GOUVBaKKM&MT DE DAGOBEBT U
dques, qui eDlralnèrent le aartyr sur la lisière de la
forêt de Sarciug y dans r Artois : là, trois d'entre eux se jetèrent aux genoux de révéque d'Autun, et le sup* plièrent de les bënir ; le quatrième, nommé Wadhard, demeura debout , et quand le saint eut prié pour la dernière fois , il lui trancha la téte d'un coup d'épée. La chronique ajoute qu'en punition de ce nieurli e , Wadhard fut saisi de délire, se jeta dans le feu et pé* rit misérablement Le'martyre de saint Léger, d'après ropinioii commune, eut lieu vers Tau 678. L#es restes de son corps vénérable lurent pieusement recueillis par la femme du comte Ghrodobert , et de nombreux miracles, opérés sur la tombe du saint, révélèrent aux peuples et à Ébroin lui-même de quelle gloire Dieu entourait son serviteur , et quel châtiment il réservait à ses bourreaux*
Sur ces entrefaites^ une guerre fit diversion aux actes tyranniques et peut-être aux remords trt'^broïn : elle fut dirigée contre rAustrasie,x|ui, de jour en jour, s'affranchissait davantage de la domination des rois mérovingiens et de l'influence prépondérante de la Neustrie.
On a vu plus haut que Dagobert II, de retour d'É*
cosse, avait revendiqué l'héritage de sou pere Sighebert, et que, d'abord réduit à la souveraineté de l'Alsace, il s'était peu à peu rendu mettre de l'Austrasie entière. Chef intelligent et pieiu, quoi qu'en aient dit les historiens de l'école protestante, il avait surmonté de grands obstacles , et s'était peu à peu concilié les peuples et le clergé par des fondations utiles au double point de vue de la charité et de la religion. Tandis
qu'ÉbroiDy sous le nom du fiiible Thierry III, §;ouYernait la Neustrie et la Bourgogne, Dagobert II afTermissait son pouvoir en Austrasie, et cherchait d'aiileursy à l'aide de ses afïidés et de ses influences , à étendre sa domination sur ]e territoire neustrien et jusque irers les confins de l'Italie : il avait pour lui la famille, les parents et les clients politiques de saint l^er et de saint Warrein (Guérin)yles deux principales victimes d'Ébroin. Â la téte de ses corps d'armées marchaient le duc Athalaric, Tun des plus puissants leudes d'Austrade; les ducs Martin et Pépin, chefs de l'aristocratie de ce royaume, et déjà presque rois eux-mêmes. Pendant qu'Athalaric opérait uue diversion du côté de la Bourgogne et de ia Povence et occupait quelques portions de territoire, Dagobert se jeta sur la Neustrie, s'empara de Cbàlons-sur-Marne et de Reims, pénétra jusque sous les murs de la viUe de Laon, qui fut prise et reprise. Ces expéditions n^ont d'ailleurs laissé dans l' histoire qu'un souvenir obscur et incertain : d'abord terminées par un traité de paix que Dagobert imposa à Thierry, elles accrurent l'autorité et la puissance du roi d' Austrasie ; mais elles firent craindre aux grands de ce royaume de voir disparaître ou s'aifaibiir I mfluence aristocratique au profit de Tinfluence royale , ainsi que cela avait lieu en Neustrie et en Bour<^ogne. Pour donner satisfaction à leurs inquiétudes, Dâgobert 11 combla d'honneurs et de dignités les ducs Martin et Pépin : ce dernier s'en montrait digne par ses hautes vertus et la sainteté de sa vie, et son appui ne manqua jamais à Dagobert. Vers le même temps, le roi d'Austrasie eut la conso-
OnMilO] GUBKRE CONTRE l'aUSTRASIE. 49
lation d'offrir un asile à saint Wilfrid, évéque d'York, qui avait été chassé de son siège par le roi £gfrid: Or, cet acte de pieuse reconnaissance fut Tun des derniers de ceux qui signalèrent le règne de IJagobert II : ce prince infortuné , si digne des rq;ret8 de son peuple , périt assassiné vers Tan 679, non loin de la ville de Stenay. un jour qu'il chassait dans la forêt de Voire. Avec lui périt, dit-on, son fils Sighebert, qu'il avait eu de la reine Mathilde. On ne connut Jamais avec certitude les auteurs de ce double crime, mais on en imputa la responsabilité à l'ancienne faction du maire Grimoald, que l'on disait ralliée à la cause d'Ébroïn. Si cette dernière imputation était fondée , les événements qui se passèrent ne la justifièrent pas entièrement; car le royaume d'A.ustrasie, privé de roi à la mort de Dagobert II , refusa de reconnaître les droits de Thierry 111, roi de Neustrie et de Bourgoj^ne, et essaya de maintenir son indépendance en se donnant pour chefs les ducs Martin et Pépin. La crainte de tomber sous la tyrannie d'Ebroin détermina, diton, les Austrasiensàcette résolution extrême, qui tendait à détacher du sceptre mérovingien les provinces orientales de la Gaule (679). Tels furent les événements qui fournirent à Ébroïn et à Thierry IH l'occasion ou le prétexte de déclarerde nouveau la guerre aux Francs d'Austrasie.
Le duc Martin et le duc Pepid d'Héristal, petit-fils de Pépin le Vieux, armèrent sans retard pour repousser l'attaque des Francs-Neustriens. Trop confiants en leur force et comptant trop sur l'impopularité d'Ébroïn , ils se mirent en campagne, et vinrent présenter bataille T. ni. ^
50 GAULE FRANQUB. MÉROVINGIENS.
aux armées de Thierry dans une plaine, que la chronique désigne sous le nom de Locofao, el dont la véritable position est iaconnue. Un grand combat fut livré : Ëbroîn l'emportait sur ces adversaires par le génie et le courage; la victoire se rangea sous ses drapeaux y et les ducs Martin et Pépin, réduits à prendre la fuite , se réfugièrent, le premier sous les iTiursde Laou, l'autre dans les campagnes d'Austrasie. Ébroïn assiégea Martin dans la ville qui lui servait d'à* sile; las bientôt des lenteurs de la guerre, il trouva moyen d'attirer son rival dans une entrevue , et le fît massacrer par trahison avec sa suite (680). La légende rapporte qu'alin de mieux surprendre la confiance du duc Martin, les envoyés du maire de Neustrie s'étaient engagés par serment à respecter sa vie, mais (jue les serments avaient été prêtés sur des chasses dont on avait d'avance retiré les reliques.
