THIERRY III
Elm)ïni maire du palais*
CLOVIS m (601—695).
Pépin d'HérUtal, maire.
Orimoald , fils de Veçin, main du
paiaUdeNeuttrUetduedeBour-
9ogn».
CHILDEBERT Ul, nn de NeuaMe
DAGOBERT 111, id. (711^716).
Tbéobald, maire.
«i-irai BAfiomT 11. — TmmmT m. 39
tronomes Dominent comète , et qui annoncent^ selon eux, grande famine en terre, changement de rois , agitations des peuples , partis et factions , guerres et meurtres par le glaive. Or, il est certain qu'alors toutes ces choses arrivèrent : mais il est écrit que les insensés ne seront point corrigés par les paroles; encore moins le seront-ils par les signes (i). » En ce temps-là, néanmoins, on vit reparaître sur la scène ce fils de Sighebert d'Austrasie que Grimoald avait fait disparaître en 656, et qui , par les soins de Didon , évêque de Poitiers , avait été relégué en Écosse, dans un monastère inconnu. Tandis que TAustrasie le croyait mort, il avait grandi au loin sous la tutelle de Wilfrid, évêque d'York , pendant que sa mère Imnichilde vivait à Metz, et que sa soeur Klichilde régnait en Âustraste et en Meustrie. Dès qu'il eut mis le pied sur le terri- Unre de la Gaule , invoquant les droits de sa race et revendiquant l'héritage de son père Sighebert III , il se forma un parti qui reconnut la légitimité de ses prétentions et le proclama roi d'Austrasie (673).
Cependant le nouveau venu n'obtint pas satisfaction complète : on se garda bien de lui céder le royaume d'Austrasie tout entier, et il dut se contenter d'un petit royaume composé de l'Alsace et de plusieurs cantons situés sur la rive droite dû Rhin. Cette concession ne pouvait lui' suffire, et il épiait des événements favorables qui lui permissent de ranger sous
(r) Il y eut une apparitioD de comète €0671, uoe autre «11677 : rello>ci fut visible dunmt trois mois.
Oigitized
40 6AULË FiUKQUE. MÉROVlMaiEJMS. [«JI-eTS
son sceptre TAustrasie entière : il n'attendit pas longtemps.
k la faveur des réactions et des désordres qui
troublaient les diverses portions de l'empire des Francs , Ébroin et saint Léger étaient sortis de Tabbaye de Luxeuil. Le dernier avait repris l'administration de son diocèse ; l'autre , après l'avoir suivi à Autun, méditait de frapper des coups décisifs et de reprendre l'exercice du pouvoir.
Saint Léger se vit à peine libre et entouré de ses partisans, qu'il proposa aux leudes, et à ceux qui épousaient leur cause, de reconnaître pour roi des Francs ce même Thierry 111 qu'Ébroïn avait jadis élevé sur le trône sans Faveu des grands, et qui, en 670, lors de la révolte victorieuse des leudes, avait été confiné dans le cloitre de Saint-Denis : c^était là tme proposition sage , et qui semblait de nature à tout concilier. Mais, tandis que les grands de Neustrie et de Bourgogne acclamaient Thierry et remettaient le sceptre en ses mains, l'ambitieux Ébroïn , au lieu d'applaudir à la restauration de ce prince, que le premier de tous il avait naguère proclamé roi , ne voulut plus de la royauté de Thierry , du jour où ce souverain, au lieu d'être sa propre créature^ allait devenir l'élu de saint Léger et du parti aristocratique. Ayant donc jeté le masque de feinte douceur qu'il avait un moment emprunté ,
litiques et se mit en route à leur tête , sous prétexte de se rendre en Neustrie pour saluer le nouveau roi , et avec Tarrière-pensée de s'emparer de la per-
sonne de ce prince et de le placer sous le joug des maires.
Saint Léger, non moins habile que son rivàl^ pë-
nétra les vues secrètes d'Ébroïn : appelant à lui ses partisans et les leudes , il se dirigea à son tour vers la Neustrie, afin de faire échouer les projets de Vancien maire. Sitôt qu'Ebroui se vit observé de près et en quelque sorte poursuivi par saint Léger, il changea de plan et se jeta brusquement sur les terres d*Austrasie, i'aisant appel à l'esprit d'indépendance de ce pays, et invitant les Francs-Orientaux à refuser obéissance et concours au roi* de Neuslrie et de Bourgogne f porte au trône par saint Léger. Or, déjà ce dernier avait atteint son but. Thierry III régnait à Paris en vertu des droits de sa naissance et de l'adhésion des leudes, et on lui avait donné pour maire, grâce au choix de saint Léger, Leudésius, fils de Fancien maire Ercbinoald, Tliomme le plus considérable que l'on eût pu opposer à Ébroln (674).
