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2 • mST. DE FR. I.. PART. LIV. XXII.
ann^s. — H parvient i la couronne. — TrailëdeNoyoïi. 12. Les Français entrent dans la Lombardie. — 15. Bataille de Marignan. — Le duc de Milan est conduit en France. — Concordat entre François L'^et LéouX.— Retour de François I." en France. — Le connétable de Bourbon, vice-roi de Lombardie. — 14. Irruption de l’empereur Maximilien en Italie. — Traité de Fribourg.
— Mort de Ferdinand le Catholique. — i9,. Le connétable de Bourbon revient en France. — Gouvernement de Venise. — 16. Portrait de Ferdinand le Catholique.
— Précis de son administration.— ^Expulsion des Maures et des juifs. — Etablissement de l’inquisition en Espagne. — 17. Départ de Charles id’Autriche pour l’Espagne. — 18. Circonstances de l’enregistrement du concordat. — Clôture àu concile de Latran.
1. Le concile de Plse ouvrit scs séances le 1" novembre i5ii ; cinq cardinaux les présidaient ; Jules fut sommé d’y comparaître. Lepontif effrayé proposait des arrangcoàcns ^ les scnipules’ inspirés à Louis XII par Anne de Bretagne , et la duplicité de Maximilien lë rassurèrent ; la hauteur de son caractère se développant avec les circonstances, il annula la convocation du poncUe de Pise et cninthqua un autre à Rofne , au moi^ de mai J,5ia (i);,une Imlle d’excommunication frajqie les- évêques et les habitans de Pise, scs troupes ravagent la Toscane.
‘ (1) Gnichardin, liV.' 10. — Petrus de liiglcsi4,episl. 4I>7* Garnier, hi*t. de France. — Denina révol. d’Italie. — ; •Mariana , bist. d’Espagne;
Le concile de Pise avait déclaré illégales *les censures lancées pr Iç pape j d’autres cUfBcuUés' s’élevèrent , on ne voyait à Pise ni les prélats d’Allemagne, ni même un ambassadeur de Maximilien. Ce prince refusait de reconnaître l’autorité d’un concile célèbre en Italie. J’ai prié de son ^ projet de réunir la dignité pple à la couronne impériale ; il eût reçu volontiers dans cette sup position l’ordre de la prêtrise ( i }. Contribuant à la déposition de Jules , il voulait avoir l’as-* surance de lui snccéder : redoutant des influences étrangères dàns une Ville d’Italie , ü exigeait la translation du ^node en Allemagne.
. Ni Louis XII , ni les évêques assemblés à Pise , ne se proposèrent de porter l’empereur sur la chaire de Rome. Cepndant comme on ne pouvait se dispenser d’user d’une extrême déférence envers ce monarque, il fut convenu de transférer 1 assemblée dans une ville de Germanie au choix de l’empreur. Maximilien promit à cette condition d’envoyer des évêques danslaviOe dont on ferait choix. I
Le concile eût joui d’une plus grande liberté en Allemagne qu’en Italie. Louis XB[ avait pvoyé a' Pise un corps de cavalerie commandé par Odet de Foix , connu dans la suite sous le
(i) Ce projet se trouve développé dans une des lettres de ce prince au baron de Lichtenstein, rapportée dans un livre intituJé: Monita politica'adv- -R. I. principes.
nom de maréchal de Lautrec ; ce oôr|H peu nombreux ne pouvait arrêter, l’eflEervescence d’une multitude superstitieuse.
Malgré le décret du concile déclarant abuMves les censures prononcées par le pape , des murmures violens fomentés par les moines se manifestaient dans une ville divisée en &dions. Ijc sénat de Florence cherchait à contedter Louis XII y et redoutait en même temps la yengeance du pontife romain ; il désirait la tran^tion du concile loin de son voisinage. Un fâcheux événement amena cette translation. Un archer français avait insulté une femme de mauvaise ,vie , elle trouva des défensea» , on ' en vidt aux mains f Rircher fut secouru par ses camarades; les Pisans prot^aient leurs concitoyens , le sang ruiasekiA. dans la ville. Lautrec, s’employait A calmer cette rixe reçut des blessures : la ^querelle d’un ivrogne et d’une prostituée devint insetasiblement une af* &ire sérieuse; les ; pères du ooocile en prirent occasion de se retirer dans Milan , /ou bientôt ils ne furent pas en sûreté.
