CHAPITRE XIII
. Troisième paix favorable aux réformés.
Les princes étaient disposés à la paix, pourvu que la cour accordât aux réformés la liberté 1 de conscience et des sûretés convenables pour l’avenir. Téligny, gendre de l’amiral , et le baron
(1) Mdm. de Castelnau , liv. 7, cbap. 10. Daniel , Hist. de France, tom. 6.
de Gontault-Biron furent les deux principaux négociateurs du traité. Coligny, écrasé par le poids de la guerre , répétait souvent , qu’il aimait mieux mourir sur un échafaud et être traîné dans les rues de Paris par une multitude égarée (1) , que de continuer à porter les armes contre ses concitoyens. Tels étaient les scntimens de ce grand homme entraîné dans la guerre civile par un concours de circonstances malheureuses , tandis qu’il soupirait après le bonheur et la tranquillité de son pays. L’édit de pacification fut signé le 1 r août (2) ; ses articles , au nombre de quarante-neuf, semblaient éteindre pour lasuite tout prétexte de discorde. Les nouveaux édits donnés pour priver les réformés de leurs charges et de l’exercice de leur religion étaient retirés. 11 leur fut permis d’élever des temples dans les villes et môme à Paris. Le parlement de Toulouse, après avoir fait couper la tête à un calviniste porteur des ordres du roi adressés à ce tribunal, devenait avec justice suspect aux réformés : ils furent autorisés à porter toutes leurs causes des juridictions subalternes du Languedoc aux requêtes de l’hôtel à Paris ; ils pouvaient dans les
(1) De Thcui, liv. 47 -
(a - ) A Saint-Germain-en-Layc. Me'm. de Tétât do France sous Charles IX.
Ti
4 2 HIST. de P., L. IV. -,
«570. parlemens de Rouen , de Dijon , de Grenoble , d Aix et de Rennes , récuser à leur choix six juges , conseillers ou présidens , et quatre dans celui de Bordeaux.
On ne faisait aucune mention particulière de I amiral de Coligny dans l’édit de pacification, ce qui eut pu jeter des incertitudes dans l’esprit d’un homme moins intéressé et moins ami de son pays} mais on y comprenait nommément la reine de Navarre , le prince soi> fils , le prince Henri de Condé , le duc des Deux-Ponts, le comte deMansfeld(i) ,le prince * d Orange et le comte Louis de Nassau son frère. On rendait à ces deux derniers la principauté d’Orange , dont le roi l’avait dépouillé durant la guerre. La cour abandonnait pour plusieurs années aux princes de Bearn et de Condé, quatre places de sûreté, la Rochelle, la Charité, Montauban et Cognac. L’édit de pacification fut enregistré dans tous les parlernens , sans difficulté ni remontrance.
L extrême misère des peuples , occasionnée parla guerre la plus désastreuse, contribua
(0 Cette paix fut nommée la paix Boiteuse et mal assise, parce que le baron de Goutault-Biron était boiteux, et que de Mesmes, second négociateur, était seigneur de la terre de Malassise. Hénault, Abr. chron. , tom. 2 .
sans doute à la molle facilité avec laquelle la paix fut conclue; les cours de Rome et de Madrid ne murmurèrent pas , d’où l’on conclut dans la suite qu’elles étaient instruites des secrets motifs de Catherine de Médicis et des Guise. En examinant les conditions favorables offertes par la reine aux réformés , pouvait-ou ne pas soupçonner que ses dons cachaient quelque piège? Ne nommant pas dans l’édit l’amiral de Coligny , reconnu généralement pour le chef du parti réformé , ne se réservait-on pas un moyen indirect de faire valoir un jour les arrêts du parlement de Paris rendus contre lui ? Etait-il naturel qu’après cette réticence le roi pressât ce guerrier de venir à la cour ? qu’on l’accablât de grâces extraordinaires? qu’on rendît sa place dans le conseil au même homme pendu en effigie peu de mois auparavant , et dont la tête était mise à prix? On lui permit d’amener avec lui à Paris cinquante gardes pour sa sûreté : c’étaient évidemment cinquante victimes de plus , conduites dans le piège tendu devant l’amiral. Il est probable que le dessein était formé par la cour, d’exterminer durant la paix ceux qu’on n’avait pu détruire durant la guerre , et que cet affreux projet dicta la pacification de Saint-Germain-en-Laye.