CHAPITRE PREMIER
Mort de Charles , prince des Asturies.
Vkk s le temps de la paix de Longjumeau, dont les dispositions avaient assoupi plutôt que calmé les dissensions en France, l’événement le plus extraordinaire étonna l’Europe.
Ce fut la mort tragique de Charles , fils unique de Philippe 11 , roi d’Espagne.
Tom. II } 2 e . part. •. ' i
Dans les premiers jours de janvier, le monarque écrivait à sa sœur, femme de l’empereur Maximilien , qu'il n'avait jamais découvert dans son fils aucun vice capital , mais qu’il l’avait fait enfermer pour son bien etpourcelui du royaume. Il mandait dans le même temps
au pape Pie V, que dès la plus tendre enfance de Charles son fils , les germes délétères d’un tempérament vicieux avaient étouffé ~ dans son ame toutes les instructions pater- ** nelles. Plusieurs écrivains espagnols assurent que Philippe II fit instruire le procès de son fils par l’inquisition, et que ce tribunal rendit une sentence de mort contre ce prince, âgé de vingt-trois ans.
Ce fait n’est pas suffisamment prouvé. Le corps du prince des Asturies gît dans les tombes de l’Escurial , séparé de sa tête. On prétend qu’on coupa le cou à ce prince après sa mort, parce que la caisse de plomb destinée à renfermer son corps se trouva trop courte , et c’est ce qu’on observe en effet. Mais cette allégation paraît bien faible. On pouvait si aisément allonger le cercueil. On assure , dans la vie de l’empereur de Russie Pierre 1 er . , que décidé à faire condamner à mon
son fils Alexis , il fit venir d’Espagne les actes du procès de Charles, prince des Asturies. Ces actes , ni la condamnation de ce prince n’existent pas. On est réduit à de pures conjectures
sur les causes et les circonstances de cet événement.
: Quelques années auparavant , le prince des Asturies , pour se soustraire aux rigueurs exercées contre lui par son père > avait formé le projet de sortir d’Espagne , sous prétexte de secourir l’île de Malte, assiégée en 1 565 par Soliman II , avec toutes les forces de son empire. La nouvelle de la délivrance de cette île , dans laquelle on assure que périrent cent quatre-vingt mille Turcs, lui fit changer de •résolution. Fleurian de Montmorency , député plusieurs fois à Madrid par les états des Pays- Bas , pour engager Philippe II à réformer les abus dont les excès occasionnaient des insurrections dans ces contrées , fut accusé d’avoir proposé au prince de venir se mettre à la tête des mécontens.
Montmorency, enfermé dans l’Alcasar de Ségovie , fut pendu en i5 66, dans le temps même où Philippe II ordonnait à la duchesse Marguerite d’Autriche d’exterminer tous les réformés dans les provinces belgiques , ordre mis à exécution par le duc d’Albe jutant qu'il lui fut possible.
* 11 n’est venu jusqu’à nous aucun monument historique dans lequel nous puissions nous instruire des liaisons du prince des Asturies avec les Belges. S’il est vrai que son procès' fut fait par l’inquisition , on pourrait en con-
i568. c ^ ure qu’il penchait en faveur des nouvelles opinions religieuses , dont son père était l’adversaire le plus implacable , et qui dominaient alors dans la Belgique.
D autres ont pensé qu’une intrigue aïnou- 1 reuse coûta la vie à ce prince. Ils assurent que Je jeune Charles montrait trop ouvertement son inclination pour sa belle-mère , Isabelle de France, fille de Henri II, princesse aussi jeune que lui, et qui lui avait été des-, tinee en mariage. La mort précipitée de la reine suivit de près celle du prince des As-" turies et augmenta les soupçons. Toute l’Europe crut que le sombre Philippe II avait immole sa femme et son fils à sa jalousie.