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t54y. France fut tributaire de l’industrie italienne. La Méditerranée, ce vaste bassin sur lequel les flottes de Charles-Quint et de Soliman II efirayaient les paisibles navigateurs , n’oflrit long-temps aux Français que des limites. Une pêche , dont le principal produit se consommait dans les provinces méridionales , et dont les Portugais enlevaient les salaisons, était la branche la plus importante du commerce français. On eût dit que la nature avait creusé les ports de Provence et de Languedoc pour donner aux Italiens la facilité d’enlever le numéraire de France , en lui procurant des objets de luxe. Ainsi les Anglais font de nos jours le commerce du Portugal. François I.*^ n’eut presque plus de marine militaire depuis la défection de Doria.
Les Espagnols, possesseurs des mines du Pérou, promettaient des bénéfices immenses à la'^ nation qui la première établirait avec eux un commerce suivi. Cet appât, et le commerce avec les Turcs éveillèrent l’industrie française. L’agiiculture fut perfectionnée , des manufactures précieuses se formèrent. La France offrit aux étrangers du blé, du vin , des draps , du papier , des toiles , du kermès , du pastel , de l’alun , du soufre , des huiles de première qualité , de la cire, du miel, de la poix, des fruits secs , du sel excellent et des salaisons. Elle recevait en échange , des seqnins turcs , des lingots d’or du Pérou, de l’étain d’Angleterre, du marro-
• quin d’Afrique , des toiles fines et des dentelles de Flandre , des chevaux et des laines d’Espagne ,
des soieries et des glaces d’Italie, et les marchan- i547* dises des Indes.
Cki arait tiré, avant François I.", des villes d’Italie les objets d’agrément , surtout la parfumerie et les gants. Les Français l’emportèrent en peu de temps dans toutes les fabrications de frivolités. Ce commerce versait en France une grande quantité de métaux précieuj^.
Un autre moyen d^attirer de l’argent en France fut l’établissement de la banque de Lyon. Le cardinal de Tournon en donna le projet à son retour d’Italie en i545. Ayant vu les Vénitiens et les Génois tenir une banque d’emprunt toujours ouverte , il conseilla à François I.®' de suivre cet exemple. L’emprunt fut ouvert à huit pour cent. Cliarles- Quint et Henri VIII empruntaient aussi. Cependant', k peine les lettres-patentes de la banque de Lyon étaient expédiées, que l’or affluait en France.
Les Espagnols, les Allemands, les Suisses, les Génevois , les Florentins , les Lucquois , afiriandés , dit un contemporain , de la grandeur et de la sûreté des profits , s’empressaient d’apporter leur numéraire à Lyon. Depuis cette époque , suivant Bodin (i), jusqu’en i558, les valeurs métalliques quadruplèrent en France.
' Cette abondance ressemblait à un embonpoint
(i) Bodin se trompe : 4e marc d’argent valait, au commencement du règne de François I.*', 1 1 fr. et 14 fr. k sa mort. Sous Henri II , il monta à 40 fr. 10 sons.
1647. factice. Henri II abusa dans la suite de la facilité d’emprunter. L’intérêt fut porté à seize pour cent. La conliance commença à diminuer , le discrédit s’annonça bientôt. On n^ociait les effets royaux à soixante-dix de perte. Plusiejirs villes avaient prêté beaucoup d’argent à François I.'*’ Henri II abusa encore de cette manière de couvrir ses dépenses. En moins de douze ans de règne , les intérêts dus par lui, surpassaient la masse des subsides levés par ses prédécesseur^ quarante-cinq ans auparavant. François II , montant au trône , trouva l’état surchargé d’une masse de dettes impossible à payer. Ce fut une des causes du bouleversement de la France. jVous avons vu le même bouleversement se renouveler sous nos yeux. Il arrivera toujours dans les mêmes circonstances , avertissant les rois qu’en dépensant au-delà de leurs revenus , ils creusent l’abîme dans lequel ils doivent disparaître.
Ce malheur ne se faisait pas sentir sous le règne de François I.*'^ Les richesses , répandues de toutes parts , étaient employées par les particuliers à se procurer les douceurs de la vie. On eut des maisons mieux construites , mieux meublées , des tables plus délicatement servies , des parures plus élégantes et plus recherchées. AnnedeBretagneavaitappelé(i)
(1) Le mirc.d’or valut depuis i5o jusqu’à i65 francs et quelques sous. On fabriqua sous ce règne des ëcus
' d’or , des ducats et des testons «Pargent , et en Sillon, des blancs , des douzains , des liards, des doubles tournois , des deniers tournois, des bordelais et des coronaux.
FRANÇOIS I." 46g
les femmes à la cour. Elles y parurent avec éclat 1547. sous François I." La duchesse d’Angoulême logeait au palais des Toumelles. Quittant cette maison en l5ig, elle vint habiter celle de Nicolas dé Neuville , secrétaire d’état des finances. Cet hôtel s’élevait sur une partie de l’emplacement où l’on voit aujourd’hui le palais des Tuileries. François 1.”* acheta cet emplacement.
Sur la fin de sa vie, François 1.'* publia une loi somptuaire contrel’usage des étoffes d’or et de soie.
Les soieries se tiraient des étrangers. Les habits de soie ne furent permis sous Henri II qu’aux piincesses , aux princes et aux évêques. Celle loi ne fut pas exécutée. Les dames portaient des robes fàitesà Milan, enrichiesde broderies, passeniens, tortils et arrière-points. Les queues traînaient de deux aunes. L’usage des chaperons et des coiffures'trèsélevées subsbtait. Les hommes se faisaient raser.
La mode de porter les cheveux courts et la barbe longue s’introduisit, en i5ai , à l’occasion d’une blessure reçue |>ar François I.*^ , eu assiégeant la maison d’un de ses &voris avec des boules de neige. Le bas de son visage fut défiguré par un tison enflammé lancé d’une fenêtre. On voulait poursuivre en justice l’imprudent, coupable d’avoir jeté les tisons. Le roi s’y opposa. « J’ai fait la Lule , r^ondit-il , je dcHS la lx>ire ». Il masqua cetbe diff)rmité en laissant croître sa barbe. Les courtisans suivirent son exemple , bientôt générale-
ment adopté. Cette mode passa sous le règne de Louis XIII.
On employait dans les tribunaux un latin barbare. François I." y substitua la langue française ; dès* lors elle s’embellit. Plusieurs petits ouvrages de cette époque , surtout quelques épigrammes de l’évêque Saint-Gelais et de Qément Marot, offrent de la finesse et de la naïveté. On les lit encore aujourd’hui avec plaisir. François 1." fonda le collège de France. On y enseigna la géométrie dont on ne recevait aucune leçon dans l’université de Paris. Il fonda aussi l’imprimerie royale , et enrichit la bibliothèque publique des meilleurs livres.
Sous ce règne vécurent André Alciat dont les ouvrages de jurisprudence furent imprimés en 1 67 1 ; André Tiraqu eau, auquel on fit cette épitaphe ; Hic jacet,qui aquam bibendo , viginti libéras siiscepit', viginti libros edidit ; si merum bibisset, totum orbem implesset: les deux Frères du Tillet ; le premier , auteur d’une chronique latine des rois de France ; le second dont nous avons plusieurs ouvrages , parmi lesquels on distingue son histoire de la guerre contre les Albigeois : Cujas , Ramus , Guy Coquille, le chancelier de Lhôpital, Duranti , Brisson , Loisel , Fabrot , le Fèvre , Hotman , le Maître , Jean Amyot , Théodore de fièze, Sofixui de Calignan , chancelier de Navarre ■ Michel de Castelnau , Florent Chrétien , précepteur de Hen-
rl IV ; Robert Garnier , Bernard du Haillan , Gil- i547bert Genebrard, archevêque d’Aix ;les cardinaux du Perron et de Lenoncourt , l’évêque de Valence Moulue , Aide Manuce , célèbre imprimeur et . littérateur distingué ; nous avons de lui une grammaire grecque , des notes sur Horace et sur Homère ; craignant d’être détourné de ses études parles oisifs dont les grandes villes abondent , il avait placé sur la porte de son cabinet un avis à ceux qui venaient le voir de ne lui parler que de choses nécessaires , et de se retirer dès qu’il les aurait satisfaits: Henri de Mesme, François Miron, médecin de Henri III j Louis de Gonzague , duc de Nevers ; ses mémoires , publiés par Gomberville , en i665, s’étendent depuis 1674 jusqu’à la mort de Henri IV : l’imprimeur Christophe Plantin , François ^ l’Espinal de Saint-Luc jJules-César et Joseph Scaliger
père et fils ; nous avons de l’un et de l’autre un grand nombre d’ouvrages; Scaliger père mourut à Agen , en i658 , âgé de soixante-quinze ans ; Scaliger fds , célèbre par son traité De emenda~ tione temporum , après avoir passé une partie de sa vie à Paris , se retira en Hollande : Jean de Sevres , Horace Tiircclin , Biaise de Vigenère , Nicolas Vignier, Audigier, Juste Lipse, Sponde , Casaubon , et un grand nombre d’autres parmi lesquels dut être distinguée Marguerite, sœur de François L"’, reine de Navarre, à laquelle on donna le surnom de dixième muse. Je citerai une petite pièce de vers adressée par elle à Clément Marot qui
J 547. se plaignait du grand nombre de ses créanciers. Ces vers n’ont pas vieilli.
