Tome f^II
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i5Si — i352. Charles-Qilint , voulant augmenter le nombre
des évêques , avait ordonné aux prélats flamands, espagnols , napolitains , autrichiens , hongrois et bohémiens de se rendre à Trente. Il engageait même les trois électeurs ecclésiastiques d’assister au concile , suivis de quelques évêques d’un rang inférieur. Un sauf-conduit était accordé aux ambassadeurs chargés d’y représenter les piinces protcstans. Charles les exhortait d’y envoyer des théologiens , paraissant se conformer anx conditions sous lesquelles l’électeur Maurice de Saxe avait promis de reconnaître l’autorité du concile.
Ce prince se conduisait en même temps comme si les opinions protestantes étaient -déjà condamnées. Les ministres réformés reçurent une injonction de ne rien enseigner de contraire âux'dogdies de l’église romaine. Ces ministi'es | s’étant refusés aux désirs de l’empereur , furent contraints de sortir d’Ausgbourg. Le clergé protestant' de' la plupart des villes était traité avec la même violence. ’ ‘
i8. Jean de Fiennes, évêque, de Bayonne, envoyé en Allemagne sous prétexte de ‘lever’ des troupes , fut autorisé de contracter une alliance entre la cour de France et les électeurs de Brandebourg et de Saxe. Les motifs de ; cette- confédération étaient de procurer la liberté au landgrave de Hesse , et de prévenir le l'enversement de la constitution germanique.^ Les trois puissances associées prenaient l’engagement de com-
battre de concert l’empereur. Maurice de Saxe était déclaré chef de la confédération. Les proteslans d’Allemagne s’engageaient à commencer la campagne avec sept mille hommes de cavalerie et trente mille d’infanterie. Le roi payait a ^0,000 couronnes pendant les trois premiers mois de la guerre, et ensuite 4o,ooo écus par mois. 11 promettait d’attaquer l’empereur *du côté de la Lor; raine;. A l’égard des réformés français, on stipulait la cessation de la persécution , évitant cependant les clameurs du clergé catholique. Le secret de ce traité, signé le 1." octobre i55i , fut gardé’ avec beaucoup de soin , l’empereur n’en eut connaissance que par les premières hostilités;
Henri II venait de publier un édit dans lequel il était défendu sous peine de punition corporelle d’envoyer de l’argent à Rome , sous aucun préte^îte. L’avocat général Seguier, chargé de requérir l’enregistrement de cet édit , n’oublia pas de rappeler avec éloge les constitutions de Louis XII et de plusieurs autres rois de France , et observa combien il serait absurde d’envoyer au pape de l’or avec lequel il pourrait aider l’empereur à faire la guerre à la France. « 11 vaut beaucoup mieux , ajoutait Seguier, se passer de dispenses vénales ; elles peuvent faire illusion à des hommes ignorans ; ce sont de faibles i-essources contre les remords de la conscience ».
Cetédit, annonçant une rupture entre la cour de France et celle de Rome , devait alarmer les zélés
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i55i—i55a, catholiques , dans un temps où les drapeaux de France allaient se réunir à ceux des protestans d’Allemagne ; le roi , voulant prouver que les nouvelles opinions religieuses n’obtenaient pas sa protection , publia contre les réformés l’édit de Châteaubriant. La connaissance du crime d’hérésie était attribuée à la justice séculière , à raison de l’infraction des édits et du scandale public * et à la justice ecclésiastique, en raison des erreurs contre la foi. Tout homme se présentant pour obtenir un office de jiidicature était tenu de produire un certificat de catholicité ; on usait des memes précautions à l’égard des officiers municipaux des villes et des professeurs chargés de l’éducation des enfans.
Henri confirmait dans l’office de grand inquisiteur , avec pouvoir de se substituer des vicaires dans toutes les provinces de l’empire français , le dominicain Mathieu Orri , pourvu par le pape cle cette commission sous le règne ‘de François 1.®*'.
