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i6 HIST. DE FR. L* PART. LIV. XXH.
1 5i a. de rentrer dans la Germanie ; le général qui la comniandait , surpris de cette injonction , attendait de nouveaux ordres : les ayant reçus, il prit congé des généraux français ; c’était une perte irréparable. Les fantassins français, cnriclib par les suites de la bataille de Ravenne , rentraient en France, personne ne pouvait les arrêter. On enrôlait des troupes, elles ne pouvaient as-river à temps dans le IVCbnàis.
Malgré ce dénuement , Trivulcc et la Palice ne désespéraient pas do défendre Milan. Parmi les Suisses ne se trouvait aucun corps de < avalerie j leurs irruptions précédentes n’avaient pas réussi , on pouvait attendre la même issue de ceHe qu’ils médibiient. Tous les postfe , sur leur route y avaient été fortifiés, de nouvelles corobinaiwns rendirent ces soins inutiles; l’arihée helvétique s’assemblait à Coire. Les Grisons, alliés du roi de France , recevaient de lui un traitement annuel ; ils lui firent déclarer que la nature de la confédération suisse les forçait de joindre leur contingent à l’armée de leurs compatriotes ; eUe vient a Trente en passant dans les états de l’éropereur, côtoie l’Adige et se idunit aux environs de Vérone aux troupes vénitiennes. Le sénat leur envoya de la cavalerie et de l’artillerie. ^
Cette armée se composait alors de cinq nulle chevaux et de vingt mille fantassins. Les Français ne se trouvaient pas en mesure de risquer une bataille. U fiilbit ramener promptement en France les restes
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de rarmëe , les prisonniers faits à la bataille de Ra- 1 5i a. venne , et les pères du concile de Milan . Les Génois chassaient , dans le uiéme temps , les magistrats fitmçais de leur territoire. Les châteaux de Milan , de Crémone, de ?iovarre et de Final restèrent seuls à Louis XII.
Dans les embarras inséparables d’une brusque retraite , le cardinal de Médicis trouva le moyen de s’arracher des mains de ceux auxquels sa garde était confiée. U porta au pape les premières nouvelles de la défaite des Français. Jules II se voyait au comble de la gloire ; souverain , à Ferrarc près, de tous les pays connus dans la suite sous le nom d’état de l’Eglise , son autorité était encore reconnue dans Modène, Reg^o , Parme et Plaisance, détachées après sa mort du domaine ecclésiastique. Un succès aussi inespéré était dû aux Suisses. 11 leur envoya une épée , un bouclier , un étendard et un diplôme de défenseurs de la liberté du Saint-Siège.
Son concile de Latran avait tué celui de Pise , obligé d’abandonner Milan et de continuer ses vaines séances dans Lyon.
Jules , dans le concile de Latran , mit la France en interdit , publia une bulL foudroyante contre la pragma tique-sanction , cita tous les fauteurs de cette loi à venir rendre compte de leur conduite dans Rome, transféra le titre de roi Tr^-Chrétien , du roi de France à celui d’Angleterre , et livra les provinces françaises au premier occupant.
Au milieu de ces prodiges, la mort surprit Jules II le iuJevrier i5i3. a.
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i5i2. 5. Louis XII ne s’oocapait pas alors dés afiaires
dltaUe; d’autre» soins absorbaient son att(»tion. Les Anglais et le» Espagnols menaçaient d’envahir la France.
Depuis (i) la fatale rd;raite de César Borgia dans la Navarre , ce* pays devenait le théâtre des dissen*tions civiles. Ferdinand le Catholique épiait l’occasion d’en profiter et de s’emparer de cette monar*chie, dont la situation ‘au C^tre des Pyrcfiées offrait aux Français un passage pour arriver dans la Castille. On pouvait même i^garder la vivacité avec laquelle il avait pria les intérêts du concile de Latrao , comme un rnoyen de trouver cette occasion. . Eu efiet, Jules 11, dans la vue de s’attacher le monarque espagnol , venait d’excommunier Ca*therine de Fois, rdne de Navarre, et Jean d’AL bi'et sou époux , sous préteste de leur adhésion au concile de Pise. Le pape transférait la Navarre , par une bulle , à Germaine de Foix, reine d’Ëspagnew Ferdinand se proposait d’eniplovoi- les armes au? glaises à mettre à exécution la balle du pape.
Henri n’était pas entré formellement dans la lingue de la Sainte-Union ; cependant les articles de ce traité portaient textuellement qu’ils avaient été arrêtés du consentement du roi d’Angleterre, et
(i) Favin , Htsl. de Navarre, Hv. 1 1 . — Mariaiia,Hisi!. d’Espagne , liv. 3o. — Rnaer, Acta publi a »3. — Rapiti de Thoyras, liv. i5. An», de France. — Daniel, Hist. de Fra»ce,
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seraient signés par liii , lorsque des considérations 1 5 particulières ne l’obligeraient plus à ménager la cour de France.
. Deux traités furent conclus à Londres en i5i i , entre Ferdinand et Henri YIU; dans k premier, les deux rois s’engageaientà procurer au pape toute la satisfaction convenable , et dans le second , il* promettaient d’enlever de concert la Guienne à Ëi France. Ces deux actes restaient secrets. L’anoliassadeur d’Angleterre contin uait è témmgner le désir constant de Henri yill, d’entretenir la bonne in-t telligence entre les deux nations. Louis Xll , instruit du contraire par l’agent du pape à Londres , ^
feignait d’ajouter foi aux paroles du ministre an-> glais. Les véiitables intentions de la cour de Londres se manifestèrent bientôt.
Le paideraent britannique s’étant assemblé au mois de février , Henri lui communiqua son projet de déclarer la guerre à la France, dans la vue de délivrer le pape de l’oppression sous laquelle il gémiasak, et d’arrêter le scandale donné par un concile schismatique ; le parlement accorda au roi ies subsides dont il^avait besoin. Les principaux membres des deux chambres connaissaient pr<^blement le véritable motif de la guerre. Ils entraînèrent l’assentiment de leurs collègues. Sans cette supposition , il eût été difficile de (ktre adopter par le parlement le projet de rompre la paix dans le seul motif d’obliger le pape.
