‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 15 sur 101 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Précis du règne de Maximilien , empereur d' Allemagne.

IVÏaxiMILIEn ne jouissait de presque aucune autorité dans l'empire. La vaste domination de Charles-Quint , composée de parties incohérentes et formées avec trop de précipitatiou, s’écroulait sans avoir pu s’asseoir sur des bases solides. Charles-Quint hâta lui-même cette décadence eu cédant les domaines de la maison d’Autriche en Allemagne à son frcre Ferdi-

(i) De Thou, liy. 47. Mém. d’état sou* Charles IX, 40m. 1. >

Tom. II, a e . part. 4

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" nand. La maison d’Autriche fut divisée en deux branches, bienlôt étrangères l’une à l’autre et plusieurs fois ennemies.

- Ferdinand (i),mouruten 1 564 , laissant à son fils aîné, Maximilien II , la couronne impériale, la Bohême et l’Autriche. 11 investit son second fils Ferdinand du Tirol et de l’Autriche antérieure , et Charles , son troisième fils , de la Stirie, de la Carniole , de la Carinthie et de ses domaines en Italie. Ce prince avait signé en i543 un testament auquel il ne dérogea pas par ses dernières volontés. Cet acte jeta de loin les semences de la guerre qui troubla l’Europe au milieu du dix-huitième siècle. 11 ordonnait qu’advenant le cas où sa postérité mâle et celle de Charles -Quint s’éteindrait, les états autrichiens passeraient à sa fille Anne d’Autriche , femme d’Albert , duc de Bavière. L’événement prévu«st arrivé de nos jours; il a ébranlé l’Europe. Si le testament de Ferdinand aussi bien que le contrat de mariage de sa fille avaient été énoncés en termes plus clairs , on eût prévenu des événemens funestes.

(1) L’hiver fut si rude depuis la fin de novembre 1570 , jusqu’à la fin de février 1^71, que les rivières portaient charrois : la- gelée détruisit les arbres fruitiers, même eu Languedoc et eu Provence, jusque dans leurs racines. Méserai.

CHARLES MAXIMILIEN. 5l

Maximilien 11, régna douze ans , donc de toutes les vertus dont la vie d’un homme privé peut être embellie. Son aversion pour l’effusion du sang humain fut traitée de faiblesse ; mais les papes ne purent jamais l’engager à réduire les protestans par la voie des armes.

- Ce n’est pas , disait-il , en rougissant les autels du sang hérétique , qu’on peut honorer le père commun des hommes. Au lieu d'inquiéter des citoyens laborieux et intelligens parce qu’ils n’entendaient pas des dogmes inintelligibles, il proposa de nouveau à la coue de Rome d’abolir pour l’Allemagne le célibat ecclésiastique , d’y permettre la communion sous les deux espèces , et la célébration du service divin en langue vulgaire. Croiraiton que Pie non - seulement refusa d’admettre cette voie de conciliation propre à ramener les protestans au culte catholique, mais qu’il osa menacer l’empereur de le faire déposer par les électeurs catholiques , s’il continuait de se mêler des opinions religieuses.

Alors ce prince philosophe , témoin de ces terribles commotions causées par les disputes sacerdotales, en France , en Angleterre et dans les Pays-Bas, laissa à tous ses sujets la liberté de professer en paix, la religion dont; les dogmes leur conviendraient le mieux. Lorsque Henri III quitta la Pologne pour pren-

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dre possession du trône de France, il lui tint ce discours au rapport des contemporains :

« Vous allez ceindre votre front d’ane couronne brillante , mais orageuse. 11 dépend de vous de ramener l'abondance et la paix dans vos états , et de trouver votre bonheur dans le bopheur public. Changez le conseil du feu roi , rejetez sur ce conseil la haine et les animosités excitées dans les esprits par des massacres. Dieu seul est le maître du cœur de l’homme : les rois ne commandent pas à la pensée. En prétendant exercer un empire qui ne leur appartient pas , ils mettent en péril celui dont iis jouissent ».

Si ce conseil donné par 'un prince accoutumé à étudier les hommes, eût été suivi, la ligue ne se fût pas probablement formée , ni cette longue chaîne de calamités qui accablèrent la France à la suite de cet événement funeste.

À la honte de la raison humaine , le règne d’un prince qui voulait conduire les hommes par les grands principes de la morale et de l’équité naturelle , inspira des murmures , des railleries, au lieu d’exciter la reconnaissance publique. L'autorité de Maximilien fut méprisée. S’il obtint le crédit de faire élire son fils aîné Rodolphe roi des Romains , dans la diète de Ratisbonne en 1673 , ce fut par la seule considération que les Turcs menaçant

CHARLES MAXIMILIEN. 53 l’Allemagne et l’Italie, la convenance portait sur le trône impérial un monarque dont les états touchaient au* provinces ottomanes , et chez lequel par conséquent l’intérôt particulier de sa famille se réunissait avec l’intérêt général de la Germanie, pour repousser les efforts du divan de Constantinople.

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