. On n’accordait à ces inquisiteurs ni prisons, ni appariteurs ; on les astreignait à communiquer leurs procédures aux évêques , leur commission n’était enregistrée dans aucun parlement', leurs fonctions se réduisaient à se j»orter pour dénonciateurs. Sentant combien ce rôle les rendait odieux, rien ne nous indique leur empressement à le remplir. Les réformés purent se maintenir avec prudence , évitant , à l’exemple des fidèles des [>remiers siècles , durant les anciennes persécutions , de braver les prêtres , leurs ennemis, par desassem-
HENRI n.
blces trop nombreuses ou trop bruyantes ; c’est '55 i—i552. tout ce que le roi pouvait accorder aux protestans d’Allemagne , sans s’exposer de passer pour protestant lui-méme aux yeux du clergé catholique de France.
Jules III , n’ayant pas réussi à déterminer Henri II à prendre les armes en sa faveur , resserrait son alliance avec l’empereur ; des lettres monitoriales furent publiées : le duc de Parme était requis de renoncer à ses liaisons avec Henri II ; sur son refus , le pape l’excommunia et lui déclara la guerre. Cliarles-Quint avait donné ordre à Fernand de Gonzague, gouverneur du Milanais, de seconder l’armée pontificale. Henri et Charles , affectant de publier qu’ils restaient inviolableraent attachés à la paix de Crespi , combattaient l’un contre l’autre.
Les Français prenaient les armes comme alliés du duc de Parme j Octave Farnèse et les Impériaux comme protecteurs du St.-Siége.
Les troupes de l’empereur et du pape , réunies sous le commandement de Jean-Baptiste del Monte et de Ferdinand de Gonzague , se proposaient d’assiéger Parme. Pierre Strozzi , avec une petite armée française , mettait au pillage les environs de Bologne. A cette nouvelle , le pape ordonne à son neveu d’abandonner le Parmésan et de couvrir les états del’Eglise : alors Strozzi, se portant rapidement sur Parme , met cette ville en état de défense. Le duc de Florence , Cosme de Médicis, craignant d’être chassé de ses terres par les Français , se déclarait
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j55i— i55a. contre les Farnèse. Le duc deModène, dévoué à la cour de France , avait des racnageraens à garder en qualité de vassal du St.-Siége, et parce que les Impériaux s’étaient emparés de quelques châteaux dans ses états , dans la vue de couper les vivres à la garnison de Parme.
Charles-Quint ayant terminé la diète d’Ausghourg , était venu à Inspruck. Cette ville , pai* sa situation au voisinage de Trente , lui paraissait un séjour d’où il pouvait observer à la fols les opérations du concile et celles de la gtierre de Parme , sans perdre de vue les afiaires d’Allemagne.
Tel était le mécontentement inspiré par l’ambition de ce prince, qu’à la veille d’être surpris dans sa résidence , personne ne l’instruisait du danger dans lequel il se trouvait : cette Imprudente sécurité de la part d’un prince., dont l’attention à observer tous les événemens le conduisait souvent à une excessive défiance , parait inexplicable.
Indépendamment de l’adresse singulière avec laquelle les électeurs de Saxe et de Brandebourg Couvraient leurs armemens du prétexte de secourir la Hongrie, ménacée de nouveau par les Ottomans , une autre cause concourait à l’inaction de l’empereur. Il était atteint d’un violent accès de goutte. Son tempérament s’affaiblissait par diverses attaques de celte cruelle maladie. Les ressorts de son ame*active se détendaient, il ne se trouvait pas en état de s’occuper des affaires générales avec la même vigilance et sa pénétration ordinaire.
Sig
Cranvelle , son ministre , regardait les princes i55i— iS6a. allemands , si souvent trompés par son père, comme étrangers aux intrigues de la diplomatie : on lui avait donné plusieurs avis des projets hostiles des deux électeurs , il les méprisa. Le duc d’Albe inspirait des défiances à Tempereur , Granvelle les dissipa.