^ Louis s’attendait au prochain débarque nient des
Anglais sur la côte de Calais. Il avait distribué des troupes dans les places de Picardie et d’Artois. Apprenant que les efforts britanniques menaçaient les bords de la Garonne et de l’Adour, ces corps de troupes reçurent ordre de marcher vers la Guienne sous les ordres du duc de Longueville, du duc de Bourbon de Montpensier et du maréchal de la Palice.
Une flotte, envoyée par Ferdinand sur les côtes d’A ngleterre, devait transporter en Espagne l’armée britannique , commandée par 'ITiomas Gray, marquis de Dorset. Elle se composait de dix mille combattans. L’escadre anglaise, aux ordres d’Edouard Hovard, mit à lu voile au mois de mars, et arriva devant Fontarabie. Louis avertissait depuis longtemps le roi de Navarre de prendre ses précautions contre Ferdinand. Les efforts, faits par lui pour dépouiller les baions navarrais de leurs prérogatives, avaient causé un mécoiilemcnt général; la plupart des grands refusaient de prendre les armes en sa fiiveur , il lui devint impossible de conjurer l’orage forme sur sa tête.
Le but du traité deLondres paraissait être de faci-* liUr la conquête deGuienne en faveur deHenri VIII . Le vériliible dessein du roi d’Espagne était d’envahir la Navarre. Le marquis de Dorset prenant terre au port sur son passage fut complimenté par un commissaire de Ferdinand. U le prévint de la prochaine arrivée de l’armée espagnole. Di* mille Anglais, sans, l’aide de cette armée, ne pouvaient sc flatter d«
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se rendre maîtres de la Guienne. Les Espagnols ne j5ij, tardèrent pas à se montrer; mais, au lieu de passer la Bidassoa , le duc d’Albe représentait au marquis de Dorsct l’impossibilité de laisser sur les derrières de l’armée le roi de Navarre , allié de la cpur de F rance. 11 fallait obliger le prince à entrer dans la ligne de la Sainte-Union. Jean d’Albret est sommé délivrer passageaux troupes chargées de combattre l’ennemi du Saint-Siège. Jean d’Albret accorde ce passage , n’étant pas en état de le disputer.
Ferdinand force alors le roi de Navarre de lui confier la garde de ses plus fortes places. Ce prince se mettait trop tard en défense. Les Espagnols arrivaient devant Pampelunc. Les généraux de Ferdinand, poussant ce siège avec vigueur, amusaient le marquis de Dorset par de vaines promesses. Jean d’Albret avait eu à peine le temps d’envoyer dans le Béarn sa femme et son fils; enfermé lui-même dans le château de Moira , il attendait des secours de France. Ces secours n’arrivèrent pas, et ne pour vaient arriver. 11 prit le parü d’aller les chercher , emmenant un corps de troupes, et laissant la Nar varre à la merci des £s|)agnols.
Pampelune s’étant rendue par capitulation, Ferdinand , selon sa promesse , devait envoyer le duc devant Bayonne. Plusieurs places fortes , répandues dans les montagnes de Navarre, lui fournissaient des prétextes d’éluder celte expédition. Le duc d’Albe continua ses conquêtes. Les Anglais luitenaient lieu d’une armée d’observation. Les Franc
i5ia. çais recevaient chaque joor des renforts; ils aaraient pu s’opposer aux progrès des Espagnols ; mais la crainte de se trouver entre le duc d’Albe et le marquis de Dorset les retenait sur les rives de l’Adour (i); ainsi les Anglais , campés auprès de Salvatierra, donnaient à Ferdinand le loisir d’envahir la Navaire entière.
Dorset s’aperçut enfin de la mauvaise foi du roi d’Espgne. Ce monarque l’avait sommé plusieurs fois de se réunir à l’armée espagnole ; il s’en défendait par le motif le plus légitime. Aucun sujet de rupture n’existait entre les cours de Londres et de Pampelune. Le duc d’Albe , ayant achevé la conquête de la Navarre , prenait le chemin du Béarn. On manquait de tout dans les quartiers de l’armée anglaise ; la disette et les maladies la détruisaient. Le but des Espagnob pouvait être de s’emparer du Béarn et non de la Guienne. Dorset remonta sur ses vaisseaux. Se séparant . de l’escadre espagnole, il fit voile vers l’Angleterre.
A cette nouvelle, les Français pénétraient dans la Navarre. Toutes les places qui osaient résister , emportées d’assaut , étaient livrées au pillage. Le royaume fut reconquis en peu de temps , à la réserve de Pampelune où le d»ic d’Albe s’était enfermé. Les Français vinrent l’assiéger. Ayant feit
(i) ÎVli^ai. de Martlu Dubellay. — Petrus de Inf^lesia , epist. 5oi. — Favin, Hist. de Navarre. — Mariana , HUt. d'Espagne.
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brèche aûx murailles , ils livrèrent vainement plu- iSia. sieurs assauts très-meurtriers. Le mois de novembre s’avançait ; les campagnes , dévastées pa r les F rançais et les Espagnols , ne fournissaient plus de vivres.
Les montagnes se couvraient de neige ; lès subsistances parvenaient düBcilemcnt de Guienne.
Une armée nombreuse s’avancait sous les ordres du duc de Majéra. Les généraux français levèrent le siège , et vinrent prendre des quartiers d’hiver en France.
6. L’Italie , depuis la retraite des Français y l5l5. devenait le théâtre des plus fâcheux désordres.
Le concet*t avec lequel les confédérés avaient combattu Louis XII n’cxislait plus. Maximilien Sforza , fils de Lonis le More , investi du Milanais par l’empereur, avait fait son entrée dans Milan , accon:pagné du cardinal de Gurch , du cardinal de Sion , général des Suisses , de Cardonno , vice-roi de Naples, d’une armée italienne, espgnole, allemande et suisse ; mais d^à on voulait démembrer ce beau duché.
Jules U, à qui l’alliance des Suisses donnait une grande prépondérance , s’était emparé de Reggio , de Parme «t de Plaisance ; il réclamait les {tays de Ferrare, deSienneetdeLucques. Les Vénitiens ne savaient ce qu’ils avaient à craindre on à espérer.
