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CHAPITRE III

Espagne , Italie. Mort du duc d’Olivarès. Insurrection des Napolitains et des Palermitains contre le roi d’Espagne. Maza niello est proclamé tribun du peuple.

Le roi d’Espagne , Philippe IV, affaibli par les guerres de Lombardie et des Pays-Bas, letait davantage par la révolution du Portugal et par l’insurrection de la Catalogne. La voix publique attribuait les malheurs de l’état au duc d’Olivarès, qui gouvernait l’Espagne avec le même despotisme déployé eu France par le cardinal de Richelieu. Philippe IV, cédant à l’impulsion de ceux qui l’environnaient, exila son premier ministre , précisément lorsque n’ayant plus Richelieu pour rival , on pouvait espérer qu’il rétablirait les affaires : elles devinrent plus fâcheuses. Philippe accablé du poids de l’administration , était sur le point de le rappeler, lorsqu’il publia, pour sa justification , un mémoire dans lequel il attaquait d’une manière si offensante les personnes les plus puissantes du royaume, que le roi crut devoir le confiner dans une citadelle , où le

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chagrin termina bientôt sa vie. Philippe IV était encore à la veille de perdre le royaume de Naples.

La guerre (i) qui ravageait le Piémont et Je Milanais, avait respecté le royaume des Üeux- Siciles; mais les Espagnols y levaient des tributs si excessifs et enlevaient la fleur de la jeunesse avec une telle rigueur , que les peuples se soulevaient eu même temps contre les Espagnols en Sicile et à Naples. L’insurrection de Sicile fut apaisée par la prudence du cardinal Théodore Trivulce ; mais celle de Naples aurait changé le gouvernement du midi de l’Italie, si les efforts convulsifs du peuple eussent été accompagnés du concert nécessaire pour les faire réussir.

Un jeune pêcheur, nomméThomaso Aniello , que , par contraction , nous appelons Masaniello (2), était à la tête de«* l’insurrection* Ainsi Nicolas Riensi avait été fait tribun de Rome dans le quatorzième siècle ; ainsi le cardeurde laine, Michel Lando, marchant piedà nus et couvert de haillons , à la tête du parti populaire , créa la république de Florence j

(1) Nani , Ist. VeDet. Mercnrio, di Vittorio Siri , tom. 20. Istor di Guaido prioratü. Hist. d’Italie, par Fanlin Desodoards.

(2) Giann. El ist. de Naples, liv. Zj.

ainsi nous avons vu Marat à la tête des Jaco* bins en France.' Le duc d’Arcos , vice-roi de Naples, regardant cette insurrection comme une émeute passagère qu’un petit nombre d’actes de vigueur dissiperait, se hâtait d’appeler dans le château de Naples les Espagnols et les Allemands en garnison dans les forteresses do, royaume. • - .....

Déjà MasanielJo avait sommé le vice-roi , au nom du peuple, de lui remettre le Torrion di Carminé, le fort Saint^Elme , Castel-Nuovo et le château de l’Œuf. S’apercevant qu e, le duc dArcos temporisait pour rassembler ses forces, il fait sonner le tocsin dans les églises de Naples et des villages voisins. Les habitans de la campagne se réunissent à ceux de ^capitale ; on fouille dans toutes les maisons, dans tous les magasins ; on se saisit des çpées, des piques, des mousquets, du plomb et de la poudre qu’on y trouve. Masauieüo se rend maître de Torrion di Carminé, qui lui four-t nit seize pièces d’artillerie et des munitions de guerre eu abondance; Alors le vicc-roi propose de partager son autorité avec MasanielJo, j^vétu par le peuple de la dignité de tribun ; d’établir, de concert avec le magistrat populaire , un mode d’administration dans lequel les (1) droits populaires fussent respectés,

(.1) Le cardiual Filo Mariai, par sa médiation, Tom. VI , 2e. part. a

,ï8 HIST. DE ÏR. Il*, t. , t. XVI.

et de faire approuver cet arrangement par la Cour de Madrid.

