L’armée française est battue à Gravelines
23. Mort de Marie , reine d’Angleterre. — Elisabeth parvient h la couronne. — ^ 24. Le roi des Romains est reconnu empereur. — Négociations avec ce monarque. — 25. Traité de Cateau-Canibrésis. — 26. Mort de Henri II. — Avènement de François II à la couronne. — 27. Disposition générale en France lorsque François 11 monta sur le trône. — 28. La guerre recommence entre la France et l’Angleterre. — 29. Siège de Leib phr les Anglais. — 3o. Traité d’Edimbourg.
i552. j. J iBS conférences de Linlz n’avaient produit qu’une trêve j elle devait durer depuis le 26 niai jusqu’au 10 juin. Maurice joignit son armée le 9 mai. Seize jours lui restoient -avant le commencement de l’armistice. 11 résolut de tenter une en-r Ireprisc dontle succès l’aurait mis eu étatd’imposer à l’empereur les plus dures conditions. Son armée marche rapidement vers les défilés du Tyrol ,
et ariive devant Inspruck. Charles , suqiris dans une viUef ouverte , dut son salut à la fuite la plus prompte , et quitte Inspruck pendant l’obscurité de la nuit. Accablé par la goutte , il voyagea dans une litière , à la lueur des flambeaux , prenant sa route à travers les Alpes par des chemins presque impraticables. Ses courtisans , ses ministres , ses domestiques fuyaient avec lui , les uns sur des chevaux qu’ils s’étaient procurés a la hâte , uu grand nombre à pied. Dans ce misérable équipage , Charles parvint avec sa suite découragée à Villach , dans la Carinthie. A ;peine se croyait ü en sûreté dans ce lieu inaccessible.
. L^lecteur entre dans Inspruck quelques heuj-^ après le départ de l’empereur j il poursuit sa proie a plusieurs milles de distance. Regardant bientôt comme impossible le projet d’atteindre des fuyards auxquels la crainte prêtait des ailes' , il revient dansja ville livre au pillage des 'bagages de l’empereur et de ses ministres. Les évêques ,de.,Trente , effrayés, fuyent à l’aventure j le concile «st ouldié pendant dix ans. >i f'
Charles-Qnint appreûd dans sa fuite que le pape , redoutant les armées françaises , se ,;téconciliait "avec Henn II , et qu’une insurrection , fomentée par le prince de Salerne , menaçait la tranquillité des Deux-Siciles. L’intérêt et le daûger le rapprochent des protestans. ;
a. La paix d’Allemagne- fut signée à Passau , le a août. On convint deconcilier tous les différends
528 fflST. DE FR. I.» PART. LIV. XXVII.
i552. religieux dans la prochaine diète. En attendant cet heureux accord , les protestans devaîetat jouir du libre exercice de leur culte. II était stipulé que , si la diète ne parvenait pas à réunir les esprits , la transaction de Passau aurait force de loi perpétuelle. La liberté fut rendue au landgrave de Hesse. '
Il fut peu question des intérêts du roi de France, les Allemands regardaient sans doute Henri comme assez payé de ses dépenses par ses conquêtes dans les environs de la Lorraine.
Après la paix de Passau, la plupart des princes protestons congédièrent leurs troupes. L’empereur les prit à sa solde, Henri II devina aisément l’objet de cet armement; il confia le commandement de Metz à François de Lorraine, duc de Guise; les # -Impériaux parurent dans les environs de Metz , le
19 octobre , au nombre de soixante mille combattans. Ce siège fut un des plus mémorables ; la ville se défendit durant soixante- cinq jours. Charles- Quint fut obligé de se retirer , après avoir perdu la moitié de son armée ; il leva le siège le 26 décembre.
Depuis plusieurs jours, le duc de Guise s’apercevait du dessein de Charles , il avait pris ses mesures pour inquiéter l’armée assiégea nte^ans sa retraite; niais au moment où. les Français sortaient de la ville , le spectacle le plus affreux changea leur haine en sentimensde compassion. Le camp Impé-; rial était couvert deblessés, de morts etde moürans ; on voyait toutes les routés joüchées de fbyards périssant
rtssant de feim etdefetigue ;les Français leur prodi- i55a. guent déssecours. Le duc de Guise envoya des vivres aux aSamés, et chargea des chirurgiens de soigner les malades et les blessés. Les uns furent conduits dans les villages d’alentour ; on plaça dans les hôpitaux de Metz ceux qui ne pouvaient être transportiés. Ces actes d’humanité, dans un siècle où la guerre se faisait avec une férocité extrême , méritèrent au duc de Guise la plus brillante renommée.