Le traité de la Sainte-Union leur assurait la restitution des places conquises sur eux. Non seulement les Suisses refusaient de rendre au sénat les villes de Rcrgame et de Crémone , dont ils étaient en
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‘ >5t5. possession ; mais le cardinal de Sion avait osé incarcérer les deux provéditeure de Saint-Marc , attachés à l’armée vénitienne. L’empereur demandait tous les pays cédés à la France par le traité de Cambrai , et exigeait foi et hommage du sénat l>ar ceux dont il demeurerait en possession. Jules Il mourut dans ces circonstances. ■
Ce pontife , sentant son heure dernière s’approcher , convoqua les cardinaux auprès de son lit. II leur parla , avec une éloquence digne des anciens Romains , sur la nécessité de couronner ses grands projets , de chasser tous les étrangers d’Italie , se servant des Allemands , des Suisses et des Yénitieos pour traiter les Espagnols , comme les Espagnols , à l’aide des V énitiens et des Suisses , veuaieat de traiter les Français.. Son testament ne favorisa ni la maison de Rovère dont il était issu , ni scs courtisans. Occupé tout entier des plus hautes pensées , il mourut , souhaitant de mériter la réputation des héros romains, sur les traces desquels il avait marché.
Jean , cardinal de Médicb, placé sur le siège de Rome, prit le nom de Léon'X. Cette élection ouvrait un vaste champ à de nouvelles combinaisons politiques. Avec beaucoup d’iiabileté , le nouveau pontife pouvait réunir la Toscane aux domaines de l’Eglise , ou l’ériger en royaume en faveur de son frère Julien de Médicis , auquel il donna en mariage Philiberte , sœur du duc de Savoie , et tante nuitcrnellc du comte d’Angoulème , héritier pré-;
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soroptif de la couronne de France. Cette considé- »5i5. ration le rendait indécis s’il devait suivre ou abandonner les projets de son prédécesseur. Le nouveauducdeMilancontcntaitdiflicilementlcsSuisses.
Les Lombards pressurés par le cardinal de Sion regrettaient lesFrançais. Les circonstances offraient à Louis Xll la perspective de rentrer dans la Lombardie. Les Génois s’étaient remis sous la protection de la cour de France. Ferdinand le Catholique, instruit d’une manière indirecte du projet de Jules II, de lui enlever le royaume de Naples, signait avec Louis un traité de trêve , dans lequel il promettait de ne donner aucun secours au roi de Navarre. Les Vénitiens , vexés par l’empereur, cherchaient à se réconcilier avec la cour de France.
Un traité fut signé à Blois, le a 5 mars. Txuiis remettait en liberté les prisonniers vénitiens, faits . aux batailles d’Aignadel et de Ravenne(i). Il garantissait au sénat Brescia, Be^ame, Crème et plusieurs autres places.
On négociait avec les Suisses par le ministère do la Trémouillc, gouverneur de Bourgogne. Ce général avait commandé les Suisses à la ])ataille de Fornoue : il conservait des liaisons avec eux. Admis dans une diète tenue à Lucerne, les députés des cantons , après de longues conférences , lui remirent un écrit contenant leur dernière résolu-
(i) Mém. de Dubdiay. — Guicharcliu , Kv. lo. — Mém. «lu maréchal de Fleurauge. — âdd. de Fraiav.
a8 HIST. DE FR. I.« PART. LTV. XXU.
»5i5. tion. Elle était ainsi conçue ; Si le roi veut rentrer (ians l’alliance des cantons, il doit alx>lir en France les libertés ecclésiastiques anatbéniatisées par le concile de Latran, retirer les garnisons laissées par les généraux dans plusieurs places de la Louibardie, porter à 5o,ooo écus les pensions annuelles des cantons , et soudoyer quinze mille Suisses en temps de paix comme en temps de guerre.
Maximilien Sforza, se reposant sur les Suisses de la conservation de son duché , n’avait fait aucun plan de défense; les Vénitiens commandés par le comte Alviano, et les Français sous les ordi>e8 du maréchal de Trivulce, pénétraient par les deux bouts dans la Lombardie. Les villes ne faisaient pas de résistance. Sforib, enfermé dans Plovarre avec rine garnison suisse insuffisante, redoutait le sort d’une guerre dont il n’avait pas su prévoir les chances. La brusque arrivée des Français instruisait l’empereur du traiRî de Blois. Il entre aussitôt dans le Friojil avec une petite armée. Les Espagnols , malgré la-trève , se rassemblent sur les bords de la Trebia. Les Suisses régnaient sous le nom de Sfona dans les plaines fertiles de la Lombardie; ils rugissaient de rage de se voir contraints, pai* leur petit nombre, d’abandonner une mine si féconde ; leurs compatriotes accouraient à leur secours.
Sur les premiers avis de l’irruption des Français, les cantons avaient nommé des chc&. La jeunesse s’enrôlait sous leurs drapeaux. Dix mille
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horames vinrent sejete^ dans Novarre. Les Fran<çais assiégeaient cette place, dans l’espoir de finir tout-à-coiip la guerre par la prise de MaxinaiKen Sforza. Si on en croit les historiens italiens , le maréchal de Trivulce aurait dû, dans celte occurrence, attaquer les Espagnols. Cette armée détruite, on u’aurait plus craint les Suisses. Les généraux français ne pouvaient prendre ce parti sans rompre la trêve entre la France et l’Espagne. Les Suisses entrèrent dans IVovarre du côté opposé au camp français. Le terrain occupé p>ar ce camp , étroit et embarrassé , était cOupé par des canaux. Des taillis le couvraient d’un côté et des marais de l’autre. La cavalerie occupait le fond de cette espèce de gorge. L’infanterie se trouvait à l’entrée, ay^ sur son front vingt-deux pièces d’artilleiie.
Si ce camp paraissait bien choisi sous l’aspect de procurer du ropos à l’armée , il était défàvonble un jour de bataille. La cavalerie n’y pouvait manœuvrer. Les corps d’infanterie, séparés par des canaux , se trouvaient hors d’état de se secourir nutueilement. L’armée française avait laissé des garnisons dans Alexandrie et dans d’autres places, consistant en six mille cavaliers et autant de fantassins. On attendait cinq mille hommes d’infanterie. Les Suisses resserrés dans Novarre formaient un corps de treize mille combattans. Un de leurs chefs, ayant examme le camp français le la juin , ^ssemble sur le soir scs camarades, leur fait connaifre la frcilité de surprendre et d’écraser l’ar-
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i5i5. mée ennemie, dans une position oii sa cavalerie lui devenait inutile.
