LE CARACTÈRE OU LE PORTRAIT DE MONSIEUR FOUQUET
Il est de famille l>ourgeoise et on prétend que l'origine en est noble. Il est parvenu à la fortune par le moyen de son frère , l'abbé Fouquet , qui estoit dans les bonnes grâces du cardinal Mazarin. Il a voit emprunté de l'argent pour acheter la charge de procureur général, et en cette qualité il a rendu quantité de bons services au cardinal dans le Parlement, et mesme pour tenir la main à la police de Paris. Il estoit fort exact à poursuivre ceux qui envoient contre ce ministre. Il n'a pu néantmoins par tous ses services s'exempter de ses soupçons , ce qui l'obligea à escrire le projet qu'il a laissé de se défendre de luy, s'il en estoit attaqué. La faveur ;du cardinal luy avoit procuré la charge de surintendant , dans laquelle il demeura seul après la mort de monsieur Servien , avec qui il l'avoit partagée en temps.
Il a l'esprit grand et vaste , et le cœur le plus magnifique du royaume. Sa haute ambition luy avoit fait prendre pour devise : Quo non ascendant ? - Où ne monteray-je point? » et on a creuque sa pensée estoit de s'élever au ministère; mais le Roy , ne voulant point souffrir qu'un sujet s'élève à tant d'authorité durant son règne , et la réservant très-justement à luy, le fit arrester il y a quelques années aux voyages de Bretagne , et le fit emmener à "Vincennes et de là à la Bastille. Il estoit libéral avec profusion, et on l'accuse d'avoir dépensé une grande quantité d'argent pour ses plaisirs et pour régaler ses maistresses . On l'accuse encore d'avoir donné beaucoup de pensions aux grands de la cour pour les gagner à son party , et qu'il avoit une opinion qu'il n'y avoit aucune fidélité à l'épreuve de cinquante mille esc us. On a veu encore un luxe excessif dans ses hast i ment s , ses meubles , ses curiositez et ses carrosses, et une espouvantable profusion dans ses banquets ; tesmoin la collation qu'il fit au Roy à Veau-le- Vicomte, où il employa quarante mille escus , au dire de
APPENDICE
tout le monde. Il a t'ait encore de grandes libéralitez aux jésuites , auxquels il a donné une bibliothèque , mille livres de rente annuelle pour Pentretenir, et quatre mille livres pour un bastiment dans leur collège.