Henri II, vainqueur de Charles - Quint , à l’âge de vingt- trois ans, était regardé comme le plus puissant njonarque de l’Europe. Il devait cet éclat aux grands capitaines formés parFtançois I." ; entouré de flatteurs , le parfum des louanges augmentait la faiblesse de son ame. Occupé de plaisirs dans une cour voluptueuse^ il abandonnait à sa maîtresse les rênes du gouvernement. En vain son père l’avait averti de se défier de l’ambition des princes de Guise ; faisant à la favorite une cour assidue j ils gouvernaient à leur gré la France.
La protection accordée par le roi aux protestans' d’Allemagne en attirait plusieurs en France. Les' opinions! noûvelles faisaient des progrès rapides parmi le peuple, parmi les grands , et même parmi les magistrats chargés par Fédit de Châteaubriant de punir les hérétiques. Les Guise couvraient leurs vues ambitieuses sous le voile d’un zèle ardent en &veur de la religion catholique ; les princes de la maison de Bourbon protégeaient les réformés; ce Tome f^II. 54
55o HIST. DË FR. I.« PART. LIV. XX^TI.
1 55a. fut l’origine de deux factions sanguinaires qui décliirèrent la France avec la férocité des tigres.
Lorsqu’un monarque insouciant négligeait les travaux de l’administration, les passions des grands, réprimées à d’autres époques par l’action de la cour, prenaient un degré de force redoutable ; le clergé " d’un côté , le parlement de l’autre augmentaient leur pouvoir. Le clergé fatiguait la cour par ses représentations , le parlement de Paris ne la &tiguait pas moins par scs remontrances. Le parlement pouvait être frappé de la dilapidation des deniers publics , ou par la crainte de voir l’autorité pubbque envahie par le clergé à l’aide des opinions religieuses; peut- être aussi voulait-il mettre des bornes au
pouvoir excessif des Guise.
i555. troubles intérieurs empêchaient Henri de
profiter de la défaite des Impériaux devant Metz. Charles, regardé comme sans ressources , rentrait en campagne, et fàisaitle siège de Terouane; les Flamands dont cette ville gênait le commerce offraient à l’empereur de stipendier et de nourrir l’armée employée à ce siège.
Terouane , détruite sur la fin du règne de Louis Xll, avait été rebâtie par François I." ; on n’épargna rien pour la couvrir de fortifications régulières. Le fils aîné du connétable de Montmorenci la défendait , secondé par Montalembert , un des plus célèbres capitaines de son temps , à la tête d’une garnison nombreuse. Ces deux généraux ,
jalotn de la gloire obtenue dans Metz par le duc de Guise , se flattaient de la partager. Tous leurs efibrts furent inutiles. En \ain les Français faisaient de jour et de nuit des sorties ordinairement heureuses , en vain ils comblèrent à plusieurs reprises les travaux des Impériaux , les Flamands attachaient un si grand prix à la réduction dé Terouane , qu’ils auraient laissé leurs terres incultes et leurs villes désertes pour fournir des pionniers aux assiégeans. Les murailles s’écroulaient sous les coups redoublés de l’artillerie. Les décombres comblaient les fossés. Une brèche de soixante-dix pas de largeur était pratiquée. Les Impériaux donnent l’assaut ; ils sont contraints de se retirer avec une perte de douze à quinze cents hommes. Les assiégés n’en perdirent que trois cents; mais de ce nombre fut le brave Montalembert. Montmorenci assemble ses capitaines , tous jurent de s’ensevelir sous les ruines de la place. Cette généreuse résolution ne pouvait la sauver. Les ennemis , maîtres de tous les ouvrages extérieurs , avaient creusé des mines sous les principaux bastions ; ils y mirent le feu le lO juillet : toute résistance devenant alors inutile , Môntmorenci propose une capitulation. Il oublia de stipuler une trêve. Pendant qu’on rédigeait les articles , les Flamands se présentent aux brèches , ensuite les Espagnols ; la place est emportée d’assaut. Les Flamands égorgeaient tout ce qui s’oifrait sous leurs înains ; les Espagnols , au contraire, en recon-
53a HIST. DE FR* I.* PART. LIV. XXVn.
i555. naissance de l’humanité éprouvée par^eüx apréà le siège de Metz , laissaient aller les soldats. Terouane fut démolie jusque dans ses fondemens. La jalousie des Flamands n’y laissa pas subsister une seule maison.