Les cbuses de la ligue de la Seinte-Unîon com* niençaicnt par être connues dans le public. Ferdin*and le Catholique , apprenant la déroute des troupes papales auprès de Bologne , envoyait en Italie Pierre JNavarre, à la tête de quatre mille hommes; c’était l’avant-garde d’unç armée formidable. Le roi d’Espagne, déclaré chef delà Sainte- Union , avait confié le commandement général au
we-roi do Naples , Raimond de Cardonne, père i5ii. du grand capitaine : le pape devait fournir quatre mille hommes d’armes , cinq cents chevau-légers et cinq mille fantassins ; les Vénitiens envoyaient huit cents hommes d’armes , mille chevau-légers et huit cents hommes de pied j le pape et les Vénitiens promettaient à Raimond de Cardonne quarante mille ducats par mois ; les confédérés se proposaient d’entretenir une flotte j les Suisses devaient descendre dans le Milanais au nombre . de vingt mille : enfln le pape ofirait d’excommunier tous les princes opposés directement ou indirectement à cette Sainte-Ligue. *
On réservait le droit d’adhérer à la ligue à Henri VIII , dont l’ambassadcçr avait assisté à toutes les conférences, et à Maximilien. Ce{M'ince, par une suite de sa fausseté ou* de son indécision , parut offensé de ce qu’il était question de lui dans ce traité ; cependant il se préparait presque publiquement à déclarer la guerre à Louis XII.
Les rois d’Angleterre et d’Espagne , se ménageant un prétexte de commencer les hostihtés, chargèrent leurs ambassadeurs de sommer le roi de rendre au pape la ville de Bologne et de prévenir un schisme en abandonnant le concile de Pise, et en adhérant au cpneile indiqué' dans Rome. Loub répondit aux ambassadeurs d’Angleterre et d’Espagne : la ville de Bolc^e appartient depub plus'd’un siècle aux Bentivoglio : ils ont usé de leurs droits en y rentrant , Us offrent
i5ii. de payer au Saint-Siège lôs redevances àulquellés leurs ancêtres étaient soumis et de remplir les devoirs de la vassalité. Le concile de Pise est une afiàire ecclésiastique sur laquelle je m’en rapporte aui évêques de France.
Jules, soutenu par les forces d’une partie de l’Europe , révoquant les instructions par lui données dans Kavenne à l’aml>assadeur d’Ecosse, demandait à Louis Xll la restitution de Bologne^ l’ambassadeur d’Ecosse fut oblige de revenir sans avoir rien conclu.
Les pères du concile d^ Pise avaient fait dans Milan une entrée triomphale ; le clergé séculier et régulier alla les recevoir aux portes de la ville , précédé et suivi ^’une foule immense , faisant retentir les airs d’acclamations. Ces transports de joie durèrent peu ^ dans le temps oîl le concile tenait sa première séance dans la cathédrale , les Suisses descendus de leurs montagnes pénétraient en Lombardie , portant dans les campagnes la flamme et le fer. Le peuple crédule crut apercevoir dans cette invasion un effet des vengeances divines contre des prélats traités par le pape do schismatiques. Le coticile eût couru dans Milan les mêmes dangers qui l’avaient chassé de Pise , sans la vigilance du duç, de Nemours; il étouffa avec beaucoup de peine les premières semences d’une dangereuse sédition.
La Lombardie était dégarnie. IMsiximilien n’ignorait pas l’excursion des Suisses •;* il retenait une
partie de la gcndarnicrle française dans le Trévisan i5i i. et le Veronais. Nemours rassembla deux mille hommes de cavalerie et quatre mille fàutassins.
Ayant ordonné aux compagnies d’ordonnance , répandues dans les états vénitiens, de venir le joindre à marches forcées, if s’approcha des Helvélicns. 11 les trouva campés à Galèri àu nombre lie dix mille. Ces guerriers , privés de cavalerie et d’artillerie , attendaient les renforts dc leurs alliés , et restaient dans leur camp retranchés avec soin.