Pépin d*Héristal , dès ce moment seul duc d'Âustrasie, avait été rejeté sur la Meuse : il s'y maintint, protégé par le dévouement du peuple et des ieudes. Cependant Ébroïn , qui avait si souvent employé le crime et la violence, succomba à son tour par im assassinat. Comme il avait disgracié (on ignore si ce fut à tort ) un noble Franc, nommé Hermanfried ( Ermaniroi), qui occupait un oilice considérable dans l'administration du fisc , ce dernier résolut de se venger. Or, un jour de dimanche, comme Ebroïn sortait de sa maison avant l'aube, pour se rendre à matines, le seigneur Franc qui se tenait en embuscade près dès portes de l'église s'élança sur le maire du palais , et rétendit mort d'un coup de hache. Dès qu'il eut ac-
oompli cette criminelle vengeance ^ il s'enfiiit en Austmsie , ou il se mit sous la protection de Pépin (68 1 ).
Aiosi périt , par une obscure machination , cet homme bronche et implacable qui , soit à force ouverte ^ soit à l'aide de la ruse , et trop souvent par le crime, avait exercé pendant plus de vingt ans le suprême commandement dans les royaumes de Neustrie et de Bourgogne. Le nom d'Ébroïn est encore, de nos jours, le symbole de l'ambition , de la cruauté et de la ruse. Mais il convient de se défier des monuments histo* riquesi qui nous le dépeignent sous d'aussi noires couleurs : les seuls documents qui existent à son sujet sont les pané«;yriques écrits par les admirateurs de saiot Léger, ou les chroniques rédigées sous les l'epin , les ennemis naturels du dernier maire. Dans ces écrits partiaux^ et sans doute aussi |)leins d'inexactitudes, on n'a tenu compte à Ëbroïn que de ses crimes , et nullement de ses talents, de sa capacité , et peut-être même du vaste génie politique par lequel il devançait tes contemporains. Ébroln compta des saints au nombre de ses amis , entre antres saint Ouen : ce seul lait indiquerait eu lui i existence de vertus dont les annalistes n'ont pas transmis le souvenir.
Les pieuses légendes du seplit rae siècle attestent d'ailleurs jusqu'à quel point la mort imprévue d'Ébroln émut la Gaule : tandis que de toutes parts on réhabiiiUiit ses victimes, tandis que TÉglise inscrivait saint Léger et saint Warrein sur son martyrologe^ on publiak avec effroi le récit de certaines visions qui rendaient plus éclatant le chûtinient d Ebroïn. Ou disait à Lyon que dans Tile Sainte-Barbe vivait un
52 GAULE FRAMQUB. — MEftOVlNGliSMS. [«BI-687
homme que le maire du palais avait privé de la vue par UD supplice injuste. Or, pendant une nuit qu'il passait en prières sur les bords de la Saône , il enteudit un bruit de rameurs qui luttaient à force de bras pour remonter le fleuve. <c Où alléz->vous? » leur cria-t-il. Une voix perçante répondit : << A la chance dière de l'enfer. INous emportons Ébroïn ; il subira « la peine de son crime. » Et ce fut , dit la légende, une consolation pour ce pauvre homme, d'apprendre quelle peine enduraient les persécuteurs des justes (i). Il est probable que le malheureux aveugle , dont le récit servait de base à cette légende , avait bien souvent révé qu'il assistait au châtiment de son bourreau ; et il ne faut pas donner l'importance de l'histoire à cette étrange vision.
Quoi qu'il en soit , après la mort d'Ébroin , un seigneur neustrien , nommé VVaratton , fut éki à sa place par la faction du dernier maire. C'était uu homme de médiocre sagesse , imprévoyant , timide, et hors d'état de retenir en mains l'héritage du dernier maire. Sous son administration, la paix fut accordée aux Âustrasiens et à leur duc Pépin d'Héristal , qui néanmoins se vit dans la nécessité de fournir des otages. Les fugitifs et les bannis neustriens qui avaient cherché un asile en \ustrasie du temps d'Kbroïn ne furent point rappelés , ce qui attesta que la politique du royaume de Neustrie n'avait pas changé : bien loin de là , car on Ijlàma éuergiquement Waratton d'avoir consenti à
(i) Jdonui chronir. D. Bouquet, Script, rcr. Frttncor. Nous avons oni- |iruiité cette légeude au savant ouvrage de dom Pitra » historien de saiot Léger.
m-mn MOcvsLLB GUBftRB GORm l'ausirasib. 83
conclure un traité avec T Australie , au lieu de tirer parti des victoires d'ÉbroIn et de subjuguer ce royaume. Ghislemar , fils de Waratton , aidé par l'opposition neustrienne , supplanta son père et déclara la guerre à Pépin (684). Ce dernier avait réparé ses pertes ; loin de se soumettre à la domination des rois de Neustrie, il se montra plus que jamais disposé à affimnir l'indépendance austrasienne , légitimement admise depuis deux ans par Thierry et le maire Waratton. Ge ne furent longtemps que pillages réci* proques , succès partagés , combats sanglants el sans résultat. A laiin, Pépin et Ghislemar se rencontrèrent avec leurs armées non loin de Namur {Namugo)'j mais, au lieu d'engager nne lutte décisive, ils ouvrirent des négociations , et se témoignèrent de part et d'autre des dispositions bienveillantes. On ignore si Pépin d'Uéristal était sincère , sa piété doit le iaire croire; mais Ghislemar ne cherchait qu'un moyen d'endormir la vigilance de ses ennemis et de les atteindre par traliison . Au moment où ils étaient sans défiance et en pleine sécurité , il les attaqua brusquement et les tailla en pièces. Or, il ne jouit pas longtemps des fruits de cette honteuse victoire, et ne tarda pas à mourir. Waratton reprit un moment l'exercice de ses fonctions de maire, et ne signala son pouvoir par aucun acte dont l'histoire ait gardé le souvenir. Étant mort à son tour, le parti des grands lui donna pour successeur Bertaire, homme sans talents et de chétive apparence. Un grand nombre de leudes refusèrent de reconnaître son pouvoir, et se réfugièrent eu Austrasie auprès de Pépin d'Uéristai et
54 OAUU& FRAHOUC. — MÉROVlNaïKlia. {W^m
des grands de INeustriey que la tyrannie d'Ébroïn avait déjà contraints de s'exiler. Quand ces émigrés , dont le nombre croissait toujours , parurent aux yeux de Pépin former un parti nombreux et important ^ il s'unit à eux , et, fort de leur appui, somma audacieusemenl le faible Thierry 111 et le maire du palais Bertaire de rendre leurs biens à ces puissants exilés. On s'attendait à un refus, et on ne se trompait point. Ce fut pour Pépin et les Austrasiens un prétexte de déclarer la guerre au roi de Neustrie et de Bourgc^pM.
