CHAPITRE II
, Troisième guerre civile.
D Ès que le chancelier de l’Hôpital eut quitté le conseil , la cour fut entièrement livrée aux impulsions du pape, du roi d'Espagne et surtout des Guise. Il paraît ,par les mémoires de Nevers , que le principal motif de Philippe 11 , pour exciter des troubles continuels en Fraucç, sous ce règne etsous celui de Henri III, fut de rpcUre les princes protestons français
hors d’état de secourir les protestansdes Pays- ' Bas (i). La cour ne cherchait qu’un prétexte pour recommencer la guerre ; Ce prétexte fut le paiement des arrérages dus aux troupes allemandes, aux ordres du prince Casimir.
Le roi les avait payées, mais les chefs des réformés s’étaient engagés à remettre cet argent au trésor royal dans un temps limité, sans trop calculer s’ils seraient en état de remplir cette promesse.
A peine le terme fatal expirait que le roi réclama cette somme, montant à près d’un million en ce temps-là. Il fut signifié ûu prince de Coudé, que le roi seul ayant le droit de mettre des impositions sur ses sujets , il entendait que la somme fût acquittée en entier par les chefs des réformés , de leurs propres deniers , puisqu’eüx seuls avaient contracté cette dette en appelant les troupes allemandes en France. C’était une pomme dé discorde , habilement jetée devant les pas des réformés , pour séparer leurs intérêts de ceuac de leurs chefs. Toutes les représentations faites à ce sujet par le prince de Condé furent inutiles. Relevant , avec affectatiôn , quelques expressions d’un des mémoires de ce prince , on les donnait pour une déclaration
(i) Hénaull, Abr. chron., tom. a.
.g '“ de guerre. Toutes les lois pacifiques , ouvrages de l’Hôpital , furent révoquées. Le système le plus persécuteur se développa successivement. Quatre édits, rendus contre les réformés, leur ordonnaient de changer de religion. Le premier , déclarait vacantes les charges par eux exercées, Le second , ordonnait la saisie de leurs biens. Le troisième , déclarait convaincu d’hérésie quiconque, lors de la publication de ledit, se trouverait absent de son domicile. Le quatrième , plus oppressif encore et plus vexatoire, ordonnait des visites dorai-: ciliaires. Une inquisition politique violait l’asile des citoyens, et pénétrait le secret des fa-> milles à la voix des vils délateurs. Les propriétaires soupçonnés de calvinisme se voyaient chassés de leurs biens, dans lesquels des étrangers s’établissaient à leurs yeux. Ces procé- * dés ne pouvaient manquer d’entraîner les réformés dans une rébellion ouverte (i), c’est aussi ce que voulait la cour.
Le prince de Condé et l’ami ml de Coligny, prévenus qu’ils devaient être arrêtés dans la petite ville de Noyers , sur les frontières de Bourgogne , eurent à peine le temps de se ré-
(x) Tous ces édits furent rendus parle garde des sceaux Morvilliers, évêque d’Orléans..
fugier à la Rochelle (i). La plupart des ministres réformés , particulièrement poursuivis par les agens de la cour, s’étaient réunis dans cette ville. Le prince et l’amiral expédiaient des couriers de toute part. Le cardinal de Gbàtillon , évêque de Beauvais, était dans sa maison de campagne , auprès de cette ville. Se voyant à la veille d’être enlevé , et désespérant de rejoindre ses deux frères à la Rochelle , il prit la fuite déguisé , et ayant échappé avec assez de peine aux poursuites de ses ennemis, il parvint sur les côtes de Normandie ( 2 ) et passa en Angleterre où la reine Elisabeth Je reçut avec honneur.
Cette princesse envoya aux réformés dans la Rochelle un train d’artillerie et cent mille écus d’or (3) , avec ce secours l’armée protestante se rassemblait rapidèment. La reine de Navarre , Jeanne d’Albret ,soit qu’elle craignit comme les autres pour sa propre sûreté , ou qu’elle voulût ranimer le parti protestant en lui présentant Henri, prince de Bearn, alors âgé de quinze ans, se rendit à la Rochelle avec la cavalerie et l’infanterie levée par elle dans ses états.
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(1) M<?m. de Castelnau , liv. 7. La Pepeliuière , liv. 14. Mém. de Tavannes.
(a) De Thon , liv. 44.
( 3 ) Carabden , aun, Rapiu Thoiras, liv. 17.
8 H1ST* DE FR., II e . F., L. IV. \
On vit arriver successivement dans la Rochelle les réformes du Poitou, commandés par les capitaines Yvoi, Desorloards et de Blosset} le prince de Soubise amena ceux du Périgord.