Si ceux à qui dcvefâ comme vous dites Vous coiinoissoient comme je vous connois ,
Quitte sériés des dettes que vous fîtes Au temps passé, tant grandes que petites ,
En leur payant un dixain toutefois ,
Que savez faire et qui vaut mieux cent fois Que l’argent dû par vous , en conscience ;
Car estimer on peut l’argent au poids ;
.Mais on ne peut , et j’en donne ma voix ,
Assés priser votre belle science.
Les beaux arts marchent à la suite des belles lettres. L’architecture déploya en France sa magnificence. François I.*' commença à bâtir le nouveau Louvre , après avoir &it abattre la grosse tour placée au centre des bâtimens dont l’ancien Louvre se composait. U éleva dans les environs de Paris ♦ le château de YUlers-Coterets , celui (1) de Madrid dans le bois de Boulogne , celui de Chambord dans le Blaisois. Il embellit ceux de Saint-Germain et de Fontainebleau. Non content de les décorer des meubles les plus précieux , il attira dltalie des sculpteurs et des peintres , voulant y réunir * toutes les beautés admirées à Rome, à. Florence.
Au nombre de ces artistes furent Léonard de Vinci , l’émule de Michel- Ange j André del Sarto, Maître Roux et le Primatice.
(i) Sur le modèle du château dans lequel il avait été enfermé en Espagne.
L’art militaire se ressentit des changemens 1547. avantageux adoptés dans les autres branches de l’administration. L’infanterie avait &it la force des armées françaises pendant le règne des Mérovingiens. L’introduction du régime féodal transporta la préférence à la cavalerie. Les fantassins étaient employés presque uniquement dans les armées comme pionniers. L’invention des armes à feu ayant forcé de revenir à l’infanterie , les rois de France prirent à leur service des corps nombreux de Suisses. Leur réputation remplissait l’Europe depuis les batailles de Morat et de Nanci. Une partie de ces troupes fut remplacée sous Louis Xll par des phalanges allemandes, connues sous le nom de bandes noires 3 écrasées à la bataille de Pavie. François I.®' répara cette peçte par la création de sept légions nationales de six mille hommes chacune. Cet établissement, dans lequel se fondirent les restes des bandes noires , donna naissance dans la suite aux régimens. Ils furent divisés en bataillons de six ou sept cents hommes. Daniel rapporte à Henri 11 l’institution des régimens : iis ne furent pas connus avant le règne de Charles Maximilien.
On doit attribuer à la renaissance des lettres les progrès de la religion réformée. Le caractère tranchant et ombrageux des théolo^ens, l’esprit de chicane et de hauteur dévelbppé dans les écoles, les plates rapsodies publiées comme des oracles irréfragables , les censures ridicules et souvent révol-
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i547« tantes dont s’armaient les docteurs contre tout ce qui benrtait leurs opinions les moins raisonnables , ne pouvaient séduire des hommes éclairés par les lumières de l’érudition et de la littérature. Les réformateurs du seizième siècle auraient forcé les ei^oteurs au silence , si le plus grand nombre d’entre eux avait ressemblé au célèbre Erasme, dont la critique fine et enjouée s’exerça avec tant de suc-; cès contre le pédantisme.
Erasme donna en quelque sorte le ton à son siècle, par la beauté de son génie et par la prodigieuse étendue de son érudition. Il naquit en Hollande ; mais ayant fàitses études en France , on doit le compter parmi les littérateurs français. Paul 111 lui destinait le chapeau de cardinal ; voulant le mettre en état de soutenir cette dignité, il lui eonféra la prévôté de Deventer. Ce philosophe refusa ce riche bénéfice ,-et témoigna la rncme indifférence poür la pourpre romaine., Luther ne réussit pas à l’attirer à son parti; personne cependant n’était frappé comme lui des abus attachés à la religion romaine. 11 répondit à un mémoire dans lequel Melancton justifiait ses opinions religieuses : «Je ne veux point juger des motifs qui vous ont conduit parmi les partisans de Luther; mais j’aurais sou- I haité , qu’ayant un esprit propre aux lettres , vous les eussiez cultivées sans attaquer les institutions ecclésiastiques». Il' tint cette conduite lui-méme. Erasme employa l’arme perçante du ridicule contre l’esprit pointilleux , enraciné dans les universités.
Il servit la raison sans s’occuper de dogmes inin- .547. telligibles ; sa guerre vive contre les théologiens fera dans tous les siècles, les délices des bons esprits. Erasme vivra avec honneur dans la postérité , on parlera de lui le sourire sur les lèvres , tandis que la mémoire de Luther et de Calvin se trouve liée avec les affreuses catastrophes dont la publication de leurs opinions fut accompagnée.
Vers le temps de la mort de François I.", l’empire ottoman était parvenu au comble de sa puissao.ce sous le règne de Soliman le Magnifique. Ce prince mourut en i566, après un règne de quarante-six ans , durant lesquels il combattit , presque toujours avec avantage les chrétiens et W Perses.
Son empire s’étendait d’Alger à l’Euphrate, et du fond de la mer Noire aux extrémités méridionales de la Grèce. S’il faut en croire les historiens orientaux, ce prince était aussi propre aux exercices de la paix qu’aux travaux de la guerre. Exact observateur de sa parole , ami de la justice et du bon ordre , il fit fleurii* par sa vigilance les vastes états agrandis par ses armes. Il ressembla à Charles-Quint par ses voyages perpétuels. La victoire le couronna dans les bras même de la mort ; il termina sa vie en assiégeant Sigeth en Hongrie; la ville fut prise d’assaut lorsqu’il rendait le dernier soupir. *
On ne comptait pas les puissances du nord dans le système politique de l’Europe. L’Italie était le séjour de la magnificence des arts et des plaisirs'. Quatre royaumes partageaient en Europe la puis-
i547- sance publicpie: la France, l’Allemagne, l’Angleterre et l’Espagne, Les Suisses avaient amalgamé les nouvelles opinions religieuses avec leur constitution civile. Venise , plus circonscrite dans ses possessions, renonçait peu a peu au rôle brillant joué pr cette république dans les siècles antérieurs ; mais son commerce attirait l’or de l’Europe. Gènes, sous des formes républicaines , faisait partie de 1 empire de Cliarles-Qulnt, Les chevaliers de Rhodes réparaient leurs pertes sur l’aride rocher de Malte.
La religion réformée s’était établie dans la moitié de l’Allemagne et dans le quart de la France , durant les sessions du concile de Trente. Les décrets de ce concile , loin de rapprocher les réformes des catholiques , finirent pr rendre définitive la scission entre les deux cultes. Ce changement de religion s’opéra sans de grandes commotions , en Suède , en Danemarck , en Prusse et même en Angleterre. Les troubles religieux de Germanie s’apisèrent insensiblement , grâce au flegme de la nation allemande. La France fut déchirée dutant trente années par la rage du fanatisme. Cette inconcevable frénésie changeait les Français en bêtes féroces , les acharnait à la destruction de leur ptiie, longtemp avant que Philippe II eût formé des prétentions sifr la France.
10. Henri II parvint à la couronne à l’âge devingtneaf ans ; on lui trouvait de la ressemblance avec Loub XII. Si cette conformité ne se bornait pas à des rapports extérieurs , on devait regretter que
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la fortune ne leur eût pas ménagé la. même éduca- 1547. tion. L’ame de Louis Xll s’était fortifiée à l’école de l’adversité , celle.de Henri II s’engourdit au sein des plabirs. Ce prince , à beauôoXip d’adresse et de courage , à un goût démesuré pour les exercices de la chevalerie , joignit une extrême Êiiblesse d’ame; tous ses courtisans le gouvernaient. Il s’abandonna à une passion aveugle pour Diane de Poitiers , femme intrigante et spirituelle, assez habile pour subjuguer, malgré son âge de 45 ans , un jeune roi sous le nom duquel] elle régna en souveraine.
Des trois fils de F rançois 1.'’% Henri avait le moins réussi à plaire à son père -, cependant il lui confia deux fois le commandement des armées sous la direction du connétable de Montmorenci, et deux fob sous celle du maréchal cfAnnebaud.
Anne de Montmorenci avait joui long-temps de la confiance de F rançois I.*’’; il fut exilé à Chantilli , sous des prétextes frivoles. Son vrai Crime était d’avoir désapprouvé le consejl donné à ce monarque de faire arrêter Charles-Qnint à Paris ; malgré cette disgrâce , le dauphin lui accordait toute sa confiance et suivait aveuglément ses conseils ; soit que ce sentiment fût dû à la pente de son ame inactive ou aux insinuations de Diane de Poitiers.