Après cette expédition , Charles-Quint , retiré dans Bruxelles , se bornait à une guerre défensive. Depuis la pii de Passau , les affaires d’Allemagne et d’Italie l’occupaient médiocrement. Une haine invétérée contre *la France devenait sa plus forte pssioii. L’Angleterre lui paraissait la seule puissance dont les secours pouvaient l’aider à l’assouvir.
3. Depuis la signature de la paix entre les cours de France et d’Angleterre, le duc de Sommerset, accablé sous les efforts de ses ennemis , s’était vu forcé de se démettre du protectorat ; le prlement le proscrivit comme il avait proscrit son frère. Le roi signa l’arrêt de mort des deux frères , quoiqu’ils fussent ses oncles , quoique les crimes im-< pûtes à l’un ne fussent pas prouvés , et que l’autre protestât hautement de son innocence.
Cette exécution pouvait entraîner une révolution. Le comte de Warvick , créé duc de Northumberland , se trouvait à la tête de la régence; il professait la religion catholique. Les nombreux prtisans de ce culte cherchaient une occasion de renverser les nouveaux réglemens ecclé.siastiques.
Warvick , trompé pr l’apthique facilité avec laquelle les deux chambres avaient adopté les ré-
formes religieuses proposées par le conseil du roi , 1 555. regardait les ennemis du pape comme si nom-* breux , qu’il lui importait essentiellement de les ménager : peut-être aussi désespérait-il de rendre triomphant le parti catholique , à la tête duquel se montrait la princesse Marie. On le vit avec surprise , non seulement abandonner la religion par lui professée , mais , affectant un zèle outré pour la réforme , engager le jeune monarque à forcer la princesse Marie d’adopter la religion anglicane.
Une froide inflexibilité avec laquelle Marie , méprisant les prières et les menaces de son frère , persista dans le système religieux inculqué dans son ame par les leçons de sa mère , brouilla irrévocablement lefrère et la sœur. Le duc deNorthumberland attendait peut-être ce seul- fruit de sa démarche. On avait accusé Sommerset et son frère de porter leurs vues sur le trône ; les mêmes soupçons furent dirigés contre INorthuraberland. La faiblesse de la santé' d’Edouard VI annonçait sa mort prochaine ; Marie devenait héritière présomptive de la couronne ; les catholiques aplanissaient avec une adresse extrême toutes difficultés capables d’entraver son élévation. Les réformateurs devaient s’attendre aux plus violentes extrémités de la part de cette princesse conduite par l’invincible horreur que , dans une condition privée , sous la hache de ses ennemis , elle ne craignit pas de témoigner pour leur doctrine j’il n’était *donc pas impossible au conseil de régence de l’écarter du trône.
i555. Il restait la princesse Elisabeth élevée dans la religion protestante. INorthumberland remontrait l’impossibilité de couronner c^te princesse sans convenir de la justice des prétentions de Marie.
L’unique fondement d’une juridique exclusion s’a}>pliquait également aux deux sceors déclarées bâtardes par les bills du parlement.
Par l’exclusion de Marie et d’Elisabeth , la couronne parvenait aux descendans des deux sœurs de Henri Vlll. Marguerite, l’ainée, avait épouse Jacques IV , roi d’Ecosse ; Marie , reine d’Ecosse , restait seule de cet hymen. Marie, la cadette , veuve de Louis Xn et n’ayant pas d’enians de ce prince , s’était remariée à Charles Brandon, duc de Sufiblk ; ce mariage n’avait laissé également que des filles.