Les comtes de Clermont et de Piles vinrent à la tète de ceux du Quercy, Montgommejâ avec ceux de iNormandie, le vidante de Chartres et Lavardin avec ceux de Bretagne. Enfin , d’Andelot et Lanoue, inutilement poursuivis par le comte de Montpensier , amenèrent un corps de cavalerie assez nombreux.
Henri, dans la suite Henri IV, fut déclaré généralissime- et chef des réformés. Le prince de Condé son oncle, et l’amiral Coliguy, furent ses lieutenans généraux. Le priuce de Bearn se rendit maître en peu de temps de toutes les places de l’Aunis , de la Saintonge , de l’Aogoumois et du Poitou , à la réserve de Poitiers. Les chefs des réformés pour éviter dans la suite les vacillations qui leur avaient arraché la signature du traité de Longjumeau , obligeaient tous les corps armés , à mesure qu’ils se présentaient , de promettre par serment , entre les mains des magistrats de la Rochelle de persévérer jusqu’à la mort dans la défense de leur religion, et de n’accepter aucun accommodement sans le consentement unanime de tous leurs généraux. Le cardinal de Châtillon eut ordre de solliciter de nouveaux secours de la reine d’Angleterre , et des agens
CHARLES MAXIMILIEN. * 9 furent envoyés en Allemagne pour lever des soldais.
Coligny, le meilleur général de son siècle , savait qu’on ne pouvait ni entretenir une armée , ni rien entreprendre de considérable sans des magasins remplis de toutes sortes de provisions. 11 avait coutume de dire, qu’une armée était une espèce de monstre qui se formait par le ventre. La sienne se cantonnait dans une langue de terre fertile , à la vérité, mais resserrée d’un côté par la Loire et de l’autre par une chaîne de montagnes , dirigées de l’est à l’ouest dans le Languedoc , et dans la Gascogne, jusqu’aux Pyrénées et qui s’abaissaient pour donner passage à la Garonne.
La ville de la Rochelle, parfaitement située pour le commerce maritime , avait armé une flotte de trente bàtimeDS pour courir la mer , piller les vaisseaux marchands et les villes indéfendues sur les côtes de France , transporter à la Rochelle tous les blés qu’on pourrait trouver, cotîvertir en argent le butin inutile à l’armée , et subvenir ainsi à ses plus pressans besoins. Dans l’espace de quelques mois Jes Rocjiellois firent lesprises les plus considérables. La reine d’Angleterre envoya toutes les munitions de guerre dont on manquait.
Avec ce secours, les réformés furent, durant plusieurs mois de suite maîtres de la campagne. L’armée royale se rassemblait insensi-
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blement , mais avec beaucoup de peine , sous les ordres du duc d’Aujou et du comte de Monlpensier. Elle campait dans le mois de novembre aux environs d’Amboise , forte de vingt-quatre mille hommes d’infanterie et de quatre mille de cavalerie. On comptait à peine vingt mille hommes d’infanterie et cavalerie dans l’armée du prince de Bearn , mais c’étaient tous gens déterminés , combattant pour leurs intérêts les plus chers ; pour leurs femmes , leurs en fans , leur religion et leurs héritages; ils voulaient vaincre ou mourir.
Les glaces ,les neiges, arrêtèrent bientôt les opérations des deux armées. La brièveté des jours et les mauvais chemins , retardaient également et le transport des convois et la marche des troupes ; on eut trop exposé Jes hommes et les chevaux en les faisant camper; les deux armées se cantonnèrent dans les villages.
Mais à peine la cessation des grands froids faisait place à une température plus supportable, que les deux armées se rapprochèrent entre Poitiers , Châtellerault et Lusignan ; elles n’étaient éloignées l’une de l’autre que de quatre lieues.
Durant six semaines, les avant-postes furent toujours les uns vis-à-vis des autres, sans en venir à une action. Le duc d’Anjou , ayant reçu dans les premiers jours de mars, un renfort
. CHARLES MAXIMILIEN. II de quinze cents chevaux allemands , commandés par le margrave de Bade et quelques compagnies de cavalerie provençale, aux ordres du comte de Tende, côtoyait la Charente.
L’armée réformée avait été aussi renforcée par les milices du Dauphiné, de la Provence et de l’Auvergne. Le prince de Condé et l’amiral attendaient un corps nombreux de cavalerie et d’infanterie de Guienne et de Gascogne , et dans la crainte que l’armée catholique ne l’interceptât ils se portèrent à Jarnac , au bord de la Charente.