L'armécides Francs-Orientaux, sous la conduite de sou duc, traversa la forêt des Ardennes (Carùonaria) et -vint camper à Testry, entre Saint-Quentin et Péronne. Dès le début de la guerre , Pépin d'Héristal avait provoqué, dans une assemblée générale, l'adbésion et le concours des grands d'Austrasie : cette élite des Francs-Orientaux avait, par ses acclamations, approuvé ou confirmé les projets de Pépin contre la Neustrie. Près de combattre, le duc d'Austrasie rappela à ses leudes leui^s engagements solennels : « li- « lustres compagnons, Éklèles à Dieu^ leur dit-il, or que nul d'entre vous ne s'imagine que je vous con- « traigne , sans une triple nécessité , à supporter de « telles fatigues et à soutenir une pareille guerre. « Écoutez-moi; sachez encore quel motif me pousse, tt J'ai d'abord à défendre la cause des prêtres et des « serviteurs de Dieu qui se sont réfugiés vers moi V après la spoliation de leurs églises, et qui ont in- «t voqué mon secours. Vainement j'ai chargé mes am- « bassadeurs d'intercéder humblement le roi Thierry « pour leur faire rendre justice ^ je n ai reçu que des
KATAILLB DB TWmY.' 55
<c réponses pleines d'insolence et d'orgueil. Une se- « coude considération me détermine : c'est l'intérêt des ce nobles Francs qui y versant des larmes et poussant « des sanglots, sont venus implorer mon aîie pour « mettre fin aux calamités qu'ils ont endurées. Enfin il « est un troisième motif que vous comprendrez : nous c avons à défendre notre patrie contre les ravages et « les menaces d'un roi superbe, et Dieu combatif tra avec nous. Les saints dont nous embrassons la cr défense ne noua abandonneront pas au moment du a danger. » Ces paroles ayant soulevé de nombreux applaudissements, les prêtres conunencèrent les prières d'usage y et invoquèrent en faveur de Pépin et de son armée les bénédictions du Seigneur : au bruit des psaumes et des cantiques , les Austrasiens s'agenouillèrent et invoquèrent Dieu, A l'exemple de leur chef. En ce moment l'armée neustrienne , plus (orte par le nombre, était campée en face des Austrasiens, séparée d'eux par une rivière étroite et profondément encaissée. Pépin ne voulut pas commencei T attaque sans avoir recours à une nouvelle tentative de conciliation. 11 filencore offrir la paix à Thierry, consentant à réparer les donunages que ses troupes avaient causÀ à la Neustrie , et ne mettant d'autre condition à la paix que l'obligation de recevoir en Neustrie les leudes qui avaient fui la tyranie des maires du palais , et de donner satisfaction aux plaintes légitimes des évéques et du peuple. Remarquons ici Tétrange rôle que s'attribuait le duc d'Austrasie à l'égard de Thierry, roi de Neustrie et de Bourgogne, et descendant de Mérovée. De quel droit osait-il imposer au souverain
56 «AULfi FRANQUfi* — MÉliOVUlGUNS. m-^tr
d'un royaume indépendant l'obligation de rappeler des bannis et de changer la politique intérieure de son gouvernement ? Si fondées que (lissent les plaintes des réfugiés et des évéques, appartenait-il à uu priqce étranger, et en quelque sorte à un rebelle, de les soutenir par la force des armes ?
Comme on pouvait s'y attendre, de pareilles pro- * positions soulevèrent l'indignation de l'armée neus* trienne. Soumises à l'examen des leudes de Thierry et combattues énergiquement par le maire, elles furent repoussées avec une juste fierté ; et Thierry ordonna aux envoyés de Pépin de retourner vers leur maitre, et de lui dire qu'il devait s'attendre à subir le châtiment de sa révolte. Peu d'heures après et vers le soir , la bataille s'engagea.
Les Âustrasiens n'essayèrent pas de passer de vive force la rivière , en présence d'un ennemi supérieur en nombre : à la faveur de l'obscurité , un corps de leur armée tourna la position, se porta sans d^stacles sur la rive opposée , et descendit ensuite sur le champ de bataille , prenant les JNeustriens en flanc, et emportant, comme à la course, une ooUine qui dominait la plaine^ et que Bertbaire n'avait point fait occuper. Pendant que cette aile détachée de l'armée austrasienne opérait ce mouvement décisif, le reste des troupes, après avoir attiré l'attention des iNeustriens par de vains simulacres de combat, feignit de prendre la fuite ; et les soldats de Thierry se jetèrent sur leurs traces , dans le désordre d'une victoire qu'ils croyaient certaine. Ce fut le moment que choisit Pépin pour descendre de la colline et se jeter vigou-
«9r««KJ ABAlMnmiT DES IfilMOVlHGUIlS. 57
reusemeot sur les Neustriens. La lutte l'ut longue et sanglante; mais le roi Thierry lil fut vaincu et mis en lui te , et Berthaire massac ré par ses propres compagnons. Pépin se rendit maitre du faible Thierry, le fit reconnaître par l'Austrasie , et s'attribua , sous ce fantôme de roi , la réalité de la puissance , qu'il exerça sous les titres de duc , de prince et de maire.