A'rcos, investi dans son palais par une multitude dont le nombre allait toujours en augmentant , se trouvait au moment d’être assassin é avec sa famille , on de voir Naples réduite en cendres. Ce ministre était persuadé que le peuple , par lui-même , n’est pas en état de consommer une révolution ; il ne fait que marcher sur la même ligne , poussé par le sentiment aveugle de ses maux et de ses forces.

, C’est à un petit nombre d’hommes plûs instruits qu’il appartient de louvoyer, de modifier la manœuvre , de calculer , d’observer au fort de la Tempête , de partager ou de rassermbler les forces, d’arrêter ou d’accélérer les efforts , de combiner les moyens , de diriger l’opinion publique, et d’extraire du chaos politique les développemens d’un nouvel ordre social. Des choix faits par le peuple dans ces occasions délicates, dépendit toujours l’issue des grandes révolutions. Il est probable que ni les Hollandais , ni les Américains n’auraient eonquis leur liberté, s’ils n’avaient eu pour les conduire un comte de Nassau et un Georges Washington.

procura cet arrangement. Masaniello y fut qualifié «kef du peuple très-fidèle, Lunig > tom, a.

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Thomaso Aniellose conduisait avec une intelligence qu’on ne devait pas attendre d’un homme de vingt-quatreans, n’ayant fait d’autre métier que de vendre du poisson (jf).’ Le viceroi résolut de le séduire par l’appât des jouissances et des distinctions, de le rendre ensuite suspect au peuple, et d’éteindre, par sa chute, un soulèvement que son talent sèdftdüit entretenir: jamais piège ne fut tendu avec autant dë subtilité.

Le soulèvement de Naples avait eu lieu le 6 juillet 1 547 ,et quatre jours après toute l’autorité publique se trouvait dans les mains de

* Masaniello. Jusqu’alors ce tribun n’avait pas

* quitté l’habit qu?il portait avant son élévation. Le duc d’Arcos, sous prétexte qu’il devait paraître désormais avec un éclat conforme à son rang, le loge dans son palais. Sa femme est traitée par la vice-reine comme son égale. Le pêcheur Masaniello ne se montra plus en public que monté sur un superbe coursier , vêtu d’or et de soie , la tête ombragée d’un brillant et vaste panache : c’était la robe de Nessus , il ne

<i) Jeune homme du plus vil état , originaire d'A massé . dont l’occupation ordinaire était de suivre un marchand de poisson , pour* débiter des cornets de papier à ceux qui en achetaient. Gîann., Hist. de Naples , liv. 37. ‘

la porta pas impunément plus de vingt-quatre heures. Qu’ils sont simples ces historiens d’avoir cru sa tête dérangée par l'effet d’un breuvage pris chez le vice-roi , ou par l’action du feu que six jours de contention et de fatigues avait allumé dans ses veines ; le poison des louanges, le charme inconcevable du pouvoir suprême et des hommages dont l’accablaient ceux qui voulaient le perdre , voilà le filtre qu’il but à longs traits et qui le jeta dans le délire.

D’un côté le vice-roi donnant à Masaniello la qualité de duc, lui faisait les peintures les. plus séduisantes de la reconnaissance du roi d’Espagne et des magnifiques établissemens sur lesquels il pouvait compter dans la Castille s’il parvenait Jà modérer l’effervescence publique ; de l’autre , abusant des démarches équivoques auxquelles ce chef populaire était poussé , des émissaires répandus parmi le peuple par le vice-roi, lui présentaient le nouveau tribun comme un traître prêt à le livrer à ses ennemis. ;

