CHAPITRE XLI V
Requête présentée au parlement contre les meurtriers du duc et du cardinal de Guise.
En conséquence de celte promesse, Anne d’Est , mère des deux princes assassinés et Catherine deClèves, duchesse de Guise , présentèrent requête au parlement contre les assassins. Le parlement répondit : «Vu par la cour, toutes les chambres assemblées , la requête à elle présentée, etc. Tout considéré ladite cour à ordonné et ordonne commission d’icello être délivrée aux Suppliantes. »
Par un second arrêt , Pierre Michon et Jean Courtinfurentnommésconseillerscommissaircs
(i) Cayet ,tom. 1. Mtm. de la ligue.
" pour informer ( 1 ). Le roi avait ordonné au parlement de faire le procès à la mémoire du duc. Le parlement, sur une nouvelle requête présentée par Anne d’Est et par Catherine de Clèves, rendit cet arrêt.
« Vu par la cour la requête présentée par Catherine de Clèves , duchesse douairière de Guise , laquelle avertie que ceux qui ont proditoirement meurtri le corps (des Guise) s’efforcentde diffamer leur mémoire par une forme de procès , ayant à cette fin député certains prétendus commissaires au préjudice de la juridiction de ladite cour, privativement à tous autres juges ; au moyen de quoi icelle suppliante a appelé et appelle de l’auctroi de ladite commission, requérant en être reçue appelante et de tout ce qui s’en est suivi ou pourra s’ensuivre , comme de procédures manifestement nulles....
et ordonne commission lui être livrée pour intimer sur ledit appel tous ceux qui ont expédié et délivré ladite commission, et néanmoins ordonner que défenses leur soient faites... de passer outre. Tout considéré, la cour a reçu et reçoit ladite de Clèves, appelante de ladite commission et exécution d’icelle.... fait défenses aux commissaires et à tous autres de passer outre. Fait en parlement le io février i58g. Signé du Tillet. »
( 1 ) De Thon, liv. 94 .
Il parut une autre pièce imprimée chez Deuis Binet, avec permission, en 1 58g, en ces termes: « MM. les députés du royaume de France demandeurs selon l'exploit de Pierre Dufour , du 1 2 janvier , d’une part , et le peuple aussi demandeur contre Henri de Valois, au nom et qualité qu’il procède d’autre part. Disent pardevant vous, MM. les officiers et conseillers de la couronne de France , tenant la cour de parlement à Paris, que pour les causes et moyens ci-aprcs déduits ;
» Ledit Henri de Valois , pour raison d’assassinat commis ès illustrissimes personnes des duc et cardinal dè Guise, sera condamné, à faire amende honorable en chemise, la tête et les pieds nus , la corde au cou , assisté de l’exécuteur de la haute justice , tenant en sa main une torche ardente de trois livres. Lequel dira et déclarera à l’assemblée des états , les deux genoux en terre, qu’à tort et sans cause il a commis ou fait commettre ledit assassinat , duquel il demandera pardon à la justice et aux états; que dès à présent, comme criminel et déclaré tel, il sera déclaré indigne de la couronne de France , renonçant à tout droit qu’il y pourrait prér tendre , et ce pour les cas plus à plein mentionnés au procès dont il se trouvera bien et dûment atteint et convaincu. En outre , qu’il sera banni ■ et confiné au couvent des Hieronimites près, du bois de Vincennes , pour là jeûner au pain Tom- II, a e . part. aa
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“ et à l’eau le reste de ses jours. Ensemble condamné aux dépens ».
Cette pièce est plus que suspecte. Bayle, en la citant ài’arlicle Henri de Guise, aurait du faire réflexion qu’elle ne se trouve pas dans les registres du parlement , qu’elle n’est signée d’aucun avocat, et qu’il n’y est pas fait mentionde la mère et de l’épouse des assassinés. Il n’était pas d’usage de spécifier au parlement les peines que la justice peut infliger contre un coupable. Cette prétendue requête doit être considérée comme an libelle ; mais elle montre quel était l’emporportement des esprits dans ces temps déplorables.
