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CHAPITRE XIV

Projet de marier le duc d’Anjou avec la

reine Elisabeth .

JT endant la négociation entre les catholiques et les protestans de France , le lord Walsinghai* n’avait pas eu de peine à faire comprendre k Catherine de Médicis , qu’on ne pouvait songer au mariage du roi Charles avec la reine Elisabeth , sans révolter le parlement d’Angleterre dont ce mariage aurait menacé la liberté ; elle proposa le duc d’Anjou (i). Ni Elisabeth , ni Catherine de Médicis ne songeaient sérieuse-» ment à conclure cet hymen } mais ces deux princesses cherchaient mutuellement à se tromper. Elisabeth trouvait deux avantages dans celte feinte négociation : elle amusait ses ministres qui la pressaient de se marier pour assurer la succession à la couronne , et amortissait les coups de ses ennemis , n’osant se dé-* elarer ouvertement lorsqu’on la croyait sut le point de s’unir étroitement avec la France.

D’un autrè côté , Catherine de Médicis pro-

(i) Rapin deThoiras, liv. 17 ,

posait ce mariage pour cacher à tous les yeux Pallreux projet lormé par elle , d’exterminer d’un seul coup tous les réformés de France.

Les obstacles apportés par la reine d’Angleterre dans celle négociation , favorisaient merveilleusement les desseins de la cour de F rance. 11 n’était guère possible de présumer qu’elle prit des mesures pour faire périr tous les protestans de France , dans le temps où scs soins s’employaient à faire réussir le mariage du duc d’Anjou avec une princesse protestante, et qu’elle laissait entrevoir le penchant de ce prince pour embrasser un jour les opinions religieuses de sou épouse.

Cette délicate négociation sc suivait avec beaucoup d’activité , tandis que la cour , sous divers prétextes, engageait la reine de Navarre d’amener son fils à Paris , persuadée que l’arrivée de ce prince et de cette princesse serait suivie de celle de l’amiral de Coligny et des principaux chefs réformés , et que faisant naître une occasion d’immoler à la fois tous les chefs, le parti privé d’appui n’opposerait presqu’aucune résistance.

Catherine de Médicis avait assuré Walsinghan que le duc d’Anjou , très-indifférent sur les opinions religieuses , se porterait aisément à se ranger à la communion anglicane si la possession d’un trône était à ce prix ; et qu’il s’agissait de ménager peu à peu ce chan-

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gemept. Lord Buckhurst vint à Paris ,• avec la qualité d’ambassadeur extraordinaire. Le duc d’Anjou avait d’abord demandé l’exercice public de sa religion dans Londres ; il se réduisit par degré à une petite chapelle se* crête. Fénelon , ambassadeur de France à Londres , fut chargé de cette proposition , mais pendant que le conseil méditait sa réponse Parabassadeur communiqua à plusieurs personnes distinguées des lettres de Paris , par lesquelles il paraissait que la cour de France n’insisterait pas fortement sur cet article. Walsinghan écrivit aussi de Paris que le duc de Montmorency avait opiné dans le conseil à ne faire aucune mention de religion dans le traité de mariage, et de laisser le tout à la volonté des deux époux. Ces insinuations étaient autant de pièges pour porter Elisabeth à refuser un point assez équitable afin que la rupture parût ne point venir du coté du duc.r Elle répondit par écrit qu’elle ne pouvait accorder une chapelle au duc d’Anjou -jv qu’elle exigeait au contraire qu’il l’acconr-L pagnât au service divin , et qu’il ne re-^ fusât pas les instructions de l’église anglicane. A cette condition elle consentait que?

ni lui, ni ses domestiques ne fussent contraints d’abjurer la religion romaine jusqu’à ce qu’ils fussent persuadés ; et qu’ils ne fussent pas même inquiétés pour leur croyance , ni sous

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prétexte d’observer des rites religieux différais de ceux prescrits par les lois , pourvu qu’ils se conduisent de manière qu’aucun Anglais n’eu pût prendre occasion de violer les lois du royaume.

Elisabeth en se relâchant un peu sur l’article de la religion, ajoutait des restrictions dont la nature lui laissait un moyen de se dédire en cas qu’on la prit au mot. Aussi voit-on dans les rftémoires de Walsinghan , que tout le conseil de Londres était convaincu de la détermination de la reine à ne pas épouser le duc d’Anjou.

Catherine de Médicis fît dire à la reine Elisabeth, par l’ambassadeur de France, qu’elle trouvait sa réponse trop dure ; mais cependant qu’elle la priait d’envoyer un personuage de confiance avec lequel elle pût s’ouvrir sans risquer sa réputation: l’affaire eu demeura là. La reine mère feignit d’attendre cette personne de confiance , laquelle n’arrivant pas , la négociation languit jusqu’au mois de septembre 1571 , sans que sa rupture altérât la bonne intelligence entre les deux cours.

Au contraire , Charles fit remercier Elisabeth de la franchise avec laquelle elle s’était conduite, etsans insister davantage sur le mariage, il lui proposa de contracter un traité d’alliance entre la France et l’Angleterre.

Elisabeth , environnée d’ennemis, et n’ayant point d’alliés , regardait cette alliance comme

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un avantage tant pour détacher la cour de France des intérêts de la reine d’Ecosse , que pour intimider le pape, le roi d’Espague et les catholiques anglais. Ignorant que le but de Charles et de sa mère était d’anéantir les défiances des réformés de France dont la ruine était résolue , elle envoya en France le secrétaire d’état Thomas Smith , pour négocier le traité (1) d’alliance, signé à Blois en avril 1572, quatre mois avant le massacre de la Saint-Barthelemi.

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