Ayant reçu ces renforts , leur armée s’a^^ttee en ordre de bataille. Nemours reculait j>eu à peu, ruinant les campagnes sur son passage. H attira les Suisses /levant Milan dont les IbrlUications avaient été réparées. Les troupes françalsès arrivaient dans cette ville. Les Suisses , n’osant en tenter le siège, tournèrent leurs pas vers Monza où les Vénitiens devaient leur envoyer trois mille hommes de cavalerie. Nemours , instruit de leur dessein , jeta une nombreuse garnison dans Casciano , où se trouvait un pont sur l’Adda , et envoya au delà de- cette rivière une partie de ses forées.
Les Suisses , n’osant passer l’Adda , et ne voyant pas arriver b cavalerie vénitienne , rentrèrent dans leurs montagnes.
a. L’armée de b Saiutc-Union s’avançait vers i5k. Bologne. Ma.vimilien faisait la paix avec les Vénitiens par b médiation du pape et du l oi d’Espagne,
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i5i3. Ferdinand le Catholique avait découvert sa ridicule fantaisie de parvenir à la papauté. S’cn servant habilement , il se rendait maître de ses volontés. Vous comptez vainement sur le concile de Milan prêt à se dissoudre y lui disaient les ministr^ espagnols. Le pape estr vieux et infirme ; on peut l’engager à se donner un coadjuteur, et à jeter les yeux sur vous. On lui offrait aussi beaucoup d’ai^ent. Cette dernière perspective acheva de le déterminer en faveur de la Sainte-ünion.
Sur le point d’attaquer la France , Maximilien chargeait son ambassadeur auprès de Louis XII de lui donner les paroles du plus affectueux dévouement. L’ambassadeur d’Espagne secondait celui d’AUemagne. On lui demandait raison des armemens multipliés de Ferdinand le Catholique ; il les attribuait au seul désir de déterminer la cour de France à dissoudre le conciliabule de Milan ) et à rendre la paix à l’Italie. Le conseil de France serait devenu dupe de ce manège , s’U n’eût reçu des éclaircissemens inattendus.
Un agent secret de Jules à la cour de Londres, accoutumé à calculer les événemens . pohtiques , prévoyant la mort prochaine de Jules , et que son successeur embrasserait ‘peut - être des intérêts différens , offrit à l’ambassadeur de France de lut communiquer les dépêches venues de Rome, et les instructions adressées aux ministres du roi d’Espagne , de l’empereur et de Marguerite d’Au-
triche , gouvernante des Pays-Bas. Il demandait i5»a en récompense de ce service un béuêfice en France. Louis fut informé des projets de ses ennemis.
Forcé de dissimuler, il feignait d’ajoute^fm à leurs fausses protestations de bienveillance. L’évêque de Murrai , envoyé en Ecosse , engageait Jacques IV à tenter une invasion en Angleterre.
Au moment où Henri Vlll entreprendrait de passer en France , on lui comptait des sommes d’argent destinées à payer son armement. Louis avertit Jean d’Albret , roi de Navarre , de se précautionner contre les mauvais desseins du roi d’Espgne. Des agens secrets agitaient tons les gouvernemens dltalic dans lesquels la France comptait des partisans. Le pape, effrayé d’une commotion qui se faisait sentir dans son palais , arma deux galères an port d’Ostie, aGn de fuir au besoin en Sicile ou en Espagne. La fermentation était encore plus grande dans le royaume de Naples. Une partie des grands seigneurs regrettait la maison d’Anjou. On trouve dans les cabinets des curieux une médaille frappée dans Paris à celte époque. Louis Xll y est représenté avec cette devise : Perdam Babilonis nomen. Son projet était <l’âssiégcr Rome , d’y transférer le concile d(? Milan , de détruire l’armée de la Sainte-Union , d’envoyer le duc de Nemours dans le royaume de Naples, et de lui céder«e royaume en le mariant avec Renée de France , sa GUe cadette.
