‹ Histoire de FranceChapitre 183 sur 192 · LK PORTRAIT DR LA. MAISON DR COURTRHAY · texte numérisé non relu

LK PORTRAIT DR LA. MAISON DR COURTRHAY

Cette maison, quoyqu'illustre et véritablement sortie des Roys de France, est aujourd'huy fort abbatue, et, à moins que le Roy par sa bonté ne se plaise à la relever, elle est en danger de demeurer entre les familles et princes , et de se contenter du simple tiltre de noblesse.

II reste encore de cette maison le père et le fils, appelés princes de Courtenay, et un chevalier de Malte qui est le cadet. Il n'est rien de plus vray qu'ils sont de la maison de France . et ont perdu le droit de succession à la couronne par leur faute et leur négligence , à cause qu'ils se sont mésaliez et ont changé les armes de France, qu'ils dévoient toujours retenir pour marques infaillibles de leur origine. Ainsi ils se sont déportez volontairement d'un si grand avantage, et selon le droit : Volenti non fit injuria, ils sont demeurez dans l'obscurité, quoiqu'ils se soient efforcez quelquefois en vain de se relever.

Il y a quelques autres seigneurs qui se donnent le tiltre de prince , comme les princes de Bouillon et de Sédan , de La Rochefoucault , de Marsillac , de Tarente, desquels le plus considérable par ses grands employs est le mareschal de Turenne, cadet de la maison de Bouillon. C'est un seigneur de grande conduite et d'un admirable jugement. Il est prudent au milieu des combats et se montre intrépide dans le péril, et , quoiqu'il n'ayt pas toujours eu tout le bonheur qu'il méritoit , il passe néantmoins dans l'esprit des plus braves pour un des plus parfaits capitaines de scn temps. Quand il a commandé pour le Roy il a toujours esté plus heureux , ainsi qu'on l'a pu remarquer par la prise de Stenlay , par le secours d'Arras , et par la prise des plus importantes places de Flandres, avant que la paix fust conclue. Au contraire , à la bataille de Rhétel il perdit beaucoup de monde et pensa estrc pris luy-mesme. Il a espousé la fille du défunt mareschal de La Fort e, de laquelle il n'a point d'enfants. Il n'a que le défaut de la religion, fonde sur une fausse maxime qu'il faut qu'un homme meure dans la religion dans laquelle il est né , ce qui ne se doit qu'à la véritable Église. Il

APPENDICE. 547

est homme de tby et de parole à l'esgard de tout le inonde / et fait gloire de ne jamais manquer à ce qu'il a promis, ce qui fait qu'on se peut asseurer en sa personne.

Il y a encore monsieur le marescbal de Grammont , souverain de Ri dachc ; c'est un des plus grands esprits de la cour pour le cabinet et pour le conseil y et qui ne manque pas de courage dans l'occasion. Il obéit aveuglément à l'authorité , et on l'accuse d'avoir donné la bataille de Hanicourt contre toute apparence de réussir ; mais, quand on luy a voulu imputer cette témérité , il a respondu qu'il en avoit l'ordre par escrit du cardinal de Richelieu , qui avoit alors tout le pouvoir de commander ; et ce fut lorsque le Roy fut à Perpignan , et que le cardinal estoit disgracié, que, pour se remettre dans le pouvoir et pour avoir moyen de se venger de ses ennemis, qui l'avoient poussé à bout par le moyen de Son Altesse Royale et de monsieur de Saint-Marc , il fit donner ce puissant eschec au Roy esloigné de Paris et des frontières de Flandres ; ce qui arriva ainsi que le cardinal avoit projeté; car le Roy fut surpris d'un coup si inopiné, et, pensant que tout estoitperdu, dit tout haut : « Hélas ! je ne retournera y donc pas à Paris ! » Car on appréhendoit pour cette grande ville , dénuée alors de tout secours contre une armée victorieuse. Mais monsieur de Noyers, prenant son temps, luy dit : « Sire, il n'y a que monsieur le cardinal qui puisse parer à ce coup. » Si bien que le Roy l'envoya quérir et luy redonna tout le pouvoir, et de pourvoir à la seureté du royaume , et de se venger de ses ennemis , qui furent aussitost arrestez, et le sieur de Saint-Marc et monsieur de Thou exécutez quelque temps après à Lyon , comme criminel de lèse-majesté en la personne de ce premier ministre.

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