CHAPITRE II
Importance des invasions. — L'Empire romain en Europe était enveloppé depuis la mer du Nord jusqu’à la mer Noire par les Barbares. Pour se protéger contre leurs incursions, les Romains avaient fortifié les frontières, élevé des retranchements, établi des légions nombreuses dans des camps permanents. Ces mesures de défense furent efficaces jusqu’à la fin du quatrième siècle. Mais à partir de 378, et pendant tout le cinquième siècle, les Barbares forcent la frontière et pénètrent dans l’Empire. Pendant près de cent ans ils le parcourent en tous sens et ravagent les provinces tout en cherchant à se fixer: c’est la période des invasions.
Les invasions sont un des faits importants de l’histoire. En effet elles ont arrêté le développement de la civilisation romaine; elles ont même pendant un certain temps mis en péril la civilisation. Elles ont provoqué la dislocation et le morcellement de l’Empire et, détruisant son unité, elles ont préparé l'Europe moderne. D'autre part, les Barbares qui se sont établis dans les anciennes limites de l’Empire ont à leur tour été gagnés peu à peu par la civilisation.
L'Empire et les Germains. — A cause de ses richesses, l’Empire avait de tout temps attiré les Germains, habitants du pay: au delà du Rhin. Pour repousser leurs attaques, on avait dû fortifier solidement la frontière du nord. Les Romains employèrent aussi un autre système: ils prirent à leur solde un certain nombre de Barbares et leur donnèrent des terres sur la frontière, avec mission de défendre celle-ci contre de nouvelles bandes.
Plus tard, comme le recrutement de l’armée devenait de plus en plus difficile, les Romains enrégimentèrent les Barbares
même dans les légions. Quelques-uns arrivèrent aux plus hauts grades dans l’armée romaine, aux plus hautes dignités à la Cour. Lorsque, en 395, Théodose mourant partagea l’Empire entre ses deux fils Arcadius et Honorius, il leur laissait pour les diriger en qualité de premier ministre un Vandale, Stilicon, auquel il avait fait épouser une de ses nièces. Ainsi l’Empire romain se trouva insensiblement comme “imbibé” de Barbares bien avant les grandes invasions. |
Les Grandes Invasions. — Ces grandes invasions ellesmêmes ne furent pas des expéditions de conquête proprement dite, mais de véritables migrations de peuples. Elles eurent pour cause l’arrivée en Europe d’autres Barbares venus d’Asie, les Huns. Menacés par eux et fuyant devant eux, les peuples qui étaient restés en Germanie cherchèrent à entrer en masse dans l'Empire et réussirent à en forcer la frontière: les uns ne firent que passer en ravageant tout, les autres demandaient des terres et s’y établirent, non sans exercer toutes sortes de violences.
La plus importante des invasions fut celle de 406: les Alains, les Vandales, les Suèves et d’autres peuples venus de l’est, franchirent le Rhin qui était mal défendu et pendant près de trois années mirent la Gaule à feu et à sang. Les Francs et les Burgondes occupèrent le nord-est de la Gaule. Puis ce fut le tour des Wisigoths qui, après avoir ravagé l'Italie, s’'emparèrent de l’Aquitaine et de l'Espagne, tandis que les Vandales passaient en Afrique.
Les Huns. — Les Huns, cependant, sous la direction de leur roi Attila, avaient fondé un grand empire en Europe centrale. En 461, ils attaquèrent la Gaule.
Les Huns étaient un peuple de race jaune, proche parent des Mongols et des Turcs. Ils paraissaient aux Romaïns bien plus sauvages et plus féroces encore que les Germains. Ils épouvantèrent tous ceux qui les approchèrent. Jornandès, historien contemporain des invasions, dépeint Attila court de taille, large de poitrine, la tête grosse, les yeux petits, la barbe rare, le nez épaté, le teint presque noir. C’est le type du Kalmouk d’aujourd’hui. Jornandès ajoute qu’il fut “un homme né pour le pillage du monde et la terreur de la terre.” Attila aimait luimême à se faire appeler “le fléau de Dieu” et il se vantait que
“là où son cheval avait posé le pied, l’herbe ne repoussait jamais.”