La bataille de Testry fut le dernier degré de l'usurpation des maires du palais; elle mit tout pouvoir entre leurs mains, et les successeurs de Qovis n'eurent plus rien des prérogatives du trône que la faculté de présider les assemblées du champ de mars, de paraître avec éclat dans de vaines cérémonies, et de voyager d'une maison de plaisance à l'autre, dans un char traîné par des bœufs. Le duc d'Austrasie, maire et souverain , se réserva les trésors, la justice, la coi^ respondance avec les gouverneurs [)rovinciaux. , et la plénitude de la puissance royale (687).
Voici dans quels termes la chronique rend compte de la condition où fut placée la royauté mérovingienne après la bataille de Testry et jusqu a la lin de la race de Glovis : « Les trésors et les forces du royaume étaient passés aux mains du préfet du palais, qux>n appelait maire, et à qui appartenait réellement le pouvoir souverain. Le prince était réduit à porter le nom de roi ; il lui fallait se contenter d'avoir les cheveux flottants et la barbe longue , de s'asseoir sur le trône et de représenter l'image du monarque. Il donnait audience aux ambassadeurs, de quelque lieu qu'ils vinssent, et leur faisait à leur départ , comme de sa pleine puissance , les réponses qui lui étaient
58 GAULB FIANOCB. — IfÉMIVimiBIW. m-M
enseignées ou plutôt commandées. A rexception du vain titre de roi et d*une rëtributioD mal assuré que réglait le maire , il ne possédait qu'une maison de campagne d un fort modique revenu ; et c'est là qu'il tenait sa cour , composée d'un très-petit nombre de serviteurs soumis à ses ordres. S'il fallait qu'il allât quelque part, il voyageait sur un chariot que conduisait un bouvier^ à la manière des paysans. C'est ainsi qu'il avait coutume de se rendre au palais et à rassemblée générale de la nation , qui se réunissait une fois chaque année pour les besoins de l'Etat. »
Cependant l'infortuné Thierry avait été relégué
dans une maison royale nommée Maumaques, située entre Noyon et Compiègne; il y vivait entouré de quelques simulacres d'honneur, et en réalité sous la garde du leude Nortbert, honune vigilant , dévoué aux intérêts de Pépin. C'était une captivité déguisée; le roi ne régnait pas y il n'était que spectateur de son règne et des actes du duc d'Austrasie. Tout ce que nous pouvons dire désormais de lui, c'est qu'il mourut vers Tan 691, après avoir régné pendant dix-sept ans , si l'on peut appeler ainsi l'époque de sa vie où il fut plus sujet que maître.
La bataille de Testry, en amenant la transformation de pouvoir que nous avons indiquée , resta dans l'his* toire comme le point de départ d'une situation nouvelle : la Neustrie et la Bourgogne furent en quelque sorte subjuguées par TÂustrasie ; il y eut comme une dernière invasion des Francs-Germaniques sur le territoire de la Gaule, et cette fois ce mouvement s'opéra
«MQ PUISftàlHX DS PÉPIH b'iIÉRIIITAL. 99
san& lutte , sans violeDce , mais par la seule force des choses, et d'une manière lente el inaperçue. La rioe des Pépins ne se crut point encore en mesure de chasser du trône les débiles descendants de Mérovëe; elle les réduisit à Tinipuissanoe , elle en fit des rois de théâtre, esclaves de leurs propres vizirs, jet dont l'unique fonction consistait à légitimer les décisions et le gouvernement politique des ducs d*Austrasie et des maires du palais. Le nom de ces pauvres rois demeura donc inscrit en téte des actes publics et dans les annales de leurs jpeuples, mais leur action, leur volonté, leur souveraineté royale ne cessèrent d être subordonnées à Tautorité du personnagequi, sous un titre plus modeste, régissait seul l'empire des Francs : c'est ainsi que la Gaule, ou du moins la portion des Gaules qui s'étendait entre le Rhin et la Loire, s'aisimila sous quelques rapports à la nationalit('? germanique, au détriment de l'influence romaine et de la tradition celtique , encore vivaces, et toujours représentées par le langage , les alTeclions , el les intérêts.
Pépin d'Uéristal était doué d'une haute intelligence politique. Vainqueur de la Neustrie et de la Bourgogne y il s'abstint de taire sentir le joug de son épée et d'exercer d'inutiles réactions : il lui fallait tempérer les exigences des bannis, ménager les débris de la faction de Berthaire, donner le change à l'humeur inqtdète et guerrière des Neustriens ; et les révolutions modernes nous ont donné la mesure de la capacité, de la patience et de Ténei^ie dont le duc d'Austrasie dut fairepreuve pour surmonterde pareils obstacles et les changer en occasions de Ibrce ou de gloire. On
60 GAULE FEANQUE. — MÉROVIHGIBNS. [W-m
rappela dam leur patrie tous ceux qui avaient été exilés durant les luttes dont la Bourgogne et la Neustrie avaient ^té le thé&tre; on rendit leurs biens à ceux qui en avaient été dépouillés; on indemnisa les églises et les abbayes qui avaient enduré des spoliations : mais en même temps on pardonna aux leudes qui s'étaient montrés les plus ardents ennemis de Pépin , et on se borna à exiger d eux la promesse de ne rien entreprendre désormais contre l'autorité du duc d*Austrasie. Cette conduite était d'une habileté incontestable : plus Pépin se montrait clément, plus il faisait entendre que la puissance , désormais affermie, n'avait à craindre aucune entreprise hostile ; et cette idée entra dans le cœur des Francs.
