ÉTAT DES PARTIS EN HOLLANDE
d'ailleurs coûtaient peu de sang aux vainqueurs, on fit frapper en France une médaille annonçant que quarante-deux places fortes avaient été prises en moins de vingt- deux jours.
Dans cette situation la Hollande fut troublée par une révolution nouvelle.
Deux partis divisaient alors la république : l'un voulaitla guerre à outrance, sauf à chercher, avec son or, son industrie et ses vaisseaux, une nouvelle patrie dans un autre hémisphère ; à sa tête était le prince d'Orange. Ce parti se sentait encouragé à la résistance par la victoire navale que Ruyter venait de remporter près de Solebaie. La bataille avait été terrible et longtemps disputée ; mais enfin l'amiral hollandais avait fait entrer dans le Texel la riche flotte des Indes ; il avait approvisionné Amsterdam malgré les alliés. Ce succès fut accueilli par les Orangistes comme un augure favorable à leurs vues.
A la tète du second parti étaient les magistrats , le grand-pensionnaire de Witt , homme habile , vertueux, républicain par ses mœurs comme par ses principes , et qui redoutait le stathoudérat plus encore que la domination éphémère de Louis XIV. Lui etses partisans voulaient la paix pour échapper au règne du sabre ; ils l'emportèrent , malgré l'opposition de Guillaume-Henri et de ses adhérents.
Les députés d'Amsterdam allèrent trouver le roi au château de Reist , près d'Utrecht ; on offrit à ce prince Maestricht , toutes les villes non comprises dans le territoire proprement dit des Sept-Provinces , et dix millions pour les frais de la guerre. Le marquis
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de Pomponne, conseilla au roi d'accepter cette offre, qui le rendrait maître de tous les dehors de la république et lui faciliterait les moyens de la tenir dans sa dépendance; mais Louvois, qui ne voulait pas la paix, fut d'un avis contraire, el son ascendant l'emporta. On fit aux Hollandais, au nom des rois de France et d'Angleterre, des propositions telles qu'en les acceptant la république des Provinces-Unies disparaissait du rang des nations libres (i).
Le sentiment national se réveilla en Hollande avec une terrible énergie. Ceux qu'on avait soupçonnés de mendier l'amitié de Louis XIV, ceux qui avaient voulu
(i) Le 17 juillet, le conseil de Louis XtV remit aux envoyés des états une note qui rappelait textuellement les seules bases sur lesquelles le roi de France consentait à faire la paix. lies premières clauses étaient toutes relatives à des intérêts commerciaux : « Les tarifs de la Hollande sur les vins, eaux-de-vie de France et les produits de ses manufactures devaient être révoqués. » Venaient ensuite les clauses territoriales : « Les états généraux devaient céder toutes les provinces, villes et places qu'ils possédaient tant en Flandre qu'en Brahant , y compris la ville de Nimègue ; il serait permis désormais à tous les sujets du roi d'aller et venir dans les pays hollandais, tant par mer que par terre , sans qu'ils puissent être sujets au payement d'aucun droit ni à la visite de leurs marchandises ou bagages. Un article spécial stipulait les conditions pécuniaires : Louis XIV demandait la somme de 20 millions comme indemnité de guerre ; de plus, et en reconnaissance de le paix, les états généraux feraient présent tous les ans à Sa Majesté, par un ambassadeur extraordinaire, d'une médaille d'or pesant un marc, laquelle perpétuerait la bonté du roi de France , qui conservait auxdits états la même liberté que les rois ses prédécesseurs avaient aidé à leur acquérir. »
Cette note , rédigée sous les yeux et par les ordres de Louis XTV , contenait l'expression hautaine de tout ce que la victoire pouvait exiger : le roi de France ne traitait pas d'égal à égal avec les états généraux de Hollande ; il leur imposait des conditions impératives que les états devaient accepter sans observation, comme émanant d'un vainqueur.