Tous les préparatifs des confédérés étaient finis. Charles conseiTait une sécurité parfaite.
11 fut tiré de sa léthargie par deux manifestes publiés dans le même temps : dans l’un , Maurice , électeur de Saxe ; Joachim , électeur de Brandebourg; Frédéric, électeur Palatin; Christophe, duc de Wirtemberg ; le margrave de Bade Dourlach , les fils du landgrave de I;Iesse , et plusieurs autres princes déclarant leur alliance avec la cour de France , donnaient pour motifs de leurs armemens la nécessité de maintenir la constitution germanique , de protéger la religion réformée , et de forcer l’empereur à rendre la hberté au landgrave de Hesse.
Dans l’autre, Henri II, prenant le titre de protecteur des libertés de l’ Allemagne , annonçait aux princes et aux villes de Germanie son dessein de les rétablir dans leurs immunités.
Ces événemens inattendus jetaient l’empereur dans l’étonnement et dans. la consternation ; ils lui paraissaient la suite d’un traité entre la cour de Paris et de Constantinople. Une partie de son infanterie sc. trouvait en Hongrie, les circonstances no lui permettaient pas de la rappeler. Une autre
i55i — i353. partie combattait aux environs de Parme : plusieurs bandes allemandes licenciées s’étaient mises au service de France ou à celui des princes protestans. Charles réduisit ses espérances à tenter des négociations., employant la médiation du roi des Romains.
Maurice s’avancait à la tête de vingt mille fantassins et cinq mille chevaux , toutes les villes sur. • sa route ouvraient leurs portes. Le roi des Romains lui proposait une conférence dans Lintz. U y vint sur-le-cliamp , ordonnantàson armée de continuer sa course sous les ordres du duc de Meckelbourg.
Henri II entrait en campagne. 11 s’était procuré l’argent nécessaire , empruntant deux cent cinquante mille francs sur l’hôtel-de-ville de Paris , une somme à peu près égalesur la banque de Lyon, créant soixante sièges présidiaux dans le royaume et imposant trois millions sur le clergé.
J ^52. 11 séance solennelle au parlement de
Paris le 12 février i553. La reine fut déclarée régente , et le cardinal de Bourbon lieutenant-général de la couronne. Le connétable , prenant ensuite la parole, expliqua les motifs delà guerre, et termina ainsi sa harangue ; <;c Pendant l’absence du roi , la reine , M. L’amiral et d’autres conseillers d’état expédieront les affaires. Le cardinal de Bourbon veillera sur cette capitale. Le parlement correspondra dignement aux intentions paternelles du roi ».
Le but de cette phrase était de contenter le clergé. Ce corps venait d’accorder trois millions, à
5ai
condition qne sa jurisdiction serait entière en ma- i552. tière d’héresie. Le parlement s’opposait à cette prétention du clergé. Le cardinal de Bourbon effrayait les magistrats en menaçant de suspendre le payement de la somme de trois millions , et de les rendre responsables des suites de cette suspension.
La demande du clergé , livrant les réformés à leurs ennemis , contrariait les promesses faites par le roi aux princes protestans d’Allemagne ; la résistance du parlement était probablement concertée avec la cour. On ne fit pas de nouvelles instances.
Dans une assemblée des . chambres , un président dit : «Les trois millions offerts parle clergé ne sortiront pas de la bourse des évêques ,%iais de celle du clergé inférieur. Il n’a aucuu intérêt à l’extension de la jurisdiction épiscopale. Il s’agit donc de ne pas mettre des obstafcles par un refus inopportun à la perception d’une sommenécessaire au service du roi , mais de retarder seulement l’enregistrement de Pédit sous prétexte de quelques diC ficultés aisées à faire naître ». Cette affaire prit une tournure dilatoire , les trois millions furent payés : quand le clergé n’eut plus d’argent à donner , la cour laissa agir le parlement. Il ne fut plus question de l’édit sollicité par , le corps épiscopal.