Masaniello est assassiné le dixième jour de sa magistrature. Le roi d’Espagne , à la nouvelle du soulèvement de Naples et de Sicile, envoyait sur ces parages une escadre formidable sous les ordres de Juan d’Autriche, son fils naturel, créé lieutenant général de la monarchie ^Espagnole en Italie. jD’Arcos assuré d’un prompt secours , se croit dispensédes ménagemens qui

pouvaient ramener le peuple, jeté loin (lésés mesures par le meurtre de son chef. La sédition se renouvelle : la patrie ! s’écriait-on de toute part, les pauvres, les malheureux n’ontils donc plus de père? Nous avons laissé massacrer Masaniello, il ne nous reste plus qu’à le venger. La multitude reprend les armes, fond sur le palais ; le duc d’Arcôs fuit dans Castel-Nuovo : la forteresse est investie.

Pour faire un siège, il fallait un chef 3 les émissaires du vice-roi, qui parlaient plus haut que les autres de leur patriotisme, proposent François Toraldo , prince de Massa, de la maison d’Arragon. Les Napolitains , sans se .défier des indicateurs , et frappés seulement dcstalens du personnage le proclament tribun. Toraldo feint d’accepter le commandement avec répugnance et sous prétexte de rendre les attaques de Castel-Nuovo plus régulières; il les ralentit assez pour donner le temps à Juan d’Autriche d’entrer dans la rade de Naples avec une flotte de trente vaisseaux.

Cet armement ne faisait cependant pas sur l’esprit de la multitude, l’impression attendue par le vice-roi. Les Napolitains envoient à Juan d’Autriche une députation, à la tète de laquelle se trouvait Toraldo , leur nouveau tribun. La réponse dictée par d’Arcos , fut que les députés ne jouiraient de l’aspect du prince que lorsque les rebelles , après âvoir jeté leurs

armes, s abandonneraient à la clémence de son altesse, Toraldo craignant que sa trahison ne fût découverte , se fil détenir à bord du vaisseau amiral.

Dès que les autres députés rendent compte a leurs commettans du succès de leur mission , la fureur et le désespoir se peignent énergiquement sur tons les frouts. S’en rapporter à la clémence espagnole, s’éçrie-l-on de ^oute part j non, nous saurons combattre et mourir. La flotte castillane entre dans le port, «Ue vomit sur les quais pjusieurs bataillons qui se joignent aux troupes commandées par le vice-roi. La foudre port en rnérnej temps des vaisseaux çt des forts Saint-Elme et Castel* Nuovoj le feu , la terreur, la mort volent de tous les points. Les cris.déchiraus des femmes, des vieillards,, des en fans, remplissent les courts intervalles laissés par le bruit du canon. Les pères , les époux , réunis par le même danr ger et aguerris par la sédition, barricadent les rues , garnissent tous les postes dont la, multitude s’était emparée sous Masaniello , et surtout le Torrion di Carminé. Les femmes jètent sur les Espagnols du faite des maisons, des pierres, dçs briques, des matières enflammées.. Les hommes leur opposent tour à tour, la présence d’esprit, 1,’intclligcnce et la rage. Il est impossible de se représenter l’effroyable as-> pect de Naples pendant plpsi.eurs heures que

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dura ce combat. En vain les Espagnols, rom» pus de toute part, demandent grâce, les Napolitains, précédés d’undrapeau rouge et noir)l présage de leur mort ou de leur triomphe , ne cessent dé frapper que lorsque les vaisseaux ennemis, sont hors de leur vue , et que tous les Espagnols qui ne purent pas se rembarquer eurent mordu la poussière.

Toraldo , au départ des Càstillàns, avait eu< l’incroyable témérité de revenir dans Naples, soit qu’il crût avoir assez de finesse pour faire tomber le peuple dans quelque nouveau piège, ou seulement que, dans la pensée que sa con>nivence avec les Espagnols était impossible à prouver , U espérât d’erapécher la multitude par cette fermeté, de piller ses grandes pror priélés ; il se trompa : une commission fut chargé d’examiner sa conduite ,etü eût la tête, tranchée. ' .. .

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