Attila en Gaule. — Attila se jeta sur la Gaule, avec 500,000 hommes, dit-on. L’épouvante répandue par son armée était telle que tout prit la fuite devant lui, et qu’il ne rencontra d’abord aucune résistance: seuls les habitants de Paris, sous l'inspiration d’une jeune fille, sainte Geneviève, fermèrent leurs portes. Attila put arriver sans combattre jusqu’a Orléans.
A Orléans, l’évêque saint Aignan organisa la résistance. La ville tint assez longtemps pour que le général romain Aétius eût le temps de réunir une armée qui comprenait, outre les légions gallo-romaines, les contingents de tous les Barbares établis en Gaule, Wisigoths, Burgondes, Francs. L’armée de secours arriva sous les murs d'Orléans juste comme la ville, réduite par la famine, venait d'ouvrir ses portes et comme le pillage commençait.
Attila battit vivement en retraite vers la Champagne, où le pays plat était particulièrement favorable aux évolutions de sa nombreuse cavalerie. La bataille décisive, connue sous le nom de bataille des “Champs catalauniques,” eut lieu probablement entre Sens et Troyes (451). Attila vaincu s’enferma derrière un retranchement fait de chariots, que ses adversaires, épuisés par leur victoire, n’essayèrent pas de forcer. Aussi put-il se retirer au delà du Rhin, emportant le butin fait dans le nord de la Gaule.
La Gaule en 480. — Trente ans après l'invasion des Huns, vers 480, l’état politique et religieux de la Gaule était le suivant:
Nominalement la Gaule faisait toujours partie de l’Empire romain. En fait, il n’y avait plus en Gaule de fonctionnaires impériaux gouvernant au nom de l’empereur et pour l’empereur. Un général romain Égidius, ancien lieutenant d’Aétius dans la campagne contre Attila, avait créé une sorte de royaume gallo-romain entre la Somme et la Loire. Son fils Syagrius lui avait succédé en 464.
Dans le reste de la Gaule trois groupes de Barbares, les Wisigoths, les Burgondes, les Francs, étaient établis: les Wisigoths,des Pyrénées à la Loire; les Burgondes, de la Loire au Rhin et dans la vallée du Rhône; les Francs, au nord de la Somme,
dans ce qui est aujourd’hui la Belgique et la Prusse rhénane.
Il est important de remarquer que ces Barbares étaient tous, au moins en apparence, établis en Gaule du consentement de l’empereur, et que tous étaient nominalement au service de l'empire et de l’empereur. Les Wisigoths, par exemple, avaient promis, quand on leur abandonna par traité la vallée de la Garonne, “de servir fidèlement l’empereur et d’employer leurs forces à la défense de l’État romain.”
En second lieu, dans les régions où les Barbares étaient établis, les Gallo-Romains n'étaient pas leurs sujets. Gallo- Romains et Barbares étaient égaux.
Enfin, dans quelque partie de la Gaule que ce fût, tout Gallo- Romain se regardait toujours comme sujet de l’empereur. Il ne considérait comme souverain légitime que l’empereur; il ne reconnaissait d’autorité légitime que celle qui émanait de l’empereur. A ses yeux, les rois barbares, wisigoths, burgondes, francs, n’avaient d’autorité que parce qu’ils avaient des titres d'officiers impériaux. Ces sentiments de fidélité à l’Empire étaient entretenus par le clergé catholique.
Au point de vue religieux, les Gallo-Romains étaient catholiques. Les Wisigoths et les Burgondes étaient hérétiques ariens. Les Francs étaient encore païens.
Les Francs. — Les Francs étaient les moins nombreux des Barbares établis en Gaule. Ils devaient seuls cependant créer une œuvre durable.
Ils se divisaient en deux groupes: Francs Saliens, d’abord établis dans la Hollande actuelle, et Francs Ripuaires sur le Rhin. Chacun de ces groupes se subdivisait lui-méme en tribus, et chacune de ces tribus avait son roi. Une des tribus des Francs Saliens, celle des Sicambres, qui probablement ne comptait pas plus de cinq à six mille guerriers, était établie à Tournai, en Belgique. En 481, elle avait pour roi un petit-fils de Mérovée, Clovis.