On laisse à la garde de la ville les hommes exténués par la fatigue. Onze mille Suisses se réunissent à minuit sur la place publique de INovarre. Us se partagent en deux corps; l’un , de mille hommes, devait, à la faveur des taillis, pénétrer dans le quartier de la cavalerie, y répandre l’alarme; les dix mille autres se chargèrent d’attaquer le camp de front Us marchaient en silence. Cependant Tes postes avancés avaient eu le temps d’avertir l’arv mée : elle se trouva bientôt sous les armes , et disposée à recevoir lesSuisses aussi bien que le terrain le permettait. I..a division de mille Suisses, arrêtée par les premiers corps de garde, n’osa pénétrer plus avant Elle occupe les issues du bois, jonchant de troncs d’arbres les chemins par où, avec un circuit, la cavalerie pouvait se porter au secours de l’infanterie. Elle les rendit impraticables.
Dix milleSuisses marchent tête baissée au milieu du feu sur les batteries de canon. Le service ne s’en faisait pas alors avec cette promptitude a<imirée aujourd’hui. LesSuisses, malgré leurs pertes, se rendirent maîtres de vingt - deux pièces. Lei Français furent entièrement défaits par ceux que Louis XII appelait les paysans des montagnes. Les historiens varient snr le nombre des morts. Guichardin eu compte dix mille du côté des Français, et deux mille seulement du côté des. Suisses. Mais
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il se trompe évidemment. 11 convient avec les au- i5iS. très historiens que la cavalerie n’ajant pas combattu , la perte tomba sur l’inËinterie : elle ne surpassait pas le nombre de six mille hommes , et tous ne furent pas tués à beaucoup près. Gradenigo com'pte huit mille morts du côté des Français, et cinq mille du côté des Suisses. Selon d’autres, la perte fut à peu près égale de part et d’autre.
Le canon et les bagages de l’armée française tombèrent au pouvoir des Suisses. La cavalerie et les débris de l’inianterie revinrent en France en désordre. Plusieûrs villes du Milanais s’étaient déclarées en &veur des Français, elles demandèrent grâce et l’obtinrent, en donnant à Sforza de grosses sommes d’argent : il les distribua aux Suisses. Le château de Milan , celui de Crémone , et la citadelle de Gènes regardée comme inexpugnable, capitulèrent successivement. Louis XU ne conserèa rien en Italie. '
7. Les Espagnols , tranquiUes dans leur caibp entre Parme et Pbisance , ne s’étaient permis aucun mouvement offensif. La retraite des Français changeait leurs dispositions pacifiques. 11$ passent le Pô auprès de Crémone , et attaquent les Vénitiens.
• En vain (1) le sénat sollidtait Louis XII d’en-
(1) Rapia deThoyras, ton». 5. — Paul Jov. — Beccartus , lib. i4« ~ Polydore - Virgile , liv. 37. ■ — 9iém. . du marial de Fkarangc.
Sa mST. DE FR. I.’ PART. LIV. XXII.
Toyer ane autre armée en Italie. La tonnrare de$ afiàiree rendait cette expédition impossible. L’empereur venait de conclure une alliance olfensivé et défensive avec le roi d’Angleterre. H s’engageait, moyennant un subside de trois cent mille francs , d’entrer en Bourgogne à la tète de dix mille ca vàliers et de trente mille fauta.s5ins. Henri YIll devait en même temps pénéti-er en Picardie. On se proposait de réunir les deux armées sous les murs de Paris. . . •
Henri Vlll , trompé l’année précédente par le roi d’Espagne, n’avait pas acquis plus d’expérience. Ferdinand , se disculpant de son mieux sur la conduite tenue par l’année du duc d’Albe, naontrait combien , celte année , les circonstances étaient diSéreiites. IN’avant plus rien à redouter pour l’Italie et pour l’Espagne , il allait joindre toutes ses forces à ocllcs d’Allemagne et desSuisses. Cette triple diversion donnait aux Anglais toute facilité de se mettre en possession de la Normandie , de la Bretagne et de la Gmeune. Henri avait assemblé le parlement le é novembre i5ist. 11 obtint tous les subsides demandés par ses .ministres. <
Bientôt les préparatifs furent faits. Au moment où i’arince s’embarquait, Henri reçut. une lettre de l’empereur. Il- lui mandait : g Des circonstances imprévues ne me permettent jias de conduire -cette année .uns armée en Franoc. Je. serai popctuel à remplir mes engagemens l’année suivante. »
Le
Le roi d’Angleterre apprit en même tempe que i5i3. Ferdinand le Catholique avait conclu une trêve d’un an avec Louis Xll. Ce changement jetait sur l’Angleterre tout le poids des hostilités. L’état des choses ne lui permettait pas de les suspendie.
Non seulement l’escadre britannique était sous voiles ; non seulement trente raille combaltans , rassemblés dans les ports de la Manche', se pré-paraient à passer à Calais ; mais Henri avait enrôlé en Allemagne douze mille cavaliers. L’empereur se mettait à leur tête. Ces dépenses ne lui permettaient.pas de reculer. !
Louis XII, manquant d’infanterie, venait do prendre à sa solde un corps de dix à douze mille fantassins allemands. On le divisa en plusieurs régimens. Us furent connus sous le nom do. bandesi noires, à cause de la couleur de leurs drapeaux. .
Henri VIII prit terre dans Calais vers les premiers jours de juillet (i). 11 vint assiéger Te- , l'ouanc. Durant les premiers jours du siège, on vit arriver dans le camp anglais un héraut d’arrpes.
Il déclara la guerre à Henri VIII de la part du roi d’Ecosse. Henri VIII prévoyait cet e\ énement , il avait laissé les ordres nécessaires à la sûreté de ses états. Craignant cependant l’insuffisance de ses mesures , il détacha de son armée un corps
(j) Beccarius’, lib. 14. — Polyd -Virg. liv. aT".— Mém. êu maréchal de Fleurange. — Paul Jov. — Itapio de Thorras , iiv. i5.— Ilym. Âcta pubiica, tom. i5.