L’armée française s’assemblait alors en Champagne au mois de mars. Elle consistait dans la maison du roi , deux cents gentilshommes et quatre cents archers de la garde, quinze cents lances, deux mille clievau-légers , douze cents arquebu-
155a; siers à cheval, deux mille hommes de l’arrièreban et cinq cents cavalier^ anglais envoyés par Edouard. Cette cavalerie était soutenue par une infanterie redoutable ,• quinze mille hommes de bandes françaises , neuf mille Allemands et sept mille Suisses. Les villes de Toul et de Verdun ouvrirent leurs portes sans' résistance aux troupes du roi. Elles se présentèrent devant Metz. Cette place se rendit bientôt. Le roi occupa la Lorraine entière. Ayant laissé des garnisons suffisantes dans Metz , dans Nanci , dans Pont-à-Mousson et dans quelques autres places , il s’avança vers l’Alsace. Des députés précédaient l’armée. Ils s’adressèrent de la part du roi au sénat de Strasbourg. Henri demandait la liberté de passer sur le pont de cette vüle , et des vivres en les payant. Ce fut le sujet d’une longue et épineuse négociation. Les généraux français se proposîâent de la terminer en sur-» prenant une place dont le siège gût été trop long et trop difficile. Les Strasbourgeois se. mirent en état de défense. La. ruse devenant inutile , le roi allait commencer le siège. Des députés des princes protestans vinrent changer cette disposition. Admis devant le roi , ils le remercièrent de ses bons offices , l’assurant que désormais ils n’avaient plus besoin de secours. L’armée prit la route de la Champagne.
Des considérations importantes, se joignant aux remontrances des protestans d’Allemagne, déterrai- ■ naient le roi à la retraite. Les dévots et surtout les
moines regardaient comme un sacrilège une guerre i5 j2. dont le but était de rendre lalibertéau landgrave de Hesse et à l’ancien électeur de Saxe , piliers de l’hérésie qu’ils auraient voulu livrer aux flammes.
Deux prédicateurs , l’un cordelier , l’autre dominicain , déclamaient à ce sujet dans les principales églises de Paris. Leur séditieuse impudence éveillant les regards de la police , le parlement les fit conduire en prison. Cette mesure n’arrêtait pas la fermentation produite par leurs discours incendiaires. Des placards menaçans se trouvaient affichés chaque nuit sur les principales places de Paris.
Le parlement croyait reconnaître la main du clergé dans ces symptômes d’insurrection. L’approche des ennemis du dehors les rendait, encore plus alarmans. Ernest de Mansfeld , gouverneur de Luxembourg, venait de s’emparer deStenai; il ravageait les frontières de Champagne. Le comte de Rœux , avec une armée levée en Flandre , s’avançait en Picardie , brûlait la ville de Noyon , et répandait au loin l’épouvante. Compiègne demandait des secours à la ville de Paris ; elle se . hâta de lui envoy'er une partie de ses arquebusiers.
La capitale ne se croyait pas en sûreté. Une taxe proportionnelle fut établie sur les propriétaires de maisons. On s’employa à creuser des fossés , et à élever un boulevard depuis la porte Saint- Denis j usqu’aux bords de la Seine.
Henri , abandonnant les bords du Rliin , partagea son armée en quatre divisions, leur ordon- ,
i552. nant de se réunir sur la frontière de Luxembourg. Mansfeld et Rœux se retiraient avec précipitation ; on rentra sans combat dans les villes dont ils s’étaient rendus maîtres. Le roi fit la conquête du Hainault. On ^ccagea et on réduisit en cendres un grand nombre de boui^s et de villages , en représailles des cruautés exercées en Picardie par les troupes flamandes. Après cette expédition , les troupes entrèrent dans des cantonnemens. Le roi f terminant la campagne à la fin d’août , attendit l’effet des négociations entamées en Allemagne.
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