RÉVOLUTION EN HOLLANDE
désarmer la France par des coucessions, virent le pouvoir et l'influence tomber de leurs mains, et Je peuple dirigea contre eux l'accusation vulgaire de trahison. Les plus illustres victimes de celle réaction furent Jean et Corneille de Witt, l'un grand-pensionnaire, l'autre amiral de la Hollande.
Leur crime, trop commun dans les Etats où le pouvoir est livréà la concurrence, fut d'avoir eu plutôt peur de leurs adversaires du parti contraire que de l'étranger lui-même. Parce qu'ils avaient administré vingt ans leur pays avec gloire et dévouement, ils oublièrent qu'ils n'étaient rien que par le pays, et qu'aucun état de service, si honorable qu'on le suppose , ne permet à un citoyen d'isoler ses intérêts de ceux de la patrie, de stipuler pour lui-même. C elait malgré eux que la faction contraire avait porté au commandement de l'armée le jeune prince d'Orange, rejeton des anciens stalhouders; les frères de Witt, ennemis jurés du gouvernement déchu, redoutaient moins le triomphe de Louis XIV que celui de Guillaume, leur rival. Cette préférence impie causa leur ruine. Le peuple se souleva contre ses magistrats et massacra sans pitié le grand-pensionnaire. Sous un prétexte choisi au hasard il livra son frère au bourreau.
On assure que dansles tourments Corneille de Witt récita l'ode si connue du poète latin qui commence par ces, mots : Justumac tenace m proposîti vinim.... Que cette pensée le consolât de sa disgrâce, c'élait là le propre d'une âme forte ; mais la révolution qui rétablit le stathoudérat dans la personne de Guillaume d'Orange n'en contribua pas moins à sauver la Hollande
Par les conseils du stathouder, et sous l'inspiration d'un noble patriotisme, cette nation prit le parti de s'ensevelir sous les eaux. Les écluses furent partout ouvertes, les digues percées et la campagne inondée. Grâce à ce dévouement, qui sacrifiait les récoltes, les bestiaux, les villages, et tant d'éléments de richesse , Amsterdam et les autres villes offrirent l'image d'autant de citadelles environnées de l'Océan et protégées par des vaisseaux de guerre. L'armée de Louis XIV, surprise comme le pays par le débordement des eaux, se vit subitement hors d'état de continuer ses conquêtes.
Le roi se rendit auprès du prince de Condé, alors malade des suites de sa blessure ; on délibéra si l'on garderait les villes prises ou si on lesdémantellerait. Condé dit qu'il fallait sacrifier les vains honneurs de la conquête à la sûreté et à la gloire de l'État. Il fit voir que le roi ne pouvait contenir l'Allemagne, le Nord et l'Espagne, jaloux de ses progrès, qu'en conservant une armée formidable, toujours disposée à fondre sur celui qui oserait embrasser la défense des vaincus. Il conclut en disant qu'il fallait garder trois ou quatre postes importants et abandonner les autres, après les avoir démolis. Turenne adopta le sentiment de Condé dans toute son étendue. Louvois seul le combattit et l'emporta. Sur ce9 entrefaites, les flottes combinées de France et d'Angleterre se présentèrent sur les côtes delà Hollande. Au moment où elles allaient opérer un débarquement que ne pouvait empêcher Ruyter, une tempête effroyable, qui dura trois jours, dispersa les cent soixante vaisseaux