Thierry III et Leudésius passèrent Thiver à Nogent, |)rès des bords de l'Oise. De son côlc, et à la faveur des troubles publics, Dagobert II, déjà roi d* Alsace , se fil reconnaître roi de toute TAustrasie.
Cependant Ébroïn s'était depuis longtemps ménagé des intelligences en Austrasie, et s*y était formé un parti : sa faction, unie à celle des Pépin et des Grimoald, menaçait l'autorité précaire de Dagobert II. En attendant qu'elles missent fin au règne de ce prince, Ébroïn eut recours à une combinaison cjui lui permettait mieux de ressaisir le gouvernement, de la Neustrie et de ruiner l'influence de saint Léger. Il
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proclama roi de INeustrie et de Bourgogne un enfant qu'il désigna sous le nom de Govis, et qu'il présenta aux peuples comme fils de Glotaire III. Peut-être ce Jeune Govis appartenait-il réellement à la race chevelue, si du moins Ton en juge par son nom. Un fait digne de remarque , c'est que ces noms de Glovis , Clotaire, Childeberty Dagobert, Cbildéric et Thierry , n'étaient portés que par les membres de la famille royale, et l'histoire n'a conservé le souvenir d'aucun homme de la nation qui se fût ainsi appelé*
Ebroin se jeta, à la téte de ses Austrasiens, sur l'église et le trésor royal de Saint-Cloud , qui furent livrés au pillage. Ses partisans assiégèrent ensuite , dans Autun , le saint évéque Léger, qui , après une courte résistance y consentit à se remettre volonlairement entre les mains de ses ennemis. Ces hommes sanguinaires lui firent crever les yeux ; mais le pieux évéque supporta ce cruel supplice avec une résignation admirable , sans cesser de chanter des psaumes e\ des louanges à Dieu. Sur ces entrefaites, Ebroin franchit l'Oise à Pont-Sainte-Maxeuce , et se porta sur le palais de Nogent, où résidait Thierry ; tous les trésors de la couronne tombèrent entre ses mains. Le maire Leudésius, qid sur la foi d'une capitulation se rendit à lui, fut immédiatement mis à mort, et ce meurtre enleva au faible Thierry son dernier soutien. Le jeune roi Ait trop heureux de conserver ses États, et d'apaiser le parti d'Ébroïn en rendant à cet homme audacieux ses honneurs el ses prérogatives. Ébroln, satisfait de sa victoire , fit disparaître le faux Qovis 111 , et reconnut Thierry roi de Neustrie et
imoïM BT ftAiirr tMm. M
de Bourgogne, se réservant pour lui-même un pouvoir en quelque sorte absolu.
Docile à ses instincts farouches, il usa de la souveraineté dans le seul intérêt de ses cupidités , de ses vengeances et de sa fortune. Les chroniques, rédigées d'ailleurs par ses ennemis, n'ont point omis de lui reprocher ses crimes et de le signaler à l'animadversion des siècles; elles empruntent même , lorsqu'il s'agît d'Ëbroïn, un langage de haine et de fureur (|ue Ton rencontre bien . rarement chea les pieux légendaires du septième siècle : « Ebrenier, disent les récits du a temps, Ébremer (c'était le nom (|ue les ennemis « d'ÉbroIn lui donnaient) poussait alors, comme un « lion parmi les bêles féroces , des rugissements (jui « faisaient trembler toute la terre des Francs. » Ailleurs , ils affirment qu'Ébroln « relevait lui-même sa « tête empoisonnée, comme une vipère qui se rajeunit « etrenourriie son venin. » Et cette indignation peut se comprendre de la part de pieux légendaires écrivant au fond des clottres , et qui , témoins des violences qu'Ébroln dirigeait contre l'indépendance et les droits de l'Église, ne voyaieni dans ce maire du palais que le persécuteur des saints et rennemi des autels. Ce qui les révoltait à juste titre, c'est que le redoutable maire distribuait à ses partisans et aux gens de guerre les bénéfices ecclésiastiques , imposait aux diocèses des intrus à sa dévotion , et punissait de rexil ou des supplices les pasteurs fidèles. Ne nous étonnons donc pas de lire dans les chroniques les phrases suivantes qui appartiennent à l'histoire, en cela surtout qu'elles nous initient aux luttes contem-
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poraines : « ïlbroiii grinçait des dents contre les « prêtres du Seigneur : fils de perdition , paille d'en- « fer, tout tremblait devant sa iace comme à Faspect a d'un lion courroucé. » {^Fita S, ^iljridi,)
Saint Légeryivait encore, ayeugle, chassé, délaissé, eti proie aux misères; et son infortune ne suffisait pas aux vengeances d'Ëbroïn. Or, les émissaires qui étaient chargés de multiplier les soulTrances de saint Léger eurent enfin compassion de lui, et le recueillirent euxmêmes dans leur maison. Bientôt, gjrâce à leur concours, le pieux évêque fit parvenir des agents dans son diocèse, et en prit de loin la haute administration. Infirme et captif, il parlait, il évangélisait en maître : pour plus de sécurité, il se retira dans un monastère de la Champagne, où il édifia tous les fidèles qui purentêtre témoins de son humilité et de sa patience.