Dans le t^raps où l’importante affaire du transport de la couronne britannique se discutait secrètement dans le conseil de régence , Northumberland offrait au duc de Suffolk de porter la couronne dans sa Ëtmille , s’il voulait donner Jeanne Gray , l’aînée de scs petites filles , en mariage à un de ses fils ; cet arrangement fut bientôt terminé •
entre les deux ducs paiement ambitieux. Le conseil de régence chargea le président et trois juges des communs plaids de dresser un acte dans le-quel le jeune roi , dérogeant au testament de son père', appelait Jeanne Gray à la succession. Edouard signa cet acte ; il déshérita ses deux sœUrs comme il avait signé la sentence de mort pronoUcce contre ses deux oncles.
HENRI ir. 535
Une maladie de langueur minait les jours de ce i55â« monarque , il mourut le 6 juillet , à l’âge de seize ans. Jeanne Gray fut proclamée reine d’Angleterre à Londres. Cette princesse parcourait sa seizième année. Marie et Elisabetli , reléguées à la campagne, paraissaient oubliées. Marie avait cependant pris le titre de reine ; mais en même temps elle se retirait dans le voisinage de la mer pour se mettre à couvert des suites ^nt la menaçait sa liardiesse.
Le parlemeet n’était pas assemblé ; toutes les branches de l’autorité publique se trouvaient dans les mains du conseil de régenee. Rassuré par cet avantage, le duc de Northumberlànd fit d’abord peu d’attention aux démarches de Marie. En considérant la rapidité avec laquelle le nouveau systènae religieux avait été généralement adopté , on devait supposer les catholiques romains peu nombreux en Angleterre ; il était de l’intérêt des réformés de se réunir autour de Jeanne Gray contre une princesse connue par sa haine envers la réforme : tous les chemins du trône paraissaient donc fermés à Marie; cependant en moins de quinze jours, sans manifestes publiés , et presque sans insurrection , Jeanne Gray se vit abandonnée. Marie plaça la couronne sur sa tête y d’un consentement qui parut unahime.
Tons les historiens ont glissé légèrement sur les causes d’un événement aussi inattendu.’ Iæ droit de Marie prévalut , nous dit-on , à l’aide du pro-
1 553. fond sentiment de jalousie ou de haine inspirë par le duc de Northuroberland aux grands du royaume. Cette cause ne saurait être admise : le droit de Marie ne fut pas même examiné ; elle avait reçu solennellement la couronne royale ; elle tenait en prison sa rivale et tous ses parens; elle jouissait de toutes les prérogatives du trône, avant de songer à convoquer le rarlement. Les deux chambres déchirèrent inconRstable le droit de Marie ; elles eussent probablement approuvé de même les prétentions de Jeanne Gray, si l’aveugle fortune sofût prononcée en sa faveur. A l’égard de l’influence attribuée à l’horreur inspirée aux grands propriétaires anglais par les vues ambitieuses du duc de riorthumberland , on en jugera bientôt.
Marie fut portée au trône par l’effet irrésistible de la volonté publique fortement prononcée. Le parlement avait décrété l’abolition de la rdigion romaine. Les prêtres en général s’étaient soumis aux nouvelles lois dans la vue de conserver leurs bénéfices. La liturgie anglicane s’était établie , et chacun paraissait protestant. Malgré cette apparence d’un concert unanime en faveur du nouveau système religieux , il n’était cependapt pas dominant. Les lords et les évêques , dont se composait la chambre haute , presque tous sans autre reli^on que celle à laquelle les attachait leur intérêt , se courbaient sous la volonté de la cour 3 elle n’avait pas manque de moyens pour composer à: son gré la chambre des communes. Pouvait-on. témoigner
HENRI n.
de la surprise en voyant le corps législatif adopter i555. les réglemens ecclésiastiques présentés par les distributeurs de toutes les faveurs ? Cela pe complétait pas l’assentiment général. Ceux qui connaissent l’esprit du peuple , son machinai attachement aux coutumes anciennes et aux préjugés de l’enfance , ses idées superstitieuses et routinières , savent parfaitement que les traces de ses habitudes ne sauraient s’effacer sans une série d’opérations préparées avec adresse , présentées avec précaution , développées peu à peu, avançant graduellement, et sans laisser apercevoir le but , crainte d’effaroucher l’ombrageux troupeau dont on veut diriger la marche. ‘
• Danslechoc des grandes et subites commotions, la multitude , étourdie par le fracas , parait suivre aveuglément l’impulsion donnée ; le simple jeu de ses organes produit ce mouvement , l’ame n’y prend aucune part , chacun revient à ses premiers sentimens au moment où la tranquillité succède aux orages politiques. Ainsi , lorsque les vents impétueux déracinent dans les forêts les chênes sourcilleux, l’humble roseau se courbe et relève bientôt sa tête.