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5. de siî mille hommes , et l’envoya à Douvres. Le roi d’Ecosse entrait en Angleterre , le jour même où son héraut dénonçait la guerre à l’ennemi de Louis XII. Ne trouvant pas de résistance , ses troupes ravageaient le plat pays. Ce succès leur fut fatal. Les Ecossais pauvres , se voyant chargés de butin , renouvelaient la conduite tenue par l’in&nterie française après la bataille de Ravenne. La désertion devint générale. Jacques n’était plus en état de combattre et de vaincre, lorsque les Anglais se {Hesent^nt devant lui au nombre de vingt-cinq’ mille hommes.
Ce prince pouvait éviter le combat. H avait suffisamment rempli ses engagemens avec la cour de France , en obligeant Henri Ylll à renvoyer en Angleterre une partie de ses troupes. Honteux de fuir devant son ennemi , il attendit les Anglais, et livra ime des plus sanglantes batailles dont la mémoire soit consignée dans les annales britanniques. Jacques lY , après avoir rempli les devoirs de capitaine et de soldat , tomba percé de coups. Avec lui périrent un archevêque , deux évêques , quatre abbés , douze comtes , dix-sept barons , huit ou dix mille guerriers. Les Anglais laissèrent cinq mille hommes sur le champ de bataille. La nuit seule ayant séparé les combattans , ils passèrent la nuit entière sans savoir qu’ils étaient victorieux.
Terouane arrêtait les efforts des Anglais en France. Henri , ayant inutilement tenté plusieurs
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as&aiils , attendait de la famine la réduction de iSi3. cette |)lace. Le siège durait (l) depuis plus d’un mois. Les vivres commençaient à manquer dans la ville. Le gouverneur fit prévenir le roi que , si Terouane n’était promptement secourue , sa garnison serait réduite à l’alternative d’ouvrir ses portes ou de mourir de faim. Louis ordonna au comte de Piennes , gouverneur de Picardie ,
•le jeter des provisions dans " Terouane , mais d’éviter une alEiire générale. Pjennes , ayant rassemblé des vivres en abondance , les remit au capitaine Fontrailles. Ce gueriier,à la tête de huit cents cavaliers, fait attacher, avec une simple corroie sur le cou de chaque çheval , un sac de &rine et une bande de lard , entre à llmproviste dans ^ le camp anglais , et perce jusqu’aux fossés de la ville. Les huit cents cavaliers déchargent leurs Ëirdeaux , et font leur retraite au galop. Les ennemis, pris au dépourvu , ne troublèrent pas cette expédition. Une tentative si hardie et si heureuser ment exécutée réveillait l'ardeur des guerriers.
Les provisions , apportées aux défenseurs de Terouane ne pouvaient durer long-temps. On réso^ lut de conduire dans la place un convoi plus important : chacun voulait partager les dangers et la gloire de cette nouvelle tentative.
Fontrailles , à la tête des gendarmes les mieux
(ï) Hist. du chev. Bayard. — Ann. de France. — Becjearius. — Mém. dp Qubeilay. -r- Daniel , Hist <li> Fr.
56 mST. DE FR. 1/ PART. LIV. XXII.
montés , fut chargé de ce second voyage aux portes de, ;Terouane. Pour faciliter sa course , deux, mille quatre cents cavaliers devaient répandre l’alarme dans la partie opposée du camp anglais. Tout le reste de la cavalerie , commandée par le duc de Longueville , d’Imbercourt et de la Palice , avait ordre de se porter au pied de la moptagne de Guincgastc , et de protéger la retraite, des deux divisions. Pieuncs devait sentir à quel danger il exposait son armée ; mais il fut contraint de céder au vœu du plus grand nombre des capitaines.
^ Une entreprise, à laquelle tant de monde avait pris, part , ne pouvait être tenue secrète. Le roi d’Angleterre en fut avertit Laissant une partie de ses forces dans, les îi-nes , et renforçant la garde dans les deux endroits où les dctacliemens irarirais devaient se présenter, il disposa dix à douze mille hommes de pied, auxquels fut donné l’ordre de marcher par des chemins détournés, d’arriver, à une certaine heure , au-delà de la montagne de Guinegasle , d’attaquer les Français en queue et de leur couper le chemin delà retraite. Choisissant ensuite l’clitc de sa cavalerie, il se présenta pour escarmoucher avec les Français , et donner le temps à son infantciie de les prendre en flanc et en queue.
La division française chargée de percer les lignes anglaises et de pénétrer aux portes de Terouane , trouvant les assiegeaus préparés à la recevoir ,
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cLcrcliait à se réunir au gros de là gendarme- i5i3. ‘ lie placée au pied de la montagne de Guinegaste ; Henri VIII l’avait prévenue ; l’apparition subite d’un corps de cavalerie anglaise et allemande surprit et déconcerta les Français, ils ne s’attendaient pas à être attaqués ; leur mission se bornant à protéger la retraite de leurs compagnons après le ravitaillement de Terouànè , accablés par la chaleur , ils avaient mis pied à terre , s’étaient désarmés , buvaient et mangeaient tranquillement couchés sur l’herbe'. Les gatdes avances marchèrent au devant des ennemis , tandis que leurs compagnons s’armaient à la hâte et montaient à cheval : apercevant un corps d^hfknteric , et jugeant que , s’ils lui donnaient le temps d’arriver , il faudrait courir les risques d^lne bataille générale contre les 'ordres formels du roi , tous les cavaliers prirent la fuite et revinrent dans leur camp. Il n’y eut presque personne de tué sur le champ de bataille, la perte se réduisit à environ' cent prisonniers. . . a ■ >
Trente mille Suisses pénétraient en Bourgogne.'
