltaire à ce sujet, n'était pas encore institué. »

« Philis mourut à Nyons en 1703. »

On montre, dans ce salon, un casque en fer et le devant d'une cuirasse du temps de Henri IV. La cuirasse a été percée d'une balle.

Dansles salons durez-de-chaussée, comme les grands appartements, les pendules, les vases, les candélabres, les lustres, les bronzes, les meubles, etc. sont d'une très grande richesse et appartiennent généralement

aux époques Louis XIV et Louis XV avec quelques Louis XVL

Le marquis Aynard de la Tour-du-Pin, qu'à juste titre on a appelé un puits de science, a fait de grandes réparations, de 1843 à 4848, dans l'intérieur du château. On y trouve à chaque instant les preuves de son goût éclairé et de ses connaissances artistiques.

Il ne choisissait que des hommes de valeur, de vrais artistes, pour exécuter les travaux qu'il entreprenait.

Depuis quelques années, de nouveaux aménagements intérieurs ont été faits ; ils rendent Thabitation plus commode et plus agréable. Mais revenons à notre description,

A l'angle sud du château, joignant le grand salon, est l'appartement de M'"** de Chabrillan, jadis celui de M'^^deSaint-Jullien. Sa chambre à coucher est tendue en damas de soie jaune et tout l'ameublement, en velours d'Utrech également jaune, de l'époque Louis XV etLouis XVI, est en parfaite harmonie avec la tenture. On y remarque deux toiles de l'ancienne collection Thiers : un combat de cavalerie de Pierre Wouwremans et un paysage historique de Francisque. Ensuite une aquarelle de Lebarbier, M. de la Tour-du-Pin enrôlant des militaires. Deux autres peintures remarquables : M""" de Gouville, sœur du maréchal de Tourville, et la maréchale de Villeroi, par Mignard.

Enfin une autre peinture de Carmontel, la princesse de Monaco en peignoir.

De cette chambre, on a transporté dans une autre deux superbes sépia de Lebarbier, vues dessinées sur place dans un voyage aux Pyrénées, fait par M. de la Tour-du-Pin, Béthune et Lebarbier.

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C'est dans cette chambre, qu'à cette époque on appelait le petit salorij que, jusqu*à son accident arrivé en octobre 1870, M°»« la marquise se tenait, recevait les visites et qu'elle passait ses soirées. Je n'oublierai jamais avec quelle grâce, quelle bonté et quelle aménité elle accueillait les personnes qui avaient le bonheur d'être admises à ces soirées si pleines de charme et d'attraits.

A gauche enfin, dans l'aile du levant, est l'appartement de M. le comte de Chabrillan, dans lequel on remarque plusieurs portraits de famille.

A droite du grand escalier, toujours au rez-de-chaussée, un large corridor conduit à la salle à manger et aux offices.

Dans ce corridor se trouvent deux superbes lavabos de pied en chêne sculpté Louis XIV, et une large vitrine dans laquelle on a réuni aiguières et plats dorés, vieux cristaux de Rouen et de Nevers, aux armes de la Tour-du-Pin, ainsi que d'autres belles et anciennes faïences de Rouen et de Nevers aux mômes armes.

La salle à manger, très haute de plafond, entièrement boisée, avec sculptures sur panneaux, peut facilement contenir vingt-quatre convives. Elle est ornée de cinq dessus de portes représentant des natures mortes par Gall.

Nous trouvons ensuite la bibliothèque (4), riche de plus de 5000 volumes, et la nouvelle chambre des archives à la hauteur de la galerie de cette bibliothèque .

(!) Sar la cheminée est ane superbe encre de Chine dessinée en 1761 par Lejolivet, architecte des écoles et yoyer de la rille de Dijon.

C'est un projet de la scène du théâtre qui a été construit dans les combles du château, oi!i Voltaire a eu sa loge.

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LE NOUVEAU aiATEAU 473

A l'angle ouest se trouve la cuisine, vaste pièce, à rimnnense manteau de cheminée, qui a été installée dans remplacement de la chapelle dont le lecteur connaît Tancienne magnificence.

Enfin dans le pavillon nord les offices et la lingerie avec ses dépendances.

Si nous montons maintenant le grand escalier, nous y trouvons d'abord, sur un palier, le buste en pierre de Louis XVIII (1), puis deux portraits en pied à Thuile, médiocres comme peinture et n'ayant qu'un intérêt de famille, représentant Isabeau de France, Palatine de Bourgogne, fille du roi Philippe VI et de Jeanne de Bourgogne, et Guy VIII de la Tour-du-Pin, Dauphin de Viennois, qu'elle épousa le 47 mai 1323. Guy est représenté avec la croix sur la poitrine en costume de chevalier de Jérusalem, a Pour reconnaître la part qu'il avait prise à la victoire deCassel,où il commandait une aile, il reçut en don de Philippe VI la résidence de la reine douairière Clémence, d'où vint le nom de Maison aux Dauphins donné à cet hôtel qui est devenu l'hôtel de ville de Paris. »

Nous arrivons ensuite dans une immense galerie, à Tarchitecture toscane, d'une hauteur de 4™50, d'une longueur de 64 mètres, à l'extrémité sud de laquelle se trouve la chapelle placée sous le vocable de N.-D. et dont les murs sont en stuc. La galerie pourrait servir de nef (2) à la chapelle dans laquelle on a célé-

(4 ) Celui qui faisait pendant à Henri IV sur le monument élevé par M<°* de Saint-Jullien en Pré Morot.