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1Ü12. Pour nicttre (i) Gaston , duc de Pïemours , en état d’exécuter ces hautes entreprises , le roi lui envoyait b plus grande partie de b gendarmerie de France et de l’argent avec lequel il poivrait lever une infanterie nombreuse chez les Grisons , les Valaisans et en Allemagne. L’armée de là Sainte - Lnion assiégeait Bologne
défendue par une garnison fiançaise. La résistance des assiégés avait donné le tcm|is au duc de Nemoïtrs de réunir son armée. Il entrait dans le Modénois à b tête de Luit mille hommes de . cavalerie , de onze mille bntassins et d’un train formidable d’artillerie. Ayant Làissé quelques jours de renos à ses troupes, il part durant la nuit, et: • entre ^ns Bologne , le 5 février , à huit heures > du matin , sans avoir .été aperçu par les assiégeans.
Des transfuges les avertirent de cet événement. Leur nombre surpassait celui des Français ; cependant ils n’osèrent pas s’exposer au sort d’une bataille. Retirant leur artillerie à l’entrée de b * nuit , Us l’enfermèrent dans Imola , et prirent b fuite avec précipitation.
Les Vénitiens s’étalent emparés de Breseb dont b garnison se retira dans b citadelle. L’armée vénitienne, abandonnant les environs de Bologne, s’était retirée sous les murs de cette place. Le duc
de Nemoui-s , développant cette activité qui le fit
(i) Giiichanlin , liv. lo. ' — Hist. du chev. Bayard. — Garnier , liist. de France.
surnommer le Foudre de l’îtalie, marche sur les i5i Yéniti^is , les défait, entre dans la citadelle de Brescia, et, avant de donner un assaut' à la ville, il charge un trompette d’ordonner aux magistrats d’ouvrir leurs portes , s’ils veulent éviter la des> truction de la ville. La garnison rejeta la. proposition du général français. La ville fut emportée dé vive force et livrée au pillage.
3.’ Le duc de Nemours, vainqueur des Vénitiens, revenait avec sa célérité ordinaire sous les murs de Bologne. Le roi lui avait ordonné de chercher l’armée de la Sainte-Union , de lui livrerbataille , et de marcher ensuite vers Naples (i). Presser le jeune et bouillant Nemours de prendre le parti le plti^ périlleux, c’était entrer dans ses vues. Les Anglais allaient pénétrer incessamment en France , et les Suisses en Italie. Le pape, instruit de cette double expédition , recommandait à ses généraux d’éviter une aflàire décisive. Les mêmes considérations augmentaient l’impatience des Français. Les confédérés , couverts par d’excellens retranchemens sous le canon de Faenza , refusaient le combat.
Nemoui> résolut d’assiéger Ravenne , -parsuade qu’ils ne voudraient pas se déshonorer aux yeux de l’Europe , en laissAut emporter une place impor-
( i) 'Hæreus , Ann. Braban. — Petrus de Inglesia , epist. 474- — Louis Mocenigo, Guerradi Cambrai. — Guichardin , liv. lu. — Mtim. de Fieurange. — Hist. du chev. Bajard. — Journ. de Tbist. dé Savoie.— Mariana, liv. 3ff.
la HIST. DE FR. I.* PART. UV. XXII.
i5i2. tante, sans soutenir un combat pour sa défense^ U vint camper dans une ile formée par le Montone et le Ronco , appelés et Bedesis par les an> ciens. Ces deux rivières, descendant de l’Apennin, s’éloignent d’abord , se rapprochent ensuite sous les murs de Ravenne, se joignent à un demi-mille an* dessous de cette ville, et tombei}t ensemble dans le golfe Adriatique. Nemours fit dresser deux batteries , une contre la tour Roncona , entre la porte Adriana et le Ronco, l’autre au-delà de Montone, ‘ sur lequel il jeta un pont. 11 pressait vivement les artilleurs , voulant livrer un assaut à la place avant que les confédérés vinssent la secourir. L’assaut dura trois heures , et ne réussit pas; mais les assiégés étaient entièrement déconcertés. Une députation , envoyée le lendemain de leur part au général français , proposait des articles de capitulation. A cette nouvelle , l’armée des confédérés s’approchait de la ville. Elle campa au bord du Ronco sur un terrain élevé , et s’y entoura de retranchemens avec ^ toute la célérité possible. Nemours fait sur-leK^hamp les dispositions de l’attaque. On employa la journée d^ 1^0 avril à aplanir les bords du Ronco, afin de favoriser les opérations de l’artillerie et de la cavalerie. Toute l’armée traversa, le il avril, le Ronco , une partie sur un pont , le reste à gué. Ija moitié de l’arrière-garde, aux ordres de d’Yves d’ Allègre , resta sur les bords de la rivière du côté de Ravenne. Elle devait 'S’opposer aux sorties des assiégés, et se joindre au corps de bataille, en cas
de besoin. Mille fantassins gardaient' le' pont du Montonc. Le général rangeait son armée en bataille à mesure qu’elle passait le Ronco.