Louis XII , obligé de parüiger scs forces , donna ordre au' commandant de Teronane d’en re-' tirer la garnison , elle obtint les honneurs de la guerre. Une fatalité rendait Henri Vlll perpétuel-' lement dupe de Ferdinand et de Maxiràilich j Terouane ne pouvait êtrè' d’aucune utilité’ aux Anglais.. L’empereur engagea le roi d’Angleterre^
38 HIST. DE FR. I.* PART. LIV. ixiî.
»5i5. à la lui céder, et dès qu’il en fut maître, ilia détruisit de fond' en comble. ,
8. La conduite barbare de fempereur dans celte circonstance semblait devoir mettre les généraux angLis en garde contre ses conseils intéressés. L’armée britannique pouvait assiéger Boulogne^ ou d’autres villes aupr^ de Calais : Maximilien la conduisit devant Tournai. Marguerite d’Autricbci vice-reine des Pay^Bas , s’était transportée à Lille avec le jeune duc de Luxembourg. Henri lui rendit une visite , il ne résista pas dans cette entrevue aux instances de cette princesse , poUr l’engager à délivrer la Flandre et le Hainaut des inquiétudes données à ces provinces par la ville de Tournai , enclavée dans leur territoire.
Dans tous les temps les habitans de Tournai avaient donné à la France les preuves les plus signalées d’attachement; ils* jouissaient du privilège de ne point recevoir dans leurs murs des gens de guerre ,' si eux-mémes ne les demandaient. Lecomte d’Angouléme, conamandant sur cette frontière, les avertit du danger dont ils étaient menacés; il leur offrit .une garnison et des munitions de guerre : refusant des secours , ils se proposèrent de se défendre eux-mémes. Cependant voyant arriver les Anglais , et effrayés par la destruction totale de Terou^e , les clameure des femmes et des vieillards leur inspirèrent d’autres pensées : ils copentirent à çaeheter le p^ge de leurs mai-
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sons et la conservation de leurs privilèges pour la 1 5 1 5. somme de quarante mille ducats , payables en plu- • sieurs années ; ils ouvrirent leurs portes et prêtèrent serment au monarque anglais. Maximilien (l) voulait persuader à son allié de réunir cette ville au domaine des Pays-Bas , en la cédant en dot à Marie sa sœur , destinée au duc de Luxembourg ; ce fut le sujet d’un conseil de guerre tenu après l’entrée du roi dans la place. Tous les généraux opinèrent à garder Tournai. On s’étonnera sans doute de la différence des deux résolutions à l’égard de Terouane et de Tournai. La première, plus voisine de Gilais et dont la possession assurait la communication entre Calais et Tournai , fut détruite ^ la seconde fut considérée comme un poste important ; Henri y fit construire une citadelle ; on regarda le cardinal Volsey , comme prbicipal auteur de cette différence : toutpuissant dans le conseil do Henri , l’évêclié de Tournai , un des plus riches bénéfices de la Belgique, tentaitsa cupidité; il trouva le moyen d’en obtenir l’admimstratiou , prétextant la fuite de l’évêque sans avoir prêté serment de fidélité au roi d’Angleterre. Maximilien multiplia en vain scs efforts pour se faire céder cette ville ; il offrait à Henri , en échange de cette acquisition , le titre
(i) Mém. du maréchal de Fleurange. — Rymer, AcU fubl. iom. i5. — Rapin de Thoyras, lom. 5»
4o HIST. DE FR. I.« PART. LIV. XXir.
i5i5. (le vicaire perpétuel de l’Empire. Henri désira d’être instruit avant tout de la nature de cette dignité et des avantages qu’il pouvait s’en promettre. L’empereur, offensé de cette curiosité , lui répondit : Si un homme venait vous présenter un coffre rempli de ducats , refuseriez-vous de le rece- V’oir'sans en connaître le nombre? Henri n’accepta pas les ducats de papier offerts par Maximilien , et resta maître de Tournai. L’empereur , regardant • comme une insulte la conduite de Henri VIII ,
* se relira sans prendre congé, laissant au génie souple et rusé de Marguerite d’Autriche le soin de stipider ses intérêts. Cette princesse, dans une secondé entrevue avec le roi d’Angleterre dans Lille , renouvela le traité conclu l’année précédente entre Henri , Ferdinand et Maximilien : ■les nreuds de cette alliance furent resserrés par une promesse de mariage entre, Marie d’Angleterre et Charles, duc de Luxembourg, cet hymen devait être célébré au mois de mai de l’année suivante, ;
Heuri ramena ses troupes à Douvres. Volsey fut lé' seul Anglais auquel cette campagne devint profitable ; il obtint l’évêché de Tournai et l’abbaye de Saint-Amant ; la valeur de ces deux bénéfices surpassait tout ce que le roi d’Angleterre pouvait retirer de Tournai et de son territoire.
9-, Vingt-cinq mille Siiisses et cinq ou six mille cavaliers , levés dans le comté de Bourgogne et commandés par le Sire de Vergi , ravageaient les
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environs de Dijon. Maximilien devait comtnan- »5 der cette ' armée payée par la cour de Londres ; il trouva des prétextes de s’en dispenser. Le comte delà Trémouillc, gouverneur de Bourgogne , avait rassemblé avec beaucoup de peines douze mille hommes , cavalerie et infanterie : ayant placé des* garnisons dans les places dont la position rendait plus difficile l’arrivée des convois tirés par les Suisses du comté de Bourgogne et de la Bresse , il (i) s’enferma dans Dijon.
Les Suisses n’étaient pas fort savans dans l’attaque des places. Ayant perdu cinq semaines devant Dijon, ils commençaient à manquer de subsistances; la Tréniouille leur fit porter des propositions de paix par plusieurs capitaines avec lesquels ils avaient combattu en Italie. Les généraux suisses exigeaient du roi de Frauee la dissolution du concile de Fisc séant à Lyon, et sa réconciliation sincère avec le ])ape, envoyant les évêques français au concile de Latran; une renonciation formelle de tous ses droits sur le duché de Milan , en faveur de Maximilien Sforza ; une promesse de faire droit à l’empereur et à son petit- "
(i) Beccarius , Hb. 14. — Hisi. <]d cbev. Bavard. — Mëm. du marëchal de Fleurante. — Mëin. de Diibcüay. Daniel , Hisi. de France. — Pierre Bembo, Hist. de Venise. — Recueil de trailës , par Ldonard. — Rapiu de Thoyras, liv. i5. — Journal de Louise de Savoie. — Du Tillvt , Recueil des traités , etc.