François I.*', en mourant , avait exigé de son fils la promesse de laisser le maréchal d’Annebaud à la tête des afiaires ; elle ne fut pas remplie. Au moment où Ffançois entrait dans la tombe , le connétable de Montmorenci obtenait toute l’auto-
1547. rite d’un premier ministre ; Moiitmorenci a tlrîbuait sa disgrâce à la duchesse d’Etampes, elle fut dépouillée d’une partie des libéralités indiscrètes du monarque. On donna l’hôtel d’Etampes à Diane de Poitiers, et la belle terre de Chevreuse au cardinal de Lorraine.
La plupart des ministres de François I.®' furent congédiés. On accusa Nicolas le Bossut d’avoir , durant la guerre de i545, révélé à l’empereur le secret du cabinet. 11 fut tiaînc en prison , et n’en serait jamais sorti sans la protection du cardinal de Lorraine, auquel il céda un superbe hôtel. Gilbert Bayart, un des quatre secrétaires des finances, appelés secrétaires d’état dans'la suite, mourut dans les fers victime de quelques propos rapportés au connétable. Le cardinal de Tournon , chancelier de l’ordre du roi , fut dépouillé de cet office et rayé de la liste des conseillers d’état. Le comte d’Annebaud reçut ordre de remettre l’office de maréchal de France , incompatible, disait-on , avec- celui d’amiral. On exila le chancelier Olivier, accusé par 'le cardinal de Lorraine de protéger les réformés. Bientôt se renouvelèrent contre eux les persécutions suspendues depuis les massacres de Mérindol.
Pour remplir le vide laissé dans le conseil par le renvoi des anciens ministres, le connétablo dressa deux listes des individus qui avalent droit d’y entrer. Au conseil du matin, où se terminaient les aflâires les plus importantes , devaient assister
Henri d’Albrct , roi de Navarre; Antoine de Bour- 1547. bon, roi de Navarre dans la suite ; le cardinal Jean de Lorraine ; Charles de Lorraine , archevêque de Reims , plus connu sous le nom de cardinal de Guise ; le connétable Anne de Montmorenci , le président Bertrandi , cardinal dans la suite , nommé gardc-des-sceaux depuis la disgrâce du chancelier Olivier ; François de Lorraine , duc d’Aumale ; Robert de la Mark , duc de Bouillon ; les comtes d’Humières et Saint-André ; le secrétaire d’état Villeroi, et les quatre secrétaires des liuauces , Bocherct , l’Aubépine , Clausse et du ïhiers.
Les mêmes conseillers pouvaient assister au conseil dtf soir réservé aux affaires courantes; il se composait particulièrement des cardinaux de Bourbon, de Ferrare, du Bellay et de Coligni-Châtilloii, des ducs de Nevers , de Guise et d’Etampes , de Raimond , président au parlement de Rouen , et des évêques de Soissons et de Coutances.
Anne de Montmorenci obtenait la principale influence au commencement de ce règne , celle des Guise l’emporta insensiblement. Des premières années de Henri II datent ces factions et ces ligues dont le terrible choc bouleversa la France.
Montmorenci , chargé du département de la guerre , réunissait tous les moyens de se faire des créatures ; mais la dureté de son caractère éloignait de lui une partie de la haute noblesse. Les Guise tenaient une conduite plus conciliante; affiibles et généreux , plus avides d’honneurs que de
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547. richesses , ils se contentaient des immenses domaines de leurs aïeux ; leurs bienfaits se répandaient avec profusion et presque sans mesure. Le comte Jacques d’Albon , maréchal de Saint-André, réunissait au grade de maréchal de France la charge de premier gentilhomme de la chambre ; lui donnant un libre accès à la cour , elle le mettait à portée de tout obtenir d’un prince sans caractère , sans expérience.
J’ai parlé de la manière dont Diane de Poitiers parut à la cour sous le règne de François I." ; parvenue à l’âge de quarante ans , Henri II , âgé de dix -huit , en devint amoureux éperdument. Henri perdit, dans son commerce avec Di§ne , la rudesse contractée par lui dans les exercices violens auxquels il se livrait. Il y puisa cette aveugle prodigalité, source de la dissipation de ses finances et des malheurs des règnes suivans. Ce prince , montant sur le trône, donna à sa &vorite le produit de la (confirmation des offices et du renouvellement des "privilèges : ce prodmt avait été anciennement affecté aux frais des funérailles du monarque défunt , et à ceux du sacre de son succ^seur. François I.*' en avait gratifié sa mère. Cette libéralité trouvait son excuse dans la piété filiale ; celle de Henri excita vin murmure général 5 il y ajouta le duché de Valentinois , la terre d’Anet , où Diane bâtit un châtea\i dans lequel toutes les merveilles de l’art furent réunies. Un autre don la couvrit d’une véritable 4nfamle : elle se fit concéder les biens
des
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des réformés condamnés à mort , ou fuyant à »547. Genève pour éviter la persécution.
On neparlâitde QitherinedeMcdicis que comme d’une princesse douée de toutes les grâces de son sexe. (( Sans mettre le nez dans les affaires d’état , pour me servir des expressions de Brantôme , elle s’occupait à besogner ses ouvrages de soie et d’or, où elle était tant parfaite , qu’on eût dit Aragné la fileuse ». On ne lui connaissait pas ces funestes talcns pour l’intrigue développés par elle dans la suite.' Caressant la duchesse de Yalentinois , qu’elle ne pouvait pas aimer ; flattant le connétable , regardé par elle comme son ennemi , elle obtenait ce qu’elle voulait en faveur de ses protégés ; les principaux furent l’amiral d’Annebaud, qu’elle ramena dans le conseil ; le vidame de Chartres , de la maison de Vendôme ; Pierre et Léon Strozzi, ses parens , bannis de Florence , et Gaspard de Sault , maréchal de Tavannes.
Henri d’Albret , roi de Navarre , et Antoine , duc de Bourbon , son gendre , avaient été admis dans le conseil, parce qu’onn’avaitpasosé les en exclure. Us ne paraissaient presque jamais à la cour.
La maison de Bourbon* éprouvait de perpétuels désagrémens depuis la défection du connétable.
Ces princes restaient dans leurs terres , trop fiers pour se contenter des secondes places , et trop ouvertement disgraciés poùr prétendre aux premières dignités, seules convenables â leur naissance. Le roi Tome y IL ' 5x
1647. de Navarre , mécontent du connétable de Montmorencl, s’était retiré dans le Béarn.
11. Je trouve, dans un des manuscrits de Béthune conservés dans la bibliothèque de Paris, que durant l’année 1 547 la recette des finances s’éleva à i4,o44,i 16 francs 3 s. 1 den. non compris les recettes de Bretagne , de Bourgogne et de Provence , et déduction faite des frais de perception.
Suivant les mémoires de Sully , ces revenus allaient à 1 5,730,000 francs. Le marc d’argent valait i4 francs, et le marc d’or i65. Cette somme représensait environ 57 , 000, 000 d’aujourd’hui. Suivant le même manuscrit , il fut emprunté cette année , à la foire de Lyon , 6,ooo,844 francs 10 sous. Peut-être était-ce une avance sur la recette courante.
François L", dissipateur dans la plus grande partie de son règne , devenait économe , approchant du tombeau ; on trouva dans ses coffres
400.000 écus , et un quartier de ses revenus payable le 1 avril , le lendemain de sa mort.
On divisait la dépense en ordinaire et e.vtraordinaire. L’ordinaire comprenait la solde de la cavalerie portée dans le compte-à 1,000, 000 j les. mortes paies , chargées de garder les places de guerre ,
100.000 francs ; dix galères et une frégate sur l’Océan , 124,000 francs ; l’artillerie , 39,000 francs ; les salpêtres, 3o,ooo francs; l’argenterie ordinaire des maison royales, 124,000 francs ; les gages des officiers, chapelains, pages, gentilhommes, maî-
très - d’hôtel , pannetiers , écliansons, secrétaires 1547. de la chambre, valets-de-chaif#bre, valets d’écurie, valets de garde-robe, médecins, huissiers, sommeliers , cuisiniers , fourriers , lingères , tapissiers , pourvoyeurs , 3oo,ooo francs ; musique, i4,ooo francs; oQrandes, aumônes , 7,4oo francs ; afiàires de la chambre , 6,000 francs ; la maison du daiipliin ,
100.000 francs ; maison de madame , 80,000 francs ; pensions des princes , chevaliers de l’ordre , gouverneurs des provinces, magistrats, professeurs royaux, artistes, 3oo,ooo francs; a mbassades, 3op,ooo francs; menus - plaisirs , 100,000 francs ; postes , 71,000 francs ; chasses , 60,000 francs ; entretien des frontières de IHcardie et de Champagne , 35, 000 francs ; gages du’grand-conseil , 21,000 francs ; du parlement de Paris , 88,000 francs ; chambre des comptes , 20,000 francs ; cour des aides , 10,000 francs ; généraux des monnaies, 5,000 francs ; parlement de Rouen , 4i,ooo francs ; cour des aides,
4.000 francs ; parlement et chambre des comptes de Bourgogne, 3o,ooo francs ; parlement de Toulouse , 4o,ooo ; parlement de Bordeaux , 55, 000 francs ; fondations , 4,700 francs.
