CHAPITRE XIII
Naissance des troubles de la France. Dioi* sions dans le parlement. Nouveaux impois. Lit de justice.
Anne d’Autriche, en parvenant à la régence ,, trouva les fonds de 16445 1645 et 1646, consumés d’avance. Il était du douze cent mille livres de gages aux officiers du parlement et à proportion à toutes les compagnies du royaume. Le président de Bailleul , nommé par la reine à la surintendance des finances, ne possédait aucun des talens propres pour remplir une place aussi importante. Le premier mimstredui donna pour adjoint, en qualité de controleur géuéral , un Siennois nommé Particelli Emeri, homme de beaucoup de talent, mais dont le faste et la débauche indignaient la nation (1). 11 fallait des impôts pour soutenir la guerre. Les finances étaient également mal administrées eu France, en Allemagne et en Espagne. La
(i)Mcm. du duc de la Rochefoucault , tom. 1. Mom# du card. do Retz, tom. 1.
Tom. VI, 2e. part. 7
régie devenait un chaos ; cependant on ne connaissait pas ces charges qui écrasèrent, daus la suite , la France sous Louis XIV ,sous Louis XV , sous Louis XVI. O11 n’avait pas des armées de deux cent mille hommes à soudoyer et une guerre maritime à soutenir. Les revenus de l’état montaient, la première année de la régence, à soixante-dix-neuf millions à vingt-cinq francs le marc, mais on a vu précédemment que , de cette somme, trente-trois millions seulement entraient dans les coffres de l’état. Emeri cmpruuta d’abord douze millions ; ou augmenta de dix sous par muid les droits payés aux barrières de*Paris sur le vin 5 pareille augmentation fut assignée dans tout le royaume surla vente du vin en gros. On Ht payer la confirmation des offices , à cause de l’avénement du roi à la couronne. Tous les engagisles de droits domaniaux furent déchargés des prestations annuellesdues par eux , moyennant une taxe de répartition. Les détenteurs de biens donnés à bail emphytéotique par les communautés d’habitans (1), furent taxés au dixième denier du prix de leurs baux; avec ce fonds on paya les armées durant l’année 1645.
Il fallait d’autres ressources en 1644» une
(!) Forbonnais , rccharc. sur les finances , tona. I.
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taxe extraordinaire ^ fut établie sur les gens ai- ' ses. Quelques riches bourgeois de Paris surchargés, firent entendre des plaintes; mais Ÿ comme ccltesurcharge n'atteignait ni les grands seigneurs ni les officiers du parlement, les murmures ne furent pas sérieux; il n’en fut pas ainsi d’une imposition assise sur un grand nombre de maisons, bâties hors des barrières de Paris par des jardiniers , des marchands de vin et des traiteurs.
v Sur ce local exempt des droits d’entrées payés aux portes de la ville, ils abreuvaient à bon compte les ouvriers et les petits bourgeois qui venaient célébrer chez eux les dimanches et les fêtes. Les habitans des faubourgs se réunissent pour porter leurs plaintes au parlement , non sans y être excités par les riches bourgeois de Paris. Us se vengeaient de l’oppression dont ils avaient été victimes, en mettant la multitude aux prises avec le ministère. Des milliers d’ouvriers remplissaient les cours du palais ; ils demandaient justice. La grand’chambre était assemblée pour dissiper cette sédition (i), et rédigeait des remontrances. Les enquêtes prétendaient avoir part à cette délibération. Une partie de la grand'ebambre ,
(■) Mém. de Talon , tora. 3. Mdm.de Motteville
100 HIST. DE ER. , II/ P. ? I. XVï. *
7û,)3 -47. dans les inlérêlsde la commue voulait pas souffrir que les chambress’asseniblassent dan's cette circonstance j les enquêtes persistèrent. La division qui se mit alors entre toutes les chambres du parlement, affaiblissait les efforts de cette compagnie , pour sortir de l’état d’humi-- , liation où le despotisme de Richelieu l’avait' plongée. Un esprit de vertige semblait avoir saisi tous les membres du parlement , soit que cette disposition dût se trouver naturellement parmi des hommes dont les privilèges collectifs n’étaient lixéspar aucune loi précise, ou qu’elle fût un effet de l’adresse du premier ministre;. ' Une guerre intérieure s’établissait dans le palais de justice; requêtes contre les enquêtes J enquêtes contre la grand’chanibre. Les conseillers des requêtes voulaient être traités' comme ceux des enquêtes; ceux des enquêtes comme les grands ciiambriers. Le doyen des conseillers au parlement était en usage de précéder, dans les cérémonies publiques, les président qui n’étaient pas présidens à mortier. Il arriva qu’à l’occasion du service funèbre célébré à Notre-Dame pour Je maréchal de Guebrianf, les présidens des enquêtes prirent par le bras le vieux doyen Sa v are , et l’arrachèrent de Sa place. Le premier président appela les gardes
du roi , qui assistaient à la cérémonie pour soutenir te doyen. La cathédrale vit, pour la seconde fois , des magistrats scandaliser le peu-
touis xiv. io r
pic pour un intérêt de vanité. .La reine s’en- ~~ "
Iremit pour arranger ce différend, mais elle se 1 ^ ^
garda bien de prononcer. Cette maxime, divisez et régnez , était trop connue du cardinal de Mazarin. Il crut rendre lé parlement méprisable en l’abandonnant à ces futiles contestations (i). Cependant , la reine exposait que •l’argent était absolument nécessaire pour continuer la guerre 3 que les habitans des campagnes étaient trop chargés pour augmenter les tailles ; que la dépense seule des garnisons dans les places conquises formait une augmentation extraordinaire de 5 millions 3 que celle de trois arméesen Italie , une en Catalogne, une en Alsace, les subsides du landgrave de Hesse et de la reine de Suède, montaient depuis six mois âpres de trente millions : rien ne fut écouté'.
