‹ Histoire de FranceChapitre 4 sur 66 · CHAPITRE PREMIER LES CELTES ET LES ROMAINS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER LES CELTES ET LES ROMAINS

Les Limites de la Gaule. — Les Romains appelaient Ga//ia — la Gaule — le pays limité au sud par les Pyrénées, à l’est par les Alpes et le Rhin. Ces limites furent considérées plus tard comme les “frontières naturelles de la France.” Les rois de France ont longtemps rêvé d'étendre le royaume jusqu’à ces limites et, selon le mot du cardinal de Richelieu, de “mettre la France partout où fut l’ancienne Gaule.” Ce fut l’idée directrice de leur politique extérieure et qui inspira beaucoup de leurs guerres.

Les Populations de la Gaule. — Les premiers habitants de la Gaule dont le nom nous soit connu furent les Ibères et les Ligures. Les uns et les autres reculèrent devant les Celtes.

Les Celtes — c’est le nom qu'ils se donnaient eux-mêmes — étaient également appelés Galates par les Grecs. Les Romains les appelaient Ga//i, dont on a fait Gaulois.

Les Celtes avaient habité d’abord les montagnes de l’Europe centrale. Puis, du neuvième au troisième siècle avant notre ère, ils occupèrent successivement les îles Britanniques, la Gaule, l'Espagne moins les côtes de la Méditerranée, le nord de l'Italie, une partie de l’Allemagne, de l'Autriche et de la Hongrie. L'Empire celtique s’étendit du détroit de Gibraltar à la mer Noire, dans le temps qu’Alexandre entreprenait la conquête de l'Asie (334 av. J.-C.). Quelques-unes de leurs expéditions furent particulièrement célèbres: en 390, ils avaient pris Rome: en 279, ils attaquèrent Delphes; peu après, ils franchirent le Bosphore et créèrent en Asie Mineure l’État indépendant de Galatie.

Ce fut probablement au sixième siècle avant Jésus-Christ que les Celtes s’établirent entre l’Atlantique, le Rhin et les Pyrénées. C’est là qu'ils créèrent leurs établissements les plus

JT

solides et les plus durables. Aussi leur nom passa-til aux territoires occupés. La France était par excellence leur pays, la Celtique ou la Gaule.

Les Celtes ne réussirent pas à refouler complètement les Ibères qui se maintinrent au sud de la Garonne. Eux-mêmes, dans le cours du deuxième siècle, furent repoussés au sud de la Marne et de la Seine par un peuple proche parent des Germains, les Belges.

Divisions politiques. — Les différents peuples de la Gaule, Aquitains, (Ibères), Celtes et Belges, étaient divisés eux-mêmes en un grand nombre de peuplades qui formaient autant d'Etats indépendants. On en comptait neuf en Aquitaine, trente-six chez les Celtes, quinze chez les Belges, soit au total soixante. Certains peuples étaient particulièrement puissants; on citait, dans la Celtique, les Arvernes, qui occupaient l’Auvergne actuelle, et les Éduens, établis dans la région du Morvan. Dans la Belgique le peuple le plus important était le peuple des Trévires (Trèves), cantonné sur les bords de la Moselle.

On trouvait en Gaule des formes de gouvernement très variées: royauté, république aristocratique, fédération. La royauté toutefois avait presque disparu.

Dans la plupart des cités le gouvernement était aux mains d’un sénat, souvent très nombreux.

Organisation de la société. — Si la forme du gouvernement différait d’un peuple à l’autre, par contre l’organisation de la société, les croyances religieuses, les mœurs étaient à peu près semblables dans toute la Gaule.

La société gauloise comprenait deux classes privilégiées, les prêtres et les nobles. Les prêtres portaient le nom de Druides. Ils avaient un chef élu qui exerçait sur eux une autorité absolue. Ils se réunissaient chaque année en un véritable concile, dans le pays des Carnutes, aujourd’hui le pays de Chartres. Ils étaient exempts du service militaire et des impôts. “Ils président aux choses divines, dit César, font les sacrifices publics et particuliers et interprètent les doctrines religieuses.” Leur autorité morale en avait fait également des juges: ils jugeaient les affaires criminelles et civiles, les meurtres et les questions d’héritage. Enfin ils instruisaient les jeunes gens, leur appre-

naient ce qu’ils savaient d’astronomie, de médecine et de philosophie. En sorte que les Druides étaient à la fois prêtres, juges, savants et professeurs.