On plaçait dans les dépenses extraordinaires la solde des Suisses , des Allemands , des chevau-légers et des aventuriers français. Cette dépense variait.
Elle s’élevait à 2,5oo,ooo francs en i548. On y plaçait encore le paiement des dettes publiques , l’entretien des bàtimeus et des vignes du roi , les meu-
1547. blés extraordinaires, les fêtes, et les frais de perception des deniersipublics.
Ces états de recette et de dépense pour l’année 1 547 ne font pas mention dés légionnaires créés par François I.*” Cette dépense est évaluée les années suivantes , tantôt à 12 , tantôt à 1,800,000 francs. Cette solde s’acquittait par un impôt assigné sur les villes murées. Le compte de 1647 passe aussi sous silence les gages de plusieurs parlemens, payés sans doute parles provinces dans lesquelles ces tribunaux rendaient la justice.
La dépense excédait la recette. Henri ne voulait ni assembler les états-généraux , ni augmenter arbitrairement les impôts dans un commencement de règne. Le conseil adopta les'moyens suivans : Le marc d’or fut augmenté de 6 francs 12 sous 6 deniers, le marc d’argent fut porté de i4 francs 10 sous, à i5 francs. On vendit des domaines royaux pour i5o,ooo francs. On doubla les décimes levées sur le clergé. Ou demanda un don gratuit aux prin- . cipales villes , et on étendit sourdement les droits d’aides et de gabelle.
, 12. J’ai parlé de la mort du roi d’Angleterre. Ce prince , couvert du sang de ses femmes , de ses parens , de ses amis , de ses ministres , violant toutes les lois, substituant ses idées aux idées anciennes , variant perpétuellement dans sa politique, rendit à l’Angleterre le service essentiel de lui faire sentir la nécessité de retremper la caractèe national, de
régénérer le gouvernement et d’assurer la liberté 1547. publique.
De^ anciennes coutumes d’Angleterre , il ne restait que celle de convorpier le parlement. Dans les circonstances violentes , la chambre des communes , comme le dit Hume , était incapable de résister à la force d’un torrent qui entraînait l’état tantôt vers le despotisme , tantôt vers l’aristocratie. Le droit maintenu par les francs-tenanciers , à chaque convocation , de former entièrement la nouvelle chambre dont l’esprit pouvait difiFérer de celui de la chambre précédente , suffisait pour rendre à la constitution britannique son équilibre ; après de fortes oscillations , elle revenait sur sa base.
Henri VIII laissait trois en&ns de trois de ses femmes: Edouard, de Jeanne Seymour; Marie, de Catherine d’Aragon , et Elisabeth , d’Anne de Bou- Icn. Edouard succéda à la couronne; il entrait dans sa neuvième année. Le conseil donna le titre de lord protecteur à Edouard Seymour , duc de Sommerset , oncle du roi ; il convoqua le parlement.
Des lois de sang transformaient les moindres délits en crimes de haute trahison sous le règne précédent, elles furent abolies dans cette session parlementaire ; elle prononça en même temps l’extinction de la religion romaine en Angleterre.
Une nouvelle liturgie fat publiée ; sans exciter une guerre liien meurtrière , elle produisit une dangereuse fermentation. La régence d’Edouard
1547. Seymour fut remplie de troubles. A la tête des niécontcns se montrait Thomas Seymour , frère du protecteur. Il avait épousé Catherine "Parr , veuve de Henri VIII. Cette alliance lui procurait des partisans. Son frère le livra au bourreau sans lui permettre de produire ses moyens de défense. Cette injustice fournit aux ennemis du duc de Sommerset le prétexte de décrier son gouverne.^ ment. Plusieurs provinces se soulevèrent. Les insurgés, entraînés par le conseil des prêtres catbo- Cques , et animés par la présence d’une .hostie consacrée , placée sur un chariot , au centre de leur rassemblement , réclamaient les armes à la main le rétablissement de la religion catholique ; soutenus en secret par la princesse Marie. La crainte d’une guerre prochaine avec la France augmentait le poids de cette commotion populaire. Henri II refusait de confirmer les conditions de la paix convenues entre François I.”' et Henri VIII. Cette disposition forçait les gouvememens de France et d’Angleterre de négliger les affaires générales de l’Europe. Elle devint fatale aux pro- ‘testans d’Allemagne , protégés auparavant par Henri VIII et souvent par François I.“* contre l’ambition de Charlcs-Qfcint.
ï 5. Charles-Quint , instruit des intrigues dont la cour de France était agitée après la mort de François , ne redoutant ni le gouvernement de France , ni celui d’Angleterre-, se croyait dispensé de garder des mesures envers les protestons d’Al-
leniagne. Les princes de la ligue de Smalkalde *547* venaient d’adresser une lettre à l’empereur et un manifeste à toute l’Allemagne. Dans l’un et l’autre de ces écrits , ils annonçaient leur détermination de tout sacrifier au maintien de leurs droits religieux. Ce parti était pris trop tard.
Les princes confédérés firent déclarer la guerre par un héraut d’armes à Charles-Quint , auquel ils refusaient le titre d’empereur. Les efforts &its par la ligue dç Stnalkalde les mettaient en état de braver ce prince. Des circonstances particulières.le favorisèrent. Le commandement des troupes protestantes avait été confié à l’électeur de Saxe et au landgrave de Hesse. L’électeur, ardent défenseur de la cause commune , préférait , dans les opérations guerrières , la circonspection et la sûreté des mesures à une hardiesse tranchante et décisive. Son but était de ménager le. sang des soldats. Le landgrave , d’un esprit plus actif, plus entreprenant , formait des , résolutions soudaines , en poursuivait l’exécution avec chaleur , et choisissait constamment les moyens les plus expéditifs.
- , Cette diversité de sentimens éleva insensiblement entre le^..deux généraux des jalousies. Elles dégénérèrent en animosité. Plusieurs membres delà confédérî^tion perdirent, leur confiance en deschefs peu, d’accord. ^Plusieurs retirèrent leurs troupes. L’arméerdes protestans , semblable, à une machine dpnt.les rc^rtS':sont mal combinés , manqua de
488 fflST. DE FR. L* PART. LIV. XXVI.
*547. vigueur et d’efifet. L’empereur marchait contre l’ëlectcur de Saxe.
Charles-QTiint avait , dit-on , gsgné les ministres de ce prince. Ils l’engagèrent à séparer ses troupes en plusieurs corps assez éloignés les uns des autres, souspretexte de se procurer plus aisément des subsistances, et de harceler avec plus de succès l’ar- . mée impériale. Charles-Quint , profitant de cette faute , attaque les Saxons au mois de janvier 1647 auprès de Murberg sur l’Elbe. Cette bataille fut déebive : l’électeur, blessé, tombe dans les mains de l’empereur ; il le fait condamner à mort comme rebelle par un conseil de guerre auquel préridait le duc d’Albe, fameux parles cruautés dont il •se souilla dans la suite en Flandre. Un secrétaire vint signifier la sentence du conseil de guerre. L’électeur jouait aux échecs avec le prince Ernest de Brunswick. Il continua sa partie sans paraître faire attention au papier lu devant lui.
Cette illégale et tyrannique condamnation fut commuée en une espèce de capitulation , dans laquelle l’électeur renonçait à son électorat en faveur de son cousin Maurice de Saxe, margrave de Misnie. Ce prince , faisant profession de la religion protestante, avait aidé l’empereur a' combattre ses frères et à dépouiller son' yraienf. Il' s’engageait à lui compter cent ihillé écus 'd’ôr ; et une pension annuelle de la moitié de cette somme. On voulait obliger l’électeur à reconnaître l’autoritë du con-
. HENRI n.-
elle de Trente. U rejeta constamment cette con- 1547. dltion à laquelle on attachait sa liberté , demandée en vain par sa femme Sybille deCIèvcs, aux genoux de Fempereur,
Presque tous les alliés de Jean Frédéric de Saxo se dissipent , apprenant l’issue de la bataille de Murberg. Le landgrave de Hesse se soumet à l’empereur.
Le chancelier Granvelle , principal ministre de l’empereur , père du cardinal de Granvelle , évêque d’Arras , dont je parlerai dans la suite, rédigea les conditions auxquelles ce prince serait reçu en grâce. Il devait licencier ses troupes, démolir ses forteresses , à l’exception d’une seule laissée à son choix. Le landgrave exécuta ces deux articles du traité. U vint ensuite rendre ses hommages à. l’empereur. Le duc d’Albe l’arrête prisonnier. Le landgrave réclame son sauf-conduit. Par un changement d’èxpression auquel le landgrave n’avait lait aucune attention ^ le sauf-conduit, exprimait seulement que l’empereur ne le retiendrait pas dans une prison' perpétuelle. « - :
l4. Le pape çonlimençait à regarder ce prince comme un «mnerni plus redoutable que ne l’étaient les protestans. L’effet immédiat de l’autorité absolue dont l’empereur s’investissait pouvait le. rendis rnaître des décisions du concile de Trente , et le décider à employer cet instrument- à limiter ou à Tènvérscr lai 'puîssànce pontificale. Le meilleur moyen de prévenir Celte révolution était de trans-
1547» férer l’assemblée dans une ville plus immédiate^ ment soumise à l’influence de la cour romaine. Une circonstance parut rendre cette translation nécessaire : un ou deux pères du concile et plusieurs de leurs domestiques ayant été frappes de mort pres(]ue subite , les medécins trompés par les symptômes , ou gagnés par les légats du pape , . annoncèrent une maladie pestilentielle. Plusieurs prélats éSirayés' se retiraient avec précipitation. D’autres se montraient impatiens de sortir de Trente : le concile fut transféré à Bologne.