D’après le rapport unanime de tous les historiens, durant le règne de Marie, sa sœur Elisabeth feignit de professer la religion romaine ; elle entendait la messe tous les jours ; elle allait souvent à confesse : la conduite tenue par elle , lorsqu’elle put sans danger manifester sa croyance , ne laisse
]555. pas douter de son attachement intérieur à la reUgton protestante , malgré ses signes d’adhésion au catholicisme. De même, la majorité des Anglais était si peu protestante , malgré la profession ex> térieure de celte religion , faite dans toutes les églises , qu’à l’excepdon de deux évêques , tous les membres du parlement , convoqués par Marie peu de temps après son avènement au trône , se trouvèrent catholiqrres.
A l’époque où les cérémonies du culte public changèrent parles ordres des ministres d’Edouard^ les habitans de plusieurs provinces prirent les armes pour la déiènse de leur religion. Les révoltés en voulaient principalement aux grands seigneurs , fauteurs des opinions nouvelles. Le duc de Sominerset gouvernait alors l’Angleterre. Redoutant les suites de cette insurrection , il proposait dans le conseil de rc^ence de donner satisfaction aux insurgés. Ce fut la première origine de sa perte. Les grands voyaient de loin , dans le rétablissement de la religion romaine , la nécessité de restituer les biens d’église possédés par eux ; ils accusaient le protecteur de haute trahison. « 11 voulait , disaient-ils , se populariser pour changer la constitution hritanniquo , et s’emparer du trône à l’aide de la multitude é^rée. Le duc de Northumber- Lind , au contraire , poursuivit avec vigueur la guerre contre les révoltés. Les flots de s||pg , répandus dans les provinces de Norfolk , d’Oxford et de Dcvonshire , forcèrent les colons au sUencç
HENRI II. 55ÿ
el à la soumIsHon. Ils parurent protestons , atten> dant les occasions de manifester leurs sentimens catholiques. La prétention de Marie au trône leur ofirit cette occasion j alors leur vœu unanime con- &ndit les vains efforts des grands du royaume. Loin de contrarier le duc de Northumberland , leuriptérét les poussait à les favoriser.
. Si l’iiisloii'e est la régulatrice des r<ûs,ils apprennent par cet événement qu’au sein des grandes révolutions dans les mœurs , dans les usages , dans la rel^ion d’un peuple , on se tromperait lourdement , si on prenait des marques extérieures d’spprobation , ouvrage de la pusillanimité, de l’in^ seuciouce ou de la crainte , pour le vœu prononcé d!t>0€ nation.
- ' Ln grand nombre de lords protestais , convaincus de l’ioutiUlé de leurs efforts contre le rapide torrent qui entraîi&it Jeanne Gray et le 4\iC d<s Northumberland dans le même prémpice , s’étaieUt bâtés de conduire auprès de Marie les troupes levées â leurs frais -, ils sollicitaient , en récompense de leur zèle , une promesse royale de iio, faire aucun changement dans. le mode religieux établi parles lois , ou du moins de laisser à chacun la liberté entière de conscience. Marie, à l’exemple de tôt» les princes placés dans des ctrconstaoces -dilBcilos , promit ce qu’on voulut. A peine couronnée., elle publia une proclamation dont les termes ambigns annonçaient l’orage prêt à fondre sur les protestaos 3 elle déclarait sa résolution de
54o HIST. DE FR. I.* PART. LIV. XXVU.
1 553. professer la religion romaine , promettant de ne pas contraindre les consciences , avant que les choses fussent décidées par le parlement. Les réformateurs se voyaient par cette clause à la veille d’étre sacrifiés dans une assemblée dont leurs ennemis dirigeraient les décrets.