César appelle les nobles gaulois chevaliers. Les nobles étaient donc les hommes riches, ceux qui possédaient des chevaux: en temps de guerre ils formaient les corps de cavalerie. Le gouvernement de la cité leur appartenait presque partout, parce qu'ils étaient les plus riches et disposaient d’un grand nombre d’hommes, compagnons d’armes, clients et esclaves.

Au-dessous des nobles la masse des hommes libres constituait le peuple. La plupart vivaient aux champs. On peut se les représenter comme aujourd’hui les paysans des tribus montagnardes au Maroc ou des tribus albanaises en Turquie, un peu agriculteurs, un peu pasteurs, grands chasseurs, tous armés.

Le Caractère. — Les portraits tracés par les écrivains de l'Antiquité, les anecdotes rapportées par eux montrent les Gaulois braves, avec un peu de forfanterie: “Nous ne craignons qu’une chose, disaient quelques-uns d’entre eux à Alexandre, c'est que le ciel ne tombe sur nos têtes. Encore, ajoutaient-ils, le soutiendrions-nous de nos lances.” Ils étaient curieux de s'instruire et hospitaliers; ils arrêtaient les voyageurs et les commerçants, et les retenaient en de longs festins à la façon des Grecs de l'Odyssée, pour leur faire conter leurs aventures. Ouverts et généreux, sensibles à l'éloquence, faciles à conduire avec de beaux discours, difficiles à discipliner, prompts à l’enthousiasme, ils l’étaient aussi au découragement, et leur mobilité, leur manque d’esprit de suite et de persévérance gâtaient l’ensemble de leurs qualités.

La Religion. — La facilité avec laquelle les Gaulois exposaient leur vie s'explique par la croyance à l’immortalité de l’âme et leur foi dans une vie future. Les Druides leur enseignaïent que l’homme en mourant renaiïssait ailleurs; aussi n’était-il pas rare de voir des Gaulois -rêter de l’argent en dans l’autre monde.

Comme les Grecs et les Romains, ils sit dE les forces et les phénomènes naturels divinisés, les eaux, les forêts, le tonnerre, la lumière. Le dieu de la foudre Tarann était armé d’un maillet. Il était aussi le dieu de la chaleur, la puissance bien-

faisante qui mûrit les moissons: on le représentait alors avec une roue, symbole du soleil, et l’on célébrait en son honneur, au solstice d’été au mois de juin, de grandes fêtes dont le souvenir subsiste encore dans les feux de la Saint-Jean.

D’autres dieux symbolisaient l’idée de la mort et de la vie. Cernunnos, dieu au front orné de cornes, représentait à la fois la nuit où brillent les cornes de la lune, la mort, le mal, les richesses souterraines. Il était combattu par le dieu du jour naissant, de la lumière et de la vie dont nous ne connaissons pas le nom gaulois et que les Romains identifièrent avec Mercure. Celui-ci paraît avoir été le dieu le plus révéré des Gaulois, si l’on en juge par le grand nombre de points où s’élevèrent ses sanctuaires et où son nom a subsisté, comme à Mercœur, Mirecourt, etc. Montmartre à Paris fut d’abord le Mont Mercure.

Le Culte. Les Sacrifices humains. — Le culte rendu à ces divers dieux consistait en offrandes jetées au fond des lacs, suspendues aux branches des chênes, ou bien en victimes immolées. Souvent les victimes étaient des hommes, tantôt égorgés, tantôt brûlés, particulièrement en l’honneur du Dieu soleil, dans d'immenses mannequins d’osier. L’on sacrifiait ainsi les criminels; à leur défaut on sacrifiait des prisonniers de guerre. Ces coutumes subsistaient encore au premier siècle avant Jésus-Christ, quand César arriva en Gaule.