Pépin exerçait sur la JNeustrie l'autorité de maire du palais et de tuteur poUtique du roi. £n Austrasie il était chef indépendant, bien qu'il reconnût une sorte de suprématie honorifique à la royauté mérovingienne, hommage de pure forme qui laissait subsister la rt alité de son pouvoir. Sa résidence était fixée à Cologne j d'où il pouvait surveiller et contenir les tribus de Saxe et de Thuringe. Quant au royaume de Ikjurgogne, il avait mis à profit la décadence du pouvoir royal et l'espèce de captivité dans laquelle languissait Thierry , sinon pour proclamer son indépendance comme un principe , du moins pour rétablir en fait, et ne se préoccuper désormais que de ses intérêts et de ses besoins. L'Aquitaine, qui depuis longtemps obéissait à peine de nom aux cheik de race franque, ne se montra nullement disposée à se courber sous 1 administration du duc d'Austrasie.
a07-fl0S] G01]Y£BNK1IBNT DB PEPUf d'hAEISTAL. 61
lii, comme en Bourgogne , les grands ne voyaient en Pépin que ïun d'entre eux y qu'un noble privilégié par la fortune, mais qui n'avait, à l'égard des hommes libres de la Gaule du sud-est et du sud, aucun droit légitime : ils se considéraient comme ses et non comme ses subordonnés ; et il est évident que celte résistance et cette attitude des grands de ces deux États entrèrent pour beaucoup dans les motifs qui empêchaient Pépin d'Héristal de s'attribuer le titre de roi , et de substituer sa dynastie à celle de Qovis.
Chef de Tai istocralic austrasienne, appuyé parles seigneurs de Meustrie qu'il avait délivrés d'un joug plus redouté. Pépin d'Héristal se garda bien d'accepter la politique d'Ébroïn , et de laisser tomber en désuétude l'usage des champs de mars et des champs de mai ; il se fit un devoir de rétablir ces convocations solennelles, qui étaient chères au peuple franc , et il reconnut et confirma en faveur des évéques le droit de prendre part aux assemblées générales des chefs de la nation. Grâce au concours de leur piété et de leur expérience, il amenda et réforma les institutions et les lois du pays , publia des règlements pour la discipline et l'organisation des armées, et lit accroître et sanctionner, au moyen de nouvelles garanties, les immunités, les biens et les droits des églises. Des lois plus sévères réprimèrent désormais . les désordres , les violences et les crimes contre les personnes : sous ce rapport, les coutumes des Francs furent mises en harmonie avec les exigences de la justice et les besoins d'une civilisation encore au ber-
62 «AULB PRAMQOB. — HtHOVlNQlBMft. lUa-in
ceau , mais cependant en progrès , par cela seul que les idées chrétiennes introduites dans la société barbare accomplissaient lenr œuvre , qui est de rendre r homme meilleur et de purifier les lois civiles.
En même temps s'opérait ime transformation so ciale digne d'attention, et dont il importe de suivre de près les développements : nous voulons parler de •la substitution progressive du régime féodal au régime romain, et aux institutions libres que lesGolhs, les fiurgondes et les Francs avaient introduites dans les Gaules. Tant que la tradition de Rome impériale avait prévalu en Neustrie et eu bourgogne, le droi t public et privé légué par les Romains aux peuples conquis Tavait emporté sur le droit barbare; la civilisation et rÉglise avaient réagi sur les vainqueurs au profit des vaincus. Or, du jour où le principe aristocralique I emporta, et où l'élément germanique absorba de nouveau la Gaule, on vit s'eiTacer la royauté et le peuple , et la nation officielle ne se composa désormais cjue des grands et de leur clientèle, ou Ahrimanie, Pépin ne fut redoutable à la royauté que parce que, la classe des hommes libres disparaissant peu à peu du sol et se trouvant remplacée, soit par la clientèle des leudes , soit par des colons attachés à la glèbe, le roi demeura seul en face de l'élément aristocratique, ne disposant d'au* cune armée, hors d*état d'obtenir le concours des leudes, désormais plus puissants que lui et refusant d'obéir. Le chef et le représentant politique des leudes n'était autre que le maire du palais , sorti de leurs rangs, associé à leurs intérêts, et désireux de se
iMq tràmsforiiations poutiqdbs. 63
servir du principe aristocratique comme d'un instrument destiné à opprimer la royauté et à la mettre en tutelle.
Le roi et le peuple n'existaient plus , sinon comme fiction ou simulacres. La classe des leudes , naissante et maîtresse du pays, résumait à elle seule le corps politique, la société gallo-franque f elle constituait une hiérarchie de grands propriétaires territoriaux, ayant chacun scMis son patronage des feudataires et des antrustions , et reconnaissant le maire du {valais pour intermédiaire entre eux et le roi, aussi bien que pour chef militaire. Quant aux masses , quant aux multitudes destituées de la vie politique, elles n'étaient pas pour cela abandonnées au caprice de l'arbitraire et de la force : bien au contraire, car au-dessus d'elles et autour d'elles veillait l'Eglise, cjui prenait en main leurs intérêts et leurs réclamations . Le clergé, les moines, Tépiscopat, remplissaient la glorieuse mission de protéger le pauvre contre le fort ; et^ dans un ordre social où les garanties politiques manquaient au petit et à Topprimé , les garanties puisées dans le sentiment du devoir moral et dans la crainte des jugements de Dieu ne leur faisaient jamais défaut.