En effet le parlement , ayant annulé le di- ■ vorce prononcé entre Henri VIII et Catherine d’Aragon , abolit les lois portées sous là régence d’Edouard contre les catholiques ; alors ce culte bit rétabli avec éclat j cepencUint la reine , mal affermie sur le trône , n’osait se livrer à la cruauté de son caractère ; elle cherchait un appui. Son mariage était secrètement négocié avec Philippe , prince des Asturies. Le prince entrait à peine dans sa'vingt-septième année ; Marie avait trentehuit ans. Cette disproportion d’âge ne ftit pas regardée comme un obstacle à cet hymen. ,
' Il révoltait en Angleterre tous les esprits. La chambre des communes témoigna son improbation. Un grand nombre d’écrits faisaient connaître les dangereuses conséquences de cette alliance.
Idalgrc les remontrances des communes ; malgré le mécontentement des Anglais catholiques et prolestans , le mariage fut célébré. Les > deux chambres refusèrent constamment de donner à Philippe la moindre part dans l’administration des affaires publiques; il fut l’époux de la reine. Elle seule continua de gouverner selon les formes consacrées et les anciens usages. Mais, malgré cette dé-
(âsîon, Philippe, répaudant l’argent à pleines mains, i555. obtint une influence principale dans le gouvernement. L’empereur augmentait celte influence en tenant un corps nombreux de .troupes sur les côtes de Flandre, prêtes à passer le détroit et à seconder les entreprises de son fils.
Marie crut pouvoir développer ses senlimens sanguinaires ; déjà Jeanne Gray lui avait été sacrifiée.
Le cardinal Polus était venu à Londres revêtu du caractère de légat du pape, il fit la cérémonie de réconcilier la Grande-Bretagne au Saint-Siège , donnant l’absolution aux deux chambres. Elles la reçurent à genoux. Cette assemblée, non seulement abrogea les lois contraires au culte romain; mais, stipulant que les possesseurs des bit^s du clergé les garderaient sans pouvoir être inquiétés , elle permit de poursuivre les hérétiques suivant la rigueur des lois anciennes.
Des juges nommés par la reine prirent connaissance du crime d’hérésie. Leur pouvoir surpassa' celui des inquisiteurs romains. Les ministres du culte protestant furent poursuivis avec cette barbarie inspirée par le seul fanatisme.
Thomas Crammer était en prison dès les premiers jours du règne de Marie. Ce prélat avait prononcé le divorce de Henri VIII avec Catlierine d’Aragon , crime irrémissible aux yeux de la reine. Cependant , si on s’en rapporte à plusieurs historiens anglais , elle devait la vie à Crammer. Burnet nous
i553. apprend que, dans le temps des brouilleries de Henri VllI et de Catherine, Marie prenait sans aucun ménagement le parti de sa mère. Le roi résolut sa mort. Les confidensde ce prince n’osaient le dissuader. Crammer seul hasarda des remontrances capables de réveiller la tendresse d’up père. Henri sut gré au prélat de sa généreuse hardiesse, et par ses conseils prit des mesures moins odieuses.
Marie ne pouvait avoir oublié ce signalé service. Son ame, incapable de goûter le doux sentiment de la reconnaissance , ne songeait plus qu’à se venger d’un des auteurs du divorce de sa mère. Sa cruauté la rendait ingénieuse , elle refusa de comprendre le' malheureux Crammer parmi les individus condamnés à mort avec Jeanne Gray comme coupables de haute trahison. Elle lui remit en apparence un crime qui eût fait tomber sa tête, pour l’immoler comme hérétique dans l’horrible tourment du feu.
Plus de huit cents individus périrent dans leà flammes. Une femme enceinte accoucha dans le bilcher : des spectateurs, touché de pitié, arrachaient l’enfànt au feu , le juge catholique l’y fit rejeter. Un grand nombre de protestans abandonnaient leur patrie , et cherchaient un refuge s»ir le continent ; d’autres dissimulaient leur religion , vouant une haine étemelle aux catholiques , dont la vengeance les réduisait à cette .extrémité.