Histoire de Clovis. — En 486, Clovis attaqua Syagrius et le vainquit à Soissons. Cette victoire lui permit d’étendre peu à peu jusqu’à la Loire les cantonnements des Francs. En 493, il épousa, quoique païen, une princesse catholique, Clotilde, nièce du roi des Burgondes, Gondebaud. Trois ans plus tard,
les Alamans, peuple germain, établi déjà dans la région de l'Alsace et de la Lorraine, ayant voulu pousser plus avant en Gaule, Clovis les battit et les soumit. Pendant la bataille, comme ses guerriers pliaient, Clovis avait invoqué l’aide du Christ: “Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je croirai en toi et je me ferai baptiser en ton nom.” Vainqueur, Clovis tint sa promesse. Il se fit instruire par saint Remi qui le baptisa à Reims ainsi que trois mille de ses guerriers: “Courbe la tête, Sicambre adouci, dit l’évêque en versant l’eau sur le front du roi, brûle ce que tu as adoré, et adore ce que tu as brûlé.”
En 500, Clovis attaqua et vainquit le roi des Burgondes et l'obligea à payer tribut. En 507, il entreprit une expédition contre le roi des Wisigoths, Alaric II, qui fut vaincu et tué à Vouillé, près de Poitiers. Grâce à cette victoire, Clovis s’empara de la plus grande partie de l’Aquitaine. Il mourut en s11, après avoir fait disparaître par une série de meurtres les rois des diverses tribus franques.
Causes de son succès. — La principale cause du succès de Clovis est dans l’appui que lui prêta le clergé catholique.
Clovis avait du Barbare la finesse, la dissimulation, l’habilité à tendre des pièges. Il avait aussi un sens politique très éveillé. Il sut comprendre combien était grande l’influence du clergé catholique sur la population gallo-romaine, et, bien avant qu'il pensât à se convertir, il s’appliquait à gagner la bienveillance du clergé. L’épisode du vase de Soissons, est, à cet égard, très significatif.
Au lendemain de la bataille de Soissons, l’évêque de Reims, saint Remi, sollicita de Clovis la restitution d’un vase précieux pris dans une église. Comme on allait partager le butin, Clovis demanda à ses guerriers de lui donner le vase hors part: “Tu n’auras, dit l’un d’eux, que ce que le sort t’accordera,” et il brisa le vase d’un coup de hache. Clovis dut dévorer l’affront. Mais l’année suivante, passant la revue des guerriers, il avisa celui qui l'avait outragé. Il lui reprocha le mauvais état de ses armes, et, les lui arrachant, les jeta à terre. Tandis que le Franc se baissait pour les ramasser, Clovis lui fendit la tête d’un coup de hache: “Ainsi, s’écria-t-il, as-tu fait au vase de Soissons.”
De son côté, le clergé ne ménagea pas son concours à Clovis:
au début, les évêques poursuivaient sa conversion avec d’autant plus de zèle qu’ils avaient besoin d’un protecteur contre les persécutions des rois barbares hérétiques. Après son baptême, Clovis, seul roi catholique, se trouva naturellement le chef des catholiques et leur protecteur officiel. Un évêque du pays des Burgondes lui écrivait: “Lorsque tu combats, c’est nous qui triomphons.” Les guerres contre les Burgondes, et surtout contre les Wisigoths persécuteurs des évêques, furent de véritables expéditions religieuses, presque des croisades. Avant de marcher contre les Wisigoths, Clovis réunit ses guerriers et leur dit: “Il me déplaît que des hérétiques possèdent la plus grande partie de la Gaule. Marchons contre eux, et avec l’aide de Dieu nous prendrons leur terre qui est bonne.”
Clovis fut en outre officier impérial, les Francs formant un corps auxiliaire de l’armée romaine. Son titre, “vir illuster,” lui donnait une autorité légale aux yeux des Gallo-Romains qui, on l’a vu, reconnaissaient toujours l’empereur pour souverain. Syagrius prenant le titre de roi n’était pour beaucoup qu’un usurpateur et un rebelle à l’empereur. Clovis marchant contre lui et le battant était comme le défenseur et le vengeur de l’autorité impériale.