Les Romains en Gaule. — Les Romains avaient pénétré en Gaule dès la fin du deuxième siècle avant Jésus-Christ. De 123 à 118 ils avaient occupé le pays compris entre le Rhône, les Alpes et les Cévennes; ils en formèrent la province de Gaule transalpine ou, comme on disait, “la Province” tout court. Pompée, en 76, étendit ses limites jusqu'aux Pyrénées orientales. Dixhuit ans plus tard, Jules César entreprenait la conquête de la Gaule entière. Il y employa huit années, cinq campagnes et dix légions, c’est-à-dire soixante à quatre-vingt mille hommes (58 à 50 av. J.-C.).

Cette conquête relativement facile s'explique par le génie de César, par la supériorité de l’armée romaine formée de soldats de métier, disciplinés et bien armés, sur les bandes gauloises composées de guerriers mal équipés et nullement exercés. Elle s'explique encore par le morcellement de la Gaule en nom-

breux petits États, souvent rivaux et eux-mêmes en proie à des divisions intestines dont César sut habilement profiter.

César appelé par les Éduens. — La conquête des Gaules par César n’est qu’un épisode des guerres civiles de Rome.

’était le temps où, dans la République romaine, déchirée par les factions, les ambitieux se disputaient le pouvoir suprême. César, déjà célèbre comme chef de parti, voulut, pour assurer sa fortune, acquérir une grande gloire militaire.

Il pensa qu’une guerre contre les Gaulois serait populaire à Rome où l’on avait si souvent tremblé devant eux, et il se fit donner en 58 av. J.-C. le gouvernement des Gaules Cisalpine et Transalpine; il espérait bien trouver parmi ces populations remuantes l’occasion de la guerre qu’il cherchait. Elle se présenta tout de suite: les Gaulois, dans leurs incessantes querelles, n’hésitaient pas à faire appel à l'étranger; les Séquanes en lutte contre les Eduens ayant demandé du secours aux Germains, les Éduens appelèrent les Romains. César remonta la vallée du Rhône et de la Saône et anéantit l’armée du chef germain Arioviste au nord de Besançon (58).

Conquête de la Gaule. — Une fois entré en Gaule, César songea à la soumettre. Il eut cette bonne fortune que les Gaulois ne s’aperçurent pas tous en même temps du danger et que, sauf une fois, en 52, avec Vercingétorix, il n’eut jamais à combattre que des coalitions partielles. La guerre fut cependant très dure et la victoire chèrement disputée.

César vainquit d’abord les peuples de la Belgique, puis une coalition des peuples de l’ouest, pendant que son lieutenant Crassus domptait l’Aquitaine. Dès l’année 56 il semblait que presque toute la Gaule acceptait la domination romaine, et pendant deux ans la tranquillité fut complète. Mais le parti populaire, excité par deux chefs patriotes, Induciomare et Ambiorix, organisa un vaste complot, et une fois encore tous les peuples du nord prirent les armes en même temps. Une légion romaine fut massacrée; une autre fut bloquée. Cependant les autres peuples gaulois commirent la faute de ne pas s’armer aussi. César put rassembler ses troupes, débloquer la légion en péril et écraser les uns après les autres les peuples soulevés. Induciomare fut tué et Ambiorix seul échappa. La répression

fut sans pitié; tous les insurgés furent tués ou vendus comme esclaves (53).

Vercingétorix. La Guerre nationale. — Le soulèvement du nord était à peine dompté qu’une insurrection nouvelle éclata. Cette fois la Gaule entière se levait. Le désir de s’affranchir fit taire toutes les querelles et César fut frappé “du merveilleux accord des volontés pour ressaisir la liberté.”

Le héros de l'indépendance fut Vercingétorix. C'était un Arverne, chef du parti populaire, patriote ardent, qui eut le sentiment de la Patrie gauloise et qui, au dire même de César, “ne s’arma jamais pour son intérêt personnel, mais pour la liberté de tous.” Il comprit que pour vaincre il fallait l’effort concerté de tous et contraignit par la terreur tous les hésitants à le suivre.