Charles-Quint tenait la diète d’Ausgbourg ; il ouvrit les séances par un discours dans lequel il exhortait les protestans à reconnaître le concile de Trente. Ce prince avait solennellement promis que jcette assemblée serait convoquée en Allemagne. U n’était pas bien décidé si Trente était une ville d’Italie ou d’Allemagne ,da chose était douteuse. L’empereur paraissait tenir sa parole. La translation à Bologne lui enlevàit cette ressource. Les évêques attachés à l’empereur, reçurent ordre de s’opposer à ce changement : Us restèrent à Trente. Les autres au nombre de trente-quatre accompagnèrent les.il^ats à Bologne. Ainsi.se formait un schisme dans Une assemblée convoquée , pour éteindre les diyis ions de l’église. Les pères de Bologne déclamàient contrelcs pères de Trente. Ceuxci .se récriminaient. ,
Une, requête fut présentée au pape au nom de la diète d’Ausgbourg. Ou le sollicitait d’enjoindre
HENRI n.
aux prélats réunis à Bologne de revenir à Trente. 1547. Ce n’était pas sans beaucoup de peine que l’empereur avait déterminé la diète à cette démarche ; malgré ses succès éclatans , les réformés se montraient contraires à ses vues ; plusieurs consentaient à reconnaître l’autorité du concile avec des. modifications , les autres se montraient absolument intraitables.
Charles s’appliquait à séduire les uns , à diviser les autres. 11 parvint à gagner l’électeur Palatin : l’espoir d’obtenir la liberté du landgrave de Hesse , et de. l’ancien électeur de Saxe , ne permettait pas à Maurice de Saxe de s’opposer aux volontés impériales. L’électeur de Brandebourg , de tous les princes de son siècle le moins touché des motifs religieux, tenait la même conduite. Les députés des villes impériales se montraient plus attachés aux principes de la réforme ; ils ne voulurent janiais s’engager à, reconnaître la jurlsdiction du concile .j. sans des mesures capables d’assurer aux théologiens protestans une entière liberté de discussion , et sans une assurance formelle que les questions controversées seraient décidées conformément aux textes de l’écriture sainte et aux usages de Péglise primitive.
:Les 'députés des villes- présentèrent à l’empereur le mémoire contenant cette déclaration. Ce prince eut recours à un artifice singulier. Sans lire le papier , et feignantde le -croire conforme à ses volontés , il remercia les députés de leur soumission au
4g3 fflST. DE FR. I.* PART. LIV. XXVI.
1 547. concile. Les députés , malgré leur surprise , ne cherchèrent pas à désabuser l’empereur, dans la crainte d’occasionner une nouvelle guerre.
Charles, ayant obtenu une soumission apparente aux décrets de Trente , employait ce prétexte à ramener le concile dans cette ville. Le pape se refusait à cette complaisance. 11 négociait avec la cour de France et avec le sénat de Venise. Son projet était d’obtenir les troupes nécessaires pour mettre Bologne à l’abri d’une attaque de la part de l’empereur. Un décret des pères de Bologne ordonnait à ceux de Trente de venir se réunir à eux sous peine de schisme, ajoutant qu’après cette réunion , le concile ne pouvait conférer avec les protestans , s’ils ne prouvaient leur intention d’obéir aux décrets futurs , en se soumettant aux décrets déjà prononcés.
Charles envoya deux jurisconsultes à Bologne ; ils protestèrent au 'nom de l’empereur contre la translation faite sans motifs suffisans , et dont les suites devaient faire regarder le concile comme un conventicule schismatique et illégal. La même protestation fut renouvelée dans Rome par l’ambassadeur impérial. c I
On fut bientôt instruit à. Aüsgbourg de l’obstination . avec laquelle lés évêques voulaient rester à Bologne. On ne pouvait attendre aucun’ Lien d’une' assemblée dont la cour romaine diri-* geait absolument les volontés ; l’empereur con-' ■ venait de cette vérité avec les protestons. 11 venait
d’être instruit des négociations du pape avec la 1547. cour de France. Résolu de se venger de lui , il ambitionne la gloire de réunir les catholiques et les protestans. Trois théologiens , deux catholiques et un protestant dont il connaissait l’esprit conciliateur , sont chargés de dresser une formule de foi. Ce n’était pas se déclarer chef de l’église , comme avait feit Henri VIII en Angleterre j mais cette entreprise conduisait à le devenir.
Cette formule de foi fut publiée dans la diète , 1547—1548. le i5 mai 1 548, sous le nom ÿinhalt. Les dogmes en étaient catholiques , fondés sur les textes formels du nouveau testament. Mais en expliquant ces textes et ces dogmes, on employait des expressions adoptées par les réformés. Uinhalt permettait la communion sous les deux espèces aux laï» ques et le mariage aux prêtres; plusieurs cérémonies , sacrifiées aux protestans, les engageaient à recevoir d’autres articles plus essentiels à la religion rom^e. Ce tempérament était raisonnable; c’est pourquoi , selon la réflexion de Voltaire, il ne contenta ni les catholiques, ni les réformés.
En vain Charles , envoyant Vinhalt au pape , le priait de l’examiner avec indulgence ; tous les prêtres se récriaient contre l’audace d’un prince usurpateur des fonctions sacerdotales. On comparait son entreprise téméraire au sacrilège d’Oja dont la main profane toucha l’arche du Seigneur.
Les plus emportés exigeaient la plus vigoureuse résistance contre le plus dangereux ennemi , avant ,
4g4 inST. DE FR. L* PART. LIV. XXVI.
1547— 1548. que les progrès de l’agression, prenant des accroissemens redoutables, rendissent la défense inutile. Le pape annonçait plus de modération. Il proposait de tolérer cet édit , comme on admet dans la médecine l’usage des poisons , exigeant des modilicalions sur les deux articles concernant le mariage des prêtres et la communion sous les deux espèces , et surtout une mention expresse de restituer au clergé catholique les biens dont il avait été dépouillé.
Charles -Quint jouissait d’une puissance plus vaste que solide. Les circonstances ne lui permirent jamais de faire de ses états un corps régulier dont toutes les parties s’aidassent mutuellement. C’est ce que sut faire Charlemagne. Mais ses états se touchaient. Le vainqueur des Saxons et des Lombards n’avait point un Soliman à repousser , un roi de France à combattre, de puissans pi-inces d’Allemagne à ménager. Charles connaissait le ciment avec lequel il pouvait bâtir un édifice comme celui dont Charlemagne fut l’architecte. 11 Lltait procurer à Philippe son fils la dignité impériale. AlArs ce prince., devenu par la possession de l’or .du Mexique plus riche que tous les rois de l’Europe ensemble , serait peut-être parvenu à cette monarchie imiverselle plus aisée à imaginer qu’à saisir.
Ces réflexions de Voltaire ne sont pas'tout-à-fait vraies j si Philippe eût succédé à son père dans la dignité impériale , il n’eût jamais trouvé en Espagne
HENRI U. 4gS
ces pépinières inépuisables de soldats que Cbarle- iMy-iSiS. magne trouvait en France : pouvait-il prévoir, sous le règne de son fils, la déplorable détresse à laquelle les longues et désastreuses guerres de la ligue devaient réduire la France? Par l’effet de ces fatales divisions , Philippe II eût en effet envahi la France , et fondé le plus vaste empire , s’il eût réuni dans ses mains les forces de l’Autriche à celles de l’Espagne ; et si , parvenu au trône impérial , son implacable intolérance lui eût permis de satisfaire les princes protestans d’Allemagne ; mais ces événemens imprévoyables n’entraient pas dans les vues de Charles-Quint.
Ce monarque songeait à procurer la couronne impériale à son 61s : c’était le sujet d’une négociation avec Ferdinand , roi des Romains j ses suites brouillèrent les deux frères. L’empereur avait ordonné à son ûls de venir auprès de lui. Philippe s’embarqua pour l’Italie , prit terre à Gènes , 6t . quelque séjour à Milan , et passant sur les frontières d’Allemagne , arriva dans la Belgique , où Charles s’était rendu après la clôture de la diète d’Ausgbourg. Les légats du pape, à Bologne , venaient de dissoudre le concile par une prorogation indéhnie.