Le maire du palais n'eût pas tardé à partager le sort du roi et à voir son autorité méconnue par les leudes, s'il n'avait habilement donné le change à l'humeur guerrière de la nation. A la faveur des troubles qui avaient agité les Francs, les nations germaniques, tributaires de leur empire, avaient cherché à ressainr leur indépendance. Parmi elles figu* raient les Frisons, dont la révolte avait commencé
64 GAULE FRANQDE. MÉROV^GIENS. [68S-flB8
SOUS Adalgise, leur chef, et s'était continuée sous
le gouvernement de Radbode , fils d'Adalgise. Pépin convoqua les guerriers des comtés de Neustrie et de Bourgogne, et leur assigna pour rendez-vous général la capitale de TAustrasie, accoutumant ainsi les divers peuples francs à subir comme un ùàt légitime la suprématie austrasienne. Instruit du projet de Pépin , le duc des Frisons se disposa à les déjouer, et se prépara à la guerre. Radbode était un chef à demi sauvage , et qui , aussi bien que sa nation , avait repoussé les bienfaits du christianisme. On raconte de lui qu'au moment où, touché des arguments de saint Wulfrand, l'un des apôtres de la foi catholique, il venait de consentir à recevoir le baptême et allait entrer dans la fontaine sacrée, il demanda au missionnaire en (piel lieu étaient les âmes de son père , de ses aieuA, et de tous les héros dont son peuple vénérait la mémoire. « Ils sont dans le gouffre de l'enfer, » répondit le prêtre, a £h bien, s'écria Radbode, là où ils sont, je veux aller ! » et il s'éloigna du baptistère. Toutefois , il fut vaincu par les Francs dans le pays qui s'étend entre le bas Rhin et la basse Meuse ; et la défaite qu'il eut à subir iîit si terrible , ({u'il se hâta de solliciter la paix, de livrer des otages, et de consentir de nouveau à payer le tribut. Cinq ans après (en 69$ ), las de cette condition humiliante, les Frisoiis et leur duc reprirent les armes. Leur révolte fournit à Pépin une occasion de les vaino^ pour la seconde fois dans les plaines de la Gueldre, et de les contraindre à reconnaître la souveraineté des Francs. La même année^ mourut dovis III, fant6me de roi ;
m-m] FILS M PRMN o'héristal. 65
on mit à sa place son frère Childebert 111, dont le nom ne fîit pas moins obscur, et qui , esclave couronne*, assista comme spectateur oisif aux événements de son r^ne (695),
Pépin y disent les chroniques , avait eu de sa très» noble et très-climte épouse Pleclrude deux fils, nonuués Drogon et Grimoald* Le premier fut appelé à gouverner la Bourgogne en qualité de duc , et , par ordre de son père , il épousa la lille de VV aratte , veuve de Berthaire, l'ancien maire de Neustrie. Cette alliance eut sans doute pour objet de rattacher une faction ueustrienne aux intérêts de la famille de Fepin. ISortbert, qu'avait délégué Pépin àla gardeduroi de Neustrie, étant venu à mourir, tut remplacé par (irinioald, second fils du duc d'Austrasie : c'était un prince charitable et pieux , dont les chroniques contemporaines vantent la bonté ; il épousa Théodorine , fille de Radbode , duc des Frisons , et qui , moins sauvage que son père, avait fait profession de ia foi chrétienne. Si Pépin, eu imposant ce niaria<^'c, avait cru se concilier pour toujours la fidélité de Radbode, il se trompa, et ne parvint point à flécliir la haine tantôt sourde, tantôt déclarée, du chef des Frisons.
Or, vers le même temps l'histoire mentionne le nom d'Alpaide, qui fut la concubine plutôt que réponse de Pépin : c'était une femme d'une grande beauté, et qui exerçait un grand empire sur le duc d'Austrasie ; elle lui donna uu iils qui fut nommé Karle, et à qui , pour nous conformer aux habitudes de l'histoire, nous maintiendrons le nom qu'il rendit justement làmeux. (^est ce même prince, eu effet, que T. ni. s
Djgjtized
86 GAULS rEAMOUS. — MÉROVIlIfilBMS. W-IfT
uous lie larderons pas à voir apparaître dans ce récit, et que nous appelierons Charles Martel. Peu de temps après, Drogon, Fainë des fils de Pépin, mourut, et fut remplacé par son frère Grimoald dans le gouvernement du duché de Bourgogne. Déjà Grimoald était investi des duchés de Sens et de Reims, et remplissait près de T ignoré Childebert Ul les fonctions de maire du palais de Neustrie. fl semble que Pépin trouvait déjà cette charge au-dessous de sa propre dignité, etTabandonnait à son fils.
Saint Lambert , évéque de Maêstricht , l'un des plus illustres apôtres du septième siècle , ne craignait pas de parler avec une sainte énergie au duc d'Austrasie et de lui reprocher le délaissement de Plectrude , sa femme légitime, et la scandaleuse élévation d'Alpaïde. Dodon, frère d'Alpaide et grand domestique dupalais de Pépin ( dii;uité alors considérable), s'indigna de l'outrage lait à sa sœur, et lit assassiner saint Lambert au moment où le vénérable évéque était en prières. Mis à mort en punition de son zèle pour la foi , 1 évéque de Maêstricht fut placé au rang des martyrs, et honoré à ce titre.
Ces événements avaient rempli Tintervaile de quelques années (695-707). Le silence presque absolu des chroniques ne nous permet pas de mentionner d'autres Caits d'un ordre général qui appartiendraient à l'histoire , et auraient réagi d'une manière sensible sur la condition ou le bien-être des nations i'ranques; elles se bornent à indiquer des donations et des concessions en faveur des monastères j de généreuses tentatives commencées dans le
mtJmi oouF o'ouL sur l'aouitaiiib. 67
but de convertir les races germaniques, l'avènement de quelques ëvéques , la mort de personnages ëminents dans les églises des Gaules. Le nom de Childeberty roi de Neustrie, figure en téte des chartes de cette ëpoque ; mais il n'y apparaît que pour la forme , et rieu n'indique que le chei nominal des Neustriens ait eu une volonté , ait joui de quelque influence réelle. Pépin d'Héristal fit la guerre aux Saxons et aux tribus suéviques voisines du Rbiu, et les contraignit à subir de nouveau , à l'égard des Francs , la condition de peuples tributaires. Ces exp^ . ditions furent longues , fréquentes et glorieuses ; mais les détails sont moins connus que les résultats, et nous ne pouvons nous en prendre (ju'à la sécheresse des chronologies mérovingiennes. Or, tandis que Tac* tion et Fénergie de Pépin étaient consacrées à soutenir la puissance des Francs du cùlé du nord , les provinces de la Gaule méridionale se détachaient peu à peu de la monarchie /sans qu*un effort vigoureux et décisif fût tenté pour les retenir el mettre lin à leurs révoltes.