Cette persécution , loin d’affermir la religion romaine en Angleterre , contribua à son entière destruction. Le courage des martyrs de la réfor-
mation , ce niépris de la mort la plus cruelle, i555. montré par des individus de tout rang, de tout âge et des deux sexes , affermit bien plus de protestans dans leur croyance , que la rage des persécuteürs n’en immola. Les indifférens détestaient un culte dont les chefs déployaient une barbarie aussi détestable : les sanguinaires ministres des cruautés de la reine sentaient eux-mêmes le danger d’irriter la multitude par le spectacle fréquent de ces exécutions. Ils en modérèrent la rigueur par le conseil de Charles-Quint. Ce prince , redoutant une réaction , ordonna à son fils d’engager Marie d’employer, un peu tard, les voies de la modération.
Charles-Quint, favorisé long-temps de la fortune , en éprouvait les rigueurs ; malheureux luimême , son ame d’airain s’ouvrait à la compassion. Faibles humains , de la manière dont nous sommes traités par les événemens dépendent presque toutes nos affections envers les autres. Chàrles , durant le cours d’une longue prospérité, s’était joué de la vie des hommes en Espagne , en France , en Italie , en Allemagne ; il avait tenté d’établir l’inquisition à Naples ; il avait versé à grands flots le sang des anabaptistes en Thuringe , celui des paysans en Bohême. 11 s’intéressait en faveur des protestans anglais , lorsque battu successivement par les protestans d’Allemagne et par les Français , accablé de revers et tourmenté par la goutte , les .fibres de son cerveau éprouvaient un tel ébranle-
i555. ment, que n’ayant pas réussi à procurer à son fils ’ *- la couronne impériale , ni même à engager les Anglais à prendre les armes contre la France , il adoptait la résolution inconcevable d’abandonner ses couronnes et de finir ses jours dans une solitude.
4. Henri II n’avait pas suivi sans inquiétude les négociations de l’empereur à Londres. 11 sentait vivement comliien le mariage de Philippe avec Marie pouvait augmenter les forces d’un ennemi déjà si redoutable. Prévoyant que , malgré leur volonté , les Anglais seraient entraînés dans les - . guerres du continent , il crut devoir prévenir cet événement par les plus vigoureux efforts.
Le roi se procura de l’argent en créant , dans toutes les jurisdictions royales , un greffe des insi- ' nuations, où les constitutions de rentes , les dispositions testamentaires , les coptrats de mariage;,» les obligations ou donations seraient enregistrées. Un second édit rendait héréditaires les charges de secrétaires du roi moyennant finance. Le parlement démontra qu’en peu d’années le roi retirerait des sommes plus fortes du produit des vacances par mort et des résignations. Cet édit fut rapporté ; on demanda seulement aux possesseurs, de ces offices une augmentation de finance. Un troisième édit créait quatre nouvelles charges de maîtres des requêtes. Un quatrième doublait le nombre des receveurs généraux des finances , rendant leur exercice alternatif. Un cinquième étendait
HENRI i IL
tlait cette alternative à tous les offices de la-tré- .i652. sorerie , et doublait le nombre de ces officiérs.
Un sixième engageait à une compagnie de Ijârtquiers florentins les droits de traite foraines et d’entrée sur les marchandises dans Lyon. Un sej)tième aliénait une partie des greniers à sel. Il fut défendu aux notaires , sous peine de privation de leur office, de passer des contrats de constitution de rente avant que le roi eût obtenu les
sommes dont il avait besoin.
Ces fonds extraordinaires parurent suffisans. On »554. entra en campagne sur les frontières de la Belgique.
Une division ravagea le pays d’Artois ; le reste de l’armée , sous les ordres du connétable , s’avancait parla forêt des Ardennes vers les provinces du Hai* nault et de Liège. Marienbourg fut assiégé; la gouvernante des Pays-Bas avait fortifié cette place à grandsfrais , elle fit cependant une faible résistance.
Henri , fier de ce succès , prenant le commandemqpt de son armée , assiégea Bouvines et prit cette place d’assaut. Le roi marcha vers l’Artois. Les sommes considérables, employées par l’empereur à procurer à son fils des partisans dans Londres , manquaient dans sôn trésor. Les préparatifs de guerre s’étaient faits ave 3 lenteur ; il assembla une armée inférieure en nombre à celle de France. Emmanuel Philibert , duc de Savoie , commandait les > Impériaux: ses talons suppléèrent à la faiblesse de ses forces ; son habilité dans le choix de ses campemens mit les Français hors d’état de l’attaquer ;