‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 4 sur 70 · CHAPITRÉ IV · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ IV

Les Napolitains s'érigent en république. Le duc de Guise est appelé à Naples et. revêtu de la dignité de doge.

Jusqu’alors les Napolitains avaient borné leurs vues à demander la suppression des impôts excessifs dont ils étaient surchargés , elle renvoi des ministres qui les opprimaient, sans attaquer directement l’autorité du roi d’Espagne ; le perfide , l’abominable assaut qu’ils venaient de repousser , leur inspire d’autres projets. Les armes de Philippe IV sont abattues de toutes parts : il est proposé de s’ériger en république.

Genaro Anneze , homme du peuple qui s’était distingué durantlaguerre de Lombardie , obtint la dignité de consul napolitain. On le charge avec quelques assesseurs de rédiger et de présenter au peuple la forme d’administration publique qu’il croirait la mieux convenir aux babilans du royaume de Naples (i). Les

(1) Le peuple publia deux édits , le l5 et le 16 d’oc-

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Hollandais , après avoir long-temps lutté avec les Espagnols, s’étaient placés au rang des peuples libres. Leur exemple devait frapper vivement un peuple qui avait les mêmes maîtres à combattre, la même liberté à conquérir, et auquel sa position au bord de la mer , semblait olfrir les mêmes avantages avec beaucoup plus de ressources dans sa population.

II fut alors résolu d'établir dans les provinces méridionales d’Italie , le mode de gouvernement qui subsistait avec gloire àTembouchure du Rhin , de la Meuse et de l’Escaut. Les Napolitains voulant que la conformité fût parfaite , cherchaient un Guillaume de Nassau pour en faire le capitaine général de la nouvelle association. On crut le trouver dans Henri , duc de Guise , qui se voyant proscrit en France , sollicitait alors des dispenses à Rome. Guise, dont j‘ai oeja parlé à l’occasion du duc de Bouillon et denses mariages, lorsqu’il •voulait conserver l’archevêché de Reims , ne ressemblailà Guillaume de Nassau , surnommé le Taciturne , que par son courage j mais sa

tobre. Ils abolissaient les impôts, défendaient à tous les nobles de s’assembler, exhortaient le pape , Tempérer) r, les rois, les princes à secourir la nouvelle république. Lunig , tom. 2. G ion. , Hist. du royaume de Naples, Irv. 3rj,

patience dans l’adversité , la sévérité de ses moeurs , la sobriété de sa table , et sa profonde connaissance des hommes étaient des vertus inconnues au héros Français. Instruit du choix que les Napolitains avaient fait de lui , il ne balance pas un moment. Embarqué seul sur un petit bateau , dans le port d’Oslie, il passe à travers de la flotte espagnole, et descend sur les-quais de Naples au milieu des cris d’allégresse.

On lui donna le titre de doge; il fit frapper de la monnaie en son nom. Tous les Napolitains semblaient pénétrés de son enthousiasme. Les villes d’Averse et de Capoue , qui tenaient encore pour le roi de Naples , fnrent réunies h la nouvelle république. Les affaires des Espagnols étaient dans un si mauvais ctal , qu’ils ne pouvaient faire que des efforts impuissans pour ramener les N^rôïitains sous le joug de la Castille , si le nouveau doge avait déployé la moindre partie des lalehs politiques qui distinguaient le célèbre fondateur de la liberté batave; mais à peine le- duc de Guise fut installé dans sa nouvelle dignité , qu’il aspirait ouvertement au pouvoir despotique; On au-'' rait dit que, par sa conduite, il voulait servir lés Espagnols. - ' ■ ■ : - * ' ù ' ■

Il avait promis en entrant dans Naples dè~ procéder incessamment à la formation d’un' sénat : le consul Genaro le sommait de tenir

sa parole j c était chaque jour une nouvelle défaite. Jaloux de Genaro qui le surveillait de trop près, il cherchait secrètement à le perdre : on imagina une conspiration; mais les Napolitains ne lurent pas trompés. Bientôt on afficha dans les places de Naples des couplets satiriques contre le doge , qui u’élait veuu , disait-on, à Naples que pour prendre ses ébats avec les dames , et pour réparer le désordre de scs finances aux dépens des sots qui mettaient en lui leur confiance. Au lieu de mépriser cés pamphlets ou de les faire tomber par une conduite différente , il ordonna des perquisitions si exactes , qu’en ayant découvert les auteurs , il les fit périt' sur un échafaud. La cour de France avait envoyé une forte escadre sur les côtes de Naples; Guise, enivré du pouvoir suprême , prenait des manières si hautaines vis-à-vis des Français qui la composaient, que le désir de lui être utile s’éteignait dans leurs âmes. Cette disposition morale, jointe aux incertitudes des Napolitains, paraissant agiles de la crainte de n’avoir fait que changer de maître , rendit l’escadre française inutile: après quelques vaines évolutions , elle rentra dans les ports de Provence,

Le mécontentement contre le duc de Guise augmentait; Genaro était lame de l’insurrection qui se méditait contre lui ; soit que ce magistrat jugeât le doge français peu propre à. la

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place occupée par lui , ou qu’il eût été séduit par les Espagnols. Guise vivait dans la plus parfaite sécurité, lorsque dans les premiers jours de 1648, une escadre espagnole paraît subitement à la vue de Naples. En vain le doge ordonné de courir aux armes, il s’aperçoit trop tard que son autorité n’est plus respectée. Obligé de fuir avec un petit nombre de ses partisans, il prit la roule de Rome, et tomba par négligence ou par trahison dans les mains des Espagnols ; ils le précipi tètent dans un cachot , dont il ne sortit que quatre ans après , à la sollicitation du grand Condé.

Les Espagnols furent reçus dans Naples sans qu’il y eut du sang répandu. Ainsi cette ville retomba sous la domination de Philippe lVr après avoir porté durant cinq mois le litre de république. Ce monarque avait promis l’amnistie la plus générale y mais à peine ses drapeaux flottaient sur les murs de la capitale, que ses pacifiques promesses furent oubliées : N aples nagea dans le sang de ses habitans. On assure que quatorze mille Napolitains lurent massacrés. Genaro lui-même, auquel le roi d’Espagne devait la réduction de la ville, ne fut pas épargné ; il succomba sous l’accusation d’un crime imaginaire.

Leçon terrible pour les peuples qui T lassésdu despotisme , ont arboré l'étendard de la liberté X’exemple de Naples leur apprend qu’ils

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compteraient en vain sur des insidieuses promesses qu’on leur ferait pour les engager à rentrer sous l’obéissance de leurs anciens maîtres. Les rois ne.pardonnent jamais. Il ne reste à une nation qui, abjurant son précédent esclavage, vient de.proclamer sa liberté , d’autre alternative que de vaincre ou 4e s’ensevelir sous les ruines de sa patrie.

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