Les Fils de Clovis. — Les descendants de Clovis, qu’on a appelés les Mérovingiens, du nom de leur ancêtre Mérovée, régnèrent jusqu'à 751, soit deux cent quarante ans environ. Selon la coutume germanique, à la mort d’un roi franc, ses fils se partageaient son royaume comme son trésor: aussi l’histoire des Mérovingiens est-elle très confuse et trés troublée.
Les fils de Clovis furent encore de rudes guerriers qui complétèrent son œuvre en s’emparant du royaume des Burgondes (532) et en soumettant plusieurs peuples de la Germanie, les Bavarois, les Thuringiens. En 6558, par suite de la mort de ses frères, Clotaire se trouva seul roi. Quand il mourut, en 561, le royaume franc fut de nouveau partagé.
Frédégonde et Brunehaud. — Sous les fils et petits-fils de Clotaire, pendant cinquante ans, de 561 à 613, les guerres civiles remplacèrent les guerres de conquête.
Ces guerres eurent pour cause première un drame de famille. Sigebert et Chilpéric, deux des fils de Clotaire, avaient épousé le
premier Brunehaud, le second Galsuinde, filles du roi des Wisigoths d'Espagne. Sous l’influence d’une femme franque, Frédégonde, Chilpérié fit étrangler Galsuinde. Brunehaud voulut venger sa sœur et poussa Sigebert à la guerre. Sigebert s'était déjà rendu maître de la plus grande partie des États de Chilpéric quand deux émissaires de Frédégonde le poignardèrent dans son camp. La lutte se poursuivit entre Frédégonde et Brunehaud. Les fils et les petits-fils de celle-ci périrent presque tous de mort violente. Brunehaud elle-même, en 613, fut livrée au fils de Frédégonde, Clotaire IT, qui fit attacher cette femme de soixante-dix ans à la queue d’un cheval indompté. Clotaire IT se trouva comme son grand-père seul roi de tous les États francs.
Dagobert. — Le règne de son fils Dagobert (629-638) ne fut pas sans éclat, et son nom est resté populaire. C’est que Dagobert essaya de maintenir l’ordre et de faire rendre justice à tous; c’est aussi qu’il mérita la bienveillance du clergé en s’entourant d'évêques comme saint Éloi et saint Ouen, et en se montrant généreux envers les églises. Il fonda, près de Paris, l’abbaye de Saint-Denis, qui devint le lieu de sépulture des rois de France.
Après la mort de Dagobert, commence la décadence de la royauté mérovingienne. Les Mérovingiens ne furent plus rois que de nom. C'est la période dite des “rois fainéants,” pendant laquelle se prépare l’avènement d’une dynastie nouvelle, la dynastie carolingienne.
Divisions de la Gaule franque. — Au cours des partages entre les fils de roi, la Gaule franque s'était divisée en un certain nombre de régions qui finirent par former comme autant de royaumes distincts. Dès la mort de Clotaire [°° (561), on distingue une Austrasie ou royaume de l’est; une Neustrie, Ia Gaule du nord-ouest; une Burgondie, pays de la Saône et du Rhône; une Aquitaine, limitée au nord par la Loire, à l’est par les Cévennes.
Tandis qu’en Austrasie le pays appartenait presque en entier aux guerriers francs, en Neustrie il y avait encore à côté des Francs un assez grand nombre de propriétaires gallo-romains; on appelait l’Austrasie la Francie germanique, la Neustrie la
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Francie romaine. Mais la persistance de la civilisation romaine était plus marquée encore en Burgondie et surtout en Aquitaine.
Caractères de la royauté mérovingienne. — Les rois mérovingiens ont eu un double caractère: ils ont été rois des Francs et rois des Gallo-Romains. Rois des Francs, ils sont mal obéis. Les guerriers qui les entourent, ceux que l’on appelait leurs leudes, c’est-à-dire leurs gens, ne les servent que pour le butin.