Son avant-garde, conduite par le duc de Mo* dène, se composait de l’infantei'ie allemande et de cinq mille cavaliers. A côté de l’avant-garde, le corps de bataille , conâstant en huit mille hommes d’infimtcrie française , commandée par le baron de Mobrd, avait devant son front l’artillerie dirigée par Créqui. Cinq mille hommes de pied italiens, aux ordres de Frédéric Bozole, formaient l’arrière-garde , flanquée par trois mille hommes de cavalerie, archers ou chevau-légers. Derrière cette ligne , au bord de la rivière, étaient en réserve trois mille hommes de cavalerie , aux ordres du maréchal de la Palioe et du cardinal de San Severino, légat du concile de Milan. ' *
, L’armécdelaSte.-Unions’étaitrangéeenbatailleau moment où les Français passaient le Ronco. Fabrice Colonna commandait l’avant-^arde. On y comptait six mille hommes d’infiuiterie et quatre mille huit cents cavaliers. Le corps de bataille , conduit parle vice-roi de Naples , était composé de trois mille six cents hommes de cavalerie et de quatre mille fantassins. Quatre mille hommes d’infanterie espagnole, et deux mille quatre cents cavaliers formaient l’arrière-garde. Un corps de chevau-légers et de cinq cents fantassins , resté en réserve , obéissait à Ferdinand d’Avalos, marqtm de Pescara , et à Pierre Navarre. Les confédérés avaient çouvert
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1 5 1 a. Jcur front de trente chariots charges de pièces de campagne.
Dans cet ordre , derrière un large fossé , ils atten» daiont les Français. Les deux armées restèrent deux * heures en présence, faisant usage de leur seule artillerie. L’infanterie française soufliit hcaucoup dans<^ commencement de ce combat. Elle perdit le baron de Molard , regardé comme le créateur de cette arme en France. Leduc de Modène, ayant fait conduire avec beaucoup de diligence , par les derrières de l’armée, plusieurs pièces de gros canon, à l’aile gauche qui dépssait le flanc des ennemis , son feu écrasait des rangs endeçs d’Espguols et surtout leur cavalerie. Les gendarmes et leschevaulégers, ne pouvant garder leur poste sans être entièrement exterminés, demandaient à grands cris' l’ordre de marcher à l’ennemi , ou de faire retraite. Çardonne rejetait cette demande. Faudra-t-il donc , s’écria Fabrice Colonna , laisser périr ttnt de braves gens, sans venger leur mort sur un seul ennemi! Disant ces paroles , et sans attendre les ordres du viceroi de Naples , il sort des retranchemens. L’action devient sur-le-champ générale. La cavalerie confédérée, très-afiaiblie par l’artillerie française, combattit d’abord avec beaucoup de résolution. Elle fut prise en flanc par le général d' Allègre , à la tête de la cavalerie de réserve. .Fabrice Colonna , ne pouvant résister , voulait ramener sa troupe dans les retranchemens. Les Français y pénétrèrent avec lui et détruisirent ce corps de cavalerie. Un corps
LOUIS XII. i5
il’in&nterie italienne n’avait pas encore combattu. i5 D’Allègre l’attaque avec furie. Il eut la douleur, à la première décharge de cette infanterie, de voir son fils tomber mort à ses côtes. Livré au désespoir, il s’enfonce dans les rangs" ennemis , jonche la terre de cadavres, et tombe percé de raille coups. Car- • donne, voyant les Français dans son camp, prit la fuite, suivi par Antoine de Lève, qui paijint dans la suite à la plus haute renommée.