Depuis près d'un siècle r\(|iiitaine avait son hisloire à part : comme on l'a vu plus iiaut, érigée en royaume vers Tan 6^8 au profit de Charibert , frère de Dagobert r% elle avait obéi pendant trois ans à ce jeune prince , ou plut6t elle n'avait pas réclamé contre son autorité et son titre royal. A l'exemple desanciens chefs wisigotbsy Charibert avait tixé sa résidence à Toulouse; et, tandis que Dagobert 1*' régnait en Neustrie et en Austrasie, le roi d'Aquitaine s'était efforcé , dans les étroites limites de sa
68 GAULE PRAMOUE. — MÉROVIIfGIBlfS. [flBtW
puissance y de réprimer les entreprises aventureuses des Wasoons et défendre sa domination du c6té des Pyrénées. Charibert étant mort au bout de trois ans, et son fils Chilpéric ne lui ayant pas survécu (voir ci-dessus le règne de Dagobert ), FÂquitaine avait cessé , au moins en principe , de former un royaume particulier ^ et avait été de nouveau réunie à la mo^ narcbie gallo-franque : en fait, elle n'y fut qu'à demi-rattacbée , et une partie de son territoire demeura soumise au duc Baronte, leude infidèle, que Dagobert avait chargé de recueillir, au nom des rois de Neustrie, Théritage du dernier roi d'Aquitaine (63i).
La soumission des bordes wascones n'avait pas été de longue durée : méprisant des maîtres dont la domination s'exerçait de si loin, les Wascons s'étaient soulevés. Nous avons déjà mentionné les expéditions dirigées contre eux par ordre des rois mérovingiens, et qui eurent pour résultat Tune de ces pacifications précaires que la force imposait un moment au vaincu, et que Ton rejetait dès que la force avait cessé d'appuyer le droit du vainqueur.
Vers Tan 637 , les chetis wascons se rendirent à la cour de Dagobert I*', en exécution de l'engagement <|u'ils paraissaient avoir pris , à la fin de la dernière guerre , de se présenter devant le roi des Francs et de fléposer leur soumission entre ses mains. Ils y vinrent sous la conduite et sous les auspices du Saxon i£gbinan , leude de Dagobert, et que ce prince avait sans iloute réintégré on maintenu dans sa dignité de duc de W asconie. Or, à peine entrés au palais de Clichy
C37-707J ROYAUME OU DUCHÉ D AaUmUiË. 69
(jif liabitait le monarque mérovingien , les chels wasconsy saisis d'une terreur soudaine et dont la cause est inconnue , s'échappèrent tous à la fois, et coururent se réfugier dans Téglise de Saint-Denis. 11 est permis de soupçonner que Dagobert ' avait projeté contre eux quelque vengeance tragique. Il fallut, pour les tirer de leur asile, leur garantir la vie. Bientôt introduits devant le roi, ils lui jurèrent fidélité et soumission ; et parmi ceux qui prêtèrent ce serment on vit figurer le duc Amandus , le principal chef de la Wasconie , celui d'entre eux que les peuples de ce pays considéraient comme le véritable et légitime représentant de leurs intérêts nationaux.
Les chefs wascons qui avaient ainsi juré fidélité à Dagobert obtinrent la restitution de leurs otages et la permission de retourner dans leur pays. Dès qu'ils y furent de nouveau rentrés, l'histoire cessa de les considérer comme subordonnés aux rois des Francs; il ne fut plus question du duc i£ghinan , que leur avait imposé Dagobert; ils agirent et se pdsèrent eu hommes libres , ne relevant que de leur ëpée.
Boggis et Bertram , petit-fils d'Âmandus^ le plus illustre duc des Wascons , gouvernèrent quekjue temps ces peuples : durant les troubles qui agitèrent la Neustrie et l'Austrasie , ils continuèrent de méconnaître Tautorité des rois mérovingiens. Vers la lin du septième siècle , sans qu'il soit possible de retrouver trace complète de cette lente transformation , on peut constater que le midi de la Gaule , sous le nom de duché ou de royaume d'Aquitaine , forme un État à peu près indépendant, (jui s'est émancipé par le double
70 GAULB FRAMQUB. MÉROVUiGlKNS.
fait de Timptiissance des princes francs, et de V énergie opiniâtre avec laquelle les populations gallo-wascones tendent à s'isoler , et à se soustraire à la souveraineté des races germaniques. Dès lors on trouve cette vaste r^on presque entièrement soumise à Tautorité d'un chef redouté , duc ou roi , que les chartes contemporaines désignent sous le nom d'Odou ou Eudes , et dont les États s'étendent de l'Océan aux Cévennes , des Pyrénées à la Loire, à l'exception de l'Arvernie, du Vélay , du Gévaudan, de 1 Albigeois, du Rouergue et du pays de Bourges, encore soumis , au moins de nom , aux rois de JNeustrie ou d'Austrasie. L'élément franc a été absorbé, dans ce pays, par l'élément ibérien et celtique , et la race wisigothe a été refoulée dans un coin de la Scptimanie et eu Espagne, où elle domine sans obstacles pour quelques années encore. Les préoccupations des peuples allaient bientôt être attirées sur ce point par une uouvelle invasion et par des tempêtes imprévues.
Nous avons déjà constaté que la Liuiirgo^ne , détachée de la domination des rois mérovingiens, avait été donnée à titre de duché ou de principauté à Grinioald , second fds de Pépin d Héristal , déjà maire de Neustrie.
Vers l'an 7 1 1 mourut le roi de Neustrie , Ghil*
debert III , surnommé le Juste, sans que l'on sache quelle action ou quelles vertus éminentes lui méritèrent ce titre. Il laissa un fils âgé de douze ans, que Pépin d'Héristal et les Francs reconnurent, sous le nom de Dagobert 111, rot de Neustrie. Ce ne fut qu*un nom de plus inscrit sur la liste des rois opprimés et
7ll4rf6] THÉOBALD. BAUIFROI. — ClUlLES-llARTBL. 7 i
captifs, que leurs orgueilleux tuteurs se piaisaieul à avilir eo leur appliquant la dure épitbète de rois fainéanJU,
11 était aisé d'appeler le mépris sur ces princes dégénérés, à demi .rachitiques , vieillards à vingt ans, rejetons usés d'une race qui avait commencé par le courage et la gloire. Mais Pépin osa davantage; il entreprit de discréditer les fonctions de maire du palais elles-mêmes. On remarque , en effet , qu'il gouverna la nation des Francs sans prendre un titre déterminé, afin de bien prouver que son autorité était attachée à sa personne. Maire de Neustrie , il ne cessa de déléguer cette charge , trouvant au-dessous de lui de Vexercer; et nous allons voir qu'à sa mort, au lieu d'en investir un homme de guerre , il préféra la léguer à un enfant. C'était là une politique audacieuse et habile , et qui devait avoir pour résultat de ne laisser rien de grand, rien de respecté , sinon le pouvoir suprême concentré aux mains de la race austrasienne des Pépins.