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fils sut* leurs prëteutions au duché de Boui^o^e^ d’après le jiigenieut d’arbitres noounés de part et d’antre ; enfin le paiement de 8,000 ducats à la cavalerie allemande, les arrérages de solde, et de pensions dus aux Suisses, et les frais de la guerre, le tout évalué à 4oo,ooo ducats. La Trémouille pe contesta sur aucune de ces demandes. Il envoya aux Suissfs 20,000 écus d’or, dont ils se contentèrent. Des termes furent coûvenus pour le paiement des sommes entières, et des otages garantirent ce paiement. Ce furent le baron de Mezières, neveu de la Trémouille, François de Rochefort, bailli de Dijon , et quatre des plus riches bourgeois de cette ville.
'Aussitôt les Suisses, pressés par la disette, reprirent le chemin de leurs montagnes , sans attendre la ratiûcaUon du traité {>ar Louis XII. Ce monarque, feignant de désavouer la négociation du gouverneur de Boni^ogne, se contenta d’envoyer 100,000 écus aux cantons , payant encore plus cher leur invasion que ne lui auraient coûté leurs services refusés par lui. Les Suisses ne recevant pas tout l’argent attendu par eux, emprisonnent ceux de leurs généraux soupçonnés de connivence avec la Trémouille. Plusieurs furent appliqués à la question et décapités. Si les otages n’éprouvèrent pas le même sort, la seule appréhension de perdre les fortes rançons offertes par le roi leur saûva la vie.
Cependant plusieurs articles du traité de Dijon
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s^accomplissaîeot. Léon X informé que l’empereur i5 et le rûi d’Espagne se proposaient de diasser Maximilien Sfbrza de la Lombardie ^ et craignant de se trouver à la 'merci de la maison d’Autriche , se rapprochait de Louis XII. Il rétablit dans leur dignité les cardinaux du concile de Pise , ofirant de lever les censures lancées par son prédeccesseur , à condition que âx députés de l’élise de France viendraient lui demander cette absolution.
Anne de Bretagne mourut à Blois, le 9 janvier. i5 Cet événement devint la source de nouvelles négociations. Ferdinand le Catholique offrait de changer la trêve subsbtante en une paix perpétuelle.
Il demandait à Louis XU une cession de ses droits sur le duché de Milan, en Lveur de Renée de France. Cette princesse devait épouser Ferdinand , frère de Charles, duc de Luxembourg. Tandis que Louis XII coutracterait un nouvel hymen avec EImt ^ nore, sceur de Charles et de Ferdinand, l’ambassadeur de Venise, à la cour de Blois, combattait cette négociation par toutes les armes de ht diplomatie. H est de l’intérêt et de la gloire du roi^ disait-il , de ne pas abandonner ses droits sur la Lombardie. Une seule bataille perdue ne saurait nllàiblir le royaume de France. Le roi doit compter sur le zâe des Vénitiens, et peut disposer de leurs trésors et, de leurs troupes, et tant que Venise. ne sera pas anéantie, sa cause se confondra avec celle de la France.
Apr^ les événeioens dont la ligue de Cambrai
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avait été suivie , cct excès d’attachement des Vénitiens aux interets de Louis XII pouvait paraître suspect ; mais la politique des puissances italiennes variait perpcluellement. Le sénat VedoTitait alors une coalition entre Léon X, les Espagnols et les Allemands. Les seules forces de la France pouvaient balancer cc poids accablant. Non seulement l’ambassadeur de Venise engageait Louis Xll à passer les Alpes; mais il le sollicitait vivement de se réconcilier avec l’église romaine.
Louis chargea l’évêque de Marseille d’instruire le pape qu’adhérant au concile de Latran, celui de Lyon venait d’être dissous. Les relations entre les cours de France et de Rome se rétablirent sur-le-champ.
Henri avait envoyé 200,000 écus d’or à l’emjHîrcur, et fourni les sommes nécessaires au paiement de l’armée suisse. Cette générosité semblait lui garantir l’affection de Maximilien et de Ferdinand : se confiant sur cette faible espérance, une nouvelle armée anglaise se préparait»à pénétrer en France au retour de la belle saison. Son ambassadeur a la cour de Tolède lui donna cohnaîssaDce des nouvelles négociations entre Louis Xll et Ferdinand le Cadioliquc. 11 refusait d’abord d’ajouter foi aux avis de son ministre. -De nouvelles instructions vinrent troubler ses idées.'Dans sa- perplexité, il demandait à la vice-reine de la Belgique l’explication de ce mystère, et s’il devait conduire sa sœur..ù Calais à l’époque convenue. Mai^ueritâ.
■OJgfflzarb^rtjr.
d’Autriche n’avait pas été consultée par le roi ) d’Espagne. Cependant les nouvelles liaisons avec la cour de France ne lui étaient pas absolument, étrangères. Elle pria le roi de difl’érer le voyage delà princesse Marie, tâchant d’adoucir une nouvelle aussi désagréable par de vagues protestations d’amitié et d’intérét.
Henri éclatait en reproches contre scs perfides, alliés. L’ayant engagé dans cette guerre, ils s’élaienl servis de ses troupes et de son argent pour parvenir à leurs fins , et l’abandonnaient lâchement à l’approche du danger; Le duc de Longueville ^ prisonnier en Angleterre depuis la bataille de Guinegaste , était témoin de cette dis^sition. Ce prince, admis dans la familiarité de Henri Ylll, l’instruisait du caractère des deux monarques, dont imprudemment il embrassait les intérêts. Henri éprouvait l’humiliante mortification d’avoir été pris pour dupe. Il témoigna au duc sa volonté de traiter de la paix avec la France. Lmiis XII envoyant les pouvoirs les plus amples à Gaston d’Orléans, duc de Longueville , lui associa Jean de Selves , premier président au parlement de Normandie. Ce ministre donnait le change aux agens de Ferdinand et de Maximilien , en se montrant à Londres comme commissaire chargé de traiter de la rîinçoii des prisonniers.