A défaut de pays à piller, les rois donnent à leurs leudes pour se les attacher quelques portions de leurs domaines; les terres ainsi données sont ce que l’on appelle des hénéfices. Les rois pouvaient d’abord reprendre les bénéfices quand le leude manquait à son service. Mais en 587, par le traité d’Andelot, les leudes firent proclamer que les bénéfices seraïent viagers, c’està-dire donnés pour la vie. Les rois mérovingiens ont ainsi donné peu à peu aux leudes toute leur fortune; quand ils n'eurent plus rien à distribuer, ils n’eurent plus personne pour les servir, et les Carolingiens les remplacèrent.
Rois des Gallo-Romaiïns, entourés de riches Gallo-Romains, les Mérovingiens ont connu l’organisation impériale et ont cherché à limiter. Ils se sont parés de titres pompeux:; ils ont pris le titre d’Auguste; ils ont eu comme les empereurs un Palais, c’est-à-dire un ensemble de personnes qui les servaient et qui étaient censées administrer l’État: trésoriers, camériers, référendaires, comtes du Palais. Un de ces personnages, le majordome ou maire du Palais, d’abord simple chef des domestiques et administrateur de la fortune royale, devait finir par être le véritable roi. Les Mérovingiens, en tête de leurs actes, emploient les formules impériales: “Nous voulons, nous ordonnons.” En réalité, la puissance des rois est presque nulle.
Les Lois barbares. Le Wehrgeld. — L'une des originalités de l’époque mérovingienne et qui montre bien la faiblesse des rois, c’est que, dans aucun des royaumes, il n'existe une loi commune à tous les habitants. De nos jours, à quelque nationalité qu’on appartienne, on est soumis à la loi du pays où l’on habite: un Allemand vivant en France est soumis à la loi française. On dit que les lois sont territoriales. Aux temps mérovingiens, elles étaient personnelles. Chaque individu devait être jugé d’après la loi de la nation à laquelle il appartenait,
le Gallo-Romain, d’après la loi romaine; le Franc-Salien, d’après la loi salique; et de même pour le Ripuaire, le Burgonde, l’Alaman, le Bavarois, le Wisigoth, etc.
Les lois barbares n'étaient guère que des lois pénales, ou mieux un tarif des sommes dues pour la réparation du dommage causé à autrui. Ce tarif, le wehrgeld ou composition, variait selon les lois, la qualité des victimes et les circonstances du délit. Pour le meurtre d’un évêque, un Ripuaire devait payer 900 sous d’or (le sou d’or vaudrait 100 francs), un Alaman 960. Le meurtre d’un esclave coûtait 30 sous d’or à un Ripuaire, 20 à un Bavarois.
Les Ordalies. — Pour démontrer la culpabilité ou l'innocence d'un accusé, l’on recourait aux épreuves ou ordalies, ou bien au duel judiciaire. Les épreuves se faisaient par l’eau ou par le feu. Dans l’épreuve par le feu, l'accusé devait porter pendant quelques pas un fer rouge. Si trois jours après ses mains ne présentaient aucune trace de brûlures ou si les brûlures avaient un certain aspect, il était déclaré innocent.
Dans le duel judiciaire, l’on mettait aux prises l’accusateur et l’accusé, ou à leur défaut, des champions qui les représentaient. Le vainqueur était réputé avoir dit vrai, parce que, pensait-on, Dieu ne pouvait permettre que l’innocent succombât. Aussi appelait-on le duel judiciaire, le jugement de Dieu.
Les Mœurs. — Les récits de Grégoire de Tours, contemporain des événements, suffiraient à faire juger les Âmes et les mœurs des temps mérovingiens.
On y voit Clotaire, fils de Clovis, tuer à coups de couteau ses neveux, des enfants de dix et sept ans; le même Clotaire, plus tard, mettre de sa propre main le feu à une chaumière où il avait fait enfermer son fils Chram, sa femme et ses enfants. On ne peut compter les assassinats commis par ordre de Brunehaud et de Frédégonde: celle-ci fait poignarder son mari et essaie d’étrangler elle-même sa fille.
Par les rois on peut deviner ce que furent les sujets. L’histoire des sixième et septième siècles est toute remplie de violences, de pillages, de brigandages et de sang. L'établissement de la puissance franque en Gaule à été marqué par un véritable retour à la sauvagerie.