L infiioterie espagnole, abandonnée par la cavalerie et l’infanterie italienne, soutenait seule le combat. Ecrasée par le canon, elle reculait à petit pas, et sans rompre ses rangs. Nemours, emporté par l’amour de la gloire , se jette avec impétuosité sur les Espagnols , à la tête d’un escadron de cavalerie.
Du premier choc , il fut précipité dans le fossé. Lautrec qui l’accompagnait, percé de plusieurs coups de lances, dont aucun ne se trouva mortel, tomba à ses côtés. La mort de Nemours devint le salut de CCS Espagnols. Tout le reste de l’armée de la Sainte- Union fut détruit, ou se dissipa. Le légat du pape, fait prisonnier, fut remb entre les mains du légat du concile de Milan. La ville de Ravenne, prise d assaut , fut livree au pillage. Toute la Romagne se soumit au vainqueur.
La journée d’Aignadel n’avait pas inspiré plus d’effroi à l’Italie j mais h mort du duc dp Nemours plongeait les Français dans la consternation. Le maréchal de la Palice et les autres généraux qui lui succédèrent dans le commandement n’héritaient ni
i5i2. de son énergie, ni de son ascendant l’esprit des soldats. L’armée avait d’ailleurs perdu beaucoup de monde. L’ardeur des troupes diminuait. Les soldats ne songeaient qu’à mettre en sûreté les dépouilles de Ravenne et du camp ennemi. Ils appe- ■ ‘ laient Nemours ; ils l’appelaient à grands cris. Si le tombeau le leur avait rendu , et s’ils avaient reçu . les moindres renforts, perdant de vue le nombre de leurs morts , ils sc seraient portes devant Rome, où le pape ne les eut pas attendus. La Palice, au-quel Nemours n’avait^ pas communiqué ses projets, et auquel Trivulce, resté à la garde de la Lombardie , recommandait la prudence , demeurait dans l’inaction.
On s’attendait dans Rome à la soudaine arrivée des Français. La consternation régnait au Vatican. Les cardinaux éperdus suppliaient le pape de 'conclure promptement la paix. En vain les ambassadeurs d’Espagne et de Venise présentaient les événemens sous une face moins sinistre, on ne les écoutait pas. La cour romaine pouvait être faite prisonnière et Rvrée au concile de Milan. Le pape avait dégradé les cardinaux, chefs de ce concile, jls allaient devenir les juges de celui qui les avait jugés avec tant de rigueur. Cette perspective se montrait à Jules II sous des formes accablantes. Ce pontife changeait à chaque moment de résolution. Tantôt, se décidant à faire la paix, il voulait prier les Florentins d’en être les médiateurs. Un moment après, sou opiniâtreté paraissant inflexible.. Ses indécisions
* annonçaient '
annonçaient combien il craignait de n’ètre pas le mattre en se réfugiant hors de Rome.
Au milieu de ces incertitudes, arriva Jules de Mcdicis. X4e cardinal de Mcdicis , fait prisonnier à la bataille de Ravenne , avait obtenu la permission de l’envoyer à Rome sous préteite de se procurer de l’argent; mais, en effet, pour instruire le pape de la véritable situation des affiires. Le pape apprit alors combien la victoire de Ravenne avait coûté aux Français. Sans les plus prompts et les plus nombreux secours, il leur était impossible de traverser les Apennins , dan» un temps où l’armée la plus formidable , rassemblée dans les montagnes d’Helvétie , menaçait à chaque instant de pénétrer dans la Lombardie. *
Dès ce moment le pape ne songea [^cs'à quitter Rome , encore moins à Étire la paix avec la France ; il apprit bientôt que le maréclial de la Palice , abandonnant la Romagnc , accourait au secours du Milanais.
4. Dans une diète tenue par les Suisses , le cardinal de Sion venait de les déterminer à se porter en Italie. Vingt mille Helvétiens s’avancent vers le lac Majeur. Maximilien , instoiil de cette brqsque irruption (i) , onbliant son alUance avec Louis XU, signe la paix avec les Vénitiens, et ordonne à l’m- Éu^erie allemande, enrôlée dans l’armée française.
(i) Danie) , Hi»t. de France. — Guicbardiu , liv. lo , Hist. du cbev. Bajard. Conc.. Later. sess. 4. •