(î) Cette galerie, ayant 64 m. de longueur et la chapelle 6 m. 50, cela fait en tout 70 m. 50 de longueur d'une extrémité à l'autre, non compris les deux fenêtres percées dans des murs de 4 métré d'épaisseur chacun, soit en tout 72 m. 50, longueur totale du château.

474 HISTOIBE DK POîrrAIÎlE-rRAPîÇAJOT

bré les offices jusqu^en 1820, conformément à TautorisatioD renouvelée depuis le rétablissement du culte en France, et qui en avait été donnée à M. de Saint-Jullien, le 10 août 1758, par M^ Tévéque de Langres, Gilbert de Montmorin, suzerain du seigneur de Fontaine-Française (1).

En retour au nord, deux chambres avec lits à colonnes, toutes deux entièrement tendues d'anciennes tapisseries de Flandre très curieuses et particulièrement conservées, nommées des verdures^ reproduisant des sujets champêtres de Téniers, bals, jeux, banquets, etc. On voit sur Tune d'elle le château de Saint-Cloud avec ses jets d*eau et ses cascades. Des copies de Wateau remplissent le haut des panneaux des cheminées ornées de glaces aux encadrements de bois dorés, finement sculptés, du xvn* siècle. L'ameublement de ces deux chambres est Louis XIV et Louis XV.

A droite de la chapelle on montre aux visiteurs la chambre, prise dans la tour sud-ouest, où Henri IV coucha, le soir de la bataille du 5 juin. C'est cette chambre que M"* de laToar-du-Pin avait choisie pour son appartement particulier.

Je passerai sous silence les petits appartements et j'arriverai de suite à la grande chambre dite Royale connue aussi sous le nom de chambre aux grands personnages, parce que les murs étaient recouverts des grandes tapisseries qu'on a depuis placées dans la salle des gardes.

(1) M. le comte de ChabriUaQ, propriétaire actael, a de nouveau obtenu un bref de Sa Sainteté le Pape Léon XIU, daté de Rome da 24 avril 4 885, pour faire célébrer la messe et autres offices dans la chapelle castrale.

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Cette chambre, aujourd'hui tapissée en soie rouge cerise, a des fauteuils or et damas soie rouge aussi cerise, Louis XIV, le lit et les autres meubles sont Louis XV.

Le lit placé d'équerre au mur est d'une richesse de tenture peu commune, brochée de soie, aux couleurs très voyantes sur fond de damas de satin blanc, le baldaquin, les rideaux et la couverture sont chargés de figures allégoriques quelque peu légères, de fleurs, d'oiseaux, le tout brodé à la main.

Il est d'une très grande valeur et l'un des meubles les plus curieux du château.

Sur toute la longueur de la galerie, éclairée par huit hautes fenêtres, s'ouvrent de grands et petits appartements de maîtres, avec chambres de domestiques espacées très ingénieusement pour faire face à tous les besoins du service.

Dans toutes ces chambres on trouve de vieux meubles et des portraits de famille dont quelques-uns ne sont pas sans valeur.

Au second étage, dans les combles, on voit encore l'appartement de M. de Saint-Jullien, le fils, mais abandonné depuis sa mort. A côté est le garde-meubles et diverses pièces où on retire les objets mis au rebut ou ceux qui peuvent servir dans des circonstances données .

On compte dans le château cinquante chambres en y comprenant les salons, les appartements de maîtres, les cuisines, offices et chambres de domestiques ; quatre-vingt-cinq grandes fenêtres et vingt louvres éclairant les façades et les combles (1).

(4) Les platines des chemioées sont aux armes des la Tour-du-Pin,

C'est dans ces derniers, sous le dôme, que se trcmvalent la salle de théâtre et la loge dite de Voltaire, dont j'ai parlé dans les chapitres précédents.

La cour d'honneur, appelée vulgairement le j)ar<err«, n'a dit-on pas sa pareille en France sous le rapport de la régularité de sa plantation de tilleuls, datant de 1760, taillés en portiques avec plateforme supérieure ressembant en été à un pré vu de Tétage.

Cette plantation, qui forme un grand fer à cheval en face du château et des rectangles aux autres côtés, est composée de 392 tilleuls, tous de la même grosseur et d'une remarquable régularité de végétation, bien qu'ils soient plantés dans un sol qui n'a pas un mètre d'épaisseur reposant sur une roche plate.

Un des plus grands agréments de cette habitation est la communication établie entre le château et la fo* rêt par le parc et par une avenue dans laquelle on est sûr de trouver en été le calme et l'ombre tant recherchés des promeneurs.

