‹ Histoire de FranceChapitre 58 sur 192 · PENSIONS LITTÉRAIRES · texte numérisé non relu

PENSIONS LITTÉRAIRES

meux Vossius votre père, et qu'ayant reçu de lui un noni qu/il a rendu illustre pair ses écrits, vous en conservez la gloire par les vôtres, Ces choses étantconnues de Sa Majesté, elle se porte vplpntiers à gratifier vptre mérite, etc. » D'autres étrangers, Huyghens, Heinsius, Bœklerus , Wasengeil , obtinrent également des marques de la munificence de Louis XIV, et ces faveurs, évidemment calculées pour produire un grand effet au dehors (i), contribuèrent beaucoup à étendre en Europe la renommée de ce monarque. Quant aux littérateurs et aux poètes nationaux, le roi n'avait garde de les oublier. Déjà, à la suite des troubles civils , le cardinal Mazarin avait fait dresser une liste de pensions servies par l'État, sur laquelle l'historien Mézerai (i-

(i) On a trouvé récemment, dans les papiers d'Hermann Conring , homme d'État et écrivain allemand célèbre au dix-septième siècle, une lettre originale de Colbert du 27 août ifi65, qui annonçait l'envoi d'une lettre de change de 1,700 livres. Il y avait aussi, dans les mêmes papiers, le brouillon d'une lettre d'Hermann Conring à Colbert. Or, il résulte de cette lettre, datée du 2 mai 1672, que Conring était chargé par la cour de France de gagner des voix à Louis XIV, qu,i songeait alors à se faire nommer empereur d'Allemagne.

Les pensions accordées aux littérateurs et savants étrangers par Colbert avaient donc un double but politique qu'on ne saurait dissimuler ; car en inéme temps qu'elles agissaient sur l'opinion et donnaient au dehors une haute idée de la grandeur et de la générosité de la France , elles disposaient ceux qui en étaient l'objet à rendre au gouvernement des services particuliers, peu compatibles sans doute avec la dignité des lettres, mais d'autant mieux récompensés.

Il faut reconnaître , au surplus, que ces services coûtaient peu a 1 Etal, et que l'effet produit n'était nullement en rapport avec la somme affectée aux gratifications. Le chiffre des pensions aux gens de lettres français et étrangers ne dépassa jamais 100,000 livres, et descendit en moyenne à 75,000 livres, à partir de 1672, époque à laquelle les pensions aux étrangers paraissent avoir été supprimées.

gurait pour quatre mille livres (i), qui lui furent conservées jusqu'en 1672. Plus généreux en apparence , Fouquet ouvrit aux littérateurs et aux savants de son temps sa cassette particulière, et parmi ses pensionnaires on remarque Corneille, La Fontaine, Mlie de Scudéri. Était-ce desa part ostentation, générosité naturelle, moyen de s'attacher des créatures? Peut-être tout cela à la fois. Colbert était trop habile à flatteries goûts du roi, il avait trop bien deviné que ses penchants l'entraînaient vers tout ce qui avait des airs de grandeur et de magnificence, pour ne pas suivre un exemple qui s'accordait d'ailleurs avec ses inclinations personnelles. A peine arrivé au pouvoir il s'occupa donc de la position des littérateurs, et il demanda à deux d'entre eux, Chapelain et Costar, uue liste (2) des gens de lettres auxquels le roi pourrait accorder des pensions, avec l'indication sommaire de leurs titres à cette faveur.

(1) Documents authentiques et détails curieux sur les dépenses de Louis XIV) par Gabriel Peignot. Voir dans ce volume deux lettres trèscurieuses et très-humbles de Mézerai à Colbert , au sujet de la réduction de sa pension .

(a) Chapelain ne s'oublia pas dans la sienne; il y dit de lui que, « s'il « ne s'étoit point renfermé dans le dessein du poème héroïque de la Pu- « celle, qui occupe toute sa vie, il ne feroit peut-être pas mal l'histoire, - de laquelle il sait assez bien les conditions. » ( Documents authentiques, etc., etc. ) Dans la première Satire de Boileau, qui parut en 1667, il y avait d'abord huit vers concernant la mission donnée par Colbert à Chapelain ; ils commençaient ainsi :

Enfin je ne saurais , pour faire an juste gain , Aller, bas et rampant, fléchir sous Chapelain...

Ces vers furent supprimés dans l'édition de 1674 , année où Boileau obtint une pension.

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