Plus on l'admirait , plus il devenait insupportable à Ébroïu. Le maire, ne sachant quel prétexte invoquer pour colorer sa tyrannie, imagina d'ouvrir une enquête sur les causes qui avaient amené la mort de Childéric 11, et de compromettre dans cette conjuration saint Léger et saint Warrein ou Guérin, frère de rillustre évéque. Les deux accusés n'hésitèrent pas à se présenter au palais du roi Thierry, afin de se purger des attaques d'Ebroin en face de leurs pairs. Dès qu'ils parurent, le maire ne craignit pas de les accabler d'invectives; mais ils parlèrent avec le courage et la dignité du malheur, et l'un deux s'écria : « C'est à juste titre que nous souffrons, parce que «c nous avons péché contre le Seigneur : cependant « sa clémence l'emporte, puisqu'il daigne nous ap-
e74-«7Sj MARTYRE 0£ SAINT LÉ6RR. 45
tt peler à une telle gloire. Mais toi, misérable Ébroin, « qui infliges à la race des Francs un si dur chàti- « ment en voulanl ôter la vie aux autres, tu fais race tomber la vengeance sur toi. Tu as bien pu trom- « per beaucoup de m<Mide , en exiler beaucoup de la « terre de nos pères : tu seras bien autrement exilé ; « tu perds à la fois la gloire du temps et de réternité. « En voulant t'élever au-dessus de tout ce qid habite « la terre des Francs, tu ne fais (|ue détruire plus vite V la fausse gloire que lu as usiurpée. » (Ursinus^ lo.) Pour toute réponse , Ébroln ordonna aux bourreaux de les séparer, et l'un d'eux, saint Warrein, fut presque aussitôt lapidé et mis à mort.
Saint Léger fut traité plus cruellement encore. On ]ui lit endurer d'affreuses tortures ; il eut la langue et les lèvres coupées, et souffirit tous ces tourments sans miurmure et avec la résignation des martyrs. Cependant, et pour mettre le comble à son supplice, on le laissa vivre dans-cet affreux état, et Ton ajourna de (juelque temps encore l'heure de sa mort. Durant cet intervalle , le serviteiu* de Dieu fut remis en la garde d'un leude nommé Waringue, et par celui-ci renfermé dans un monastère de filles situé à Fécamp. Bientôt ses plaies se cicatrisèrent , sa langue , mal mutilée, ne refusa plus d'exprimer ses pensées, et il profita de cette faveur du ciel pour reprendre l'exercice du saint ministère. Chaque jour il célébrait la messe devant le peuple , et quelquefois même il lui expliquait les mystères sacrés. L'aspect de ses blessures, si effroyable qu'il dût être, au lieu d'éloigner la foule de sa présence, ne faisait que donner à ses
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exhortations plus de prestige et d'autorité : on se pressait pour l'entendre , on se sentait ému de douleur et d'admiration , et Ton te retirait en maudissant les persécuteurs du martyr. Cette situation dura deux anS| pendant lesquels la haine d'Ëbroïn ne se laissa point fléchir. S'étant fait amener le saint évéque , Ebroin le traduisit devant un concile , afin de le faire dégrader et de lui enlever la consolation d'offrir le sacrifice de la messe. Là on le pressa de s'avouer complice de la mort du roi Childéric : il répondit qu'il était pécheur, comme tous les hommes; mais que pour un pareil crinie , il en était innocent. En présence de cette persistance courageuse , Ëbroïn et Thierry III, docile instrument du maire, ne jugèrent pas qu'il fût possible d'obtenir la dégradation de saint Léger par voie hiérarchique et régulière. Ils lemandè« rent devant eux, et, sans l'assistance d'aucun évéque, ils lui notifièrent d'eux-mêmes qu'il était désormais dégradé, indigne du saint ministère; puis, en signe de flétrissure , ils déchirèrent sa tunique de haut en bas , et le livrèrent à l'un des seigneurs du palais , le comte Robert ou Chrodobert, avec ordre de le faire mourir. (7est ainsi que Thierry III , vain simulacre de monarque , servait k ratifier les volontés d'Ébroïu , et envoyait au supplice l'homme fidèle qui le premier, après la mort de Childéric , l'avait proclamé roi des Francs.
Quoi qu'il en soit, une auréole miraculeuse ayant apparu sur la téte de saint Léger , le comte Chrodo* bert refusa de mettre à mort ce vénérable évéque , et abandonna cette odieuse mission à quatre dômes-