La nécessité entraînait le pape dans cette mesure. Le départ de plusieurs prélats,, déconcertés par les menaces de l’empereur , réduisait le concile à un très-petit nombre d’évêques ; ils ne pouvaient plus se regarder comme un concile général. Cette suspension se présentait sous des couleurs défàvo-
4g6 fflST. DE FR. I.* PART. UV. XXVI.
1547— 1548. râbles. L’empereur ne manquait pas de relever la conduite cauteleuse du pape. Comparant ses efforts impériaux , pour rapprocher les protestans des catholiques , avec l’indifférence du pontife sur un objet si essentiellement de sa compétence , il ordonna aux prélats soumis à son sceptre de rester à Trente.
i5. Uétaitquestion à Londres de marier Edouard > VI avec Marie , reine d’Ecosse. La cour de France arrêta cettè négociation. La jeune princesse vint eu France , elle épousa dans la suite François II. Les Anglais, agités par des troubles intérieurs , ne paraissaient pas en état de recommencer la guerre. Henri II , n’ayant à redouter que l’empereur, négociait à la fois avec les protestans d’Allemagne et avec les principaux gouvernemens d’Italie j il négociait même avec Charles-Quint : on proposait à ce prince le mariage d’une sœur du roi avec Emmanuel Philibert de Savoie. En faveur de ce mariage , la cour de France offrait la restitution du duché de Savoie , et une indenmité pour la principauté de Piémont. Charles-Quint, écoutant cette proposition avec indifférence , se contenta de ré- ’ pondre : cc Je ne m’oppose pas à cet arrangement, si le duc de Savoie en est content ».
Loin de vouloir se réconcilier avec la cour de France , l’empereur venait de rendre un décret dont Henri II devait être peu satisfait. Malgré les renonciations de François I.'^ à tout droit de su- 2eraineté et de ressort sur plusieurs provinces
belgiqucs ,
belgiques , les jurisconsultes français regardaient 1547—1548. ces droits comme inaliénables. Charles , voulant rendre toutes réclamations à ce sujet de la part de la cour de France, ousuperflues, ou extrêmement difficiles , venait de réunir à l’Empire toutes les provinces des Pays-Bas , sous le nom de cercle de Bourgogne.
Dans une autre occasion , les princes allemands se seraient opposés à cette extension du territoire de l’Empire, dans la crainte d’augmenter la puissance delà maison impériale; mais alors les seules considérations religieuses dirigeaientleur conduite j les protestans n’auraient rien refusé à l’empereur , pourvu qu’il les maintînt dans la possession définitive des biens ecclésiastiques réunis à leurs domaines. Les dispositions haineuses entre les cours de Madrid et de Rome leur promettaient cette condescendance : ils se mettaient peu en peine d’un rescrit dont la seule cour de France pouvait avcÆr à se plaindre.
A l’égard des gouvernemens d’Italie, tous redoutaient la puissance de Charles-Quint , aucun n’osait la braver. Henri résolut d’entrer dans la Péninsule à la tête d’une armée redoutable. Arri- ' vant à Turin, il fut désabusé sur les secours qu’il éspérait de la part des puissances d’Italie. Un nonce du pape vint le complimenter. Il lui parla d’une ligue entre la France, la cour de Rome , le sénat de Venise et le gouvernement de Florence. Mais, au moment où Henri se proposait de commencer Tome VIL 3a
la guerre contre l’empereur , un soulèvement dan.s la Guienne le força de renvoyer en France une par- 1548. troupes.
Ce soulèvement était la suite de l’augmentation du droit de gabelle. La conduite franche et généreuse de François I.'^ dans la Rochelle , lui gagnant tous les cœurs , avait décidé les habilans de cette ville et des provinces voisines à lui donner la plus entière satisfaction. Cette condescendance ne leur fut pas d’abord extrêmement à charge , moyennant les précautions prises de la part du gouvernement. Ces précautions cessèrent après la mort de François I.". Les gabeleurs , c’était le nom donné dans les campagnes aux percepteurs de cet impôt , commettaient les plus horribles vexations. Les paysans prirent les armes dans l’Angoumois. La sédition s’étendit à Bordeaux. L’invention récente de l’arquebuse et du pistolet avait rempli la France de brigands. On rencontrait sur les grandes routes des hommes tantôt attroupés, tantôt seuls , avec une arquebuse sur l’épaule , et trois ou quatre pistolets attachés à leur ceinture ; ils paraissaient venir de l’armée ou se rendre en garnison. Ces hommes pillaient les hameaux. 11 était difficile de les contenir ; l’infanterie n’ayaiit pas encore des habits d’uniforme , il n’existait aucune marque certaine à laquelle on pût distinguer les vrais soldats de ces brigands. En vain le port d’armes était rigoureusement interdit , ces dangereux vagabonds augmentaient en nombre d’une manière eEFrayante.
Cet abus avait donné une grande extension à la
jurlsdiclion prévôtale bornée auparavant aux tnen- 1 dians et aux gens sans aveu , un édit l’étendit aux malfaiteurs pris en flagrant délit ; les prévôts ou leurs lieutenans furent autorisés , appelant auprès d’eux sept juges du siège le plus voisin , ou sept avocats , de juger ces mal&iteurs sans appel. On comprit encore dansleursattributions lesbracon* niers ; apparemment regardait-on ce genre d’exercice comme une école de brigandage. Le parlement, considérantParücle du braconnage comme pouvant donner lieu à des vexations , ordonna des remontrances, enregistra l’édit avec cette clause : Attendu la malice des temps , et enjoignit aux seigneurs hauts justiciers d’empêcher que les paysans , les artisans , et autres gens d’état mécanique , marchassent armés d’arquebuses , dé pistolets , ou d’autres armes de cette espèce , sous peine d’être responsables des désordres résbltans de ces abus. Ces réglemeus diminuèrent peu-à-peu le nombre de ces voleurs ; mais , en 1 548 , ils couraient les campagnes. Le pillage étant leur occupation ordinaire , les uns se mêlaient avec les gabeleurs sous prétexlede leurprêter main-forte, d’autres prenaient le parti des paysans opprimés par les suppôts de la gabelle. Tous dévoraient la subsistance du peuple , et causaient le plus tumultueux désordre. Le commandant de Bordeaux fut tué dans une émeute.
Henri fait remettre au parlement de Bordeaux des lettres-patentes , dans lesquelles , promettant d’avoir égard aux justes plaintes de ses sujets , il or-
5oo HIST. DE FR. I.' PART. LIV. XXVI.
4>i- donnait aux Insurgés de poser les armes, sous peine d’être traités comme rebelles. Le connétable de Montmorencl reçut ordre de dissiper la sédition ' par la force des armes. Elle était apaisée j la fermeté du parlement et des officiers munipipaux de Bordeaux avait rétabli la tranquiUité publique ; plusieurs brigands, pris les armes à la main , venaient d’expier leur crime sur des écha&uds ; les paysans retournaient à leurs travaux champêtres , sur l’assurance de la justice promise par le roi. Le connétable , arrivant avec une armée précédée de canons , trouva les portes de Bordeaux ouvertes et aucune apparence d’émeute,
11 entre dans la ville , pose des corps-de-garde à toutes les portes , et range son armée en bataille sur les places publiques. Une proclamation ordonne aux habitans de porter lems armes à l’hôtel-deville. Un tribunal, composé de maîtres de requêtes et de conseillers tirés des parlemeris d’Aix et de Toulouse , est érigq dans la ville. Un grand nombre des principaux bourgeois, arrêtés par ordre du connétable , sont conduits devant cette commission ; plusieurs furent pendus. La ville de Bordeaux , déclarée atteinte du crime de félonie , perdit ses privilèges ; on obligea les officiers munici{>aux à déterrer le commandant tué dans le tumulte , et à l’inhumer de nouveau dans le chœur de la calliédrale , avec cette épitaphe : « Ci-gît messire Tristan de Monneins, lieutenant-général du roi de Navarre , occis inhumainement et proditoirement
IIKNRI II. 5oi
par les manans et liabitans de la ville de Bordeaux , 1 548. le 25 août i548 ». Le parlement, cassé , fut remplacé par des détachemens de divers parlemens de France.
Montmorenci, Sortant deBordeaux, traversa la Guienne , l’Angoumois, la Saintonge, précédé du prévôt des maréchaux , et d’une foule d’archers ; marquant son passage par des fourches patibulaires , où l’on attachait les individus accusés d’avoir pris part à la sédition ; leurs biens confisqués devenaient la proie des dénonciateurs, recette admirable pour trouver des coupables. Le connétable imposait des amendes , faisait abattre et briser les cloches destinées à être converties en canons.
Pendant cette fâcheuse expédition , Henri ayant visité les places du Piémont et reçu le serment de fidélité du marquisat de Saluces, fief du Dauphiné, qui venait d’y être réuni par la mort du dernier rejeton de ses anciens souverains , rentrait en France.
On lui donna dans Lyon des fêtes superbes. La cour vint à Moulins à l’occasion du mariage d’Antoine , duc de Bourbon , avec Jeanne d’Albret , héritière de Navarre ; ce mariage avait été déterminé par François I." La jeunesse de Jeanne en retarda la célébration.