.Pépin d'Héristal et ses fils Drogon et Griiuoald avaient gouverné avec gloire la nation des Francs. Drogon était mort à Metz en 708; Grimoald, homme pieux et sage , fut assassiné pendant qu'il était à genoux devant la châsse de saint Lambert. On a quelque raison de croire qu'il mourut victime des intrigues d'Alpaide, mère de Charles Martel. Pépin punit les auteurs de ce meurtre , et fit emprisonner ce même Cbarles Martel, son fils naturel. wSe voyant lui-même pfes de mourir, il désigna , pour lui succéder comme maire du palais de Dagobert 111 , sou propre petit- fils
72 GAULE FKAiNU(3£. MÉROVINGIENS. 17H-7I6
Théobald, fils de Grifkioald, à peine âgé de six ans. Piectrude , sa femme , fut nommée tutrice du jeune maire et du jeune roi. Après ces arrangements , plus dignes de son ambition que de son génie , l'îllusti e Pépin mourut le 16 décembre 714; i^ avait gou- -verné les Francs, dq[>uis la bataille de Testry, pendant vingt-sept ans et six mois.
Sa mort laissait la nation soumise à deux enfants , l'un roi , Fautre maire , placés Tun et l'autre sous la garde d'une vieille femme. C'était, dit Montesquieu, un fantôme siur un fantôme. Les Francs se sentirent humiliés d'obéir à de pareils maitres , et se révoltèrent d'abord euiNeustrie, puis eu Austrasie. Les Meustriens taillèrent en pièces l'armée de Piectrude , et se choisirent pour maire un homme de leur nation , nommé Raginfred (Rainfroi). £n Austrasie, les révoltés délivrèrent de sa prison Charles Martel , qui sè lit reconnaître duc d'Austrasie et prince des Francs. Sur ces entrefaites moururent le jeune maire Théobald et le roi Dagobert III (716).
Au milieu des luttes qui suivirent la mort de Pépin , l'empire des Francs fut exposé à une ruine prochaine. Les divers peuples qu'il avait gouvernés avec tant de vigueur, et dont il avait formé un faisceau, tendirent à se séparer et à suivre des destinées différentes. Les l'risons, les Suèves, les Bavarois, indignés du joug, se révoltèrent, et refusèrent le tribut. Eudes, duc ou roi d'Aquitaine, maintint son indépendance, et ajouta à son royaume le territoire galloromain qui s'étendait de la Méditerranée à la Durance, d'autres disent à l'Isère. Lyon et les cités voisines s'af-
7I6-7I7J OUlLPÉHiC-DANlËL. 73
franchirent de la domination mérovingienne et de
celle des ducs d'Austrasie : leur exemple fut suivi par plusieurs viOes de Neustrie et de Bourgogne , et la chronique, en mentionnant ces révoltes et ces soulèvements f ne dissimule pas qu'ils eurent le caractère d'une guerre civile. « £n ce temps-là, dit le continuateur de Frédégaire, il y eut de grands troubles et une violente persécution parmi la nation des Francs. »
Dagobert III, mort à dix-sept ans (716), laissait un lils au berceau , nommé Thierry. Dn setublabie roi pouvait-il protéger la Neustrie contre les entreprises de Charles Martel et de TAustrasie? Rainfroi , maire du palais de Neustrie , tira du cloître le moine Daniel, ce fils de Gbildéric II qui, en 673, avait été soustrait au couteau de Bodilon et de ses complices , et que Ton avait relégué au pied des autels. Daniel, qui prit le nom de Gbilpéric II , était âgé de quarantetrois ans : préservé, dès son enfance, de la corruption et de la débauche , il avait en partage quelques talents et de l'énergie; s'il fut malheureux et trahi par les circonstances, du moins se moutra-t-il digne de ses ancêtres, et ce fut ainsi qu'il mérita de n'être point rangé dans la tourbe obscure des rois fainéants.
Gbilpéric-Daniel et Rainfroi levèrent des troupes, et
soutinrent vigoureusement les attaques dn chef de TÂustrasie; ils firent entrer dans leur alliance ce même Radbode , duc des Frisons , qui avait tant de fois lutté contre Pépin d'Héristal , et bientôt le territoire austrasien fut envahi au nord et au midi par les Frisons et par le roi de Neustrie. Pour surcroit de
danger, les Saxons s'armèrent à leur tour et secouèrent le joug austrasien.
Les opérations de la guerre lurent d'ab<»rd favorables à la cause neustrienne : en peu de temps le maire
Bain froi envahit une partie de l'Austrasie, et pénétra jusque sur la Meuse. Mais alors Charles Martel se vit en mesure d'opposer une digue à Finvasion : disposant d'une armée trop faible pour la partager en deux corps, dont l'un irait combattre les nations germaniques, Tautre les troupes neustriennes, Il laissa ces derniers s'engager du côté du Rhin, dans la direction de Cologne, afin d'arriver à battre coup sur coup ses divers ennemis lorsque les uns et les autres se serai^t mis à la portée de son épée. Déjà maitre d'une partie du Rhin, Radbode se dirigeait à son tour vers Cologne à la téte des Frisons, comme s'il cherchait à opérer sa jonction avec ses alliés de Neustrie. Charles, qui épiait ses mouvements, se porta rapidement à la rencontre des Frisons et leur livra bataille. Après une lutte opiniâtre, le chef austrasien fut contraint de se replier, et d'abandonner la victoire à Radbode (717)* Ce dernier, profitant de ses ayan«tages, ne tarda pas à joindre ses troupes à celles qui combattaient sous les ordres de Cliilpéric-Daniel et de Ranfroiy et les deux armées réunies dirigèrent leurs elTorts contre Cologne. Cette ville, devenue depuis peu la capitale de l'Austrasie, était encore au pouvoir de Hectrude, veuve de Pépin d'Héristal : c'est là que Ton gardait les trésors que ce duc y avait amassés, et les ennemis de la puissance austrasienne se trouvaient attirés sur ce point par l'appât d'une riche