Il fallut , pour apaiser cette émeute, avoir recours à d’autres ressources 3 on ouvrit de nouveaux emprunts , on créa des charges de contrôleurs de fagots, de jurés vendeurs de foin, de conseillers du roi , crieurs de vin 3 on aug- ’ monta les droits sur les fermes , on vendit des lettres de noblesse. En vain la chambre des comptes représentait le préjudice que ces créations ridicules portaient au commerce. Que pouvait faire le ministère? Partout il trouvait
(1) Mém. de Talon , tom. 3.
" des contradictions; toute combinaison dans i643 47* J’assîette de l’impôt devenait impraticable ; Je plus vicieux était préféré s’il dispensait d’une vérification au parlement. Le peuple éprouvait le sort d’un avare qui, pour n’avoir pas voulu secourir un malheureux dans son désespoir , en est égorgé.
Les guerres civiles de France commencèrent à Paris comme elles avaient commencé à Londres , pour un peu d’argent. Le parlement de Paris, en possession de vérifier les édits sur le fait des finances , obtenait la confiance publique par les contradictions dont il fatiguait la cour.
Pendant les années 1 645 et 1646 , Mazarin employa de nouveau la ressource funeste des emprunts. Le contrôleur générai proposa de vendre les places inutiles qui se trouvaient dans Paris et dans l’enceinte des autres villes: d’attribuer aux juges subalternes le droit de juger souverainement en certains cas, moyennant finance ; d’abonner le rachat des droits seigneuriaux appartenans au roi. On mit uu droit additionnel de deux sous pour livres des droits des aides; on révoqua les privilèges de franc salé; le prix du sel fut augmenté de quarante sous par minot. La subvention annuelle du clergé fut renouvelée pour dix ans ; indépendamment de cette subvention , la régente fit représenter à l’assemblée les besoins urgeus
louis xrv. ' , io3
de l’élat, et qu’on lui avait proposé divers iraités de finances à lever sur le cierge , comme joyeux avènement et droit de confirmation des privilèges cléricaux, lesquels droits pouvaient montera la somme de dix millions. L assemblée objecta sa pauvreté ; cependant elle offrit un don gratuit de quatre millions, payables en f deux ans et demi. y
Ces différèns objets auraient suffi , si les emprunts avaient été remplis ; mais chacun refusait de prêter son argent à la cour , maigre les avantages offerts aux prêteurs. La regente se détermina à conduire le roi au parlement ; il y vint en robe d’enfant (i), le l5 janvier 164 5. ,On le plaça sur un petit fauteuil qui servait de trône, ayant à sa droite la reine, sa mère, Je duc d’Orléans, son oncle , neuf ducs , et , à sa gauche , les cardinaux de Lyon frère du cardinal de Richelieu, de Ligné et Mazarin. Il prononça intelligiblement ces paroles : «Mes v affaires m'amènent au parlement , M. le chan- » celîer expliquera ma volonté. » Le chancelier s’expliqua en lisant dix-neuf édits. L’avocat général, Orner Talon , prononça une harangue , en portant le gcuou sur sa banquette , suivant l’usage 5 et comme il était le
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(1) Nani, Ist. Venet. Motteville. Mena, de Talon , ! ton). 3.
104 hist. de fr., il*, p. , l. xvr.
1643—4-! harangueur le plus éloquent de la compagnie , il dit au roi : « Qu’il était un soleil ; que quand » le soleil n’envoie' que quelques rayons dans » une chambre par la fenêtre, sa lumière est » féconde et bienfaisante , c’est le symbole » de la bonne fortune; mais qu’il est péril— ‘ » leux de songer que ce grand astre y entre » tout entier , parce qu’il détruit, par son ac- » ti vite , tout ce qui entre dans ses voies, etc. » Après cette harangue, qui fut assez longue, surtout pour un roi âgé de sept ans , le chancelier demanda le suffrage des princes et des pairs. Les présidons se formalisèrent qu’on n’eùl pas commencé par eux ; ils furent d’avis de faire des remontrances. Les enquêtes dirent que leur conscience ne leur permettait pas d’enregistrer les édits. Le chancelier répondit * que la conscience en affaires d’état était d’une
autre nature que la conscience ordinaire.. L’enregistrement eut lieu de l’exprès corn- *• mandement du roi.
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