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Mousieur le Prince, Louis , fils < I <■ Henry de Bourbon , descendant de Louis, prince de Condé, frère puisné de Henry IV, est un des plus grands cœurs de ce siècle et plus hardy capitaine qui ait jamais esté , sans en excepter Alexandre ny Gustave- Adolphe. Il craint si peu le péril qu'on a creu quelquefois qu'il estoit plutost téméraire que vaillant. Le mareschal de Gassion , qui estoit un des plus braves de son temps , s'y est trompé , et monsieur le Prince s'est contenté , pour le punir, de faire voir que sa valeur ne pou voit recevoir d'atteinte par des impressions de
A. la bataille de Rocroy , où ce prince fit son coup d'easay , il ne tes-
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moigna jamais d'appréhensions , quoyque le commencement fust fort désavantageux à son party et qu'il fust menacé d'une épouvantable déroute ; il ne cessoit d'agir et de railler les fuyards pour les ramener au combat , et fit si bien par sa résolution qu'il fit résoudre les François à vaincre ou à mourir. Le baron de Syrop, un des plus résolus de son armée, le seconda merveilleusement bien en ce combat, et mérita en cette journée le baston de mareschal de France ; mais cette récompense lui a manqué , et tous autres avantages depuis ; ce qui a esté plutost un effet de sa mauvaise fortune qu'un défaut d'estre connu, puisqu'il s'estoit signalé aux yeux de tout le monde. Outre la bataille de Rocroy, qui fut son coup d'essay et son chef-d'œuvre , il a encore gagné trois autres batailles : deux en Allemagne, qui sont à Fribourg et à Norlengen, et y prit en dixhuit jours Philipsbourg, qui avoit soutenu dix-huit mois de siège royal, et avoit résisté, sans estre pris, à la valeur du grand Gustave de Suède. La dernière bataille qu'il gagna fut celle de Lents, dont la pompe et la réjouissance fut troublée par le désordre des barricades, où l'on vit tout l'Estat en confusion, tout le peuple sous les armes, et le Palais-Royal presque assiégé ; et tout ce remeument se fit au su jet de monsieur de Bruxelles, conseiller du parlement, qu'on arresta ce jour-là, à cause de sa vigoureuse résistance à la surcharge du peuple. L'autorité semble en cette rencontre violée par l'obstination des Parisiens , qui obligèrent les ministres de rendre ce prisonnier, et deux autres qu'on avoit pris avec iuy ; et toute cette populace émue demeura trois jours et trois nuits sous ses armes sans vouloir s'apaiser, et qu'on n'eust ramené celui qu'ils appeloient le protecteur du peuple , avec des acclamations de joye par toute la ville, où il revint glorieusement dans le carrosse de Sa Majesté.
Monsieur le Prince employa toute sa valeur pour venger cette sédition, et, sa résolution estant prise d'assiéger Paris, il en sortit de nuit avec toute la cour, laissant tout le peuple dans une effroyable consternation . Mais , après beaucoup de travaux , les choses s'estant accommodées, la cour revint à Paris , et tous les fruits de tant de peine ne furent que la haine du peuple , à cause qu'il avoit le plus travaillé au chastiment de cette grande ville. Cependant monsieur le Prince , ayant si bien servy la cour en toute rencontre , pensoit avoir droit d'en espérer des récompenses , et , comme il est obligeant, agissant et sans repos , il pressoit souvent le cardinal en faveur de quelques-uns des siens , pour quelque charge ou quelque gouvernement. Le cardinal , pensant à l'éloigner, luy présenta le gouvernement de Guienne pour celuy de Bourgogne , et monsieur le Prince entendit volontiers à cette proposition , tant à cause qu'il luy est plus honorable que parce qu'il espéroit d'avoir intelligence avec le sieur de Marsin , lieutenant général en Catalogne , qui estoit sa créature.
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Mais cela ne l'ayant pu esloigner de la teneur par un attentat sur son carrosse , qui ( en passant sur le Pont-Neuf) fut attaqué par des gens inconnus , qui tirèrent dedans et blessèrent un page qui tenoit la place de son maistre dans le fond, monsieur le Prince faisoit de grandes recherches de ses ennemis cachez , et on en soupçonnoit déjà monsieur de Beaufort et monsieur le cardinal de Retz ; mais, lorsqu'il mettoit des embuscades pour surprendre quelques-uns des complices , il ne prit pas garde qu'il les mettoit pour le conduire à Vincennes , où il fut mené prisonnier par Tordre du Roy. On n'a jamais vu un grand courage supporter sa prison plus patiemment que luy ; il donna loy-mesme l'avis pour le conduire à Vincennes par un plus beau chemin , se souvenant que , durant la guerre de Paris , son canon s'estoit embourbé dans celuy par où on le menoit. Il sortit de la prison treize mois après , par l'intrigue du cardinal de Retz et du parlement. Une lettre qu'il escrivit avec un crayon , et qui estoit signée de la main du prince de Conty et du duc de Longueville, ses frères , compagnons de sa prison , et qui fut présentée au parlement , auquel elle estoit adressée , servit beaucoup pour son eslargissement. Il s'est toujours depuis défié du cardinal, et a mieux aimé se retirer en Flandre que de retomber entre ses mains. Bien qu'il fust son ennemy , il n'en disoit jamais de mal , mais il faisoit voir qu'il n'estimoit pas sa conduite.
Il disoit un jour qu'il y avoit trois personnes en France qui faisoientdu bruit : monsieur le maresch il de Turaine , qu'il estimoit le meilleur et le plus prudent capitaine du temps , mais qui estoit malheureux ; le cardinal Mazarin , qui estoit le plus adroit du monde pour le cabinet, mais le plus timide de son siècle ; luy-mesme, qui n'avoit ny l'un ny l'autre de ces avantages, mais qui estoit plus heureux. Il est retourné à son devoir et s'est remis à l'obéissance du Roy , avec un attachement qui faisoit voir qu'il n'en vouloit qu'à son ennemy le cardinal Mazarin , avec lequel pourtant il s'est réconcilié. II est vaillant, hardy, généreux, sçavant, et le plus agissant qui se puisse trouver ; il ne manque point de prudence dans l'occasion. Il est présentement attaché à l'économie, et prend connoissance exacte de tout ce qui se passe dons sa maison , et, après la grande alliance qu'il a faite de son fils unique avec une princesse de la famille Palatine , il ne pense plus qu'à leur amasser de quoy fournir à l'illustre dépense qui se fait dans cette éclatante maison.