A l’exemple de Paris , un grand nombre de villes se soulevaient contre le roi. Orléans et Chartres avaient pris les armes les premières. Meaux , Crépi , Corbeil , Melun, Saint -Denis, Pontoise, Senlis, Creil , et toutes les autres villes de Plie de France adhéraient à la sainte union : Rouen et les principales villes de Normandie prenaient le même parti. La Picardie suivit cet exemple. La même chose arrivait en Champagne , où les royalistes ne conservaient que Reims , Châlons , Troyes , Vitri et Château-Thierry. Le feu de la'sédition passa rapidement en Bourgogne , en Provence, en Languedoc , en Guienne, en Auvergne, en Bretagne. Les villes étaient opposées aux Villes , les forteresses au* forteresses. Le faisceau social se
trouvant rompu , une infinité de gens couvraient leurs animosités particulières du voile de la cause publique. La France eutière se signalait par des rapines, des massacres, des incendies ÿ tout commerce s’interrompait , tout paiement des impôts s’arrêtait. Les Français, armés d’un bout de la France à l’autre , se poursuivaient avec une fureur délirante tantôt sous le nom de réformés et de catholiques , de royalistes et de ligueurs ; tantôt sous ceux delà sainte union, d’écharpes blanches , de Navarrois et de Lor^ rains. Une frénésie inconcevable s’acharnait au bouleversement de la France.
Ce soulèvement promettait au duc de Mayenne un pouvoir supérieur à celui de sou frère. Des lettres de ta duchesse de Montpcnsier et du duc d’Aumale l’avaient déterminé à se mettre à la tête de la sainte union. Il entra dans Paris le t5 février, à la télé de cinq cents hommes d’armes , fut déclaré ( 1 ) parle conseil de l’union, lieutenant-général de la couronne de France , et prêta serment, en cette qualité, dans la grand’ohambre du parlement. 11 promettait de protéger la religion, catholique envers et contre tous ; de conserver en leur entier les domaines apparieijans à la couronne de France -, de maintenir les privilèges des trois
( 1 ) Journal de Henri III. ü’Aubigné, tom. 3.
ordres du royaume , et de faire observer les lois. De nouveaux sceaux furent faits , un grand pour les affaires de la première conséquence, un petit pour la chancellerie des cours souveraines]: d’un côté se .voyaient gravées des fleurs-de-lis de la manière accoutumée ; de l’autre se trouvait un trône vide , avec cette légende : Le scel du royaume de France.
Mayenne était investi de toute l’autorité royale jusqu’à ce que les états généraux , convoqués pour le mois de juillet, en disposassent autrement. Le nouveau lieutenant général de la couronne employa d’abord son autorité à faire entrer dans le conseil de l’union plusieurs personnes dévouées à ses intérêts (i), pour décider avec lui les affaires les plus importantes, tandis que le conseil des Seize restait particulièrement chargé de celles qur regardaient en particulier la ville de Paris. ;
Mayenne ayant réglé ce qui concernait l’administration générale , songeait aux moyens de lever une armée et surtout de la payer. Le duc de Mercœur commandait en Bretagne; il était parvenu à faire révolter , contre le roi , presque toute la province , à l’exception de Rennes et de quelques châteaux peu importans ; cette
(i) Daniel, histoire do France, tom. 6, DeThou» liv. 94.
province fournissait à la sainte union de l’argent et des hommes. Il n’en était pas de même en Normandie j la plupart des villes prenaient le parti de la ligue , mais la noblesse restaitgénéralement fidèle au roi, et maintenait dans son obéissance les habitans des campagnes. Le peu de gentilshommes attachés à la ligue , n’étaient pas d’accord entre eux. Le duc de Mayenne envoya en Normandie le comte de Brissacpour remédier à ces mésintelligences. Le duc d’Aumale , gouverneur de Picardie , passa dans cette province, où les ligueurs dominaient à cause de la proximité des étals du roi d’Espagne dans les Pays-Bas.
Lecomte de Chaligni et le colonel de Saint- Paul, attachés de longue main à la maison de Lorraine, allèrent en Champagne; le vicomte de Tavannes fut chargé de commander en Bourgogne, province dont le duc de Mayenne était gouverneur; le Lyonnais fut confié au duc de Nemours; la Châtre commanda à Bourges; le marquis de Villars avec le capitaine de Vins était à la tête des ligueurs de Provence; le comte de Randan (1) commandait ceux d’Auvergne ; Joyeuse , étant sorti des capucins pour combattre en faveur de la ligue , fut en Gascogne, où les ligueurs n’étaient pas
( 1 ) Jean do la RocheioucauU , comte de RandoD,
puis sans. Ils avaient pende partisanseaGuienne, en Languedoc et en Dauphine.