' Louis demandait la restitution de Tournai. Cet événement aurait privé Volsey de l’administration <ie l’évéché. Y olsey, sans contester la justice de celte
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1 5 1 4, réclamation , la subordonnait à la condition exclu' sive où Louis Xll, pour éteindre définilivenient la querelle toujours renaissante entre les deux couronnes , au sujet de la Guienne et de la Normandie, paierait au roi d’Angleterre un tribut annuel. Celle compensation ne fut pas admise. Louis Xll consentit à laisser Tournai aux Anglais. 11 protnit de payer, à des termes convenus, les sommes dont la France se trouvait encore débitrice envers l’Angleterre. Elles furent évaluées à l, 000,000 d’écus d’or au soleil. Ce paiement devait être terminé eu dix ans, en raison de 100,000 écus par an.
A cette condition les deux monarques signèrent un traité de paix , d’amitié et de confédération. Louis Xll promettait d’épouser la princesse Marie. Ces stipulations furent renfermées dans trois actes, Le premier contenait l’alliance perpétuelle entre la France et l’Angleterre. Le roi de France nommait parmi scs alliés le pape , les Suisses et le roi d’Ecosse. Ceux de Henri VIH étaient l’archiduc d’Autriche et les Suisses. Les deux souverains promettaient de se' secourir mutuellement contre tous leurs ennemis. Le second traité réglait les conventions matrimoniales de Marie d’Angleterre. Les époques assignées pour le paiement du 1,000,000 dû par Louis Xll formaient l’objet du troiâème traité.
Le mariage fut célébré dans Abbeville. Éléonore de Castille , promise à Louis Xll , épousa le roi de Portugal. Dcvcntie veuve, elle fut mariée dans la suite à François I."
10. LotiUXTI se trouvait en mesure d’écouter les propositions des Vénitiens. Jamab U n’avait abandonné de bonne foi ses prétentions sur la Lombardie. Ses troupes se rassemblaient vers les frontières de Bourgogne et du Dauphiné. La fortune ne lui permit pas de rentrer én Italie. Une dyssenterie le conduisit au tombeau le 1" janvier i5i5 j à l’àge de cinquante- trob ans (1). U mourut à Paris au palab des Tournèlles.
Au rapport de l’bbtorien du chevalier Bayard, sa passion pour sa nouvelle épouse abrégea ses jours. «Lebon roi, à cause desa femme, avait changé sa manière de vivre, car où il soûlait dîner à huit heures , convenait qu’il dînât à midi , et où il soûlait se coucher à six heures du soir , souvent se couchait à minuit ».
Jamais la France ne (ut aussi florissante, aussi heureuse que sous le règne de Louis XII. Pour commencer par la population , dit à ce sujet Scissel , évêque de Marseille : « elle était prodigieusement augmentée. Plusieurs grandes villes, 'dépeuplées par les guerres , surprennent les étrangers par la multitude de leurs habitans. Plusieurs pays, entièrement incultes, sont aujourd’hui couverts de villages où règne l’aisance ». Plusieurs soutenaient que les guerres d’italiea valent épuisé la F rance d’hommes et d’argent. Seissellcur réj>ondait en cestermesxc On
fi) Brantôme , Eîoge de Louis XII. ^Mém. deDubeltay, liv. i.
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i5i5. voit généralement bâtir aujourd’hui de grands édifices publics ou particuliers. Ils sont ])leins de dorure, non pas les planchers seulement elles murailles à l’intérieur , mais leurs couvertures , les tours , et les statues placées au dehors. Les maisons sont meublées somptueusement. La vaisselle d’argent est abondante dans toutes les classes de la. société; il a même été nécessaire de modérer ce, luxe par une loi somptuaire. La dot des femmes et le prix des héritages sont augmentés dans une pro-, portion étonnante. Le revenu annuel de plusieurs héritages surpasse le prix de leur acliat sous le rè-; gne de Louis XI. L’augmentation du commerce ti’est pas moins remarquable. Où se trouvait un riche négociant du temps de Louis XI à Paris, à Rouen , à Lyon , à Mai^seille , à Bordeaux, à Nantes, on en compterait aujourd’hui cinquante. Il est plus aisé de voyager à Rome, à Naples, et même de passer la mer, qu’il ne l’était autrefois de se transporter d’une ville à une autre ville voisine ».<
• Cet accroissement subit, et prodigieux de population, de culture, de commerce et de richesses, était dû à la paternelle administration de Louis XII. La découverte de l’Amérique et des Indes y contribua aussi. Elle répandit en France une quantité énorme d’or et d’argent. Cette addition inopinée * fut sur le point de bouleverser toutes les fortunes. Les grands, devenus tout-à-coup cxcessiveinenl riches par la survente de leurs denrées, abandonnaient la résidence de leurs pères et venaient briller à la
cour.
LOUIS XII. 4g
cour. La dépense, en chevaux et en équipages de i5>5. chasse , devenait une épidémie. Louis Xll disait ;
« La plupart des barons de mon roj'aume , comme Actéon et Diomède , sont mangés par leurs chiens* et leurs chevaux ». <
' Les tailles , portées à a,5oo,ooo francs sous Louis XI, furent diminuées par Louis XII. François I.‘* les augmenta dans la suite. Plusieurs branches d'industrie inconnues auparavant enricliirent la France sous Louis XII ■ Une banque à Lyon, prenant l’argent à huit pour cent, avait attiré un numéraire immense. Le principal revenu de Louis Xll consistait en ses domaines, et dans le produit des gabelles , péages et droits de greffe , extrêmement augmentés par la richesse générale.
On portait le revenu de l’état à i3,ooo,ooo. Us en vaudraient plus de 5o aujourd’hui (i). Les denrées étaient comparativement beaucoup moins coûteuses. Avec ce faible numéraire, toutes les dépenses de l’état s’acquittaient. Ces ressources ne suffisaient pas pour entreprendre et pour conserver des conquêtes étrangères A)n y suppléa par la vente des offices -, ressource odieuse et insuffisante. U est surprenant que Louis Xll , après tant de désastres, suspendus par des traités inattendus, voulut encore s’obstiner à conquérir la Lombardie. Les malheurs ne détournent donc pas les princes de leurs pro-
(i) Le marc d’argent valait 1 1 francs, et le, marc d’or