Vercingétorix voulait affamer l’armée romaine en faisant le vide devant elle et en détruisant toutes les villes où elle pouvait s’approvisionner. Il eut le tort de céder aux prières des habitants d’Avaricum (Bourges) et d’épargner leur ville. Elle tomba aux mains de César qui y trouva de quoi faire vivre son armée. Mais César échoua complètement quand il mit le siège devant Gergovie, capitale des Arvernes et centre de la résistance. Il était donc dans une position très critique et commençait à se replier vers la Province, quand près de Dijon Vercingétorix essaya de lui barrer la route. Les cavaliers germains que César avait enrôlés en grand nombre lui donnèrent la victoire.

Vercingétorix fut contraint à se retirer à Alésia (Alise-Sainte- Reine, Côte-d'Or), où César le suivit et le bloqua. Alors commença ce siège mémorable qui mit fin à la guerre des Gaules. César entoura la ville d’un retranchement de quinze kilomètres. Toutes les ressources de l’art des sièges, terrassements, tours et machines, furent employées. “Tout cela, dit l'historien Michelet, fut accompli en moins de cinq semaines par moins de soixante mille hommes. La Gaule entière s’y brisa. Les efforts désespérés des assiégés, réduits à une horrible famine, ceux de deux cent cinquante mille Gaulois qui attaquèrent les Romains par l'extérieur, échouèrent également. Les assiégés virent avec désespoir leurs alliés, tournés par la cavalerie de

César, s’enfuir et se disperser. Vercingétorix, conservant seul une âme ferme au milieu du désespoir des siens, se désigna et se livra comme l’auteur de la guerre. Il monta sur son cheval de bataille, revêtit sa plus riche armure, et, après avoir tourné en cercle autour du tribunal de César, il jeta son épée, son javelot et son casque aux pieds des Romains, sans dire un mot” (52).

César garda son prisonnier pendant cinq ans et le fit tuer le jour de son triomphe. La prise d’Alésia marqua la fin de la guerre. Les révoltés se soumirent les uns après les autres. Seule la ville d’Uxellodunum (le Puy d’Issolu) résista quelques mois: elle fut prise à son tour et ses défenseurs eurent les mains coupées (51). La Gaule était définitivement conquise.

La Domination romaine en Gaule. — Les Gaulois vaincus acceptèrent aisément la domination romaine. Ils ne firent jamais aucune tentative sérieuse pour reconquérir leur indépendance. Moins de cent ans après la conquête, la soumission était si complète que les Romains avaient pu réduire leurs garnisons pour toute la Gaule à trois mille hommes.

C’est que les Romains pratiquèrent en Gaule une politique infiniment sage. Ils laissèrent subsister les diverses nations gauloises; ils respectèrent les mœurs et les usages des vaincus: ils donnèrent satisfaction à leurs passions guerrières en leur ouvrant les rangs de l’armée romaine; ils accordèrent des privilèges aux peuples qui les servaient le mieux, inspirant de la sorte aux autres le désir de bien servir pour mériter les mêmes avantages; enfin ils assurèrent à tous la paix. Dès le temps de César, des Gaulois avaient été admis au nombre des citoyens romains; on en trouvait jusque dans le Sénat. L’historien romain Tacite disait aux Gaulois à la fin du premier siècle: “Vous partagez l’empire avec nous; c’est souvent vous qui commandez nos légions, vous qui administrez nos provinces; entre vous et nous il n’y a aucune distance, aucune barrière.” A partir du troisième siècle tous furent citoyens romains, c’est-à-dire les égaux du vainqueur. D'autre part, les Gaulois surent reconnaître les bienfaits de la domination romaine. Cette domination, qui dura plus de cinq siècles, transforma complètement la Gaule.

Diffusion du latin. — La plus importante des transformations fut la substitution de la langue latine à la langue gauloise. La substitution se fit sans violence de la part des Romains, sans qu’ils aient aucunement imposé l’étude et l’usage de leur langue. Le latin fut d’abord adopté par les nobles, qui étaient en relations suivies avec les magistrats et les officiers romains et aspiraient à obtenir eux-mêmes le titre de citoyens romains. Puis par la force des choses le latin se répandit dans le peuple qui l’apprit des soldats, des colons et des commerçants. Mais cette diffusion de la langue latine ne s’opéra que lentement, et c’est seulement à la fin du cinquième siècle que l’usage du gaulois eut à peu près complètement disparu. D'autre part, il se passa en Gaule pour le latin ce qui se passe pour le français dans celles des colonies où les indigènes commencent à l’apprendre des soldats et des immigrants; ce ne fut pas la langue classique qui se répandit, mais le latin populaire, une sorte d’argot très éloigné de la langue littéraire. De là devait sortir la langue romane, première étape vers le français.