Henri vint à Paris le 16 juin, dans l’intention de renouveler contre les réformés les scènes sanglantes de proscription qui répandent une teinte lu- * gubre sur le règne de François En rapportant l’inconcevable barbarie avec laquelle avaient été
5o» HIST. DE FR. I.« PART. LIV. XXVI.
1 549. traités les Vaudois dans les Alpes , j’avais parlé de l’improbation dont la France entière couvrit cet attentat. Non seulement les lois de sang portées contre les réformés tombèrent dès-lors en désuétude , et le chancelier Olivier enlev(i aux tribunaux séculiers la connaissance du crime d’hérésie 3 mais plusieurs seigneurs de ces domaines sanglans et dévastés , privés de leurs revenus , poursuivirent en justice les auteurs de la dévastation 3 il s’ensuivit un procès criminel , dans lequel le seul avocat-général Guérin fut condamné à être pendu.
Les réformés jouirent de quelque repos jusqu’à la mort de Françoisl.** Le chancelier Olivier ayant été disgracié , les sceaux passèrent au premier président Bertrand! , créature de la maison de Lorraine. Bertrand! eut pour successeur le président Lizet , homme ignorant et fanatique 3 les persécutions contre les réformés recommencèrent alors : leurs ennemis les désignaient au roi comme les auteurs de la sédition de Guienne. L’expérience du passé aurait dû précautionner ce prince contre ces imputations mensongères. Sa jeunesse éloignait de lui les leçons de la tardive expérience 3 d’ailleurs , dans cette occasion , les armes de la politique se réunissaient à celles du fanatisme contre les réformés.
t'rançois !.**■, et ensuite Henri II, ennemis de Charles - Quint , avaient favorisé les protestans d’Allemagne dans la vue de nuire à ce prince. Les choses changeaient depuis la publication à&Vinhalt.
On imputait à l’empereur l’intention secrète de se 1549. réconcilier avec les princes de la ligne de Smalkalde , et de les employer à l’augmentation de sa puissance en Italie. Henri, voulant se concilier les puissances d’Italie et surtout le pape , croyait lui donner la preuve la plus complète de son attachement à la religion catholique , en persécutant les réformés.
Une assemblée des notables était indiquée dans une dès salles du palais épiscopal ; la séance fut précédée par une procession solennelle , où l’on porta toutes les reliques conservées dans les églises de Paris. L’objet de l’assemblée des notables était d’indiquer les moyens d’arrêter les progrès de l’hérésie , de réprimer les exactions des gabeleurs , et de forcer le roi d’Angleterre à signer une paix honorable. On s’occupa d’abord de l’hérésie ; le car- • dinal de Guise parla pour le clergé , le président Lizet pour les magistrats , le prévôt des marchands de Paris pour le tiers-état ; les trois orateurs s’accordèrent à prier le roi de remettre en vigueur les anciens édits contre les protestans. Les prisons de la conciergerie étaient remplies de ces infortunés ; on attendait cette décision pour les condamner aux flammes.
Après la séance furent allumés des bûchers sur le prvis de la cathédrale , à la place Maubert , à la place de Grève et devant la Bastille. Le roi retournant au palais desTournelles fut témoin du spectacle le plus horrible , et entendit les hurleraens de ces malheureux 5 il reconnut ,, dit-on , la
Soi HIST. DE FR. I.‘ PART. LIV. XXW.
1 549. voix d’on officier de sa cliambre , auquel il avait autrefois montré de l’attachement.
16. Plusieurs habitans de la campagne s’exemptaient du paiement de la taille en fixant leur domicile à Paris , dont les bourgeois étaient exempts de celte imposition j cela donna lieu d’augmenter les faubourgs. Des observations furent faites à ce sujet par le prévôt des marchands dans l’assemblée des notables; elles donnèrent lieu à yn édit publié au mois de novembre. Ce réglement fixa pour la première fols l’étendue de la ville de Paris, Henri avait promis de rendre justice aux provinces vexées par les gabeleurs. Les habitans du Poitou n’avaient pris aucune part au mouvement séditieux. Ses députés représentèrent avec force à l’as- , semblée des notables , que les vexations dont on se plaignait ruineraient en peu d’années des provin- , ces dont les .principales ressources consistaient dans les produits d’une pêche incertaine , et dans l’éducation des bestiaux. «Tous les .sujetsdu roi, disaient» les députés , doivent partager les charges publiques; mais il est essentiel de proportionner l’impôt à la nature des productions de chaque contrée , et de ne jamais ravir aux peuples les moyens d’exercer leur industrie et de se procurer des subsistances.
La» tranquillité est rétablie en Guienne, c’est-à-dire la multitude ne songe plus à se faire justice des ^ gabeleurs ; mais les habitans sortent du pays , et cherchent chez les étrangers des ressources contre l’indigence. Dix mille familles ont pris ce funeste
parti, un plus grand nombre se propose de les 1549. suivre ; des provinces fertiles et populeuses se changeront en désert, si on ne se hâte de modifier d’une manière différente l’impôt du sel ».
Ce cliangement allait laisser un vide dans le trésor public. Les députés offraient de le remplir , accordant au roi , à titre de rachat perpétuel , au nom des provinces de Poitou , d’Aunis , de Saintonge , de Guienne , d’Angoumois et de Périgord , une somme de deux cent mille écus d’or.
Cette offre fut acceptée. Ces provinces ajoutèrent vingt-cinq mille francs, avec lesquels on remboursa les acquéreurs des offices de receveurs de grenier à sel. Le roi rétablit la ville de Bordeaux dans ses privilèges. La gabelle fut payée comme elle était avant les changemens faits par François I." La
confiance renaquit dans ces provinces désolées j
elle ne tarda pas à y ramener la paix et le bonheur* 1 55o.
L’argent donné au roi fut employé à reprendre Boulogne. Les troubles de Guienne auraient déterminé l’empereur à se liguer avec la régence d’Angleterre. Ce brandon de discorde étant éteint , et Charles-Qulnt se trouvant arrêté parles embarras éprouvés en Allemagne et en Italie à l’occasion de Yinhalt, le lord protecteur offrit d’envoyer des ministres plénipotentiaires en France. Gaspar de Châtillon , plus connu sous le nom d’amiral de Coligni , François de Montmorenci , frère du connétable , et les deux conseillers d’état , André
5o6 HIST. DE FR, I.‘ PART. LIV. XXVI.
i55o. Gaillard et Guillaume Bocherel , furent nommés par la cour de France. Celle d’Angleterre fit choix des lords Russel et Paget , et des secrétaires d’état Pètre et Masson. Ces commissaires se réunirent à Boulogne. Le traité de paix fut signé le a4 mars. La ville de Boulogne était rendue à la France ; Henri II promettait de payer à la cour de Londres une somme de quatre cent mille écus d’or, en indemnité des dépenses faites par elle en augmentant les fortifications de la ville restituée j il ne fut
pas question de Calais.
K>:.i — i552. 1 rj, Charles-Quint épiait dans Bruxelles l’occasion
de la guerre prête à s’élever entre la France et l’Angleterre. La signature de la paix le ramena en Allemagne , il y tint une seconde diète dans Ausgbourg. Le pape Paul 111 n’existait plus. I.e cardinal del Monte lui avait succédé sous le nom de Jules III , comme on l’a vu précédemment.
Suivant un antique usage , chaque pape , à son avènement à la tiare , disposait à son gré de son chapeau de cardinal. Jules conféra cette dignité à un jeune homme , nommé Innocent , né de parens obscurs , et auquel on donnait dans Rome le nom de singe , parce qu’il était chargé de soigner un singe dans la maison du cardinal del Monte. Une aussi indécente prostitution de la première dignité de l’église aurait paru choquante dans tous les temps. Son inconvenance devenait plus extrême dans un moment où la vénération , si long-temps
HENRI n. •
attachée au siège pontifical, s’afiàiblissait , où la i55i— i5Si. moitié de l’Allemagne se montrait en rébellion ouverte envers le Saint-Siège.
Des libelles inondaient l’état ecclésiastique. On imputait à une passion honteuse la prédilection de Jules envers ce jeune homme. Les protestans se récriaient contre l’absurdité de reconnaître la présence de l’esprit in&illible de vérité dans un cœur aussi corrompu ; ils sollicitaient avec éclat la prompte réformation d’une église dont le chef déshonorait le nom chrétien. Toute la conduite de Jules fut en harmonie avec ce trait de folie.
A peine parvenu au faîte des grandeurs ecclésiastiques , il se hâtait de se dédommager de la dissimulation à laquelle il s’était condamné dans une condition privée. Livré aux amusemens de toute espèce, il préférait la magnificence voluptueuse de Léon X à l’austère vertu d’Adrien. Cette sévérité de mœurs eût été cependant nécessaire pour lutter avec succès avec une secte religieuse, dont le crédit était dû erf partie à la conduite régulière de ses prédicateurs et de ses néophytes.
