‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 98 sur 101 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

La reine Élisabeth envoie à Henri IV des secours d’hommes et d'argent.

Henri IV avait envoyé le vicomte de Turenne en ambassade auprès de la reine d’Angleterre pour lui demander des secours d’hommes et d’argent. Cette négociation exigeait beaucoup de souplesse. Élisabeth offrait toutes les forces de l'Angleterre, à condition que Henri promit de lui remettre Calais ou quelque autre place de la même importance sur les côtes dé la Manche. Turenne ne refusait pas (1) nettement de satisfaire la reine , mais il éludait sous divers prétextes 3 tantôt alléguant la haine qui rejaillirait sur le roi encore mal affermi , s’il aliénait une des clefs de la France; tantôt remontrant à la reine que sa générosité ne lui permettait pas de profiter de la détresse du roi pour exiger de lui un sacrifice pouvant le perdre

(») Ann. de Cambden. Rapin Thoiras, lir. 17.

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absolument , et réunir tous les catholiques sous les drapeaux du duc de Mayenne.

Elisabeth, se rendant à ces raisons , prêta au roi deux cent mille ducats , et lui envoya six mille hommes sous les ordres de Norris et de Roger Willams. Ses ministres furent autorisés à favoriser de tout leur pouvoir les négociations du roi , pour lever des troupes chez les princes protestans d’Allemagne. Elle promit des secours plus puissans si le duc de Parme rentrait en France. Dans cette hypothèse, ses troupes devaient descendre sur les côtes de Hollande ou de Zélande , et seconder efficacement le comte Maurice de Nassau et les Hollandais , pour opérer une diversion en se jetant sur la Flandre ou sur le Brabant.

Avec ces assurances ,Turenne passa à la Haye j il obtint des états de Hollande trois mille fantassins payés pour la campagne , mais cette promesse demeura sans effet , par le besoin que les Hollandais eurent de toutes leurs forces. Le roi obtint des troupes et de l’argent des princes protestans d’Allemagne ; ils firent une levée de quatre mille cavaliers et de huit mille fantassins, qui devaient être prêts à entrer en France au commencement de l’été, sous les ordres du prince Christian d’Anhalt, avec l’artillerie et les munitions nécessaires.

Je passe sous silence diverses entreprises qui

n’eurent aucune suite. Les Parisiens attaquèrent ~ — — en vain Saint -Denis; le chevalier d’ Aumale lut tue dans cette occasion. Le roi , de son côté , tenta vainement de surprendre Paris. On nomma cette expédition infructueuse , la journée des farines. Des soldats , habillés en paysans et conduisant un grand convoi de farine, avaient ordre de s’emparer de la porte Saint-Honoré ( 1 ); le duc de Mayenne, instruit de cette ruse de guerre, la rendit inutile, et profita de cette occasion pour faire entrer dans Paris une garnison espagnole de quatre mille hommes.

Dès que la saison permit aux armées de se rassembler, le roi , après avoir passé l’hiver et le printemps à Mantes , se disposa à joindre l’armée allemande. Cette jonction eut lieu avant que Mayenne se fût mis en état d’y mettre obstacle. L’armée royale s’emparait de toutes les places de la Lorraine. Ce fut dans cette occasion qu’en présence du roi fut célébré dans Sedan ,1e mariage du vicomte de Turenne avec Charlotte de laMarck, fille unique du duc de Bouillon. Celte alliance donna à la maison de la Tour d’Auvergne la souveraineté des villes de Bouillon et de Sedan.

Les ligueurs s’étaient enfin rassemblés sous

(1) Mcm. de la ligue, tom. 4.

Jesmursde Sedan. Le roi , résolu de leur livrer bataille, était parti d’Attigny le premier octobre : il campa le soir à Grand-Pré avec l’avant-garde et arriva le lendemain à la vue de Verdun , étendant son armée dans la plaine en ordre de bataille. Les ligueurs , se souvenant des journées de Coutras , d’Arqueset d’Ivry, n’osèrent commettre leurs forces au sort d’une bataille, ils restèrent sous les murs de la place où le roi ne pouvait les attaquer. Les vivres abondaient dans le camp des ligueurs. La saison était pluvieuse. Les soldats de Henri IV, qui observaient peu de discipline dans un pays ennemi, souffraient impatiemment de camper en rase camn pagne.

Dès la première nxiit, l’armée essuya un orage accompagné d’une pluie abondante , renversant lès baraques des soldats, et inondant la plaine. Cet orage mit les troupes dans un très-grand désordre; aussi le lendemain , le roi , après avoir resté plusieûrs heures en bataille , voyant que les ennemis ne faisaient aucun mouvement , prit la route de Normandie pour faire le siège de Rouen , seule ville qui tenait pour la ligue dans cette province.

Le désir qu’avait la reine Elisabeth de voir les villes maritimes de France (i) hors du pou-

(i) Rapin Thoiras, Hist. d’Angleterre, liv. 17.

' voir de la ligne , avait autant contribué à la détermination de Henri IV, que la position respective de son armée et celle des ligueurs. Elisabeth envoyait au secours du roi une nouvelle armée anglaise de quatre mille hommes, sous les ordres du comte d’Essex.

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