La Gaule devint vite d’ailleurs un pays de culture littéraire. Les écoles de Marseille, de Bordeaux, de Lyon, de Toulouse, d’Autun étaient célèbres dans l’Empire. Le dernier poète qui compta dans l’histoire de la littérature latine, Ausone, était un professeur de Bordeaux et chanta dans ses vers les paysages de la Gaule.

Le Christianisme en Gaule. — Les croyances religieuses des Gaulois furent tout d’abord peu modifiées par la conquête. Les Romains ne faisaient pas la guerre aux dieux des vaincus. Ils trouvaient plus politique de les assimiler à leurs propres dieux. C’est ainsi qu’ils reconnurent dans Tarann, Jupiter, et dans le dieu du jour, Mercure. Les autres dieux romains envahirent peu à peu les villes gauloises, et, quand le christianisme se fut établi à Rome, il gagna également la Gaule.

Dès le second siècle, une église importante existait À Lyon. En 177, elle fut décimée par une atroce persécution: quarantesept de ses membres furent torturés, puis mis à mort dans le cirque avec d’extraordinaires raffinements de cruauté; une humble servante, Blandine, fit preuve, au milieu des supplices,

du plus inlassable et du plus sublime courage; le vieil évêque Pothin, âgé de quatré-vingt-dix ans, fut lapidé.

Mais ce fut seulement au cours du troisième siècle qu’un grand effort fut fait pour évangéliser la Gaule entière. En 250, sept évêques arrivèrent de Rome. Les villes de Narbonne, Arles, Toulouse, Limoges, Tours, Clermont, Paris, furent les centres de leurs prédications. Deux d’entre eux, saint Saturnin à Toulouse, saint Denis à Paris, subirent le martyre.

Les persécutions eurent en Gaule le même résultat que dans le reste de l’Empire: elles exaltèrent la foi et les conversions se multiplièrent. Les chrétiens étaient assez nombreux en Gaule au commencement du quatrième siècle, pour qu’en 312 Constantin, candidat à l’Empire, estimât qu’il y aurait profit pour lui à s’assurer leur concours et fît alors placer la croix au-dessus de son étendard.

Organisation de l’Église. — La victoire de Constantin assura aux chrétiens la liberté de leur culte et la protection officielle. L'Église put dès lors s'organiser. Les chrétiens adoptèrent les cadres de l'administration romaine, la division en provinces et : les subdivisions en cités. Chaque province devint une métropole et l’on plaça à sa tête un métropolitain, plus tard l'archevêque. Chaque cité forma un diocèse, administré par un évêque. Les évêques étaient subordonnés au métropolitain.

’évêque — son nom grec épiscopos signifie le surveillant — devint bientôt le personnage le plus important de la cité. Il était élu par le clergé, c’est-à-dire par l’ensemble des personnes consacrées au culte, et par le peuple. Il avait ainsi une grande autorité morale à laquelle s’ajoutait l’autorité de ses vertus ou. de son savoir.

Importance du rôle des évêques. — À la fin du quatrième siècle et au cinquième, les évêques jouèrent en Gaule un rôle considérable. Gouverné par des empereurs incapables à l'heure où les barbares lui donnaient l’assaut, l’Empire romain se disloquait. A partir de 395 et du partage de l’Empire, l'autorité de l’empereur en Gaule n’existe plus que de nom. Il y eut là un siècle d’anarchie véritable, pendant lequel les évêques devinrent les chefs réels des cités. Ce sont eux qui rendent la justice; eux qui, en cas de disette, assurent le ravi-

to LES CELTES ET LES ROMAINS

taillement de la ville; eux qui négocient avec les Barbares; eux, quand il est nécessaire, qui organisent la défense et mènent les fidèles à la bataille. Grâce aux évêques, l’œuvre civilisatrice accomplie par les Romains en Gaule ne fut pas entièrement détruite par les Germains.

Page 1