Une mollesse apathique éloignait de Jules lll l’idée de rendre son activité au concile de Trente. Ce ' pontife savait par expérience combien il était diffic'de de retenir une assemblée nombreuse de gens instruits dans les bornes étroites , autour desquelles l’église romaine avait intérêt de les circonscrire. Il savait avec quelle facilité le zèle des uns , L témérité des autres , ou les suggestions des princes puissans
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i55i—i552. pouvaient entraîner à des mesures incalculables un corps , dont les prétentions à la souveraineté avaient été plusieurs fois couronnées du succès. Jules éluda les premières propositions de l’empereur à ce sujet; Vinhaltàe ce prince tombait entièrement en discrédit , combattu par les catholiques et par les protestans. 11 devait proposer dans la diète d’Ausgbourg d’autres moyens de conciliation ; ne trouvant pas ces moyens , il revenait au concile général ; ses instances devinrent très-pressantes. Le pape, craignant que Charles n’embrassât entièrement le parti des réformés , fut forcé de lui donner satisfaction. Le concile, par une bulle du mois de décembre i55o , fut invité à se rassembler dans Trente au i." mai i55i. U ouvrit ses séances au mois de septembre.
Sur cette assurance , Charles était venu à Ausgbourg au mois de juillet i55o. La première question soumise à la décision de la diète fut la nécessité d’un concile général. Tous les catholiques promirent de se soumettre à ses décrets ;’les protestans intimidés et désunis se montraient incertains. Maurice , nouvel électeur de Saxe , leur rendit le courage par une conduite à laquelle on n’avait pas lien de s’attendre.
Ce prince dissimulant ses sentimens , et faisant sa cour à l’empereur , était devenu un des plus puissans princes d’Allemagne. Ses liaisons avec le monarque lui avaient fait connaître combien ses projets pouvaient être dangereux. A peine lui res-
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tait- il quelques pas à faire pour obtenir la puissaii- i55j— iSSa. ce absolue dans l’Empire. Charles avait promis aux protestans la liberté de conscience, dans la vue d’engager plusieurs d’entre eux à se joindre à lui contre les cliefe de la confédération de Smalkalde.
Au lieu de tenir sa parole , son discours dans la diète tendait à les contraindre de se conformer aux dogmes et aux rits de l’église romaine.
Maurice attaché à la réformation , et craignant d’être accusé dans la suite d’avoir forgé les fers destinés à son pays , se décidait à braver l’empereur. Il ne pouvait mettre trop d’adresse dans les premières démarches tendantes à ce but. Dans cette vue , U parvint à faire adopter Vinhalt par les états de Saxe, et parut ainsi se concerter avec l’empereur ; mais eu même temps ses ambassadeurs dans la diète protestaient de reconnaître l’autorité du concile , à la condition expresse que les points controversés décidés dans les sessions précédentes seraient soumis à un nouvel examen 3 que les théologiens protestans auraient dans le concile pleine liberté d’exprimer leurs opinions et voix décisive , et que le pape, renonçant à la prétention de présider le concile , se soumettrait aux décrets de l’asr semblée , et relèverait les évêques du serment d’obéissance , les bissant balancer leurs opinions avec une entière liberté!
Ces' demandes hardies ne parurent pas mécontenter l’empereur 3 les contemporains ne nous ont laissé aucune lumière sur les causes de cette dis-
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iSji— i552. position impériale très-inattendue. Probablement le désir de faire exécuter Vinhalt l’emporta dans i’ame de Charles-Quint sur les autres considérations. Le vœu de Maurice de Saxe devint celui de tous les princes protestans. La diète vota la levée d’une armée , elle devait être employée à faire exécuter Vinhalt dans toute l’Allemagne. Elle en donna le commandement au duc Maurice de Saxe. Charles loua hautement la sagesse de ce choix. Maurice accepta cet emploi sans hésiter , voyant tout l’avantage qu’il pouvait en tirer.
Cliarles-Quint, satisfait de la manière équivoque dont les princes protestans offraient de se soumettre au concile de Trente, poursuivait avec chaleur son projet de placer son fils sur le trône impérial. Philippe était venu dans Ausgbourgàlasuitedeson père , avec là reine douairière de Hongrie , gouvernante des Pays-Bas , dont on connaissait l’ascendant sur l’espritdu roi des Romains. Cette entreprise offrait d’extrêmes difficultés. Le roi des Romains , malgré son ordinaire soumission aux volontés de son frère , rejetait un plan dont l’adoption l’aurait rabaissé au rang d’un prince subordonné. Les tentatives de la reine de Hongrie furent infructueuses; Cliarles-Quint ne se rebutait pas d’un refus auquel il devait s’attendre.
Rompant ouvertement avec son frère , il sollicite sa déposition et les suffrages des électeurs en faveur de Philippe , prince des Asturies. Dans celte circonstance mourut le chancelier Grauvelle, l’ame
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de celte intrigue ; l’évêque d’Arras, son (ils,luisuc- i55i— j55a. céda : il l’avait assoupli de bonne heure aux manèges delà cour impériale; mais le fils ne posséda jamais la lincsse , la vigilance, la sagacité de son père. La {>lupart des électeurs et des princes , connaissant le projet de l’empereur, s’étaient fait représenter à la diète par des agens qui o[)inaient d’après leurs instructions , et sur lesquels il était également superflu d’employer la séduction ou la violence. Maurice de Saxe paraissait favoriser l’empereur; se bornant à demander les délais dont il avait besoin pour déterminer les princes protestans à se prêter au changement désiré par ce monarque.
Charles comprit que son projet ne pouvait pas réussir dans ce moment ; non seulement il réimissait contre lui ses partisans eux-mêmes, mais une source de discorde jaillissait dans le sein de sa famille. Charles , feignant d’abandonner son dessein , envoya Philippe en Espagne , la reine de Hongrie dans Ja Belgique , et parut s’occuper miiquement des aSaires d’Allemagne.
Jules 111 se croyait redevable de la tiare à la famille de son prédécesseur; à peine couronné, il avait, mis Octave Farnèse en possession du duché de Parme , dans le temps même où , après le meurtre du père de ce prince , l’empereur se rendait maître de Plaisance. Le pontife se repentit bientôt de sa générosité ; son neveu , Jean-Baptiste del Monte , distingué dans la profession des armes, aspirait à une
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j55i— i553. souveraineté. Jules s’adresse à la cour de France, elle s’était prononcée en faveur d’Octave Farnèse. Un légat proposa à Henri II d’abandonner les intérêts de ce prince , et de contribuer à placer le duché de Parme sur la tête de Jean -Baptiste del Monte , lui offrant la perspective de la Lombardie et même dé la Toscane , aux droits de la reine son épouse.
De nouvelles combinaisons politiques ne permettaient pas à Henri H d’écouter les propositions du pape. Maurice de Saxe, à la tête d’une armée , prenait ses mesures avec l’électeur de Brandebourg pour faire la guerre à l’empereur : l’un et l’autre , sous prétexte d’engager le roi à traiter avec moins d’inhumanité les réformés de France , avaient envoyé des ambassadeurs à Paris j ils proposaiant à Henri de réunir ses forces aux leurs. La guerre contre Charles-Quint était résolue dans le conseil de France , on en cherchait un prétexte. Les envoyés allemands reçurent l’assurance d’être puissamment secourus.
Le prétexte des hostilités fut la protection accordée à Octave Famèse. Par un traité conclu à Turin , Henri II s’obligeait à fournir au duc de Parme un corps d’armée , et de le dédommager s’il perdait sa principauté par les événemens de la guerre.
Henri II était encore déterminé à conduire le pape par la manière dont il venait de convoquer
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HENRI II. 5i5 '
le concile sans la participation delà cour de France, i55i— i55ï. après avoir formellement promis au cardinal de Lorraine de se concerter avec le roi.
Suivant la bulle de convocation , le concile devait régler les dogmes et la discipline de l’église, concilier par son autorité tous les diflerends entre les princes chrétiens , et réunir leurs forces contre les Turcs. Jules 111 avait inséré probablement ces clauses pour complaire à l’empereur; elles semblaient soumettre à la jurisdiction ecclésiastique les droits de Henri 11 sur plusieurs provinces d’Italie. Le conseil de Parb était bien éloigné d’accorder une telle autorité à une assemblée d’évêques. presque tous dévoués au pape et à l’empereur.
A peine soixante prélats d’Espagne et d’Italie se trouvaient à Trente. A la première session du nouveau synode , Jacques Amyot , ambassadeur de Fripce , plus connu par sa naïve traductjon des Œuvres de Plutarque , que par cette légation , protesta au nom de Henri 11 contre une assemblée * convoquée dans la circonstance la moins opportune. U déclare que la cour de ï'rance ne regardera pas' cette assemblée comme un concile œcuménique , mais seulement comme un conventicule particulier. Les légats de Rome affectèrent de mépriser cette protestation. Elle ébranlait essentiellement l’autorité du concile. Comment les protestans auraient-ils respecté l’autorité d’une assemblée combattue dès l’ouverture de ses séances par le second monarque de la chrétienté?