Cette avenue, se développant sur plus d'une lieue de longueur, est connue sous le nom à! Avenue Honorine, prénom de M"'^ la marquise de la Tour-du-Pin.

Pour démontrer combien, à l'époque de l'embellissement de Fontaine-Française, par M. de Saint-Jullien, on admirait ses travaux, je donne ici : un « Extrait de relation aussi succincte qu'exiguë d'un voiage fait en Bourgogne Vannée 1783, inédite, attribuée à un secrétaire de Buffon . »

c( Je quittai cette belle source (la Bèze) pour aller à Fontaine-Françoise, maison de campagne qui appartient

Saiot-Julliea et les dernières placées,comme celle de la salle des gardei, aux armes des Moretoo de Ghabrillao.

. Vi' ^ f. V ^. T."'^C*S'»fT / T . • '^r•♦'f7^7^:^

à M. de Saint-Julien, où l'art, le goût, l'opulence paraissent s'être épuisés pour en faire un lieu de délices. Les parcs, les eaux, les bois percés simétriquement, tout a été imaginé pour en rendre les dehors agréables. Les jardins sont vastes et dessinés avec art, à chaque pas on voit des objets nouveaux et intéressants, icy c'est l'humble tilleul uni au charme qui forment des voûtes de difïérentes formes sous lesquelles on peut se promener à l'ombre (le jour) dans les moments du jour où le soleil a le plus de force. Plus loin est un bosquet de lilas et de chèvrefeuilles où la reine des fleurs paraît dans tout son éclat et mêle son parfum à celui de ses compagnes, là sont des cabinets charmants où l'on rêve à ses plaisirs et où le désir naît en admirant la nature (1). »

(!) On lit dans la Presse G rayloise, du 21 août 1891, à la fin du feuilleton qui a pour litre : Esquisse historique et description du Bourg de y ontaine- Française^ par Camille Rochard (l'rofesseur au collège de Gray) :

... « Le Fontaine actuel mérite d'être visité : il charme les étrangers et il a môme eu l'honneur d'inspirer les poètes. >

Le temps est lourd, le ciel gris,

L'été bientôt expire; Enfin je puis quitter Paris,

J'étouffais, je respire :

Le coin riant et sans pareil,

Où je vais, à mon aise, M*enivrer d'air et de soleil

Est.... Fontaine-Française.

Nous voilà partis. En wagon

L'heure fuit comme un songe ; Je Us et je suis à Dijon

Avant que je n'y songe;

478 RISTOmB DE FONTÀINB-FRANÇÀISB

M. de Saint-Jullien avait formé un projet qui malheureusement n'a pu être réalisé. Il voulait, dit-on, prolonger, jusqu'au fourneau, sur une longueur d'environ une demi-lieue, les deux banquettes qui forment aujourd'hui encore les réservoirs à poisson. Ceût été une autre promenade délicieuse et qui ne l'eût pas cédé en charmes à l'avenue Honorine.

Je trouve dans de vieux comptes que les travaux de

La diligence, au lieu de dix.

Nous martyrise seize; Mais nous gagnons le Paradis

Et.... Fontaine-Française.

Beau diâteau, coquettes maisons,

Forêts, parcs pleins d'ombrage, Grands étangs, vastes horizons^

Ah ! le joli village !

Sur ses plus anciens habitants

 peine l'&ge pèse ; On est jeune à quatre-vingts ans

A Fontaine- Française.

Grâce au travail nul n'y connaît

La misère ou la gêne ; Et content de peu chacun est

Sans envie et sans haine.

La loi de l'hospitalité

Est là toute écossaise, Thémis vit dans l'oisiveté

A Fontaine*Française.

Ame noble, cœur bienfaisant,

Madame la Marquise Avec tous, bourgeois, paysans,

Est d'une grâce exquise; Sa main répand à l'infini

L'or qui soulage, apaise, Aussi son nom est-il béni

A Fontaine-Française.

la première partie qui existe de cette avenue dans l'étang, ont été exécutés, vers 1777, par les ouvriers de la localité ainsi que le déversoir de l'étang Pagosse, ou du château, à raison de huit sols par jour, sous la surveillance et la direction de M. Vernier, alors gardechasse général du domaine, grand-père maternel de M. Louis Magnieux, ancien régisseur.

On raconte dans le pays que sur la demande de M. de Saint-Jullien, le régiment de la Charce devait être cantonné à Fontaine-Française et employé aux terrassements.

La mort de M. de Saint-Jullien, arrivée en 1788 et les événements de la fin du siècle dernier, arrêtèrent l'exécution de ce projet.

De» l'aube courir dans les bois,

Aller à la nuit close Dans le parc râver quelquefois,

Ah ! quelle douce chose I Je resterais jusqu'à demain

Couché sous ce mélèze...

Mais Tappétit prend le chemin

De Fontaine- Française.

Hélas I il n'est pas de beau jour

Qui ne fuie et s'achève....

Une semaine en ce séjour

A passé comme un rôve ; Il faut vous quitter, bois ombreux,

Pour l'ardente fournaise.

Que tes habitants sont heureuzi

0 Fontaine- Française...

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